Quand les enfants deviennent grands

-Pardon ?!

Albus jeta un coup d'œil à James qui s'étouffait de rire. Lily, quant à elle, s'était cachée derrière son frère aîné pour pouffer à son aise.

Devant la fratrie Potter se tenait leurs parents. Harry Potter, directeur de l'orphelinat Sorcier d'Angleterre, les regardait attentivement, un sourcil levé. Curieusement, il savait toujours quand quelque chose n'était pas normal. Et la nouvelle que venait de révéler Al faisait définitivement partie de cette catégorie.

A ses côtés se trouvait Ginevra Weasley.

Weasley. Et non Potter.

Alors que Lily avait à peine deux ans, Harry avait demandé le divorce pour faute grave. Cela avait entraîné une grande crise dans le monde Sorcier – qui ne comprenait toujours pas que la vie privée du Sauveur ne les concernait nullement – comme dans la famille Weasley et élargie des Potter car le divorce n'existait presque pas. Molly, la grand-mère, avait insisté pour régler cette histoire au sein de la famille mais Harry connaissait sa belle-famille et avait voulu faire les choses bien. Pour éviter qu'on l'accuse de circonvenir ses enfants, Harry avait confié ses enfants à Hermione et Ron, mariés et parents de deux enfants et leur avait interdit de les confier à Ginny voire à Molly tant que toute l'histoire n'était pas terminée. Bien entendu, les deux rousses avaient tempêté mais le couple, qui connaissait tous les tenants et aboutissants, avaient gardé soigneusement James, Albus et Lily et ne les avait confiés à aucun de leurs parents pendant les seize mois de la procédure. Mais pour autant, il n'y avait pas un seul jour où Harry ne leur rendait pas visite.

Ginny était tombée tête baissée dans le piège tendu. Pensant que les enfants lui reviendraient parce qu'elle en était la mère, elle n'avait pas changé ses habitudes et ne passait les voir que de temps en temps et encore, pour quelques minutes à peine.

Pire, profitant du fait qu'Harry était resté seul à Grimmaud Place – qui n'était pas leur résidence familiale, malgré ses cris – elle s'amusait à lui créer une vie dissolue par l'intermédiaire des journaux, uniquement pour qu'il ne l'attaque pas sur ses propres écarts et ses nombreux amants qu'elle lui avait caché.

Elle aurait dû se méfier.

Quand l'audience arriva, elle était tombée des nues en apprenant que la raison pour laquelle Harry demandait le divorce était parce qu'elle avait négocié en lieu et place du chef de famille les contrats de mariage de tous ses enfants, encore plus au désavantage net du clan Potter. Le Magenmagot, saisi à cause des retombées médiatiques, avait été outré d'apprendre qu'elle s'était arrogé des droits qu'elle n'était pas en droit d'avoir. Ça avait été sans aucun état d'âme qu'il avait donc accédé à la demande d'Harry et que le divorce et l'exclusivité des droits parentaux lui avaient été accordés. Outre le fait qu'elle n'avait plus le droit à rien provenant d'Harry, la plainte pour diffamation qu'il lui avait collée au cul l'avait mise sur la paille et elle avait dû fuir du pays la queue entre les jambes. Depuis, Harry ne voulait plus entendre parler de son ex-femme.

Pour les enfants Potter, l'absence de Ginny n'avait pas changé grand-chose. Dès que les enfants commençaient à faire leurs nuits, elle les abandonnait aux bons soins d'Harry parce qu'il s'occupait d'enfants toute la journée et elle partait par monts et par vaux aux quatre points de la planète pour des interviews au vitriol, comme si elle voulait reprendre le flambeau de Rita Skeeter, condamnée à l'international mais encensée en Angleterre. De ce fait, Lily n'avait honnêtement jamais connu sa mère et Albus pas plus. Seul James en avait quelques souvenirs et comme la rousse le considérait plus comme une poupée que son fils, ce n'était pas plus mal qu'il n'en tienne pas compte.

Mais Ginny n'avait pas voulu s'avouer vaincue.

Profitant de sa position de journaliste, elle avait vu prendre le public à partie pour les convaincre que la décision de justice était erronée. Comme les Sorciers anglais se passionnaient pour cette histoire, elle était assurée d'avoir une audience mais quand elle avait fait mine de se trouver du soutien outre-Manche et outre-Atlantique, Harry avait contacté les différents journaux dans lesquelles elle avait publié ses articles mensongers et leur avait expliqué point par point pourquoi Ginny n'était plus sa femme, en mettant en avant le fait qu'elle s'était érigée lady Potter alors qu'il ne lui avait pas accordé le titre – les Gobelins lui avaient fait part de leur méfiance par rapport à Ginny et ses connaissances des us et coutumes Sang Pur – et qu'elle n'avait aucun droit de fiancer ses enfants à la naissance avec des personnes qui n'avaient aucun lien avec les Potter. La levée de boucliers avait été douloureuse pour la rousse.

