La jalousie est un vilain défaut

L'un des plus grands défauts de Ron Weasley était sa jalousie.

Personne dans sa famille ne l'ignorait mais même si elle faisait tout pour qu'il comprenne que ça lui jouerait de très mauvais tours, le roux ne changeait pas d'un iota.

Quand il avait réussi par on ne sait quel miracle à devenir l'ami d'Harry Potter, il avait su qu'il avait gagné le jackpot. Et malgré sa bêtise, il était conscient que s'il voulait être reconnu un jour, il fallait qu'il s'accroche à tout prix à cette amitié.

Mais sa réflexion ne l'avait pas conduit à se dire qu'il fallait également qu'il change de comportement.

Donc, Ron Weasley était de toutes les aventures d'Harry Potter mais pour autant, il restait goinfre, jaloux, râleur, borné, fainéant et avait des manières horribles à table.

Quand Harry avait fini par vaincre Voldemort, le peuple encensait le héros.

Et Ron retomba dans ses travers et fut pris d'une intense jalousie.

Voulant lui aussi connaître la gloire, il avait forcé le laboratoire de la boutique des jumeaux et leur avait volé l'une de leurs dernières créations, leur bonnet Change-Forme qui permettait de prendre exceptionnellement l'apparence du Sauveur. Lors de leur dernier repas familial, Fred et Georges l'avaient présenté pour rire mais ils avaient prévenu qu'ils ne comptaient pas le commercialiser, uniquement faire des blagues dans la famille, avec l'accord du brun bien évidemment.

Ron avait donc volé l'artefact, s'était mis dans un coin de l'allée Sorcière pour l'enfiler et était apparu au grand jour.

Immédiatement, la foule se mit à lui sauter dessus, lui réclamant des autographes, voulant le toucher. Au début, Ron se gonflait d'orgueil mais plus le temps passait, plus il était oppressé. Quand il voulait aller d'un côté, il était tiré de l'autre, on lui posait des questions extrêmement personnelles, et d'autres choses encore. Il ne pouvait même pas tirer sa baguette pour se protéger parce que sinon, il blesserait quelqu'un.

La dernière chose qu'il sentit avant de tomber face contre terre, mort, c'était l'impact d'un sort entre les omoplates.

La dernière chose à laquelle il pensa fut que la vie d'Harry Potter n'était pas aussi géniale qu'il ne le pensait s'il pouvait se faire tuer en pleine rue par un Death Eater.

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C'était fait.

Quand il était arrivé dans le monde Sorcier, Harry Potter s'était coulé dans le moule spécialement conçu pour lui : celui du Gryffindor naïf, qui fonce dans le tas avant même de réfléchir et qui est persuadé qu'il doit sauver le monde à lui tout seul.

Seulement voilà, un enfant maltraité depuis sa plus tendre enfance apprend très tôt ses leçons les plus importantes : ne fais confiance à personne pour te sauver et méfie-toi de tout le monde.

C'est pour cela qu'il n'avait pas fait confiance à Hagrid quand il lui avait expliqué le monde Sorcier selon sa version manichéenne. Encore moins au directeur qui se vantait à qui voulait l'entendre que c'était grâce à lui qu'il avait été maltraité et abusé psychologiquement durant toute son enfance. Pire encore, au monde Sorcier pour le soutenir dans la tâche qu'il avait posée sur ses épaules sans le moindre état d'âme de vaincre un Sorcier avec des dizaines d'années d'expérience de plus que lui.

Il n'était pas aveugle non plus. Il avait bien vu que ses deux meilleurs amis n'étaient avec lui que par intérêt. Si Hermione avait fini par réellement se lier d'amitié avec lui et ouvrir les yeux sur le monde Sorcier et le monde Moldu, Ron était toujours resté le petit con jaloux de tout et de tous incapable de comprendre que s'il voulait quelque chose, c'était à lui de se prendre en main au lieu d'attendre que ça lui arrive tout cuit dans le bec.

