Bonsoir ! Voilà le dernier chapitre en date qui s'est (encore) fait attendre, j'espère qu'il vous plaira ! Les retrouvailles sont longues, mais ce serait trop simple s'ils tombaient dans les bras l'un de l'autre ...

Je suis désolée, je n'ai pas trop le temps de répondre aux reviews en ce moment, c'est d'ailleurs pour ça que je tarde à publier le chapitre suivant généralement, mais en tout cas, je les lis toutes et elles me font toujours hyper plaisir ! Je suis contente que l'histoire tienne toujours en haleine les lecteurs des débuts, et tout aussi contente de voir que d'autres découvrent cette fic ! Donc merci, c'est vous qui me motivez à continuer !

Bonne lecture !


Drago était vert de rage. Ça faisait longtemps qu'on ne lui avait pas fait un tel affront. Rookwood était passé au-dessus de ses consignes et avait fait appelé sa tante folle dingue. Quand Berloez, le garde chargé de la porte de la prison était venu lui annoncer que Bellatrix Lestrange attendait patiemment à la porte d'être accueilli par son cher neveu, il n'en avait pas cru ses oreilles. Une seule journée était passée depuis sa petite conversation avec Rookwood et celui-ci s'était empressé d'aller appeler Bella.

Il s'habilla à vitesse grand V, peu désireuse de laisser sa tante vaquer à ses occupations sans surveillance. Cette femme était sans gêne, fouinant partout où son nez pouvait se glisser pour pouvoir mieux rapporter à son cher maitre qu'elle vénérait d'une façon très malsaine.

Il traversa les couloirs à grands pas, lissant son col d'une main, vérifiant que ses boutons étaient boutonnés correctement de l'autre. Il glissa sa main contre sa poche intérieure qu'il pouvait sentir en palpant sa poitrine. C'est bon, tout était à sa place.

Il arriva au moment précis où la sirène annonçait le début de la journée et l'ouverture des cellules. Bellatrix guettait avec attention le passage de tous les sangs de bourbe qu'elle rêvait de tirailler.

Elle avait pris un coup de vieux depuis le début de la guerre. A croire que même ceux qui s'épanouissent dans le chaos sont heurtés de plein fouet par lui, comme tout le monde. Ses cheveux étaient plus grisonnants qu'à l'époque et ses traits flétris.

- Bonjour, ma tante. Que me vaut votre visite ? Dit-il avec son sourire le plus hypocrite.

Elle se tourna vers lui, cessant de jouer avec sa baguette qui la démangeait à l'idée de pouvoir lancer un sortilège à un sang de bourbe à travers les grilles qui la séparaient des détenus qui fonçaient au réfectoire.

- Drago, mon cher neveu ! Quel plaisir de te voir !

Sa voix criarde lui irritait ses nerfs déjà sensibles, alors quand elle se précipita vers lui, les bras ouverts, il ne put qu'encaisser son étreinte. Ses bras glissèrent dans son dos et tous ses muscles se tendirent. Il détestait qu'on le touche.

Il n'y avait qu'elle qui pouvait le faire sans lui donner l'impression de le brûler.

Il n'y avait qu'elle qui ne lui donnait pas l'impression de le transpercer quand ses bras glissaient contre sa peau. Il n'y avait qu'elle qui lui donnait l'impression de ne pas avoir un couteau caché dans la manche, prêt à se planter dans son dos.

- Pourquoi cette visite surprise, tante Bella ? Insista-t-il.

Ses cheveux avaient une odeur de menthe qui n'aurait pas été si désagréable si ce n'était pas son odeur à elle.

Elle s'écarta de lui, prenant cette horrible moue qu'elle utilisait pour attendrir sa mère. Cette moue, Drago l'avait toujours détesté quand sa mère s'était toujours laissé prendre. Comment une même expression pouvait avoir un effet si différent d'une personne à l'autre ?

- N'ai-je pas le droit de rendre une petite visite à mon neveu préféré ?

Son seul neveu en fait, mais Drago se garda de lui dire.

