Bonjour, bonjour ! Voici un nouveau chapitre qui, vous devrez l'avouer, arrive plutôt rapidement ! J'espère que les retrouvailles entre Hermione et Drago vous auront plus, Hermione est loin d'en avoir terminé, rien est simple avec Drago !
J'ai aussi fait une petite modification quelques chapitres en arrière à propos d'Astoria Greengrass, certains avaient souligné avec justesse qu'il y avait une incohérence, j'ai donc modifié un peu le texte pour la supprimer.
En tout cas, merci à ceux qui continuent de suivre cette fic, même si elle est en écriture depuis deux ans et que c'est un peu long pour obtenir le dénouement d'une histoire ...
Merci pour vos reviews Drou et A, et bienvenue à Camille qui vient de découvrir la fic, ça me fait plaisir !
Merci à vos reviews qui me donnent toujours la motivation de continuer et de me creuser la tête pour arriver enfin à la fin de l'histoire qui devrait arriver dans quelques chapitres.
Bonne lecture !
Elle était là, juste à côté de lui, et il ne pouvait détacher son regard de son profil alors qu'il devait faire face à la foule. Il ne voyait que cet être chétif et épuisé à côté de lui, à genoux, les yeux clos, qui attendait la mort.
Elle croyait qu'il allait la tuer.
Il avait appris à reconnaitre les différents visages face à la mort.
Il y avait les terrifiés, ceux qui auraient pu vendre leurs enfants pour sauver leur vie. Il y avait ceux qui étaient tétanisés, horrifiés par la mort, horrifiés par ce qu'il pouvait bien y avoir ensuite, qui restaient sans bouger, sans même se défendre, que la mort vienne à eux. Il y avait les courageux, ceux qui emportaient autant de monde que possible avec eux, résignés à mourir, mais pas seul. Et puis il y avait ceux qui étaient résignés. En paix.
On aurait dit qu'elle faisait partie de ceux-là. Si ses épaules n'avaient pas tremblé, il aurait presque pu croire qu'elle n'avait pas peur.
Gryffondor, courageux ? Pourtant elle avait peur. Peur de la mort.
Et lui, n'avait-il pas peur de la mort comme tout le monde ?
- Général, souffla l'un des gardes à côté de lui.
Elle avait l'air plus jeune avec ses cheveux courts. Ça lui avait fait mal, de les couper.
- Mon général, vous ne deviez pas prendre la parole ? insista le garde.
Elle rouvrit les yeux mais elle ne les releva pas vers lui. Il n'y avait que tous ceux en face d'elle qui avait le droit à son regard brun.
Elle avait repris du poil de la bête. Ses joues n'étaient plus aussi creuses, et son teint un peu rosé lui donnait l'air en meilleure santé qu'à l'époque où elle se trouvait ici, même sous sa protection. Il ne pouvait s'empêcher de s'abreuver de son profil si parfait, qui lui avait atrocement manqué malgré la colère qui le consumait, malgré la haine qui l'incendiait tout entier.
Il avait été tiraillé entre ses deux émotions paradoxales, celle de vouloir sa vengeance, sa mort à tout prix, et celle de la revoir, de revoir son visage, croiser son regard brun et chaud, plein d'espoir et de chaleur. Rien que pour lui. Il voulait entendre sa voix murmurer son prénom. Il voulait sentir sa main brûlante glisser jusqu'à la sienne sous la couverture quand il n'y avait plus personne pour les voir, lorsqu'il n'y avait plus la moindre chandelle pour les exposer. Il voulait voir ses sourcils se froncer de colère contre lui. Il voulait voir ses lèvres s'ourler d'un sourire lorsqu'il faisait des remarques cyniques ou l'entendre rire lorsqu'il faisait l'une de ses blagues trop noires qui ne l'aurait jamais fait sourire à l'époque de Poudlard. Il voulait voir ses lèvres se pincer lorsqu'il ne respectait pas son code de rangement des archives. Il voulait la voir pleurer de regret de l'avoir trahi. Il voulait l'entendre dire qu'elle n'aurait jamais dû le faire. Il voulait la voir souffrir. Il voulait la voir sourire comme le soir où ils avaient fêté Noël. Il voulait la voir au fond du trou. Mais il voulait sentir sa main dans la sienne. Sentir son corps à côté du sien dans ce lit. Il voulait lui dire comme il ne voulait plus jamais la voir disparaitre, ne plus jamais la quitter du regard et il voulait qu'elle ait mal, comme il avait mal.
