La mort de Voldemort
Finalement, Voldemort s'était rangé à l'avis de Peter Pettigrow et avait utilisé Bertha Jorkins pour retrouver un corps.
Dans la maison de son géniteur, il était resté quelques jours au calme, sans personne pour parasiter ses pensées.
Durant toute la période où il a erré sous forme d'esprit puis quand il a pu récupérer un semblant de corps, il avait partagé la vie d'un enfant abusé. Le pire, au fil des années, c'était qu'il avait compris qu'il l'était par sa propre famille ! Quand il était arrivé à Hogwarts greffé au crâne de Quirinus Quirell, il ne lui avait pas fallu que quelques instants pour mettre un nom sur l'esprit dont il voyait la vie misérable : Harry Potter. Contre son gré, il avait été admiratif que personne ne pouvait se doutait de sa vie hors de ses murs.
Il fallait dire aussi que tout le monde était aveuglé par son statut de Survivant et ne voulait pas se rendre compte qu'il dérogeait largement de l'image fantasmé qu'ils en avaient.
Les années suivantes, outre le fait qu'il cherchait par tous les moyens de retrouver forme humaine, il s'était interrogé sur la raison pour laquelle il pouvait voir la vie de celui qui était à l'origine de sa chute. Il n'avait pas cherché midi à quatorze heures pour comprendre qu'il avait créé un lien magique avec lui au moment où il avait voulu le tuer. Plus le temps passait, moins il avait envie de le tuer.
Par ailleurs, il en avait profité pour prendre possession de Sorciers pour de courtes durées – il avait appris la leçon avec Quirell – pour se renseigner sur l'impact qu'il avait réellement eu sur la société Sorcière quand il avait essayé de prendre le pouvoir.
Et le constat avait été désolant.
Les Sang Pur dont il se targuait de vouloir rétablir les droits étaient de plus en plus ostracisés. Les Nés Moldus repartaient encore plus vite dans leur monde d'origine puisque rien n'était fait pour les intégrer durablement dans le monde Sorcier.
Dumbledore faisait toujours sa loi depuis les hauteurs d'Hogwarts.
Pire, il façonnait sa future marionnette pour le vaincre une fois qu'il serait de retour.
Les plans du vieux Sorcier n'avaient pas été compliqués à comprendre. Isolé du monde Sorcier à la fois par son placement dans une famille Moldue et par sa célébrité, Harry Potter ne semblait pouvoir compter que sur Albus Dumbledore pour avancer dans la vie. Ce dernier, par des épreuves soigneusement orchestrées – il ne fallait pas être devin pour comprendre que si Quirell avait pu entrer à l'école possédé, c'était uniquement parce que le directeur le voulait bien – avait créé son champion de toute pièce pour qu'il corresponde exactement à ce qu'il voulait.
Le Sorcier ressuscité avait également compris le potentiel d'Harry Potter une fois sacrifié « pour le plus grand Bien » : les richesses des Potter, léguées sans que le dernier héritier n'en sache rien, pour la reconstruction du monde Sorcier, pourraient parfaitement servir à remplir les poches de ceux qui s'étaient tourné les pouces.
Enfin bref.
Son but premier, avant même de réformer la société Sorcière anglaise, était de détrôner Albus Dumbledore qui maintenait le pays dans un immobilisme malsain, le renfermant sur lui-même. Il avait finalement compris que la manière dont il s'y était prise pour briser cet engrenage infernal n'avait fait que le consolider. Non, il lui fallait une autre solution. Et pour cela, il allait réparer l'une de ses plus grandes erreurs, les Horcruxes. Il les avait répartis sous la gardes de ses plus fervents Death Eaters pour plus de sécurité mais heureusement pour lui, quand il faisait des recherches, il ne s'arrêtait pas au but qu'il s'était fixé, il en faisait le tour.
Maintenant, il lui fallait un plan pour prendre Dumbledore à son propre piège.
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Harry était surpris de recevoir une lettre alors qu'il marchait tranquillement dans les couloirs. Il avait préféré s'éloigner de ses amis, entre Ron qui rêvait de participer au Tournoi des Trois Sorciers et Hermione qui lui listait toutes les raisons pour lesquelles c'était une mauvaise idée.