Quand James était enfin entré à Hogwarts, Ginny avait décidé de se faire plus présente dans la vie de ses enfants, non sans quelques aménagements. Quand, à la deuxième rencontre entre Ginny et James à Hogsmeade – après la guerre et la reconstruction de l'école, l'administration avait décidé d'ouvrir les sorties au village Sorcier à tous les élèves sans distinction et ce, tous les weekends – James s'était plaint à son père que sa « mère » était toujours accompagnée d'un photographe qui ne faisait que le mitrailler, sans oublier les questions tendancieuses qu'elle lui posait, Harry avait vu rouge. Ginny, plus qu'une autre personne, devait savoir qu'il n'avait aucune tolérance pour le harcèlement, l'ayant subi toute son enfance et son adolescence et le subissant encore. Il avait utilisé la manière forte pour exiger au nom de ses trois enfants une mesure d'éloignement à l'encontre de leur mère. Elle avait essayé de passer outre une fois et elle avait dû pleurer sur sa longue chevelure rousse. A la place, donc, elle passait régulièrement à Grimmaud Place où Harry la rencontrait et leurs « discussions » ne se terminaient que très rarement sans cris.

On aurait pu croire que Molly aurait pris corps et armes pour sa fille, surtout en apprenant qu'elle n'aurait plus aucun droit sur ses enfants, mais Muriel puis Arthur avaient pris les devants et avaient utilisé la magie familiale pour qu'elle ne bouge pas d'un cil. Eux-mêmes avaient examiné les fameux contrats de mariage et avaient également été indignés de ce que la jeune femme avait fait. Pendant cinq ans, Molly avait donc rongé son frein, devant garder ses opinions pour elle sous peine de répercussions douloureuses. Mais quand la mesure d'éloignement avait été rendue publique, elle avait bondi pour se rendre au manoir Potter, le domicile de la famille depuis le divorce. Elle avait hurlé sur Harry pendant des heures mais quand elle avait osé arguer que le public avait besoin de savoir comment vivait les enfants du Sauveur, le brun n'avait pas du tout apprécié. Lui qui avait voulu ménager la grand-mère maternelle de ses enfants, il lui avait froidement déclaré que le monde Sorcier devrait enfin apprendre la notion de vie privée et que ses enfants n'étaient pas nés pour leur amusement. Si Ginny aimait être sous les feux des projecteurs, c'était son problème, mais ce serait le choix de ses enfants d'étaler leur vie en place publique, quand ils seront en âge d'en comprendre les tenants et aboutissants. Par la suite, il avait interdit l'accès au domaine Potter à Molly et cette dernière devait désormais attendre l'accord d'Harry pour voir James, Albus et Lily. Molly s'en était indignée, bien sûr, mais Muriel et Arthur lui avaient fait comprendre qu'elle était allée trop loin et qu'elle avait de la chance qu'Harry n'ait pas décidé, aux vues du comportement odieux de la mère et de la fille, de renier la partie Weasley des héritiers Potter. Ce n'était pas la peine de dire qu'elle ne décolérait pas depuis.

Aujourd'hui, James était âgé de dix-neuf ans et était en deuxième année du programme des Aurors, Albus était en septième année à Slytherin et Lily en cinquième année à Ravenclaw. Pour les fêtes de fin d'année, les trois enfants étaient revenus au manoir Potter et visitaient régulièrement leurs amis. Après l'une de ces sorties, alors qu'ils voulaient parler avec leur père de leurs vacances pour l'été, ils avaient appris que ce dernier se trouvait à Grimmaud Place en compagnie de Ginny et leur sang n'avait fait qu'un tour. Ils s'étaient rendus sur place et sans se concerter, avaient décidé de jouer un vilain tour à leur génitrice.

D'où la situation actuelle.

-Pardon ?! piailla Ginny

-Je sors avec Scorpius Malfoy, répéta Albus.

