La reconnaissance a ses limites

Harry s'était senti partir après qu'il ait jeté le journal de Riddle pour que le Basilic le morde. Le venin se propageait rapidement dans son corps et il songea qu'au moins, Hogwarts ne fermerait pas définitivement ses portes.

Soudain, il se réveilla dans un endroit inconnu. Il s'examina sous toutes les coutures et nota qu'il n'avait plus aucune blessure et qu'il ne portait même pas son uniforme.

-Mais où je suis ? s'étonna à voix haute Harry

-Dans les limbes, fit une voix.

Le garçon se retourna et resta bouche bée.

-Maman ?! Alors ça veut dire que je suis mort ?

-Pas encore, sourit Lily. Viens là, il y a deux choses que je rêve de faire.

Choqué, Harry s'avança pour que Lily le prenne dans ses bras. L'étreinte d'une mère était vraiment quelque chose d'exceptionnel.

Sa gifle aussi.

Le brun se recula, ébahi.

-Mais … Pourquoi ? haleta Harry

-Parce que ça me démangeait, grogna Lily. Je sais que Tunie n'est pas la plus aimante des tantes mais quelle est la seule leçon qu'elle ne t'ait jamais apprise ?

Harry se rappela alors la seule fois qu'il avait appelé sa tante Pétunia « maman ».

-Tes parents sont morts, avait asséné Pétunia. Tu ne pourras compter que sur toi-même pour être qui tu veux dans ta vie. Je vais te donner les outils pour que tu puisses te débrouiller tout seul mais ne fais jamais confiance à qui que ce soit sans qu'il ait fait ses preuves.

Il avait à peine quatre ans.

Et sans le savoir, il avait suivi cette règle immuable. Il lui avait fait confiance pour le tenir éloigné de Vernon. Pour que Dudley ne s'acharne pas sur lui quand elle était là. Pour qu'il devienne le plus vite possible indépendant.

Certes, elle ne l'avait pas aimé mais elle l'avait formé pour la vie, même si elle n'avait jamais voulu l'avoir sous son toit. Elle avait rempli son job de tutrice.

-Bien, sourit Lily alors qu'il se remémorait la scène. Tu peux donc m'expliquer pourquoi tu fais aveuglément confiance au professeur Dumbledore ?

-Mais c'est le directeur ! protesta Harry

-Tu étais censé être en sécurité avec Vernon mais est-ce que tu lui fais confiance ? pointa Lily

-Jamais ! se rebiffa Harry

-Alors réponds à ma question, fit Lily.

-Euh … fit Harry.

Et il se tut. Parce que même s'il était le directeur d'Hogwarts, le président du Magenmagot et le grand Manitou de Grande Bretagne, Albus Dumbledore n'avait rien fait pour mériter sa confiance.

Pire, il était coupable de négligence sur sa personne car il se vantait de l'avoir déposé chez Pétunia en toute connaissance de cause.

-On y arrive, railla Lily. Tu es bien comme ton père, dès qu'on lui désigne qui est gentil et qui est méchant, il ne remet rien en cause. Dès qu'Hagrid t'a dit que Dumbledore était la seule personne que Voldemort craignait, pour toi il est devenu Dieu. Sans même que tu te demandes pourquoi il laisse les élèves rentrer dans leurs salles communes alors qu'un Troll se promène dans les couloirs et qu'il aurait été bien plus sécuritaire de les laisser dans la Grande Salle. Sans même que tu te demandes pourquoi aucune enquête n'a été faite sur la raison pour laquelle ton balai est devenu fou. Sans même que tu te demandes pourquoi la Pierre Philosophale s'est retrouvée cachée dans une école pleine d'enfants et que tu aies pu apprendre son existence et son emplacement sans grandes difficultés. Sans même que tu te demandes comment trois gosses ont pu passer des épreuves censées arrêter toute personne qui voudrait prendre cette Pierre. Et je ne parle même pas de ce qui s'est passé cette année. Dis-moi, cher fils, quand as-tu cessé de te méfier du monde ?

