Bonsoir ! Voici le dernier chapitre en date, je vous remercie encore pour toutes vos petites reviews (on a quand même passé le cap des 300, c'est plutôt pas mal !). Bonne lecture à vous, et n'hésitez pas à me dire ce que vous pensez de ce chapitre, vos commentaires me font toujours plaisir !


Drago traversait les couloirs gris et ternes de la prison qu'il connaissait si bien d'un pas rapide. Ces murs lui avaient toujours parus froids, impersonnels, si différents de ceux du manoir richement décorés, si différents de ceux de Poudlard, croulant sous des tableaux abracadabrants et de tapisseries. Elle les avait rendu moins mornes et froids pendant quelques mois. Mais maintenant, même sa présence ne réchauffait plus la prison.

Peut-être parce que tout était différent.

Hermione se réveilla en sursaut lorsque la baguette de Drago tinta contre les barreaux de la cellule qu'elle ne quittait pas depuis son arrivée. Tout son corps lui faisait mal. Dormir sur le sol dur ne lui faisait pas de bien.

- Dra… go ? Dit-elle d'une voix encore un peu endormie, sortie trop brusquement de son sommeil.

- Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler comme ça, siffla-t-il.

La porte s'ouvrit d'un sortilège, et Hermione se redressa à demi.

- Il est temps que tu te mettes au travail pour mériter ton repas quotidien.

Il s'écarta de la porte, l'invitant à quitter la cellule. Hermione ne bougea pas, assise au milieu de sa cellule. Et si c'était un traquenard ? Si c'était pour la trainer aux douches ?

- Travailler ? Je croyais que tu voulais me laisser mourir dans cette cellule.

Drago entra dans la cellule. Il était inquiétant, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon, son visage impassible et son regard plus froid que jamais. Ses genoux craquèrent lorsqu'il s'accroupit face à Hermione. Le coeur de Hermione battait à tout rompre et elle espérait qu'il n'entendait pas son souffle irrégulier.

Ça faisait si longtemps qu'elle ne l'avait pas vu de si près, qu'elle n'avait pas vu son regard gris. Alors qu'importe qu'il soit agité et plein de rancoeur, ça lui faisait du bien de le voir. En vie.

Il tendit la main comme pour attraper son visage, mais il se ravisa.

- Mon cher cogestionnaire Rookwood trouve que l'ignorance n'est pas une assez grande punition pour une fuyarde qui a causé un soulèvement.

Le coeur de Hermione fit une embardée. La rancoeur transpirait de sa voix. Elle avait surpris assez de conversations pendant ses missions pour savoir que Rookwood n'était pas vraiment gestionnaire, mais plutôt un chaperon que le Lord avait mis là pour surveiller son Général plus si fiable.

- Il n'a sans doute pas tort, dit-il dans un mince filet glacé qui gela le sang de Hermione.

Rookwood. Rookwood était un vrai problème dans son plan pour se rapprocher de Drago. Elle l'avait compris lorsqu'il était venu lui rendre visite pour la menacer sans trop se cacher. Elle avait aussi compris que Drago était mal loti, lui aussi à cause de cette évasion.

Mais il n'est pas mort, lui rappela sa conscience.

- Maintenant debout, gronda-t-il en se redressant.

Hermione obéit, pantelante et le corps lourd d'avoir si mal dormi pendant plusieurs jours. Elle n'avait pas la moindre idée de l'heure qu'il était, mais il devait être très tôt car il n'y avait personne dans le réfectoire lorsqu'ils passèrent devant, ni personne à travailler.

A peine à l'extérieur, Drago dégota une cigarette de sa poche et la porta à ses lèvres, l'allumant d'un geste expert. Il ne marchait pas aussi vite que dans les souvenirs de Hermione.

Tout était silencieux autour d'eux. Il n'y avait pas d'oiseaux qui chantaient, pas de voitures moldues au loin, pas de voix de gardiens qui hurlaient sur des détenus qui ne travaillaient pas assez rapidement.