Méfiant depuis qu'il était entré dans le monde Sorcier, il testa la lettre et nota qu'elle n'était ni ensorcelée, ni empoisonnée. Il l'ouvrit.
Harry Potter,
Je sais que tu es surpris que je t'écrive mais nous n'avons pas beaucoup de temps.
Tu es le seul à pouvoir dire sans mentir que je suis encore vivant. Rassure-toi, je n'ai pas l'intention de revenir mettre le pays à feu et à sang. Tu n'es pas obligé de me croire sur parole mais c'est la vérité.
Pour prouver ma bonne foi, tu pourras me rencontrer chez les Gobelins. J'ai accepté qu'ils me gardent en captivité jusqu'à que nous trouvions une solution aux divers problèmes que j'ai créés … ou que j'ai fait remonter à la surface.
J'aimerai entretenir une correspondance avec toi. J'aimerai connaître le Sorcier derrière l'idole et je pense qu'il serait temps que tu apprennes qui est réellement celui qu'on t'a désigné comme ennemi sans les œillères de ceux qui te sont « de bon conseil ».
La balle est dans ton camp.
Tom Riddle a. k. a. Voldemort
P.S. : Chaque enfant Sorcier doit avoir un entretien privé avec le gestionnaire de son coffre qui lui remets la clé de son coffre personnel en personne et l'informe éventuellement de ses possessions. Si tu ne me crois pas, demande à de vrais Sang Pur, comme le jeune Longbottom. Lui, tu ne pourras dire qu'il croit en moi, non ?
Harry écarquilla des yeux. Si le post-scriptum était vrai, alors il y avait une entourloupe qu'il n'aurait jamais soupçonnée. Le brun se rendit dans la Grande Salle et intercepta Neville avant qu'il n'entre.
-Neville, j'aurais une question … un peu délicate, on peut dire, hésita Harry.
-Vas-y, je t'écoute, sourit Neville.
-Je ne sais pas si mes parents avaient des biens … avoua Harry.
-Le Gardien des coffres des Potter ne t'a rien dit ? s'étonna Neville. C'est bizarre, il aurait dû avoir un entretien avec toi à tes onze ans, même si tu as tes parents qui sont encore vivants. En plus, en tant que dernier membre de la famille Potter, tu vas être à la tête d'une fortune colossale et ça ne se gère pas tout seul !
Harry tressaillait et Neville plissa des yeux.
-Harry … tu sais que ton père est issu d'une famille Sang Pur avec un siège héréditaire au Magenmagot ? demanda Neville
-Non … souffla Harry.
-Mais qu'est-ce que ton gardien t'a dit quand tu y es allé à ton onzième anniversaire ? pesta Neville
-Rien, répondit Harry. On m'a juste conduit à mon coffre pour que je retire de l'argent. C'était Hagrid qui avait ma clé.
-Harry … fit lentement Neville. Une clé est personnelle et nominative. Personne ne peut la prendre à ta place sauf avec ta permission. Hagrid n'aurait jamais dû te la donner et il n'aurait jamais dû l'avoir. Tu n'imagines toutes les conséquences …
Si, songea Harry. Que Voldemort a raison.
Et donc, qu'on lui avait volontairement caché ce qu'il était réellement. Le brun n'avait pas à chercher bien loin pour comprendre qui pouvait être à l'origine de toute cette manipulation. Il n'y avait qu'une seule personne qui avait son éducation dans le creux de la main et qui la malmenait depuis le début.
Le regard d'Harry s'étrécit. Comme d'habitude, les adultes étaient désespérants de stupidité. Il était donc inutile de leur faire confiance.
-Je pense qu'il y a beaucoup de choses que tu dois m'apprendre, déclara Harry. Parce que je ne sais rien du monde Sorcier.
-Mais Ron … protesta Neville.
-On parle du type qui croit que les Slytherin sont le mal incarné, renifla Harry. J'ai besoin d'informations fiables et non vues à travers des préjugés. Tu peux m'aider ?
-Bien sûr, répondit Neville.
Tous les deux savaient qu'ils avaient fait un grand pas dans leur amitié. Et Harry savait que désormais, il aurait une personne à qui écrire pour lui montrer la face cachée du monde Sorcier et d'Albus Dumbledore …
