Grandir

Ça l'avait frappé d'un coup.

Harry était en train de leur raconter sa rencontre avec Remus Lupin, leur professeur de Défense contre les Forces du Mal et leur avait appris qu'il était également un ami proche de ses parents.

Un ami proche de ses parents.

Un maelström de pensées avait fait alors rage dans la tête de Ron et alors qu'Hermione bombardait Harry de questions, il se surprit à le regarder plus attentivement.

Pas le Survivant. Pas Harry Potter.

Simplement Harry.

A sa connaissance, on ne pouvait pas se réjouir d'apprendre qu'il venait de retrouver un ami de ses parents. Du haut de ses treize ans, Ron se foutait royalement des amis de ses parents parce qu'eux-mêmes ne les côtoyaient pas si souvent que cela. Mais pas Harry. Parce qu'il pourrait enfin connaître par procuration ses parents.

Il l'avait également noté, Harry ne savait quasiment rien de ses parents. Le brun avait été très clair, sa tante et son oncle ne les avaient jamais appréciés et le roux en avait déduit qu'ils n'appréciaient guère son ami non plus. En retour, il ne parlait jamais d'eux, du moins positivement. Et même là, il disait que le strict minimum.

Ron se souvenait du moment où ses frères et lui étaient venus le chercher chez lui après que leurs lettres n'aient pas eu de réponse. Il avait vu les barreaux à la fenêtre et contrairement à ce que ses frères pensaient, il avait aussi vu l'intérieur de la chambre. Il savait qu'il avait des meubles de seconde main mais Harry, lui – Harry Potter, quand même ! – n'avait que des meubles bons pour la poubelle. Et les rares vêtements qu'il avait et qu'il acceptait de porter ! Ils n'étaient clairement pas à sa taille et pourtant, il s'acharnait à les porter, comme s'il était habitué ou qu'il n'avait connu que ça. Mais il était riche !

Ron ne se voilait pas la face, il avait toujours jalousé son ami qui restait l'héritier d'une famille Sang Pur aisée mais qui ne faisait pas mine de vouloir dépenser son argent. Bizarrement, Harry semblait croire que son coffre personnel était le seul qu'il aurait toute sa vie et donc, ne s'achetait que le strict nécessaire. A sa place, sachant que les coffres ancestraux des Potter renflouaient au moins une fois par an son propre coffre, il se serait fait largement plaisir.

Et si …

Et s'il ne savait pas ? Cela expliquerait beaucoup de choses, à commencer par sa méconnaissance du monde Sorcier. La rumeur la plus tenace sur l'enfance d'Harry était qu'il avait été élevé dans le plus grand secret par une famille aimante et qu'il reviendrait dans le monde Sorcier quand il entrerait à Hogwarts. On pouvait honnêtement oublier la famille aimante puisque les Dursley ne semblaient pas être les personnes préférées d'Harry et pas parce qu'ils ne le pourrissaient pas. Dans le plus grand secret, ses frères et lui avaient pu facilement trouver où il habitait et comme personne ne les avait vu ou n'avait su qu'ils avaient récupéré Harry alors on pouvait en déduire qu'il n'y avait pas de protections magiques autour de son ami.

Mais ce qui gênait le plus Ron, c'était que tous les Sorciers concédaient qu'Harry serait éduqué dans la connaissance du monde Sorcier.

Alors que c'était faux.

Harry était une page vierge quand il avait mis les pieds sur le quai 9 ¾ pour la première fois. Il ne savait pas écrire avec une plume, ne connaissait pas de nom les sorts les plus basiques, les personnages les plus célèbres. Il ne connaissait pas la tarte à la mélasse, le jus de citrouille et bien d'autres plats typiquement Sorciers.

Il ne savait pas qu'il était célèbre, qu'on lui devait la paix après la disparition de Vous Savez Qui.

Il ne savait pas qui était ses parents.

Et il n'avait personne pour le lui expliquer, le soutenir, être sa famille.

Pour les Weasley, le tuteur magique d'Harry était Albus Dumbeldore. Mais Ron s'en apercevait maintenant, il n'avait pas préparé Harry à sa vie dans le monde Sorcier. Il était comme Hermione, à découvrir sa nouvelle nature alors qu'il était né de parents Sorciers.

Si on voulait être gentil, on aurait pu croire que le directeur attendait que le brun entre à Hogwarts pour faire son éducation Sorcière mais on était maintenant en troisième année et les connaissances d'Harry étaient toujours les mêmes que celles d'Hermione.

On voulait garder Harry dans l'ignorance. Et c'était injuste.

Ron enleva ses œillères et comprit que son ami n'était pas du tout à envier. Seul au monde, il s'était battu deux années de suite pour protéger une école de la fermeture alors que c'était le contraire qui aurait dû se passer. Tous les Sorciers savaient ce à quoi était destiné Harry mais aucun adulte ne faisait mine de lui donner les armes pour que sa vie future se passe bien, Albus Dumbledore le premier.