- Je suis désolée pour …

- Je ne veux pas entendre tes excuses, coupa-t-il. Contente-toi de te taire, c'est ce que tu fais de mieux.

Hermione accusa le coup. Elle désespérait. S'il ne voulait même pas l'écouter, comment arriverait-elle à le convaincre de sa bonne foi, qu'elle était vraiment là pour lui ? Et ainsi dégoter des informations sur Harry ? Comment pouvait-elle y arriver alors que Rookwood les surveillait de près et que Drago ne pouvait même pas la toucher tant elle le dégoutait ?

Sa gorge se serra, et elle dut se concentrer pour ravaler ses larmes.

- Ne me traite pas comme ça, Drago, souffla-t-elle.

- Comme ça comment ?

Il ne la regardait même pas, continuant son chemin, s'enfonçant toujours plus loin des bâtiments.

- Comme si … comme s'il n'y avait jamais rien eu, comme si ça n'avait été qu'un mensonge.

Ses pieds se plantèrent dans le sol et il se tourna brusquement vers Hermione.

- Tu te fous de moi ? Tout n'était qu'un mensonge ! Tout ! C'est toi qui me l'as montré, alors ne joue pas la fragile au coeur sensible, parce que c'est toi qui m'as trahi et pas l'inverse.

Il était si près de son visage qu'elle sentait son souffle à chaque mot qu'il crachait. Elle l'avait atteint, et même si elle avait le droit à sa colère, c'était toujours mieux que son indifférence.

- Si tu avais lu la lettre, tu saurais pourquoi j'ai fait tout …

- Je me fous de ta putain de lettre, Granger. Peu importe ce que tu as pu écrire à l'intérieur, ce ne sont que des excuses et des conneries.

Il recula brusquement, tirant violemment sur sa cigarette en la jetant sur le sol.

- Putain, et dire que tu as osé me reprocher de ne t'avoir rien dit pour la venue d'Astoria, dit-il dans un rire froid. Tu as fait exactement la même chose. Avoue-le, Granger, tu savais très bien ce que tu allais faire le lendemain quand tu as couché avec moi. Tu savais comme j'étais malade de t'avoir laissé agonisé quand le Lord est venu. Tu le savais et tu en as profité pour manigancer ton petit plan d'évasion, et moi je n'ai rien vu. Je me suis laissé avoir comme un débutant.

Hermione encaissa chaque mot, chaque reproche et tout un tas de mots se bousculaient dans son crâne. Elle voulait s'excuser, lui expliquer qu'elle ne voulait pas, mais que Fred devait sortir de cette prison, qu'elle n'avait pas vraiment eu le choix, une fois choisie par l'Ordre du Phénix, qu'il n'y avait pas un jour où il ne lui avait pas manqué, pas un jour où elle n'avait pas regretté que ça ait dû se passer ainsi.

Mais tout ce qui passa la barrière de ses lèvres, d'une voix étranglée ce fut :

- Lis la lettre, Drago, je t'en prie. C'est la seule chose qui m'a fait tenir le coup, là-dehors pendant tout ce temps. Parce que je pensais que tu savais ce que j'avais à te dire.

- Je te l'ai dit, je l'ai brûlée, dit-il en se redressant un peu.

Il se détache de la conversation, il revêt son armure d'impassibilité et Hermione sentait qu'il lui échappait.

Hermione planta son regard brun brillant de larmes dans le sien.

- Je ne te crois pas.

Il ne réagit pas, continuant de la regarder sans la moindre émotion.

- Je te connais, Drago. Tu n'aurais pas fait ça.

- Alors tu me connais très mal.

Il reprit son chemin mais Hermione le contourna, se plantant devant lui pour l'empêcher de s'éloigner.

- Je te connais mieux que personne.