Ginny eut une grimace horrible. Quand Albus était entré à son tour à Hogwarts, il s'était lié d'amitié avec le fameux Scorpius Malfoy, fils d'Astoria Greengrass et de Draco Malfoy. Beaucoup avaient tempêté, à commencer par Ginny et Molly, mais Harry avait refusé d'ordonner à son fils de ne plus avoir de contact avec le jeune blond. Il en avait discuté avec Astoria et Draco – en fait, surtout Draco parce qu'il s'était avéré par la suite qu'Astoria avait le même point de vue que Ginny – et outre les retombées médiatiques, le lord Malfoy ne voulait pas imposer les fréquentations de son fils comme il l'avait subi à son âge. Les deux garçons étaient inséparables et il fallait être aveugle pour ne pas voir que Scorpius était plus attiré par Lily voire Rose Weasley, sa cousine, plutôt que par Albus. Mais Harry pensait qu'ils avaient eu certaines expériences ensemble.

-Comment oses-tu ? gronda Ginny. Tu es la honte de la famille !

Elle voulut le gifler mais James lui attrapa fermement le bras pour l'en empêcher. Toute trace d'amusement avait disparu de la famille.

-De quel droit oses-tu le critiquer ? siffla James. De toute façon, la seule personne qui pourrait avoir à redire sur ce point c'est papa.

-C'est un anormal ! cracha Ginny

-Parce qu'il est avec quelqu'un avec qui il a une compatibilité magique ? renifla Lily. Personnellement, je trouve ça moins grave que de bafouer ses vœux magiques de mariage !

-Tu ne peux pas comprendre, siffla Ginny.

-Alors qu'on nous rabâche depuis qu'on est en âge de comprendre que nos parents ont divorcé ? renifla Lily. Si tu veux tout savoir, nous sommes allés voir un Enchanteur pour comprendre quelles étaient les conséquences de tes actes et honnêtement, on se demande pourquoi papa n'a pas demandé carrément l'annulation de votre mariage avec ce que tu avais fait !

-Pourquoi tu leur as raconté des mensonges ? s'indigna Ginny en se retournant vers Harry

-Je n'ai appris ce qu'ils ont fait qu'après coup, déclara fermement Harry. Et avec un Serment sur sa magie qu'il disait la vérité, je doute que Dean Thomas aurait pu leur mentir sur le sujet.

Après la guerre, leur camarade Gryffindor s'était exilé avec son ami de toujours Seamus Finnigan et avait découvert ce métier qui avait assez peu de visibilité en Angleterre. Comme de nombreux bâtiments magiques avaient été en partie voire totalement détruits, une fois sa maîtrise en poche, il était revenu dans son pays d'origine et y avait commencé à travailler. Dean avait appelé Harry pour qu'il récupère ses enfants qui s'étaient rendus chez lui alors qu'ils avaient respectivement douze, dix et huit ans. Son ami lui avait indiqué qu'il s'était renseigné sur son divorce et que l'annulation était vraiment envisageable. Harry avait promis d'y réfléchir.

-Qu'est-ce que tu me reproches exactement ? demanda Albus. Que je sois avec un mec ou que ce soit un Malfoy ?

-Les deux sont indignes de la Magie ! assura Ginny

-Et bien sûr, tu es bien placé pour parler d'outrages, vu comment tu as bafoué tes propres serments à la Magie, ricana James.

-Mon fils ne sera pas une pédale ! cracha Ginny. Aucun Weasley n'est déviant !

-Tu devrais regarder autre chose que ton nombril alors, renifla Albus. James, Lily et moi avons eu la conversation sur le sexe hétéro avec papa mais pour le sexe gay, ça a été avec Charlie et Georges !