- Et puis, tu sais bien, que le maitre m'a demandé de garder un oeil sur toi. Depuis ton égarement.

Son égarement. Quel joli mot pour parler de cette trahison qu'elle ne digérait toujours pas, encore bien moins que le maitre.

- Rookwood m'a dit que tu étais chamboulé par le retour de la sang de bourbe.

- Ce petit crasseux désespère de prendre le contrôle de ma prison, cracha Drago sans pouvoir se retenir. Je n'ai aucun mal à maitriser la sang de bourbe.

- Il dit que tu ne la maltraites pas, dit-elle comme si elle n'avait pas entendu sa remarque sur ce rat de Rookwood.

Ses yeux étaient écarquillés, presque exorbités, comme pour mieux voir la moindre micro expression qui pourrait trahir son état d'esprit sur la sang de bourbe. Elle faisait peur à voir. Son regard noir et sans fond trahissait sa folie.

- Je n'ai aucune leçon à recevoir sur la façon dont traiter mes pensionnaires, dit-il froidement. Aucune. Il me semble que cet endroit est le pire cauchemar des sangs de bourbe, alors qu'est-ce qu'il a à dire sur ma façon de les traiter ?

- Il ne parle pas d'eux, il parle d'elle.

Son visage s'imprégna d'une expression pleine de dégout, comme si on parlait d'une flaque de vomi. Un instant, Drago se sentit pris de contrôle par sa colère. Il eut envie de la gifler, de lui arracher son horrible tignasse, de lui planter sa baguette dans la gorge et lui faire ravaler son air de cinglé.

- Je lui fais payer son évasion comme je l'entends. Le maitre m'a donné carte blanche à son sujet.

- Il t'a donné le droit de la garder en vie, pas de lui assurer un séjour de vacances.

Sa voix avait perdu sa fausse candeur et Drago se tendit. Sa main le démangeait, il n'avait qu'une envie, attraper sa baguette.

- Je suis venu m'assurer que tu ne reproduisais pas tes erreurs.

Elle contourna Drago, observant le couloir désert de tout détenu à présent, presque déçue de ne plus avoir de victime à portée de baguette.

- J'avais espoir que tu sois plus un Black qu'un Malefoy, dit-elle, le ton faussement empli de déception. Mais le sang de ton père coule dans tes veines. Peut-être autant que sa couardise.

- Bien sûr. Parce qu'il n'y a aucun traitre à la cause chez les Black.

Elle se retourna violemment, son regard illuminé d'une lueur de folie.

- J'ai largement racheté les fautes de ces pourritures.

- Tout comme j'ai assez prouvé que je n'étais pas mon père.

Il y eut un silence qui parut une éternité à Drago. Il devait faire appel à toute sa volonté pour ne pas attraper sa baguette, pour ne pas montrer qu'elle l'inquiétait. Il devait dominer cette conversation, il ne devait pas montrer la moindre trace de perte de contrôle. C'était ça, le secret de sa maitrise, c'était ce qui avait sans doute joué pour que le maitre lui accorde une telle confiance.

Le visage de Bellatrix fut soudain fendue d'un grand sourire, affichant ses dents pourries. Aussi pourries que celles de Rookwood.

- Alors aucune raison de t'inquiéter de ma présence, je ne fais que passer pour ma visite de contrôle mensuelle. Et jouer un peu avec ta sang de bourbe.

Elle fit volte face, ses talons résonnant contre les murs gris.

- Ne t'inquiète pas, je te la laisserai en vie.


L'été était là. Hermione ne pouvait pas le nier maintenant qu'elle était en sueur en plein cagnard à devoir creuser la cavité censée accueillir les cadavres de ses camarades. Son cadavre à elle-aussi.

Elle avait toujours cru que les corps étaient brûlés, maintenant elle se demandait si c'était le cas de tous. Personne ne venait jamais si loin, et c'était tout à fait possible qu'on enterrait les cadavres de ses camarades. Ou du moins une partie.