Il voulait qu'elle souffre autant qu'il souffrait.
- Mon général …
Il pensait que la retrouver règlerait tout ses problèmes, qu'il aurait enfin l'esprit tranquille de l'avoir retrouvé. Maintenant, il se rendait compte que c'était loin d'être le cas. Son coeur était tiraillée entre haine, soulagement et amour. Il avait l'impression qu'il allait exploser de ce trop plein d'émotions contradictoires.
Elle s'était échappée, elle avait voulu le fuir, elle l'avait meurtri plus que jamais personne ne l'avait fait. Et pour ça il la détestait.
- Personne ne sort jamais vivant de la prison Malefoy, dit-il d'une voix rauque.
Il pouvait sentir le regard brûlant de Rookwood à sa droite qui allait sans doute s'empresser d'aller tout raconter à sa tante au mieux, ou tout raconter au Lord au pire. Il savait ce qu'il voulait : qu'elle meure.
Il attrapa Hermione par sa tignasse, la forçant à relever le menton pour faire face à ses anciens codétenus.
- Personne ne m'échappe. Pas même Hermione Granger, votre sang de bourbe préféré.
Il agita sa baguette et des chaines descendirent bruyamment du plafond.
- Elle sera là pour vous le rappeler.
Hermione ne résista pas lorsque les bracelets métalliques furent installés à ses poignets. Elle ne protesta pas non plus quand un garde, après un ordre silencieux du Général, ne la soulève pour la trainer jusqu'au mur pour qu'elle y reste avachi. Sur son estrade, tout le monde pouvait la voir. Elle sentait tous ses regards, les centaines de regards, braqués sur elle avec une curiosité malsaine.
Elle, celle qui avait réussi à faire évader une centaine de détenus, Hermione Granger, l'amie de celui qui avait été l'Elu et l'espace d'un instant, qui avait insufflé une brise d'espoir à ses congénères. Hermione Granger était revenue au point de départ, enchainée à un mur, le regard bas et incapable d'affronter celui de ceux qu'elle avait côtoyé plusieurs mois. Elle qui avait fait évader leurs amis et du même coup qui les avait condamné à mort. La moitié avait été retrouvée et exécutée. Et elle n'avait plus rien de l'héroïne.
Malefoy ne lui accorda pas un regard en quittant le réfectoire et aussitôt eut-il passé l'embrasure de la porte, les gardes hurlaient aux détenus de se dépêcher d'aller au travail car ils avaient perdu assez de temps.
Personne ne s'occupa d'elle. Et bientôt, elle se retrouva dans cette grande salle vide, seule. Seule avec ses peurs et questionnements, et surtout une :
Et si elle s'était trompée ? S'il n'y avait rien à tirer de Malefoy ? S'il n'était pas capable de lui pardonner et qu'en revenant, elle n'avait fait qu'enflammer la rage qui le consumait déjà ?
Elle ferma les yeux et prit une longue inspiration, essayant d'oublier les murs gris et ternes, le froid qui régnait entre ses murs alors qu'on n'était même plus en hiver. Comment cet endroit pouvait rester aussi froid à chaque instant de l'année ?
Et cette odeur de terre … même les yeux fermés, elle ne pouvait pas oublier où elle se trouvait.
Elle avait tout parié sur leurs sentiments. Et maintenant, elle ne pouvait s'empêcher de se dire qu'elle n'avait pas pris en compte certaines variables. Drago n'était pas du genre à pardonner, il était même plutôt rancunier et assez déséquilibré dans ses réactions quand il s'agissait de s'emporter.
Quand elle y réfléchissait contre son mur, elle se sentait dans une situation sans issue, alors que lorsqu'elle était encore dehors, il lui avait semblé que peu importe comment cela devait se passer, elle serait en paix avec, qu'elle trouverait forcément une situation.
