Petite princesse doit redescendre sur terre
Ginny était en larmes pendant la réunion dominicale des Weasley. Molly s'agitait autour d'elle pour la réconforter mais c'était bien la seule, curieusement. Les autres membres de la famille discutaient éparpillés dans le salon du Burrow, lui jetant de temps à autre des regards blasés. Au bout d'un moment, cela exaspéra Molly.
-Vous ne pouvez pas la soutenir au moins ?! s'indigna Molly
-Pourquoi ? railla Bill. Elle nous a bien fait comprendre que nous ne représentions rien à ses yeux.
Le cas de Percy leur était resté en travers de la gorge mais celui de Ginny avait été ressenti par tous les membres de la famille pour une trahison pure et dure.
Après la guerre, la jeune femme avait réussi à se remettre en couple avec Harry Potter, membre honoraire de la famille Weasley. Seulement voilà … deux mois plus tard, ce dernier avait fait un malaise alors qu'il se trouvait en France et il avait été admis à l'Hôtel-Magie à Paris. Là-bas, les Médicomages avaient découvert qu'il avait été drogué avec des doses massives d'Amortentia. Heureusement, la potion n'avait pas fait d'effets importants mais avait cloué au lit le jeune homme pendant un mois pour purger son organisme.
Suite à cela, Harry avait définitivement rompu avec la rousse, abandonnant également le programme des Aurors auquel il s'était inscrit sous l'influence de la potion et avait fait savoir sa décision par les journaux. Folle de rage, Ginny avait dévoilé toute l'intimité d'Harry et en avait profité pour révéler quelques secrets honteux de ses frères pour leur causer des ennuis avec la justice quand il s'était avéré qu'ils se mettaient du côté de son ex.
Seule Molly la défendait envers et contre tous.
Quatre ans plus tard, Harry et Charlie avaient dévoilé leur couple à la famille et Ginny s'était chargée – après une belle crise de jalousie injustifiée, cela allait sans dire – de le faire savoir au monde entier. Le brun lui en voulait encore plus depuis qu'un illuminé, farouchement contre son couple, avait failli tuer Charlie.
La rousse avait également montré sa désapprobation quand Hermione, autre membre honoraire de la famille Weasley, avait définitivement laissé tomber Ron pour se mettre en couple avec Fred. La brune lui avait fait comprendre en termes clairs et concis que ce qu'elle faisait de ses fesses ne regardait qu'elle et que si elle avait un problème, elle s'en foutait royalement. De plus, comme elles travaillaient toutes les deux à St Mungo en tant que Médicomages, l'ambiance était électrique quand elles se rencontraient.
Pour résumer, Ginny était détestée par tous les membres de sa famille, mis à part Molly et Arthur qui gardait une rigoureuse neutralité.
C'était donc pour cela que personne n'allait la voir pour la consoler depuis qu'elle était revenue de stage.
-Je me suis fait martyriser ! hoqueta Ginny
-Vous pourriez avoir pitié ! gronda Molly
-Elle en a eu quand elle a ouvert sa grande bouche et que j'ai failli me faire tuer ? haussa un sourcil Charlie
-Ou quand elle s'est amusée à révéler à la presse ma première fois avec Astoria ? grinça Ron
Ce dernier n'avait pas échappé aux largesses de sa sœur. Après une séparation consentie par les deux parties avec Hermione, Ron avait rencontré Astoria Greengrass. Encore aujourd'hui, personne n'avait compris comment ce grand dadais avait pu conquérir la délicate lady mais tous s'accordaient à dire qu'ils formaient un beau couple. Ginny avait planqué des micros dans la chambre de l'appartement de son frère et quand elle avait découvert qu'elle avait enregistré la première nuit du couple, elle s'était empressée de tout révéler à la presse. Astoria et Ron avaient été mortifiés mais l'ancienne Slytherin ne s'était pas avouée vaincue en portant plainte contre la rousse et elle avait eu gain de cause. Ginny s'était outragé que son propre frère ne se soit pas mis de son côté et n'avait pas eu conscience que son acte était hautement immoral.