Lorsque la sirène annonça enfin la fin de journée, elle se redressa trop brusquement, réveillant une horrible douleur dans son dos. Elle hissa sa pelle hors du trou, ignorant la douleur de ses épaules et se hissa à la surface à son tour. Il faisait bien un bon mètre de profondeur à présent. Sur deux mètres de largeur. Il lui restait donc une bonne trentaine de mètres à creuser. Elle serait sans doute morte avant de finir. Ses joues creuses et sa tête qui lui tournait trop souvent lorsqu'elle se redressait lui faisaient dire qu'elle n'en aurait pas pour longtemps.

Le garde qui la surveillait se leva, sans un mot, rangeant son carnet de mots croisés dans la poche au genou de son uniforme.

Elle avait travaillé toute la journée et toute la nuit, elle était complètement épuisée et aurait pu s'endormir debout. Elle avait surveillé l'allée menant à son trou toute la journée, pourtant Bellatrix n'était pas venue.

Pas encore, lui souffla sa conscience.

Plus Hermione se rapprochait du bâtiment, plus l'inquiétude grimpait. Et si elle l'attendait à l'entrée, pour mieux la surprendre et lui asséner les doloris dont elle avait le secret ?

Elle se rappelait encore de ce qu'elle lui avait fait subir dans le salon Malefoy quelques années auparavant. Elle leva la main, tâtonnant l'intérieur de sa nuque à la recherche de la cicatrice que Bellatrix lui avait laissé. Elle était encore bien visible, nette et blanchie par le temps, mais toujours là. Le couteau qui l'avait découpé lentement avait été aussi douloureux que les terribles doloris dont elle était capable et Hermione était presque sûre que le poignard devait être ensorcelé.

Elle accéléra le pas alors qu'ils passaient devant l'entrée du réfectoire. Hermione n'y allait jamais. Depuis son retour, elle n'avait aucun contact avec les autres. Isolée, elle mangeait seule dans sa cellule quand on daignait lui donner à manger, on la conduisait au travail plus tôt ou plus tard et lorsqu'elle avait le droit à une douche (ce qui s'était produit une seule fois et sans doute uniquement pour que Rookwood puisse la prendre entre 4 yeux), alors on s'assurait que tous les autres détenus soient déjà dans leurs cellules.

Elle aperçut Bellatrix qui discutait avec Rookwood, dans un coin du réfectoire et elle accéléra encore le pas. Ça y est, elle était hors de vue.

A peine dans sa cellule, Hermione ferma les yeux et elle n'entendit même pas la grille se refermer, elle s'était déjà endormie.

Lorsqu'elle se réveilla, un petit vent frais s'était levé, lui faisant du bien. Un plateau attendant dans un coin de la cellule, avec un gros morceau de pain et un pichet d'eau. Elle ne se fit pas prier et dévora son maigre repas qui lui donna l'impression de creuser son appétit plus encore.

Elle déglutit, ravalant ses larmes, prise d'un soudain élan de peine. Manger à sa faim lui manquait, Fred lui manquait, Ron et tous les autres aussi.

Et ces murs, cette cellule … ne lui avaient absolument pas manquer, bien au contraire.

Des pas feutrés se faisaient à peine entendre, désireux d'être discrets. Hermione se redressa, sur le qui-vive. Et si c'était Bellatrix ? Qui se frayait un chemin jusqu'à elle pour échapper à la vigilance de Drago ?

De ce que Rookwood avait dit, trop bavard, elle avait cru comprendre que Drago avait un semblant d'attachement à elle. Il avait tenu à la garder en vie et laisser Bellatrix l'approcher, c'était prendre le risque qu'elle y passe plus rapidement que prévu.

Un garde apparut devant sa cellule, et elle ne put retenir un soupir soulagé. Ce garde, c'était celui qui avait interrompu la petite séance d'intimidation de Rookwood lors de son dernier passage aux douches.

- Tu as le droit d'aller te laver ce soir, annonça-t-il en ouvrant la cellule d'un coup de baguette.