Cela frappa Harry de plein fouet. C'était vrai, lui qui était tellement sur ses gardes à cause de ce que Vernon et Dudley pourraient lui faire, quand avait-il arrêté de se préoccuper de sa sécurité pour assurer celle des autres ? Ce n'était et ça n'avait jamais été son rôle ! Mais il savait également que les adultes pouvaient être désespérants quand il s'agissait de sa sécurité …

-Ce n'est pas faux, concéda Lily qui semblait suivre ses pensées. Mais si on revient sur ce qui s'est passé pendant ta première année, je ne crois pas que tu avais d'obligation envers la Pierre Philosophale. Certes, Voldemort la voulait mais ton rôle s'était arrêté au moment où tu as prévenu McGonagall qu'on voulait la voler. Tu n'étais pas obligé d'aller chercher cette Pierre.

-Mais sinon … protesta Harry.

-Qu'est-ce qui aurait empêché Dumbledore de simplement la changer de coffre ? pointa Lily. Les Gobelins sont toujours très soigneux des trésors qu'ils gardent et si tu te souviens bien, celui qui avait voulu les cambrioler n'a même pas eu le temps de profiter de son forfait. Il était donc inutile de la faire sortir de la banque par la personne la moins fiable du monde pour bien montrer que la Pierre serait désormais à Hogwarts. Je ne parle même pas de la mise en garde au banquet de la rentrée. Elle ne servait qu'à dire où se trouvait la Pierre, pas à protéger les élèves.

Harry réfléchit. Oui, c'était logique de ce point de vue.

-Maintenant que tu as récupéré ton cerveau, railla Lily, il serait temps que tu regardes le monde Sorcier tel qu'il l'est et non pas comme certains voudraient qu'ils le voient. Les Slytherin sont les méchants, les Gryffindor les gentils ? Depuis quand tout est si évident ?

-Maman … fit Harry.

-Oh, il ne me reste pas beaucoup de temps, nota Lily. Dernière chose, Harry. Pourquoi ce sont les autres qui doivent te dire qui est ta famille ? Maintenant que tu sais que nous avons vécu dans ce monde, pourquoi tu ne fais pas de recherches ?

-Mais il y a tellement de choses à faire ! se plaignit Harry

-Oh, vraiment ? railla Lily. Ta priorité est donc de t'amuser et de jouer alors que tu sais parfaitement que le savoir est le pouvoir ? J'en veux à Tunie, ne te méprends pas, mais quand as-tu eu le temps d'être un enfant ? Est-ce que le monde Sorcier te laisse être un enfant ? Te laisse être toi et non une idole sans peur et sans reproche ?

-Non … souffla Harry.

-Viens là, mon chéri, sourit tendrement Lily.

-Tu ne vas pas me frapper encore une fois ? se méfia Harry

Lily éclata de rire.

-Non, tu n'en as plus besoin, dit Lily en le prenant dans ses bras. J'aimerai que tu fasses plusieurs choses pour moi une fois que tu seras revenu.

-Je ne vais pas rester ? souffla Harry

-Tu as beaucoup de choses à vivre, rappela Lily. Donc, j'aimerai que tu fasses quelques choses. S'il te plait ?

-Je vais voir ce que je peux faire, marmonna Harry.

-D'abord, commence par te renseigner par toi-même sur le monde Sorcier sans que qui que ce soit ne s'en doute, fit Lily. Et pas uniquement dans les lieux politiquement corrects. L'Allée des Embrumes n'est pas aussi mal famée qu'on veut te le faire croire, demande aux véritables Sang Pur.

-Mais je suis ami avec un Sang Pur ! s'écria Harry. Ronald Weasley !

-Alors tu peux me dire pourquoi il ne t'a jamais dit que tu étais également Sang Pur ? pointa Lily

-J'en suis un ? sursauta Harry. Je croyais que j'étais un Sang Mêlé !