-Mais … ils m'ont fait vivre un enfer ! pleurnicha Ginny
Il n'y avait malheureusement que Molly qui ne s'était pas rendu compte que les larmes de sa fille n'étaient dues qu'à la blessure béante dans l'ego de la jeune femme.
Quelques temps auparavant, l'hôpital Sorcier avait proposé à ses Médicomages de faire un stage de perfectionnement très pointu dans un autre hôpital. Hermione s'était portée volontaire, malgré le fait qu'on ait signalé qu'il serait très dur. Seulement voilà, Ginny avait appris que ledit stage se déroulait dans un lieu paradisiaque et elle avait fait en sorte d'y aller à la place de la brune. Une fois sur place, elle avait découvert qu'elle allait devoir étudier la médecine Veela et sûre de son charme, avait cru que tout se passerait bien.
Que nenni !
Les Médicomages et Guérisseurs Veela ne lui avaient pas fait de cadeaux tant et si bien que la rousse s'était enfuie après une semaine sur place pour aller pleurer dans le giron de sa mère.
-Dis plutôt qu'ils t'ont fait payer ton comportement de diva, railla Hermione.
-CE N'EST PAS VRAI ! rugit Ginny
-Ginny est la personne la plus gentille qui soit, abonda Molly.
Toute la famille eut un reniflement de dédain. Mais bien sûr …
-Ce n'est pas ce qui se dit dans les couloirs de l'hôpital, susurra Hermione.
-Je suis curieux, fit Ron. On t'écoute.
-Comme il n'y avait pas de logement disponible près de la clinique, elle a été logée chez un confrère, révéla Hermione. Mais elle s'est crue dans un hôtel et elle a traité la fille de la famille comme une esclave. Ensuite, quand elle est arrivée à la clinique, elle a cru que ça se passerait comme à St Mungo, c'est-à-dire que tous les hommes se plieraient en quatre pour la satisfaire. Elle s'est comportée comme une gamine pourrie gâtée et quand il avait fallu qu'elle travaille, les Médicomages et les Guérisseurs se sont vraiment demandé comment ça se faisait qu'elle ait obtenu un aussi haut titre avec des lacunes aussi abyssales. Mais je pense que le pire a été quand elle a tenu à soigner la fille du directeur département Sorcier qu'elle avait appris être la compagne désignée par la Magie du fils Veela du directeur de la clinique. Visiblement, Ginny le voulait pour elle.
-Laisse-moi imaginer, renifla Bill. Elle a entravé un lien Veela pour sa seule satisfaction personnelle ?
-Exactement, sourit machiavéliquement Hermione. En plus, elle ne pouvait pas plaider l'ignorance puisqu'on lui avait parlé de l'union à venir depuis son arrivée.
-On sait pourquoi elle s'est enfuie ? demanda Georges. La vraie raison, pas ce qu'elle est en train de nous vomir en ce moment.
-Je … protesta Ginny.
-Pas vraiment, haussa des épaules Hermione sans prendre en compte l'intervention de Ginny. Elle a juste piqué une crise comme quoi personne ne voulait l'aider et elle est partie.
-Ça change de d'habitude, ricana Harry.
-Vous ne savez pas ce qui s'est passé, cracha Ginny. Ils sont incapables de travailler avec des Sorciers honnêtes !
-Ou ils n'ont pas supporté de se faire prendre de haut par une gamine qui joue à la grande, proposa Charlie. C'est comme quand tu as compris qu'Harry ne voulait pas rester avec toi. Tu as préféré l'empoisonner plutôt que de le laisser partir. Tout doit correspondre à ce que toi tu veux et pas autrement.
La rousse voulut se jeter sur son frère mais elle fut arrêtée par un bouclier irisé.
-N'essaie même pas, menaça Harry, auteur de l'acte de magie. J'ai failli le perdre par ta faute une fois, pas deux.