Hermione ne bougea pas. La dernière fois, c'était un piège de Rookwood. La sirène avait annoncé la fermeture des cellules, et Bellatrix était capable de la coincer dans la salle d'eau. A croire que c'était une spécialité du côté des partisans de Voldemort. Drago, Rookwood et peut-être Bellatrix …

Le garde dut lire sa méfiance sur son visage car il ajouta :

- Ordre du Général.

Hermione se leva avec prudence. Elle avait espoir que ce n'était pas un mensonge. Après tout, le garde l'avait tiré d'un mauvais pas quelques jours auparavant. Il ne mentait probablement pas, et ce n'était pas comme si elle avait le choix. Elle allait se dépêcher et retrouver aussi rapidement que possible la protection toute relative que lui accordait sa cellule que Bellatrix et Rookwood n'auraient pas trop de mal à trouver.

Hermione se jeta dans la douche à une vitesse impressionnante. L'eau froide lui fit un bien fou et elle dut prendre moins de deux minutes pour se laver et se rhabiller. Aussi confiante essayait-elle d'être, se rassurant à propos de la loyauté du garde qui devait toujours aller à Malefoy, elle ne pouvait pas s'empêcher de s'inquiéter de croiser la cinglée qui lui servait de tante ou Rookwood qui semblait nourrir une rancoeur sans faille et presque équivalente pour elle comme pour Drago. Elle boutonnait le premier bouton de sa chemise par-dessus son débardeur quand on s'engouffra brusquement d ans la petite cabine de douche, à l'abri des regards.

Son sang ne fit qu'un tour, elle leva le poing, prête à le jeter dans le visage de Bellatrix, mais à la place de la tignasse noire de Bellatrix, ce fut la chevelure blonde de Drago. Il attrapa son poing avant qu'il n'effleure sa joue, la plaquant contre le mur carrelé et usé. Il plaqua sa main sur sa bouche avant qu'elle n'ait le temps de dire quoique ce soit. Hermione avait l'impression que son coeur battait dans ses lèvres contre sa main froide.

- Arrête de te débattre, dit-il entre ses dents.

Hermione arracha son poing de sa prise et consentit à ne pas lui renvoyer en plein visage.

- Et surtout, tais-toi.

Il retira sa main de sa bouche et Hermione prit une longue inspiration. S'il y avait une visite qu'elle n'attendait pas, c'était bien la sienne.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

Il y eut un bruit à l'extérieur et il tourna brusquement la tête.

- Je n'ai pas le temps.

Il sortit sa baguette et Hermione eut un mouvement de recul mais elle ne pouvait pas s'éloigner plus, acculée contre le mur.

- Je n'ai pas le choix, souffla-t-il.

Il planta sa baguette dans la paume de sa main et sa peau se déchira, sanglante et douloureuse.

- Qu'est-ce que tu …

Drago attrapa la main de Hermione et sa baguette déchira la peau de la main de Hermione, lui tirant un gémissement de douleur.

- C'est le seul moyen.

Il attrapa sa main, la serrant avec trop d'énergie et Hermione fut traversée par un éclair de douleur si fugace qu'elle crut l'avoir imaginé une seconde.

Lorsqu'elle retira sa main de celle de Drago, brûlante, il n'y avait plus la moindre trace de sa blessure, ni de celle de Drago.

- Qu'est-ce que tu as fait ? Encore un de tes sortilèges tordus de magie noire ? Dit-elle d'une voix tremblante.

Et s'il avait posé un autre genre de croix invisible ?

- Oh crois-moi, tes états d'âme, ce sont bien les derniers de mes soucis, gronda-t-il. Tu auras tout le temps de me détester quand Bellatrix sera partie et que tu seras toujours en vie. Je ne peux pas toujours t'avoir sous les yeux. Alors tu te contenteras de ce que je te donne, petite ingrate.

Hermione se dégagea de sa prise, un peu irritée par son ton désagréable.

- Surtout, ne te fais pas remarquer. Et ne parle à personne de ma visite.

Il quitta la douche et Hermione sortit à son tour, finissant de boutonner sa chemise d'une main tremblante.