Son coeur battait si fort qu'il lui en faisait mal. Elle n'avait qu'une envie, c'était entrer dans sa tête et le forcer à croire tout ce qu'elle lui disait. Lui prouver que c'était la vérité.

- Tu me reproches d'être partie, mais tout le monde l'aurait fait, Malefoy ! Tout le monde ! Ici, j'étais vouée à mourir, comment tu peux me reprocher d'avoir tenté de m'enfuir ? Alors que moi, j'ai encaissé chacune de tes paroles mauvaises, tes mauvaises humeurs, tes … folies !

Elle tendit le bras, dévoilant la croix noire d'encre et le DM.

- J'ai tout encaissé, j'ai supporté, je t'ai pardonné, je suis revenue ! Et toi .. toi tu ne peux pas me pardonner d'avoir voulu survivre ?

- Retire cette croix de sous mes yeux si tu ne veux pas que je te broie le poignet, dit-il entre ses dents.

Son regard n'avait jamais été si sombre et inquiétant, mais Hermione ne lâcha pas.

- Pourquoi ? Tu ne veux pas voir en face ce que tu m'as fait ? C'est plus facile de dormir le soir en niant qu'elle n'est pas là pour toi ? Ça t'aide à mieux me punir d'avoir osé essayer de retrouver ma liberté ?

Il attrapa violemment son poignet le retournant si brusquement, qu'une seconde Hermione crut qu'il allait se briser. Il se pencha sur elle, si proche, qu'elle discernait chaque nuance dans son regard gris, chaque micro imperfection de sa peau si parfaite d'habitude. Il avait les yeux rouges, un peu brillants. Comme lorsqu'il avait bu. Mais il n'avait pourtant pas l'haleine pleine d'alcool.

- Menteuse.

L'alarme résonna au loin, annonçant le réveil des détenus. Drago se redressa et poussa Hermione dans le dos, la forçant à avancer. Hermione passa une main tremblante sur son visage et consentit à avancer, fébrile.

Ils ne s'arrêtèrent qu'à la quasi lisière de la prison. Ils étaient devant le haut grillage surplombé de barbelés. Des champs vierges s'étendaient devant eux. Le silence dura une minute.

- Qu'est-ce que je dois faire ? Demanda finalement Hermione, incapable de se taire plus longtemps.

Drago lui tendit une pelle presque aussi haute qu'elle et Hermione l'attrapa mécaniquement, sans trop comprendre en quoi consistait sa mission. Drago dut voir son air perplexe car il dit :

- Creuse.

- Creuser ?

Hermione planta sa bêche dans la terre dure. L'été approchait et il n'avait pas plu depuis plusieurs semaines. Elle dut y mettre beaucoup d'énergie pour l'enfoncer assez profondément et arracher un petit carré de terre sèche.

- Au moins 2 mètres de profondeur sur toute la longueur.

Hermione releva la tête si brusquement que sa nuque craqua.

- Aussi profond et aussi … long ? Murmura-t-elle d'une voix tremblante.

- Tu croyais revenir pour te dorloter dans mon lit, Granger ? Dit-il moins fort en vérifiant qu'il n'y avait pas le moindre garde autour d'eux.

Elle ne répondit pas. Si elle disait quoique ce soit, elle fondrait en larmes.

- Maintenant, travaille.

Il tourna les talons, les mains enfoncées dans les poches.

- Tu aurais dû lire la lettre …

Elle ne sut pas s'il l'avait entendu, il ne se retourna pas. Lorsqu'il eut disparu à l'horizon, un garde ne tarda pas à arriver, chargée de la surveiller. Assis sur un tabouret de fortune à l'ombre d'un hangar, il la regardait sans un mot. Au moins, il avait le mérite de ne pas empirer son calvaire.