C'était bien moins le cas maintenant.
- Calme-toi, se murmura-t-elle à elle-même.
Elle ne rouvrit les yeux que lorsque la sirène annonça l'heure du déjeuner. Elle avait à moitié somnolé mais elle se sentait toujours aussi fatiguée. Des grosses marmites apparurent au travers des portes du réfectoire, suspendues dans les airs par un sortilège lancé par quelques gardes. Ils lâchèrent les marmites sur les tables qui grincèrent douloureusement. Ils discutaient sans se préoccuper de Hermione. Ils s'assurèrent que les tables ne dissimulent pas Hermione à ses codétenus qui se pressaient déjà en une file compact. Hermione se tassa un peu plus contre le mur et se raidit lorsqu'un des gardes approcha avec une louche remplie de cette bouillasse immangeable.
Il s'arrêta un instant devant Hermione, la défiant presque du regard avant de pencher la louche sur le sol.
- C'est l'heure du déjeuner, sang de bourbe, dit-il avec un sourire plein de provocation.
Et la bouillasse s'écrasa aux pieds de Hermione qui garda les lèvres résolument scellées. Elle garda toutes les injures qu'elle avait envie de lui cracher à la figure, elle ravala toute sa haine et sa rage d'être de retour.
Son coeur battait à toute allure, elle avait la sensation qu'elle ne pourrait jamais inspirer assez d'air pour ne suffoquer. Elle ferma les yeux encore une fois, ignorant les regards en coin de ses camarades plus silencieux encore qu'autrefois.
Inspirer, expirer.
Elle se concentra sur sa respiration. A quoi ressemblait le bruit des vagues déjà ?
Inspirer, expirer.
Elle pouvait presque sentir l'air salé comme autrefois lorsqu'elle partait en vacances à la plage avec ses parents. Sa gorge se serra. Ses parents qui n'avaient plus le moindre souvenir d'elle.
Elle détestait cet endroit, et par dessus tout, elle détestait l'ennui. Chaque heure qui passait était un véritable supplice. Ses jambes étaient engourdies, tout son corps était lourd et elle n'avait qu'une seule occupation : réfléchir. Penser.
Culpabiliser.
Douter.
Regretter.
Elle aurait tout donné pour arrêter de réfléchir. Elle ne voulait plus se demander si elle avait pris la bonne décision, si Drago pourrait lui pardonner un jour alors qu'il ne croyait même pas que La Croix était apparue sur son poignet pour lui.
Alors qu'il avait brûlé sa lettre.
Sa gorge se serra.
Ce soir-là, comme le lendemain, un garde vint la nourrir comme la première fois, c'est à dire en laissant une louche de bouillasse à même le sol. Et comme la première fois, elle n'y toucha pas. plutôt mourir de faim plutôt que de se nourrir de cette façon. Elle avait senti les regards de ses codétenus lorsqu'on était venu lui donner à manger. Mais elle n'avait pas bronché. Elle n'avait pas répondu aux provocations des gardes non plus. Elle s'était contentée de rester là, pendant deux jours entiers, sans manger, sans bouger.
C'était là qu'elle avait compris qu'elle détestait l'ennui, que c'était bien pire que de travailler, parce que travailler lui faisait oublier ses problèmes, oublier sa culpabilité.
- On m'a dit que tu refusais de manger.
Hermione rouvrit brusquement les yeux, s'arrachant à cette torpeur morne dans laquelle elle était maintenue depuis deux jours. Des petits tas de gruau l'entouraient sans jamais avoir été touché. Et juste derrière eux se trouvait Drago Malefoy, droit comme un i, les mains enfoncées dans ses poches.
- Je ne mangerai jamais comme ça, par terre, comme un chien, dit-elle la voix éraillée.
- Vraiment ?
Un seul mot, piquant et venimeux, qui suffisait à blesser Hermione, rabaissée par celui qui l'avait fait revenir dans ce terrible endroit. Par celui qui lui avait fait si mal par son absence. Il l'observait de son regard gris-bleu arctique. Il avait revêtu son plus beau masque impassible qu'il avait porté si longtemps et qu'il avait réussi à laisser glisser aux côtés de Hermione. Mais à présent cette carapace était de retour, plus épaissie encore par la cicatrice qu'avait laissé la trahison de Hermione.