- Et tu veux que j'en parle à qui ? Je ne vois personne. Pas même toi …

Elle le vit serrer des dents, gardant le regard fixé sur l'entrée de la salle d'eau, sans doute inquiet qu'on puisse les surprendre. Elle se rappela de la discussion qu'elle avait surprise une fois, celle où elle avait cru comprendre que Drago n'était plus vraiment à la tête de la prison. Il était sous surveillance.

- Je dois y aller.

Hermione le retint avant qu'il ne puisse s'échapper dans un coup de vent.

- Attends.

Il s'arrêta. Pour la première fois depuis son retour, il ne s'écarta pas à son contact et le coeur de Hermione se gonfla un peu.

- Est-ce que c'est vrai ce que dit Rookwood ? Tu as passé un marché avec le Lord pour me garder en vie ?

Hermione connaissait suffisamment Drago pour savoir que le confronter avec ce genre de question ne lui apporterait aucune réponse. Il se mettrait en colère qu'elle ait pu avoir des informations qu'il ne lui avait pas révélé lui-même.

Toujours avoir le contrôle. Toujours tout maitrisé.

- ça te ferait plaisir, hein ? Dit-il avec aigreur, sans se retourner, ne lui laissant que le droit de voir son dos. Savoir que j'ai sacrifié quelque chose pour toi, malgré ta trahison. Ça te ferait plaisir, hein, de me voir sombrer pour une sang de bourbe comme toi ?

Hermione relâcha son bras, fébrile et le contourna pour lui faire face.

Il darda son regard gris plein de rancoeur dans le sien. Ses cheveux mouillés gouttaient dans sa nuque. Elle hésita une seconde, levant une main pour effleurer son visage. Il ne recula pas et elle osa ce geste qu'elle n'avait pas eu le courage d'avoir avant sa « trahison ».

Il ne s'écarta pas et Hermione murmura :

- Si tu avais lu la lettre, tu saurais que ce n'est pas le cas.

Elle écarta sa main. Des pas approchaient, feutrés. C'étaient ceux du garde qui l'avait emmené ici, Hermione en était quasi certaine.

- Partir, c'est ce que j'ai eu de plus difficile à faire depuis longtemps, Drago. Plus difficile que de suivre Harry dans sa quête des horcruxes, plus dure que ma vie ici. Plus dur que de revenir ici même si je savais que tu me détesterais.

Sa voix était à peine audible sur la fin. Les pas se rapprochaient. Drago retira sa main de son visage.

- Ta lettre, elle n'aurait pas résolu tous les problèmes, Granger. Quelques mots sur un parchemin, ça ne guérit pas une trahison comme la tienne, ça ne vaut pas les horreurs que m'a fait …

Il s'arrêta.

- Il faut que tu retournes dans ta cellule. Et que je retourne d'où je vienne aussi.

Il quitta la salle d'eau et murmura quelque chose au garde en passant, qui hocha de la tête.

- Il est temps de retourner dans ta cellule, dit le garde en tendant un bras dans la direction du couloir, l'invitant à prendre la route.


Hermione aurait aimé que l'intervention de Drago la rassure. Elle avait espoir que son air inquiétant suffirait à éloigner Bellatrix, mais encore une fois, il s'agissait d'une folle. Et les fous n'ont peur de rien. Alors ce n'était pas l'air menaçant de Drago qui l'aurait gardée éloignée de Hermione.

Il ne lui fallut qu'une journée pour trouver son lieu de travail et quand elle vit le garde aux mots croisés partir sans un mot, elle comprit que le piège se refermait autour d'elle. Une minute plus tard, Bellatrix apparaissait. Dans sa robe noire, elle avait tout de la présence maléfique qui vous faisait froid dans le dos. Hermione continua de creuser le trou, essayant de garder son calme.

- Voilà donc l'objet de ma visite.

Elle éclata de son rire de cinglée et Hermione frissonna. Elle serrait de toutes ses forces sa pelle, espérant pouvoir se défendre avec. Comme si elle pouvait faire quoique ce soit face à une baguette magique.