Bientôt, il fit terriblement chaud et sa nuque la brûlait. La terre était plus tendre en profondeur, mais elle doutait de pouvoir creuser sur deux mètres de profondeur. Elle en avait pour des mois. Elle en mourait sans doute avant, d'une insolation ou de déshydratation.

Le soir venu, elle avait creusé sur deux ou trois mètres, une vingtaine de centimètres de profondeur, et ça la désespéra plus encore.

Elle avait au moins eu le droit de boire au robinet d'arrosage. Elle avait croisé le regard de Rookwood, occupé à superviser des détenus qui se chargeaient de creuser des trous eux aussi. Mais ils ne le faisaient pas seuls.

Pourquoi est-ce qu'ils creusaient tous des trous d'ailleurs ?

Drago Malefoy eut du mal à s'endormir ce soir-là, il n'aurait su dire si c'était à cause des paroles de cette fichue sang de bourbe ou si c'était parce qu'il était en colère contre lui-même de prêter autant d'intérêt à ce qu'elle pouvait bien raconter.

« Pourquoi ? Tu ne veux pas voir en face ce que tu m'as fait ? C'est plus facile de dormir le soir en niant qu'elle est là pour toi ? Ça t'aide à mieux me punir d'avoir osé essayer de retrouver ma liberté ? »

- Putain de Granger, gronda-t-il en se redressant, incapable de s'endormir.

Il ouvrit violemment un tiroir de son bureau et en tira une bouteille de whisky pur feu. Elle était quasiment vide. Il n'eut le droit qu'à deux gorgées brûlantes qui eurent le mérite de le réveiller complètement.

Il tâtonna dans le tiroir et y trouva ce qu'il cherchait : le parchemin plié en 4.

A Drago.

Qu'est-ce qu'il y avait dans cette lettre pour qu'elle désire tant qu'il la lise ? Est-ce qu'elle pensait que ça suffirait à éradiquer sa colère ? Que ça soulagerait son coeur ?

Drago avait toujours eu ces émotions terribles qui lui pourrissaient la vie, qui l'empêchaient si souvent de dormir plus jeune, oscillant de la colère à la rancoeur, en passant par l'horrible impression d'être toujours victime, toujours lésé.

Ça s'était calmé lorsqu'il était arrivé à la tête de cette prison. Il dominait et contrôlait tout.

Puis elle était arrivée. Et son coeur s'était apaisé sans même qu'il s'en rende compte. Elle avait réussi à lui faire ressentir autre chose.

Alors est-ce que ses mots dans cette lettre auraient le même pouvoir ?

Maintenant qu'il avait gouté à ce sentiment de paix, il devait bien avouer qu'il détestait la colère qui l'envahissait et l'empêchait de dormir. Il était incapable de la calmer lui-même. Il était comme son père. Comme tous les autres mangemorts. Comme leur maitre.

Rongé par la haine.

« Tu aurais dû lire la lettre… »

Il glissa la lettre dans la poche intérieure dans son manteau, tout en se détestant de le faire. il vérifié la présence de l'autre papier cartonné qui s'y trouvait. Elle était toujours là. Depuis le premier jour. Il n'avait pas pu se résoudre à s'en séparer, même après sa fuite, comme un souvenir de ce qui les avait lié pendant des mois.

Il avait besoin de marcher.

Il était trois heures du matin, et il risquait juste de croiser les gardes qui patrouillaient, alors il sortit à l'extérieur de la prison, peu désireux d'être remarqué à une heure pareille.

L'air frais lui fit du bien.

Il fut bientôt rejoint. Il aurait dû s'en douter. Rookwood semblait toujours savoir où il se trouvait.

- Tu n'es pas obligé de te cacher dans l'ombre, dit-il sans même le regarder.

Rookwood se dévoila, s'asseyant sur un gros rocher à quelques mètres de Drago. Il avait cet horrible sourire de travers, narquois, son visage grêlé et hideux encore plus laid dans la pénombre, ses longs cheveux gras tombant sur ses épaules.