Elle resta silencieuse, observant ce visage qu'elle n'avait pu qu'observer à la dérobée au Rat Pendu, dissimulée derrière un déguisement et de loin. Ce teint pâle et parfait, son nez droit, ses lèvres qui semblaient ne jamais pouvoir sourire si ce n'est pour faire la grimace, ses cheveux d'un blond presque blanc.
Ce garçon qu'elle avait haï toute sa scolarité et qu'elle avait appris à aimer dans cet endroit où il était son tortionnaire. Elle avait appris à voir derrière le masque impassible, à voir la colère, puis la douceur dont il était capable avec elle, son humour noir et déplacé qui ne faisait jamais rire Hermione autrefois et qu'elle trouvait pourtant désopilant depuis la guerre.
- Pourquoi tu l'as brûlée ? Murmura-t-elle, le regard douloureux.
- Parce qu'il n'y a rien qui peut sortir de ta bouche qui pourra me faire changer d'avis à ton sujet, cracha-t-il.
Il la lâcha du regard et Hermione croisa les jambes, essayant de se redonner un peu de contenance. Il sortit sa baguette de sa veste et Hermione se raidit l'espace d'une seconde avant de comprendre qu'il faisait disparaitre la nourriture qui couvrait le sol. Ses sourcils étaient imperceptiblement froncés, juste assez pour que Hermione puisse le remarquer.
- Et arrête de me regarder comme ça, dit-il entre ses dents.
Il rejoignit l'une des marmites et remplit un bol en bois de l'horrible mélange qui nourrissait tous les prisonniers. Il posa violemment le bol sur le sol devant Hermione, dans un geste peu maitrisé et se redressa.
Hermione attrapa doucement le contenant et plongea sa cuiller à l'intérieur. La première cuiller fut presque douloureuse. Elle eut presque aussitôt la nausée et elle dut fermer les yeux pour se concentrer à ne pas vomir. Elle sentait le regard de Malefoy sur elle.
Et ses larmes lui montaient aux yeux. Cette nourriture lui rappelait des souvenirs terribles, la vie abominable et douloureuse qu'elle avait supporté pendant des mois. La vie à laquelle elle avait réussi à s'échapper, la première à avoir réussi à le faire. Et à présent elle était de retour.
Sa gorge était serrée et elle devait faire tous les efforts du monde pour déglutir et manger. Parce que s'il y avait une chose qu'elle avait retenue de cet endroit, c'était qu'il fallait prendre ce qu'on nous donnait. Si elle ne voulait pas mourir de faim, elle devait se nourrir.
- Pourquoi tu es revenue, Granger ?
Cette question, tout le monde s'acharnait à la lui poser, comme si la réponse n'était pas évidente. Ron, Neville, Fred, George, Dean, Seamus … tous se le demandaient et tous avaient été en état de choc en apprenant son retour à la prison Malefoy.
Drago n'échappait pas à la règle.
Personne ne semblait croire que Hermione puisse aimer un garçon pareil.
Elle releva les yeux et affronta son regard glacial, sans émotion.
Drago Malefoy n'était pas quelqu'un de bien. Il était même capable du pire. Mais il avait su être bon avec Hermione parfois. Comme il avait su être sans pitié. Mais le coeur ne réfléchissait pas. Et Hermione avait chaviré avant même de s'en rendre compte. Malgré ce qu'il lui avait fait subir. Elle avait chaviré en voyant la douleur derrière ce regard glacé. Elle avait chaviré lorsqu'il avait souri, lorsqu'il lui avait tendu la main, lorsqu'il avait essayé de l'aider sans s'en donner l'air.
Ce n'était pas quelqu'un de bien. Mais pour elle, il avait su bousculer les règles.
- Pourquoi me poser cette question si je ne compte plus ?
- Contente-toi de répondre à la question, répondit-il en se redressant, irrité.
Elle soupira en reposant le bol par terre.
- Je te l'ai dit. Pour toi.