- Sors de là, dit-il, cessant brusquement de rire, son visage déformé par une expression de pure haine.

Elle sortit sa baguette crochue d'un pli de sa robe, finissant de convaincre Hermione d'obéir.

Elle se hissa hors de la crevasse, tenant toujours fermement sa pelle. Sa chemise avait changé de couleur, elle n'avait plus rien de blanc. La poussière lui collait au visage.

Elle recula d'un pas, essayant de mettre un peu de distance entre elle et Bellatrix, mais celle-ci combla aussitôt la distance. Elle leva la main et Hermione tressaillit alors que les ongles trop longs et sales de Bellatrix s'enfonçaient dans ses joues. Ce regard noir, la dernière fois qu'elle l'avait vu de si près, c'était sur le carrelage du manoir Malefoy.

A l'époque où Harry était toujours là.

La baguette se planta dans sa gorge et Hermione dut faire appel à toute sa volonté pour ne pas fermer les yeux. Elle ne ferait pas ce plaisir à Bellatrix Lestrange. Elle connaissait le personnage, elle savait comme elle prenait plaisir à voir la peur dans le regard de ses victimes.

- Qu'est-ce qu'il peut bien trouver à une puante comme toi ? Cracha-t-elle.

Sa baguette glissa dans la nuque, jusque dans ses cheveux coupés trop courts.

- Tu ne ressembles à rien. Avec tes cheveux hirsutes, tes yeux larmoyants. Et ton sang de pourriture.

Sa baguette disparut brusquement et elle dégaina un petit poignard à la lame recourbée. Le sang de Hermione ne fit qu'un tour. Ce couteau, elle s'en souvenait parfaitement, c'était celui qui lui avait déchiré le cou quelques années auparavant.

Bellatrix gloussa.

- Je vois que tu le reconnais.

Son rire s'étouffa dans sa gorge et elle recula, les sourcils froncés. Elle releva sa manche serrée sur son bras, dévoilant la marque noire et presque mouvante sur son bras, la marque des ténèbres.

Elle était appelée.

La frustration était visible sur son visage. La gifle qu'elle reçut lui égratigna la lèvre inférieure.

- Ne te réjouis pas trop. Je viens te retrouver dès que j'ai fini, dit-elle d'une voix vibrante. Rookwood avait raison. On doit s'occuper de toi au plus vite.

Elle fit volte face, prenant la direction de la prison, ses talons s'enfonçant dans le sol inégal, lui donnant une allure de canard empoté.

Hermione n'osa bouger que lorsque Bellatrix eut disparu à l'horizon. Elle passa une main tremblante sur son visage, essayant de retrouver contenance. Elle devait retourner dans le trou qu'elle creusait avant qu'un garde ne trouve le prétexte de lui lancer un doloris.

Elle attrapa sa pelle qu'elle avait laissé tomber et en se redressant, elle aperçut Drago de l'autre côté du grillage à quelques centaines de mètres. Il ne bougeait pas, la main crispée sur quelque chose à sa bouche. Sans doute une cigarette.

Il esquissa un geste vers sa veste. Il rangeait sa baguette. Il avait sans doute tout vu.


Drago tenait la lettre entre ses mains, soigneusement tenue fermée entre ses pouces et index, fixant les quelques lettres italiques qui s'y trouvaient.

Il crevait d'envie de la lire, cette putain de lettre. Alors pourquoi ne le faisait-il pas ?

Au fond, est-ce qu'il n'avait pas un peu peur de ce qu'il pourrait y lire ? De ce que ces mots pourraient lui faire ? Elle avait eu un effet terrible sur lui, à la fois grisant et effrayant. La chaleur qu'il ressentait dans son coeur lui faisait du bien, mais cette chaleur … elle donnait une énergie à sa conscience qu'il n'aimait pas. Sa conscience qui se rappelait de plus en plus souvent à lui, lui susurant qu'il n'allait pas dans la bonne direction.