La rousse se recula, effrayée. Même si elle avait pu le garder sous son contrôle deux mois, elle n'avait jamais su faire face à l'énorme puissance du Sauveur. Elle n'avait voulu que manipuler l'idole, le Sorcier derrière ne l'avait jamais intéressé.
-Je pense que tu as raison, sourit Hermione en regardant Charlie, comme si l'attaque n'avait pas eu lieu. Je pense qu'elle a dû faire si mauvaise impression que St Mungo a dû se résoudre à la renvoyer.
-Tu racontes n'importe quoi ! siffla Ginny
-En fait, non, intervint Arthur. J'ai reçu ta lettre de licenciement hier soir. Tu sais ce que ça veut dire.
Ginny le regarda, les yeux écarquillés. Son père avait été excédé de toutes ses incartades envers sa famille et lui avait posé un ultimatum. Tant qu'elle ne jetait pas une nouvelle fois l'opprobre sur la famille, elle pouvait rester vivre chez ses parents, puisque tout son salaire servait à payer les dommages et intérêts auxquels elle avait été condamnée à la suite de la plainte d'Astoria Greengrass.
-Tu as été renvoyée pour faute grave puisqu'il s'avère que l'hôpital tenait beaucoup à ce stage pour mettre en place un partenariat, déclara Arthur. D'après le récapitulatif qu'ils ont envoyé, ce n'est pas la première fois que tu manques à tes responsabilités, chose que j'ignorais puisque tu t'empressais de cacher les blâmes que tu recevais. Tu es d'ailleurs radiée de l'Ordre des Médicomages et St Mungo a porté plainte contre toi, comme la clinique pour mise en danger d'autrui.
Ginny devint blême.
-Tu as exactement une heure pour emballer tes affaires et quitter la maison, décréta Arthur.
-Arthur ! s'écria Molly
-J'en ai juste assez de ses gamineries ! cingla Arthur. Elle a plus traîné le nom des Weasley dans la boue que tous nos ancêtres ! Par ses actes, elle a failli tuer plusieurs membres de notre famille ! C'est peut-être notre fille mais ce n'est pas une raison pour excuser tous ses crimes ! Elle quittera cette maison, de gré ou de force !
Tous sentirent la magie derrière les mots. Même Molly se tut, consciente qu'elle n'aurait pas gain de cause.
-Mais où je vais aller ?! trembla Ginny
-Tu aurais dû y penser au lieu de te montrer odieuse avec les membres de ta propre famille ! tonna Arthur. Tu n'as qu'à demander à l'un de tes nombreux amants, même à l'un de ceux que tu avais quand tu étais encore avec Harry ! J'ai cru comprendre que tu les voyais toujours …
Tous fusillèrent du regard la rousse. Quand Ginny et Harry étaient encore ensemble, des rumeurs avaient couru comme quoi la rousse trompait allègrement son célèbre petit-ami. Cela avait été éclipsé par l'empoisonnement mais tous étaient conscients que ça aurait été la seconde raison de l'explosion de leur couple. Dès qu'ils étaient engagés, les Weasley et assimilés tenaient la fidélité en très haute estime. Alors apprendre que la plus jeune s'était permise de bafouer cette règle tacite les mettait en rogne.
-L'heure tourne, rappela froidement Arthur en voyant sa fille figée. Oh, pendant que j'y pense, tu ne pourras plus utiliser le nom des Weasley jusqu'à ce que tu t'en montres digne.
La magie familiale enveloppa la jeune femme épouvantée. Avec la guerre, le nom des Weasley avait retrouvé du prestige et elle s'en servait outrageusement pour se faire plaisir. Sans ce nom, elle n'était plus rien pour le monde Sorcier, elle qui voulait à tout prix briller.
La pression fut étouffante au point que Ginny haleta. Elle comprit qu'elle ne pouvait plus rester et grimpa presque quatre à quatre les marches pour emballer ses affaires.
Quand elle se retrouva seule aux abords de la propriété, elle comprit que l'enfer venait de s'ouvrir sous ses pieds.