- C'est tout de même un peu mon travail. Le Lord me l'a demandé. Tu as besoin d'être surveillé, petit Malefoy.

- Tu jubiles, hein, Rookwood ? Parce que le maitre t'a demandé de garder un oeil sur moi, mais ne crois pas qu'il te mettra à la tête de cette prison à ma place. Tu ne seras jamais rien d'autre qu'un petit pion pour lui, bon pour les missions de seconde zone.

Le sourire de Rookwood ne fana pas, mais se crispa, signe qu'il n'aimait pas les paroles de Drago.

- Ah oui ? Pourtant le maitre accorde beaucoup d'importance à ce que je lui raconte à propos de cet endroit ? En tout cas, bien plus que ce que toi tu lui racontes. Tu n'as plus sa confiance. Alors qu'est-ce qui se passerait si je lui disais que tu étais trop gentil avec ta sang de bourbe ?

Drago se raidit.

- Qu'est-ce que tu veux, Rookwood ? Siffla-t-il. Il m'a autorisé à la garder en vie. Tu m'as forcé à la sortir de son isolement pour qu'elle aille travailler, ce que j'ai fait, alors qu'est-ce que tu veux que je fasse de plus et qui ne la tuerait pas ?

- Ce n'est pas parce qu'il t'a autorisé à la garder en vie que tu dois le faire, dit-il froidement en se relevant. Elle doit souffrir.

- Elle souffre.

- Pas assez.

Drago porta une cigarette à ses lèvres.

- Je vois ta tante demain, Malefoy. Elle sera ravie de savoir que la sang de bourbe est de retour. Et elle sera encore plus ravie de faire ce que tu refuses de faire.

Drago avait les dents si serrées qu'elles auraient pu se briser.

- Fais attention à toi, Rookwood. Ce n'est pas bon de m'avoir pour ennemi. N'oublie pas qui je suis.

- Tu n'es plus que l'ombre de toi-même, tout comme ton père. Bellatrix est d'accord avec moi à ce sujet.

Il prit la porte pour retourner à l'intérieur de la prison.

- Ne t'avise pas de la faire venir ici, Rookwood, tonna-t-il.

Et la porte se referma.


Hermione descendait les escaliers mouvants qu'elle connaissait si bien. Les tableaux discutaient entre eux sans lui prêter grande attention et elle croisa quelques élèves qui gravissaient les escaliers pour rejoindre la salle commune de Gryffondor.

Sa besace était pleine à craquer de parchemins plus ou moins remplis. Elle était en retard dans son travail, et elle comptait passer le plus clair de son weekend à la bibliothèque.

Elle poussa la porte de la bibliothèque. Il n'y avait pas grand bruit à l'intérieur, si ce n'est un vieux chariot qui grinçait pendant qu'il avançait entre les rayons, les les livres s'élevant comme par magie pour retrouver leur rayon. Il n'y avait pas grand monde à la bibliothèque ce weekend là. Les premiers jours de beau temps étaient enfin là et la plupart des élèves étaient dans le parc. Il y avait pourtant quelques gratte papiers de Serdaigle et des élèves de première année chevronnés.

- Bonjour, madame Pince.

- Bonjour, mademoiselle Granger, lui répondit la bibliothécaire avec un mince sourire.

Hermione traversa les nombreux rayons, rejoignant sa table d'étude préférée. Elle était tout proche d'une fenêtre qui donnait vu sur le lac et suffisamment à l'écart pour que le bruit des ricanements d'élèves ne l'atteignent pas, bien à l'abri derrière des rayons plein à craquer de bouquins.

Elle s'arrêta net.

Sa table. Elle était occupée.

Son coeur battait fébrilement. Drago Malefoy était déjà là, à l'une des 4 chaises, sa plume sophistiquée et beaucoup trop cher pour Hermione glissant sur le parchemin sans jamais s'arrêter, un gros bouquin ouvert devant lui.