Que s'il voulait la garder en vie … ce n'était pas ici qu'il y arriverait.

Et avec cette idée, se développait celle de …

Une violente douleur lui traversa les entrailles. La lettre glissa d'entre ses doigts et il plaqua une main sur son torse. Ses os lui donnaient l'impression de se broyer entre eux, tous ses muscles brûlaient, ses yeux allaient exploser.

Cette douleur, ce n'était pas la sienne.

- Granger.

Cette douleur, il la reconnaitrait entre toutes. C'était le doloris de sa tante. On n'oubliait pas une douleur pareille.

Il devait se dépêcher.

Il dut faire appel à toute sa volonté pour se précipiter dans les couloirs malgré la douleur. La seule chose qui le rassurait, c'était que s'il avait mal, c'est qu'elle était encore en vie.

Il déboula dans le couloir de la cellule de Granger. Elle était la seule du couloir, et maintenant, il regrettait cette décision. Peut-être que Bella n'aurait pas osé agir si trop de regards étaient posés sur elle.

Mais elle est folle, lui glissa sa conscience.

Rien ne pourrait l'arrêter.

Un gémissement. c'était le sien.

Il dégaina sa baguette et avant même de voir ce qui se passait, il envoya un sortilège d'une violence telle que Bella fut propulsée hors de la cellule, plusieurs mètres en arrière. Elle se releva à une vitesse impressionnante, dardant son regard mauvais sur son neveu.

- Pour qui tu te prends, petit morveux ?

D'un coup de baguette, la porte de la cellule de Hermione se referma. Il ne lui accorda pas un regard, ne lâchant pas sa tante des yeux.

- Pour celui que je suis. C'est encore ma prison. Et le Lord m'a donné le droit de la garder. Alors si je te vois l'approcher encore une fois, Bella, je peux t'assurer que tu ne veras pas le soleil se lever une autre fois.

Il se rapprocha.

Quand il était enfant, il la trouvait impressionnante. A présent, il était un homme. Elle était trop petite pour avoir l'air impressionnant. Il la dominait de toute sa hauteur et ses lèvres frémissaient. Elle avait peur. Et il n'y avait rien de plus satisfaisant pour Drago, éveiller chez sa tante, la peur qu'elle lui avait fait ressentir toute son enfance.

- Est-ce que j'ai été assez clair ?

- Je dirai au maitre que …

- Tu ne vivras pas assez longtemps pour lui rapporter quoique ce soit, sale petit cloporte, gronda-t-il. Touche la, Bellatrix … Touche le moindre de ses cheveux et je le saurai. Touche la et tu ne pourras plus jamais idolâtrer le maitre. Tu seras morte.

Il la poussa du bout de sa baguette, la forçant à s'éloigner de la cellule de Granger.

- Maintenant, casse-toi. Charge toi de la mission que le maitre t'a donné, c'est à dire t'assurer du bon fonctionnement de cette prison et rien d'autre. Ne te mêle pas de mes affaires.

Elle retenait ses paroles venimeuses, Drago le voyait et il n'y avait rien de plus satisfaisant que de la voir hésiter à agir. Il lui faisait peur.

Il avait changé depuis POudlard, il s'en rendait compte maintenant plus que jamais. Ce n'était pas lors des premières tortures qu'il avait infligé qu'il s'était rendu compte qu'il n'était plus le gosse de Poudlard, pas même lorsque le Lord le nomma Général, ni même lorsqu'il fut propulsé à la tête de cette prison.

Non, c'était maintenant. Maintenant qu'il arrivait à faire taire sa folle de tante qui ne se taisait jamais, qui n'avait peur de rien, si ce n'est de son maitre.

Finalement, peut-être que c'était un signal d'alarme. Qu'il devait s'inquiéter de réussir à faire taire Bella alors que personne d'autre que le Lord n'y arrivait.

Le bruit de ses pas s'éloignait à vive allure. Drago ne doutait pas une seconde qu'elle allait se défouler sur quelqu'un d'autre.