-Et pour le sexe entre filles, c'est Fleur qui s'en est occupée ! ajouta Lily

Harry laissa un sourire passer ses lèvres. Peu avant les treize ans de James, Georges l'avait approché et lui avait expliqué une tradition Weasley, la fameuse conversation sur le sexe. Comme il avait insisté sur le fait que tous les Sorciers avaient cette conversation l'année de leurs treize ans, le brun s'était donc renseigné. Neville le lui avait confirmé et avait ajouté que pour les Nés Moldus ou orphelins Nés Sorciers, il existait un cours d'éducation sexuelle en troisième année auquel, pour une raison inconnue, Harry avait échappé. Curieux, le brun s'était renseigné auprès de Poppy Pomfrey et avait remercié le destin d'avoir eu une prophétie qui régissait son adolescence parce que s'il avait été un adolescent lambda, il aurait été certain qu'il aurait été père à quinze ans. Et même à l'époque, qu'il n'ait pas eu une ribambelle d'enfants mais là, il devait remercier contre son gré Ginny qui avait toujours veillé à avoir une contraception efficace, surtout à cause de ses amants. Fort de ses nouvelles connaissances, il avait donc eu la fameuse conversation avec James puis avait appelé Charlie et Georges pour le sexe entre hommes. Par curiosité, il était resté et avait appris que les homosexuels étaient bien plus acceptés que dans le monde Moldu mais qu'il y avait des homophobes partout. Une fois James parti, les deux Weasley avaient mis en garde Harry en lui indiquant que les Prewett éduquaient les leurs à être homophobes. Bill avait dû apprendre à la dure que deux hommes ou deux femmes ensemble n'étaient pas forcément dégoutant – parce qu'avec une belle-famille Veela, il n'aurait pas pu garder ses préjugés longtemps, surtout en étant mariée à une Veela qui prônait l'amour avant toute distinction de sexe ou de mœurs – Charlie avait dû s'exiler pour vivre sa vie comme il l'entendait, Percy restait neutre depuis qu'il avait compris que les idées de sa mère n'étaient pas forcément les bonnes, Fred comme Georges n'en avaient toujours fait qu'à leur tête et cherchaient le plaisir là où il était et Ron avait fini par suivre Percy depuis qu'il voyait d'un autre œil sa mère qui, au moment du divorce de Ginny et d'Harry, avait tout excusé à Ginny, y compris le fait qu'elle ait bafoué ses vœux de mariage. Quant à Ginny, il suffisait de regarder ses articles sur certains homosexuels ou bisexuels célèbres, comme Blaise Zabini, pour se rendre compte qu'elle était profondément homophobe.

-Tu vas arrêter cette relation dégradante toute de suite ! rugit Ginny. Ça entachera ta réputation !

-Tu veux dire la tienne ? sourit Albus. Ce n'est pas mon problème. Je gère ma vie comme je l'entends et si je veux sortir avec Scorpius, ce n'est pas toi qui va m'en empêcher.

-Je suis ta mère ! hurla Ginny en montant d'une octave

-Tu ne réponds plus à ce titre depuis que tu as préféré faire passer ta satisfaction personnelle devant notre bien-être, gronda James.

-Et quitte à choisir entre Albus et toi, dis-toi bien que tu ne seras pas gagnante ! renifla Lily

-Et tu ne dis rien ? cracha Ginny en se tournant vers Harry

-Il n'y a que toi que ça gêne, haussa des épaules Harry.

Excédée, la rousse renversa sa chaise et tourna des talons pour partir.

-Oh, Ginny ? fit Harry

La Sorcière se figea, attendant la suite.

-Je connais tes réactions disproportionnées quand quelque chose ne te convient pas, rappela Harry. Si l'envie te démange de t'en prendre aux enfants, le monde ne sera pas assez petit pour te cacher de ma vengeance.

-Tu me menaces ?! siffla Ginny en se raidissant

-Voyons, Ginny, tu me connais, sourit Harry.

Elle se détendit. Bien trop tôt.

-C'est une promesse, asséna doucement Harry. Que je tiendrais sans l'ombre d'un doute.

Elle se retourna et ce qu'elle vit dans le regard de son ex-mari la terrorisa assez pour qu'elle s'enfuie à toute jambe. Quand la magie du manoir se calma, signe qu'elle avait définitivement quitté les lieux, Harry regarda attentivement chacun de ses enfants.

-Ce n'est pas que je n'aime pas quand vous prenez ma défense mais là, ce n'est pas passé loin, décréta Harry. Pourquoi une telle mise en scène ?

-Tu ne penses vraiment pas que je pourrais sortir avec Scorpius ? s'indigna Albus

-D'ici quelques années, je ne dirais pas, fit Harry. Mais pour le moment, ce blondinet est plus attiré par Lily et Rose. Mais je me doute que vous avez eu quelques expériences ensemble. Jusqu'où vous êtes allés est surtout la question que je me pose.

Albus rougit, gêné.

-Papa ! protesta Albus

-Nous en discuterons plus tard, rit Harry. Alors ?

-On voulait juste savoir à quel point elle ne nous connaissait pas, souffla Albus.

-Et surtout, malgré tous les articles où elle l'écrit, si elle nous aime vraiment au point d'accepter un fils gay, ajouta Lily.

-On a eu la réponse, tant que ça ne menace pas sa petite vie, nous sommes encore ses enfants, grimaça James.

Sans un mot, le brun serra dans ses bras ses enfants.