Elle chercha du regard une autre table disponible. Il y en avait tout un tas.

Mais c'était sa table préférée. Elle voulait s'asseoir à cet endroit.

Non. C'était plus prudent de s'asseoir à une autre table.

Elle posa sa besace face à Drago et tira la chaise en diagonale de la sienne. Sa gorge était si serrée qu'elle aurait été bien incapable de dire quoique ce soit. Elle se sentait un peu nauséeuse.

Elle se détestait d'appréhender sa réaction, de craindre le mal qu'il pourrait lui faire avec ses paroles venimeuses.

Elle sortit ses parchemins et le gros bouquin de défense contre les forces du mal qu'elle avait emmené avec elle. Il releva les yeux vers elle. Elle pouvait sentir ses yeux gris et incandescents sur elle.

Elle ne réussit pas à se retenir. Elle releva les yeux. Elle croisa son regard si particulier. Plein de haine depuis aussi longtemps qu'elle affrontait ce regard. Aujourd'hui, c'était différent. Comme depuis quelques temps. Son visage exprimait plus la fatigue que le dégout.

Ils se regardèrent un long moment.

Ce souvenir avait un étrange air de déjà vu.

- Je pourrais t'emprunter le livre quand tu auras terminé ? Demanda Hermione.

Sa voix avait été un peu tremblante, mais il n'avait peut-être rien remarqué car il ne commenta pas à ce sujet.

Ils se regardèrent une minute entière.

C'était long une minute.

Assez long pour que tout un tas de pensées traverse l'esprit de Hermione. Assez pour qu'elle se sente mal à l'aise. Au moment où elle voulut détourner le regard, la voix rauque de Drago raisonna jusque dans son crâne :

- N'oublie jamais, Granger. Jamais.

- Quoi ? Dit-elle perplexe, tout en ayant une impression d'avoir déjà entendu ces mots.

- N'oublie jamais.

Hermione se réveilla en sursaut. La porte de sa cellule venait de s'ouvrir dans un grincement à faire froid dans le dos. Son coeur battait à tout rompre, encore plongée dans les méandres de son rêve. Elle pouvait presque encore sentir la chaleur du soleil qui traverse les vitres de la bibliothèque, l'odeur des vieux livres de la bibliothèque, entendre la plume de Drago qui grattait le parchemin.

Elle papillonna des yeux, nauséeuse. Il faisait nuit noire. Il lui fallut au moins trois secondes pour comprendre qu'une silhouette se tenait devant l'ouverture béante de sa cellule.

- Ma … Malefoy ?

Son dos la faisait atrocement souffrir. Dormir à même le sol ne lui facilitait pas la vie et se casser le dos à creuser des trous n'était pas des plus reposants non plus.

La silhouette ricana et elle ne reconnut pas le rire froid de Malefoy.

- Oh, tu aimerais bien, hein ?

Rookwood.

Il entra dans la cellule et la tira par l'épaule sans la moindre délicatesse. Il sentait mauvais, un mélange de mauvaise haleine et de poubelle chaude. Où trainait-il pour avoir une odeur pareille ?

- Avance.

Il planta sa baguette dans son dos, la forçant à avancer devant lui.

Le coeur de Hermione battait à toute allure. Elle n'aimait pas se trouver seule avec lui, elle avait rapidement compris qu'il était la plus grande menace à sa survie dans cette prison. Et au milieu de la nuit, il n'y aurait pas grand monde pour remarquer que Rookwood l'emmenait on ne savait où.

Il ne reprit la parole que lorsqu'ils furent à l'extérieur, loin des oreilles indiscrètes qui pouvaient trainer dans les couloirs.

- Où est-ce qu'on va ? Croassa-t-elle.

La baguette appuya un peu plus fort dans son dos, la brûlant à travers sa chemise.