Il ferma les yeux une seconde, reprenant sa respiration et rangeant sa baguette. Ses dents lui faisaient encore mal à cause du sortilège de doloris. Fébrile, il rejoignit la cellule, terrifié de la retrouver inerte, l'esprit brisé comme Bella avait fait à certaines de ses victimes. Est-ce qu'elle avait réussi à éteindre son âme ?

Il tira doucement la porte de la cellule qui n'était pas verrouillé. Elle était recroquevillée sur elle-même, les épaules tremblantes. Au moins, elle était en vie. Il entra, s'accroupissant près d'elle. Il tendit une main mais la récupéra avant qu'elle ne le voit.

- Est-ce que ça va ?

Sa voix était rauque.

Elle se redressa à demi. Ses joues étaient baignées de larmes et ses yeux brillants. Elle essuya d'un geste tremblant les larmes sur son visage et hocha de la tête avec raideur.

- Co… Comment tu as …

Sa voix se brisa et elle ferma les yeux une seconde. Drago détourna le regard. Il ne pouvait pas. Il ne pouvait pas regarder sa peine. Parce qu'il devait faire face à sa propre culpabilité. C'était à cause de lui tout ça, et il n'y avait aucune solution.

S'il la voulait près de lui, elle devait souffrir, elle devait être en danger.

Et il ne pouvait pas se résigner à la laisser partir.

- J'ai entendu ce que tu lui as dit, dit-elle finalement.

Elle recula dans l'angle de sa cellule, les genoux serrés contre elle, les yeux clos.

- Tu ne pourras pas me garder en vie pour toujours, Drago.

Sa voix était atrocement éraillée. Drago savait pourquoi, parce qu'il avait eu le même effet sur tant de ses victimes. A force de hurler, la voix se brisait.

- On a déjà eu cette discussion, éluda-t-il en se relevant.

- Et tu n'acceptes pas la conclusion de cette discussion. Je mourrai.

Drago détestait la résignation dans sa voix, il détestait le ton morne qu'elle utilisait. Il n'y avait plus son feu Gryffondor dans sa voix, son espérance intarissable avait disparu.

- Je ne peux rien faire de plus que ce que je fais déjà, Granger. Rien. Il n'y a pas d'autre solution que celle-ci, s'irrita-t-il.

Il sortit de la cellule, claquant la porte avec trop de virulence.

Elle rouvrit les yeux, ses yeux bruns empreints de cette lueur qu'il aimait tant, celle de la vie, celle de la revanche. Sa combativité, il l'avait aimé et détesté à la fois. C'était peut-être ce qui lui avait rappelé Poudlard chez elle.

Cet air revanchard, il avait le même.

- Si, il y en a une, dit-elle, ses doigts se crispant sur ses genoux. Et je suis sûre que tu sais de quoi je parle.

- Je ne te relâcherai pas, gronda-t-il.

Les sourcils de la Gryffondor se froncèrent encore. Ses yeux bruns si chauds avaient retrouvé leur vie. Peut-être que ces quelques semaines loin de cette prison l'avait aidé à retrouver cette force qu'elle avait peu à peu perdu ici, à ses côtés. Il faisait cet effet à tous ceux qui l'approchaient.

Même aux plantes.

Elle se releva, devant s'appuyer contre le mur pour tenir debout.

- Je ne parle pas de moi, Drago. Je parle de quelqu'un d'autre.

Le sang de Drago ne fit qu'un tour.

- De quoi tu parles, sang de bourbe ?

Il aurait aimé garder cette question, parce que faire face à la réponse le terrifiait.

- Tu sais de qui je parle. Je parle de …

- La ferme, Granger, l'interrompit-il.

Non. Jamais personne ne devait prononcer son nom, personne ne devait jamais parler de ce secret. Mais est-ce qu'elle connaissait réellement son secret ? Comment était-ce possible ? Non, elle devait parler d'autre chose … ou peut-être pas.

- La ferme ou je te jure de te faire taire moi-même.

Il tourna les talons.

Dans quel guêpier s'était-il fourré ?