Le héros de paille

Dans les rues du quartier Sorcier, la foule était en délire. En effet, le Sauveur, Ronald Weasley, venait de faire son apparition sur Diagon Alley. Depuis trois ans que Voldemort avait été défait définitivement, c'était à chaque fois le même cirque.

-Honnêtement, pourquoi lui ? fit Ginny. Sérieusement, tu n'aurais pas pu choisir quelqu'un de moins stupide ?

Pour toute réponse, Harry sourit et observa la foule en contrebas en liesse à la vue de leur idole depuis la terrasse d'un restaurant huppé qui donnait sur l'artère commerçante.

Après que Voldemort lui ait lancé le sort de mort et qu'il ait abandonné le corps dans la Forêt Interdite, Harry s'était réveillé et avait rapidement élaboré un plan pour le tuer. Il avait fait connaître sa présence dans la Grande Salle, faisant reprendre les combats, puis il s'était approché d'Hermione, avait lancé un puissant Bouclier autour d'eux et avait collé ses lèvres contre les siennes. Ainsi, il avait pu lui murmurer ses instructions sans que qui que ce soit ne s'en doute, trop choqués par le baiser. Il s'était ensuite enfui, poursuivi à la fois par Voldemort mais également par Ron, furieux qu'Harry embrasse sa future petite-amie sous ses yeux. Dédaignant le mage noir, le roux s'était précipité sur le brun et lui avait balancé des sorts pour se venger. L'un d'entre eux avait tué Voldemort …

Et depuis, Ronald Weasley était le Sauveur.

-Pourquoi lui ? répéta Ginny

-Honnêtement, est-ce que tu aimerais avoir un ami qui te tournerait le dos à chaque fois que tu es une nouvelle fois victime de quelque chose qui te tombe dessus ? demanda Harry. J'ai vu qui était réellement Ron dès que mon nom est sorti de la Coupe de Feu et depuis, je ne lui fais plus confiance.

-Pourtant, tu l'as emmené avec toi quand tu as dû échapper aux Death Eaters après le mariage de Bill, non ? pointa Ginny

-Parce que je ne pouvais pas m'en débarrasser, ricana douloureusement Harry. Il a décrété tout seul qu'il nous accompagnerait Hermione et moi et pas un seul jour, il ne se plaignait pas du confort de sa maison ou de la bonne nourriture de sa mère.

-Tu as vu ce que j'endurais depuis des années, railla Ginny.

-J'avais déjà établi que je pouvais très bien me passer de la « reconnaissance » des Sorciers anglais, continua Harry. Quand Ron est parti, Hermione et moi avons mis au point ce plan. Enfin, les grandes lignes. Surtout pour casser du sucre sur son dos.

-Qu'est-ce qui s'est passé exactement ? demanda Ginny

-Voldemort lui a fait rencontrer le mur avant même qu'il ait eu le temps de me lancer un sort, ricana Harry. Tu me connais, je serais capable de sauver un ennemi si je le pouvais alors j'ai réagi et comme nos baguettes ne pouvaient pas s'attaquer, ça s'est transformé en duel de volonté. Que j'ai gagné. Et il est mort.

-Et comment ça s'est transformé en histoire dont Ron est le héros ? railla Ginny

-Il se pourrait que je me sois écroulé quand il a repris connaissance, hésita faussement Harry. Ah, et aussi que je ne n'ai pas donné ma version de l'histoire. De quoi tu te plains ? Ton frère est un héros !

-Il ne se sent plus péter, oui ! grogna Ginny. J'ai dû squatter chez les Ravenclaw pour ne pas voir à le tuer à force de l'entendre répéter encore et encore comment il a tué Voldemort. Je me suis littéralement enfuie chez Fred et Georges pour ne pas qu'il me bassine avec cette histoire une fois l'école terminée. Plus personne ne va à la maison. Même papa fait des heures supplémentaires pour ne plus l'entendre ! Il n'y a que maman qui estime qu'il est la neuvième merveille du monde !

Harry éclata de rire devant l'agacement de la rousse.

-Désolé mais pour moi, c'est tout bénef ! sourit Harry. Plus personne ne s'occupe de tous mes faits et gestes, je peux enfin vivre ma vie sans avoir l'impression que je dois demander la permission pour chaque chose que je fais et cerise sur le gâteau, je peux faire payer toutes les personnes qui s'en sont prises à moi sans qu'on me taxe d'ingratitude.

Ginny sourit. En effet, dès que l'euphorie de la chute de Voldemort s'était calmée, Harry avait déposé plainte contre Rita Skeeter pour diffamation et Dolorès Umbrige pour actes de barbarie et torture sur mineurs. Bien entendu, pour que ça ait plus de poids, il avait directement saisi le Conseil International des Sorciers. Depuis un an, les deux Sorcières avaient été condamnées à des peines de prison exemplaires – cinquante ans pour Skeeter et la perpétuité à Azkaban pour Umbridge – et Harry dormait largement mieux la nuit.

-J'imagine leur tête quand ils vont découvrir que ce n'est pas Ron qui a tué Voldemort, pouffa Ginny.

-Tu vas être exaucée, sourit Harry en faisant glisser un livre vers elle. Le pire, c'est que Ron ne pourra même pas m'attaquer pour diffamation puisque je quitte le pays dans deux jours et que le livre porte le sceau du CIS.

Ginny lut le titre.

Les dérives d'une nation qui ne veut pas évoluer

L'histoire de Voldemort

Compte-rendu sous serment magique de l'audience explicative au Conseil International des Sorciers
par Harry Potter