Avec la fin de la guerre, Harry avait décidé de faire le ménage dans ses connaissances. Il avait déjà établi qu'il ne serait pas en sa faveur de garder auprès de lui Ron donc il avait décidé de s'éloigner de la Grande Bretagne pour que le roux – et sa mère, qui, pour une obscure raison, voulait être la sienne alors qu'il s'était élevé tout seul, merci bien – lui lâche enfin la grappe par paresse.

Mais la nouvelle invention des jumeaux lui avait ouvert une possibilité à laquelle il n'aurait jamais pensé. Il avait bien vu l'éclat d'avidité dans le regard de son ex-meilleur ami et il était sûr qu'il allait voler le bonnet pour l'utiliser à son avantage. Donc, à la fin de la journée, il avait convié le roux à boire un dernier verre avec lui où il avait mélangé une potion bien précise.

Potion qui avait réagi avec le sort qu'il avait lancé sur le roux qui avait pris son apparence le lendemain.

Comme le porteur était mort, le bonnet avait cessé de fonctionner et tout le monde avait pu voir l'imposteur. Le brun avait suivi le mouvement de foule et dès qu'il avait pu, avait transplané jusqu'à l'entrée dans le monde Moldu de Gringotts. Il avait salué le garde en faction et était entré pour rejoindre le bureau qu'il avait quitté quelques minutes auparavant pour passer un appel. Son alibi en place – pas que les Sorciers allaient pouvoir vérifier puisque les Gobelins étaient particulièrement intransigeants lorsque ça concernait les règles de confidentialité des clients – il reprit son rendez-vous comme si de rien n'était.

La mort de Cédric Diggory et de Sirius Black lui avait appris que pour le monde Sorcier, il serait toujours responsable, même si ce n'était pas le cas. Alors il avait cessé de s'en faire pour les morts qui jonchaient son chemin.

C'était pour cela que sans état d'âme, Harry avait tué son « meilleur ami », autoproclamé il fallait le souligner.

Ron était une sangsue, il n'y avait qu'une chose définitive qui aurait pu le convaincre que son amitié n'avait pas que des aspects positifs. Et ça faisait longtemps que le brun ne le voyait plus comme un proche. En fait, il ne l'avait jamais vu comme un proche.

Alors qu'il rentrait chez lui, sa magie lui signala qu'il y avait quelqu'un dans le salon.

-Alors, c'est bon ? Tu t'en es débarrassé ?

Hermione Granger avait elle aussi des raisons de ne plus avoir Ron Weasley dans les pattes. Pour une raison inconnue, ce dernier était persuadé qu'ils feraient un couple merveilleux. Or, la brune aspirait vraiment à plus que de devoir entretenir un Sorcier qui refusait de faire quoi que ce soit de ses dix doigts. Elle était sur le point de sortir avec un Slytherin quand elle avait vu son meilleur ami glisser une potion dans le verre du pot de colle.

Harry s'installa en face d'elle et accepta la tasse de thé qu'elle lui offrait.

-D'ici une demi-heure, je pense que nous allons entendre cette chère Molly hurler que son fils chéri est mort, ricana Harry.

-Enfin ! soupira Hermione. J'en avais marre qu'il me suive partout et qu'il me pique des crises de jalousie alors qu'on n'est même pas ensemble ! Tu as couvert tes traces, au moins ?

-Ne me prends pas pour Ron ! s'offusqua faussement Harry. Bon, maintenant qu'on est libre, qu'est-ce que tu comptes faire ?

-Je me barre, grogna Hermione. Je ne compte pas régler leurs problèmes toute ma vie !

-Pareil, sourit Harry. J'ai une maison en France. Ça te dit qu'on y aille ?

-Sans rien dire aux pique-assiettes ? précisa Hermione. Mes bagages sont déjà prêts !

-Laisse-moi un mois et on y va, fit Harry.