Prendre ses rêves pour la réalité
Voldemort était mort en mai dernier et les élèves qui avaient raté leur année avaient été invités à la refaire. Hermione, Harry et Ron avaient accepté, comme de nombreux élèves de leur année, et même quelques Slytherin les avaient rejoints.
La veille, le professeur McGonagall, directrice de l'école, avait annoncé la tenue d'un bal pour Halloween ou Samain pour les puristes, soit trois semaines plus tard. L'événement était depuis sur toutes les lèvres et chacun cherchait la ou le cavalier idéal.
A la surprise du Trio, Ron fut le premier à inviter sa cavalière. Pansy Parkinson avait cru que c'était une plaisanterie mais finalement, le roux avait réussi à la convaincre qu'il était très sérieux. Certes, quand elle l'avait appris – Ron cherchait encore qui était allé baver à sa mère – Molly avait envoyé une Beuglante suraigüe mais heureusement, Hermione avait pu rendre inoffensive la lettre et Ron renvoyer une autre dont elle se souviendrait. Le roux n'avait toujours pas de filtre entre son cerveau et sa bouche et il avait annoncé de but en blanc que l'été dernier était la dernière fois qu'il la voyait si elle se permettait encore de mettre le nez dans sa vie et encore pire, de s'attribuer les prérogatives du chef de famille, seul concerné pour émettre son avis concernant la personne avec laquelle il sortait. Il avait ensuite rapidement fait courir le bruit qu'il était déjà pris et il s'était donc retiré des cavaliers à s'arracher.
Hermione et Harry, quant à eux, semblaient être à mille lieux de toute cette frénésie. Ils refusaient toutes les demandes et les élèves pensaient qu'ils avaient déjà trouvé leurs cavaliers. Les deux bruns n'infirmaient ni ne confirmaient cette hypothèse.
-HARRY !
-Hein ? fit Harry alors qu'il allait s'installer pour le déjeuner avec Neville
L'instant suivant, il avait dans ses bras une Ginny Weasley radieuse.
-Tu aurais pu m'attendre, reprocha Ginny en s'accrochant à son bras. Nous avons plein de choses à faire puisque nous allons ensemble au bal ! Nous devons faire confectionner nos tenues pour qu'elles soient accordées, choisir nos accessoires …
La rousse babilla joyeusement en s'installant tranquillement aux côtés du brun. Neville la regarda de travers car outre le fait qu'elle s'était imposée, elle avait interrompu une conversation privée sans gêne. Il observa également son manège, la voyant toucher le plus possible son ami à des endroits inconvenants comme la cuisse ou le torse, se rapprochant jusqu'à presque s'asseoir sur ses genoux.
-Dégage de là, grognasse ! cracha une voix
Le silence se répandit dans la Grande Salle.
-Harry et moi on sort ensemble ! siffla Ginny en se retournant, indignée. Tu n'as pas le droit de gâcher notre vie, Hermione !
La brune croisa le regard ennuyé de Neville.
-Elle n'a pas décollé d'Harry depuis le début du repas, résuma Neville. Elle a profité du fait que tu n'étais pas encore là.
-Harry sort avec moi ! protesta Ginny. Dis-leur, mon lion, que tu m'aimes !
La plupart des Gryffindor grimacèrent. « Mon lion » ? On ne pouvait pas faire plus cliché comme surnom entre deux Gryffindor !
A ces mots, Harry leva la tête, passa son regard sur Ginny et tomba sur Hermione.
-Hermione ! s'exclama Harry en se redressant brusquement
Le mouvement eut pour conséquence de jeter Ginny à terre. Elle voulut s'insurger mais le baiser que le brun déposa sur les lèvres de sa camarade l'horrifia. Il installa la brune à ses côtés et lui prit la main.
-J'étais en train de discuter avec Neville, fit Harry. Tu savais que les bagues d'héritier protégeaient leurs porteurs des sorts de faible intensité mais aussi d'une liste pré établie de potions ?
-Vraiment ? s'étonna Hermione en regardant Neville
-C'est exact, fit Neville. Et avant qu'on ne me coupe si grossièrement, je disais à Harry que les philtres d'amour avaient été inclus dans la liste pour éviter les mésalliances.
-Quel dommage que la fiole d'Amortentia que tu avais glissé dans mon verre de jus n'ait pas fait effet, Ginny, railla Harry.
La rousse pâlit.
-Tu n'as aucune preuve, balbutia Ginny.
-Mis à part le verre de jus drogué ? fit Harry. Au moins quatre personnes dont moi pourront jurer sur leur magie t'avoir vu verser la fiole dans mon verre, Ginny. Et ces mêmes personnes sont prêtes à le faire devant la Justice Magique.
-C'est une décision importante, fit Minerva McGonagall en s'approchant de l'altercation.
-Nous ne sommes plus des enfants et elle non plus, pointa Harry. Elle doit comprendre la portée de ses actes. Ce n'est pas pour rien que les philtres d'amour sont extrêmement réglementés. Si je ne veux pas sortir avec elle, elle est censée respecter mon choix, et non me forcer la main.
-Mais tu m'aimes ! protesta Ginny
-J'ai cru t'aimer avant que Voldemort ne décide de mettre le pays à feu et à sang, déclara Harry. Mais tu n'es pas du tout ce que je cherche chez une compagne !
Il lui tourna le dos et déposa un baisemain sur la main d'Hermione.
-Et si nous allions déjeuner en tête à tête ? fit Harry en lui proposant son bras
-Avec grand plaisir, accepta Hermione en prenant son bras.
Le couple sortit de la Grande Salle alors que les élèves n'étaient toujours pas revenus de leur choc.
-Professeur ? appela Neville. Je vous conseille de conduire Ginny dans votre bureau pour que les Aurors puissent la récupérer dans les plus brefs délais.
-Monsieur Longbottom ? sursauta Minerva
-Harry a senti qu'il avait bu de l'Amortentia depuis ce matin, expliqua Neville. Il a appris à reconnaître les symptômes puisqu'il y est régulièrement soumis depuis qu'il a vaincu Voldemort, et toujours par la même personne. Il avait déjà déposé plainte avant de rejoindre Hogwarts et il ne lui manquait que la preuve que c'était Ginny la responsable. Il a contacté les Aurors il y a un peu plus d'une heure.
-Monsieur Longbottom … n'est-ce pas une décision extrême ? demanda Minerva
-Peut-être, concéda Luna, à ses côtés. Mais depuis la mort de Voldemort, Ginny harcèle Harry pour qu'ils se mettent ensemble et il lui avait fait clairement comprendre de nombreuses fois qu'il ne le voulait pas, surtout que ça mettait en péril son couple avec Hermione. Elle n'a pas voulu comprendre la méthode douce, elle a donc perdu toute prétention à être considérée comme une proche d'Harry.
-Il ne lèvera pas un seul doigt pour elle, désormais, conclut Neville. Maintenant, si vous nous le permettez ...
Les deux élèves partirent à leur tour, laissant Ginny pleurer sur son sort peu enviable et ses rêves envolés.