Et lui il lui en voulait pour des broutilles !

Il se souvenait avoir très mal réagi quand il avait appris qu'Harry parlait aux serpents. Certes, c'était une aptitude noire mais c'était surtout une capacité innée ! Ce n'était pas la faute d'Harry ! Et puis, il connaissait son ami, il ne pourrait jamais devenir un mage noir !

Alors qu'il avait laissé Hermione et Harry à la bibliothèque, Ron se rendit dans la salle commune des Gryffindor. Sa tête était prête à exploser et il fallait absolument qu'il en parle. Percy, c'était hors de question mais Fred et Georges, peut-être. C'était des fauteurs de troubles mais si le sujet était sérieux, ils seraient là. Son regard passa sur Neville et là, il eut l'illumination.

-Neville ? fit Ron. Tu peux venir, je dois te parler.

-OK, fit Neville en se levant.

Tous les deux se dirigèrent vers les jumeaux Weasley qui allaient lancer une blague mais en avisant l'air sérieux de leur frère, ils se turent.

-J'ai besoin que vous nous isoliez, demanda Ron.

Intrigués, Fred et Georges obéirent.

-Je sais que vous me reprochez tous ma jalousie, commença Ron. Que vous estimez que je ne suis pas un véritable ami pour Harry.

Il vit que les autres allaient réagir mais il leva la main.

-Ce n'est pas la peine de me mentir, coupa Ron. Je me rends compte que je ne n'étais pas génial. Mais ce n'est pas le problème. Je me suis aperçu qu'Harry ne savait rien du monde Sorcier.

-Il a vécu dans le monde Moldu, rappela Georges.

-Justement ! pointa Ron. Lily Potter était une Née Moldue. James Potter était Né Sorcier, Sang Pur même. En toute logique, il aurait dû vivre dans le monde Sorcier, dans une famille Sang Pur même, chez ses plus proches parents, ce que nous sommes tous.

-Il n'a pas tort, hésita Neville. Grand-mère s'est toujours étonnée qu'il n'ait pas été confié à une famille Sang Pur reconnue. Et à chaque fois que je lui parle d'Harry, elle fronce des sourcils, comme si quelque chose la gênait. Mais je ne sais pas quoi.

-Je crois savoir, fit Ron. C'est parce qu'Harry Potter est un Né Moldu.

-Non ! s'exclama Fred. C'est un Sang …

Il se figea, l'illumination se faisant dans son esprit.

-C'est un Sang Pur mais il n'en a pas l'éducation, termina Ron. C'est un Sorcier né de parents Sorciers qui n'en a pas l'éducation. Et qui n'en aura pas.

-Parce qu'Hogwarts ne la fournit pas, estimant que c'est le rôle des parents, chuchota Neville, l'horreur se peignant sur son visage.

-Mais les Potter savaient qu'ils risquaient de mourir, fronça des sourcils Georges. Ils ont dû prévoir quelque chose !

-Quoi qu'ils aient prévu, ça ne s'est pas fait, lâcha Neville. Et s'il ne sait rien, il va tout perdre, y compris tout ce qui faisait ses parents. Qu'est-ce qu'on peut faire ?

-Je pense qu'en premier lieu, il faudrait voir ce que les Gobelins en disent, fit Ron. Ils gardent tous les testaments, non ?

-Ils sont les gardiens des héritages quand les futurs lords sont mineurs, répondit Neville.

-Et le directeur ne l'autorisera pas à aller chez les Gobelins sans escorte, grogna Fred. Sauf s'il est présent en tant que tuteur magique …

-Impossible ! bondit Neville. En tant que directeur d'Hogwarts, il ne peut pas être tuteur magique d'un élève !

Les jumeaux se regardèrent, se parlant sans un mot.

-Il y a une entourloupe quelque part, fit Georges. Il faut définitivement qu'Harry aille voire les Gobelins.

-Mais il n'a pas d'autorisation de sortie ! se rappela Ron

-Ce n'est pas le problème, balaya Fred. Il faut juste qu'il ait un moyen de ne pas se faire voir une fois dehors.

Ron pensa immédiatement à la Cape d'Invisibilité.

-On a ce qu'il faut, sourit Ron.

-Il y a une agence de Gringotts au village, révéla Neville. En tant que futur lord, je peux y accéder.

-Je vais occuper Hermione, se décida Ron.

Tous se retourna vers le rouquin.

-Je croyais que vous étiez inséparables tous les trois ! s'étonna Neville

-Ça ne me concerne pas et ça concerne encore moins Hermione, souffla Ron. Je ne nie pas que je suis curieux mais c'est à Harry de décider si nous devons être au courant ou pas. C'est sa vie et il est temps qu'il en sache plus !

Ne pouvant contrer cette affirmation, tous les quatre peaufinèrent leur plan.

Les premiers Lieutenants de l'Élu venaient de se révéler pour sa protection.