-Si j'étais une Moldue, oui, confirma Lily. Mais je suis une Sorcière Née Moldue donc tu es Sang Pur par ton père. Et ça, tout le monde Sorcier le sait. Comme tout le monde sait pourquoi on appelle les Prewett « traîtres à leur sang ».

-Ce ne sont pas les Weasley ? s'étonna Harry

-Oh que non, assura Lily. Et ça, tu l'aurais su si tu avais fait tes recherches toi-même. D'ailleurs, quand as-tu arrêté de travailler pour toi-même ? C'est bien d'avoir une amie qui adore farfouiller dans les livres mais elle aura toujours une interprétation différente de la tienne, d'autant plus qu'elle n'est qu'une simple Née Moldue alors qu'à terme, tu devras gérer un clan entier, celui des Potter.

-Tu es en train de me dire que je devrais m'éloigner de mes amis ? demanda tristement Harry

-Non, que tu te demandes s'ils sont vraiment là pour toi ou pour le Survivant, corrigea Lily. Je me demande bien comment tu peux avoir toute confiance en quelqu'un qui, dès qu'il a appris ton nom, a exigé de voir ta cicatrice sans même se présenter ou qui pique des crises de jalousie parce que tu es plus riche que lui alors que tout le monde le sait. Ou encore une autre qui prétend te connaître parce qu'elle a lu tous les livres qui parlent de toi alors que tu as grandi caché dans le monde Moldu sans aucun contact avec le monde Sorcier. Je veux simplement que tu te poses les bonnes questions. Car s'ils sont tes amis, ils vont te suivre une partie de ta vie et il ne faut pas que pour une raison futile ils te fassent défaut alors que tu comptais sur eux.

La rousse lui caressa les cheveux.

-Et pour Dumbledore ? demanda Harry

Lily soupira.

-Je veux que tu fasses extrêmement attention à qui on te désigne « gentil » et qui on te désigne « méchant », souffla Lily. Ton ami Ronald prétend que le fils Malfoy est un Death Eater alors qu'il n'est qu'un gosse comme toi qui a eu une éducation différente de la tienne. Severus est un homme extrêmement amer qui te fait payer le fait d'être le fils de ton père mais d'une fidélité sans faille. Dumbledore semble être un mentor pour toi … mais il ne te donne pas les armes pour gagner ta place dans le monde Sorcier. Demande simplement à un Sang Pur ce qu'il doit savoir à onze ans et tu verras qu'en tant que garant Sorcier, il a failli à sa tâche.

Harry se sentit partir.

-Maman ! s'écria Harry

-Réfléchis à tout ce que je t'ai dit, fit Lily. Et sache que quoi que tu fasses, ton père et moi seront toujours fier de toi. Tu dois faire ta vie en fonction de toi, pas en fonction de ce qu'on aurait pensé. Nous sommes morts pour te protéger, ne laisse personne te manipuler en notre nom. Tu dois vivre pour toi et pas pour les autres ! Je t'aime !

L'instant suivant, Harry ouvrit les yeux et reconnut le plafond de l'infirmerie. Un trille joyeux retentit dans l'obscurité et un oiseau flamboyant vint se poser au-dessus de sa tête.

-Fawkes … souffla Harry.

Il tendit la main pour demander l'autorisation de le caresser et quand le phénix s'approcha, il passa une main douce sur ses plumes.

-Maman a raison, murmura Harry. J'ai laissé tomber toutes mes barrières en arrivant dans le monde Sorcier. Il est temps que je me reprenne en main.

Il nota alors qu'il portait encore son uniforme déchiré et la morsure du Basilic était encore luisante de sang.

-J'imagine que c'est toi qui m'a ramené ici, sourit Harry. Et que Ginny se trouve encore en-dessous. Tu penses qu'on devrait aller la chercher ?

Un trille mécontent lui répondit.

-Oui, tu as raison, attendons qu'on me trouve avant que je ne te suggère d'aller la récupérer, fit Harry. Il ne manquerait plus qu'elle pense que je suis venu la secourir comme un prince charmant irait au secours de la princesse alors qu'elle s'est mis toute seule dans cette galère …