Elle ne comprit ce qui se passait qu'au moment où la baguette de Drago s'enfonçait dans sa gorge, menaçante. Son visage n'était qu'à quelques centimètres du sien et avait tout de la bête furieuse.
Tout acte avait des conséquences. Et ça, c'était les conséquences de sa trahison : un Drago Malefoy blessé dans son orgueil. Dans ses sentiments.
- Ne me mens pas, sang de bourbe.
- Je ne mens pas, dit-elle d'une voix un peu rauque, la baguette sur sa gorge. Tu crois que je suis revenue pour le cadre paradisiaque ? Parce que mon lit confortable me manquait ? Pour les 12h de travail par jour, pour les douches froides et la bouffe ? Tu crois que c'est pour ça que je suis revenue, Drago ?
Sa voix était montée peu à peu dans les aigus. Elle ne se sentait pas crédible, elle avait l'horrible impression qu'il ne pourrait jamais croire à autre chose qu'une manigance.
- Si tu avais lu cette putain de lettre, Drago, tu le saurais.
- Pour me faire rouler par tes belles paroles. Je me suis fait avoir une fois, pas deux. Et ne m'appelle plus comme ça, persiffla-t-il.
Hermione garda les lèvres scellées. L'air entre eux était plein de tension. Elle refusait de le lâcher du regard mais ne provoqua pas plus le destin. Elle ne l'appellerait jamais autrement. Son coeur tambourinait dans sa poitrine, elle devait faire appel à toute sa volonté pour se taire, pour ne pas continuer d'essayer de le convaincre qu'elle n'était pas là pour lui faire plus mal encore.
Alors les deux jours à ruminer, à se demander ce qu'elle faisait là, pourquoi elle était revenue, si elle n'avait pas fait une terrible erreur, trouvèrent réponse. Elle était là parce qu'il la faisait se sentir vivante. Elles n'avaient pas profité de ses quelques semaines de liberté. Elles avaient été amorphes, sans émotion. Hermione était incapable de la moindre réjouissance. Tout lui demandait une énergie considérable qu'elle n'avait pas. Ses émotions lui avaient semblé pâles et ternes.
Mais là, en face de lui, face à ses reproches, face à son regard gris, elle vivait. Elle ressentait.
- Pour qui serait apparu cette croix, alors ? Dit-elle dans un souffle qui traversa à peine ses lèvres, terrifiée à l'idée qu'il puisse exploser et décide de la tuer d'un sortilège, là, penché sur son visage.
- Pas pour moi. Quelqu'un comme toi ne peut pas aimer quelqu'un comme moi.
Cette phrase fit gonfler l'espoir dans son coeur meurtri. Parce que cette phrase, elle venait de l'ancien Drago, ce Drago qu'elle avait côtoyé chaque soir, qui attendait que la lumière soit éteinte pour lui dévoiler ce qu'il avait sur le coeur.
Et sans un mot de plus, il tourna les talons.
- Tu te trompes ! Cria-t-elle.
Mais il ne se retourna pas.
A peine une heure plus tard, un garde entra dans le réfectoire, baguette tendue, éclairant faiblement la grande salle. Elle ne l'avait jamais vu. A moins qu'elle ait tout simplement oublié son visage. Il la détacha et elle massa ses poignets douloureux.
- Le général a demandé que tu sois remise en cellule.
Elle ne répondit rien et suivit sans rechigner. Elle passa dans les couloirs remplis de détenus endormis. Quelques têtes se levèrent sans un mot. Il ouvrit la porte de sa cellule toujours aussi vide et Hermione y entra sans même essayer de protester. Après tout, elle avait décidé de revenir dans cette prison. Elle n'avait plus qu'à accepter son destin et prier pour que Drago revienne à la raison.
Hermione s'endormit avant même de se rendre compte, sur le sol dur et froid. Elle fut réveillée le lendemain matin par un garde qui frappait contre les barreaux avec sa baguette magique.
- Debout, on a demandé à ce que tu puisses te rendre aux douches.
Le garde avait l'air passablement désagréable, pas du tout heureux à l'idée de s'occuper de cette tâche. La porte s'ouvrit et Hermione se mit rapidement sur pied. Les douches … un endroit qu'elle avait oublié étonnamment.