- Tu vois, c'est exactement pour ça que c'était une mauvaise idée de te garder en vie. Tu te crois tout permis. Il a promis au maitre de te faire vivre un enfer, mais le simple fait que tu oses encore poser des questions montre qu'il n'en fait pas assez.

Ils continuaient d'avancer vers les tréfonds de la prison et Hermione sentait ses chances d'être surprise avec lui s'amenuiser de seconde en seconde. Aucun garde ne viendrait si loin. Aucun n'irait rapporter au Général que Rookwood tramait quelque chose à l'abri des regards.

- J'avais prévenu le maitre. Je lui ai dit que c'était une mauvaise idée. Que te tuer enverrait un bien plus beau message à la résistance que de te garder ici pour faire plaisir à ce petit con de Malefoy junior. A croire que tout le monde à un faible pour les blondinets Malefoy, grinçait-il.

Hermione aperçut le trou qu'elle creusait depuis plusieurs jours.

- Comme si cet imbécile était irremplaçable. Comme si je ne pouvais pas faire son travail. Il ne méritait pas son pardon. Il ne méritait pas le privilège de pouvoir te garder en vie. Prends ta pelle et creuse.

Le coeur de Hermione était au bord de l'explosion. Chaque mot s'insinuait dans son crâne. Tremblante, elle prit la pelle qui l'attendait à l'ombre du hangar.

- Il méritait de mourir. Tout comme toi. Mais ce n'est plus qu'une question de temps pour que je n'ai plus à faire face à ton insolente survie.

Hermione planta sa pelle dans la terre. Au moins, il ne faisait pas trop chaud, mais elle n'y voyait quasiment rien.

- Sais-tu ce que tu creuses, sang de bourbe ?

Hermione releva les yeux sans répondre.

Un horrible sourire dévoila les dents gâtées de Rookwood.

- Ta tombe et celle de tous tes petits camarades qui mourront bientôt.

L'estomac de Hermione se tordit et elle planta à nouveau sa pelle dans la terre trop sèche.

On aurait pu croire que son avenir lui paraissait encore plus sombre après les paroles de Rookwood qui lui assurait une mort certaine, de finir dans ce trou qu'elle creusait depuis des jours. On aurait pu croire que les larmes afflueraient à ses yeux à l'idée de mourir dans l'ignorance la plus totale.

Mais tout ce que Hermione retenait, c'était que le Lord avait donné le droit au Général Malefoy de la garder en vie. Et que si c'était la vérité, Drago avait dû donner quelque chose en échange. Et si Drago Malefoy avait accepté de sacrifier quelque chose pour la garder en vie, c'était que tout n'était pas perdu.

Drago Malefoy tenait encore assez à elle pour la garder en vie.

Et le Lord Noir lui avait accordé ce droit. Pourquoi ? Pourquoi ne pas se débarrasser de lui comme de tous les traitres ? N'était-ce pas un signe que les partisans se faisaient plus rares ?

Rookwood s'installa sur un gros rocher, la regardant travailler sans plus une seule parole jusqu'au petit matin. Il se contentait de la regarder avec toute la haine dont il était capable.

Le soleil était levé depuis une bonne heure quand un sourire déchira son visage hideux.

- Voilà mon invitée, dit-il en se levant.

Hermione suivit son regard, de l'autre côté des grilles, du côté de l'entrée de la prison. Son sang se gela dans dans ses veines. Ses cheveux noirs et ébouriffés encadrant son visage pointu, Bellatrix Lestrange marchait vers le garde en charge de la porte de la prison pour la journée.

- Les vacances sont terminées, sang de bourbe. J'ai trouvé celle qui se chargerait de te faire regretter ton évasion.

Il éclata de rire et tourna les talons. Il se fichait de la laisser seule à creuser son trou. De toute façon, où irait-elle ? Elle était condamnée à affronter cette femme plus dangereuse que tous les autres mangemorts.

Quoi de plus dangereux qu'un fou ?