Elle s'engouffra dans la pièce vide en ce début de matinée. Tous les détenus devaient être au travail. Il y avait toujours cette odeur d'humidité et de rouille, ses lavabos cassés et les serviettes crasseuses. Tout était exactement comme quand elle était partie.
Le garde se posta dans l'embrasure de la porte, dos à elle et elle resta un long moment immobile, au milieu de la pièce, méfiante. Mais le garde se fichait d'elle. Elle prit l'une des serviettes les moins crasseuses et entra dans la cabine la plus éloignée, celle qui lui offrirait le plus d'intimité. Le tuyau cracha une eau froide et terne qui avait une drôle d'odeur et qui la raidit complètement.
Elle avait oublié ce qu'était le supplice de la douche froide. Ça ne lui avait pas manqué. une minute plus tard, elle était sortie, frigorifiée, et enfilait ses vêtements avec difficulté tant elle tremblait.
- Disposez, entendit-elle derrière elle au niveau de la porte.
Hermione tira si violemment sur sa chemise pour l'enfiler correctement le plus vite possible qu'elle manqua de craquer. Il était venu la voir ici, comme autrefois. D'une main tremblante de froid, elle boutonna sa chemise de travers et se retourna juste à temps pour faire face à quelqu'un qui n'était pas Malefoy.
Elle encaissa, arborant son plus bel air impassible.
Ce visage émacié et asymétrique, enlaidi par un sourire tordu, elle l'avait reconnu. C'était Rookwood, celui qui suppléait Drago depuis qu'elle avait réussi l'exploit de s'enfuir. il avait son uniforme mangemort tout de noir, il n'avait pas opté pour la tenue que portait les gardes ou Drago.
- J'imagine que je ne suis pas celui que tu pensais voir ici, n'est-ce pas ?
Il eut un petit ricanement qui lui donnait encore plus l'air d'un ivrogne et Hermione recula d'un pas, se rapprochant du lavabo, le coeur battant. Cet homme ne lui inspirait pas confiance. Il lui faisait penser à ceux qui avaient voulu lui faire du mal avant que Drago ne vienne à son secours. Il lui faisait penser à un prédateur qui avait demandé à ce qu'on emmène sa proie dans un endroit d'où elle ne pourrait pas fuir.
Et puis ce sous entendu … elle ne l'avait jamais vu dans cette prison avant sa fuite. Alors comment pouvait-il savoir que Drago venait la voir ici ? Car il parlait de lui, elle n'en doutait pas une seconde.
- Et là, tu te demandes comment je sais ça, comment je sais qu'il venait te voir.
Hermione devait faire tous les efforts du monde pour ne pas montrer l'urgence de sa panique. Elle gardait les lèvres scellées, incapable de savoir ce qu'elle pouvait dire sans provoquer la colère de Rookwood en mentant et sans trahir Drago en disant la vérité. Et s'il y a une chose qui était certaine, c'était qu'elle ne pouvait pas dire la vérité. Elle et Drago n'en avaient jamais parlé, mais ils avaient toujours su que ce qui se passait entre eux, devait rester entre eux.
- Les gens parlent, sang de bourbe. Et vos petits complots pendant plusieurs mois ne sont pas passés inaperçus. Malefoy a réussi à les faire taire pendant longtemps. Ce garçon a un pouvoir d'influence que son père n'a pas sans son argent, dit-il avec un reniflement irrité, mais à présent tous ont vu que la pomme ne tombe jamais loin de l'arbre et que le fils Malefoy ne vaut pas mieux que le père.
Son regard noir et brillant la fixait avec attention, attendant une réaction de Hermione. Il appuya sur l'un des boutons pressoir et passa ses mains sous l'eau, lentement, sans lâcher du regard Hermione dans le miroir.
- Il semble que le maitre s'en soit rendu compte. C'est pour ça qu'il m'a placé ici, pour surveiller ce chien qui l'a fait passer pour un incapable, claqua-t-il faisant sursauter Hermione.
Il tira violemment une serviette du portant, s'essuyant les mains avec agressivité. Il laissa tomber la serviette à ses pieds, se tournant vers Hermione.
- Personne n'a été surpris de voir qu'il ne t'a pas fait exécuter. Mais sache, sang de bourbe, que si lui est attendri, ce n'est pas mon cas. Et que le simple fait que tu sois en vie est un affront à notre maitre. Et je suis certaine que le Lord en pense de même.
Il s'était rapproché et Hermione recula jusqu'au mur, le souffle court. Son sourire tordu s'était encore étiré, ravi de voir l'effet qu'il provoquait à Hermione : la peur.
- Et lui, serait effondré, ricana-t-il.
- Vous vous trompez, il me hait.
Elle ne mentait pas dans cette réponse et elle avait espoir de convaincre Rookwood. Parce qu'il semblait vouloir blesser Hermione autant qu'il voulait blesser Drago et s'il était persuadé qu'il pouvait faire du mal à Drago à travers elle … elle ne voulait pas être un instrument utilisé contre lui.
- Oh vraiment ?
Il bougea si vite que Hermione ne le vit pas tout de suite. Il l'attrapa par le col de sa chemise, l'empêchant de fuir, tandis que son index frappait au-dessus de sa poitrine, sur les caractères noirs au nom de Malefoy.
- Alors pourquoi tu portes toujours cette foutue chemise ? Celle qu'il t'a donné après avoir fracassé les sangs de bourbe qui ont voulu te violer ? Eh oui, même ça je le sais.
Hermione releva les yeux vers Rookwood, choquée. Il connaissait l'histoire. Toute l'histoire. Alors tous ces gardes en savaient autant et s'étaient tus pendant tout ce temps avant sa fuite ? S'ils avaient parlé … alors Malefoy n'exerçait plus la même terreur sur eux.
Il n'était plus le général effrayant de la prison Malefoy qui angoissait tous ceux qui entendaient parler de lui. Il ne parvenait plus à faire taire ses propres hommes. Il devait se coltiner ce Rookwood, envoyé par Voldemort pour le superviser.
Il avait tout perdu à cause d'elle.
- Tu sais ce qu'il leur a fait ? A ces mecs qui ont voulu te baiser ?
Hermione secoua la tête, incapable de parler. Cet épisode était encore frais dans son esprit. Elle pouvait encore entendre leur voix, sentir leurs mains qui essayaient de la retenir.
- Il leur a fait subir les pires souffrances avant de les achever. Ils ont agonisé à cause de toi. Il l'a fait pour toi.
Hermione était incapable de détacher son regard de ses lèvres, absorbant chacune de ses paroles atroces qui l'empêcheraient un peu plus de dormir.
- Monsieur Rookwood, le général vous demande, dit une voix peu sûre d'elle. Pour un rapport urgent sur une opération de surveillance.
Rookwood recula brusquement et Hermione inspira bruyamment, s'arrachant à son visage disgracieux pour observer le garde qui n'avait pas l'air très rassuré d'interrompre Rookwood. Il avait les joues rouges et le souffle court, il avait dû courir.
Rookwood jura, sembla hésiter une seconde, puis tourna les talons, avec un dernier regard menaçant pour Hermione qui resta pantelante, les épaules tremblantes. Le garde resta dans le couloir, observant Rookwood disparaitre avant de se tourner vers Hermione.
- Je vais te ramener à ta cellule, dit-il.
Hermione hocha de la tête, la gorge nouée, incapable de répondre. Les mots de Rookwood se répétaient à l'infini à l'intérieur de son crâne et elle sentait la nausée qui s'installait lentement au creux de son ventre.
Le garde ouvrit sa cellule et elle y entra sans protester, sans même un regard. Elle se recroquevilla dans un angle de sa cellule et laissa sa tête choir contre le mur de béton froid. Elle glissa une main sous sa manche, effleurant du bout des doigts la marque qu'elle avait reçu le premier jour dans cette prison, le DM infect qui tâchait son bras, ces deux initiales qui appartenait à l'être qu'elle avait le plus détesté bien longtemps, avant de devenir celui qui prenait toute la place dans son coeur et son esprit.
Et pourtant rien n'avait changé. Il était toujours ce garçon qui n'était pas bon, pas quelqu'un de bien. Alors comment avait-il pris cette place auprès d'elle ?
