Serpent de vérité

-Pourquoi suis-je venue ici ? grinça une voix féminine

-Tu dois te débarrasser de cette maison, grogna une voix masculine cette fois. Mon Dieu, comment as-tu pu vivre dans un endroit pareil ?

-Mes parents n'avaient pas le choix, soupira la femme. Dudley chéri, reste auprès de moi !

-GARÇON ! rugit l'homme. Si tu ne nous suis pas, je n'aurais aucun scrupule à t'abandonner ici !

-Oui, Oncle Vernon, souffla la voix cette fois d'un enfant.

-Pétunia ! tonna l'homme. Quand est-ce qu'il …

Severus Snape sursauta. Ce prénom, Pétunia … Il lui rappelait de très vieux souvenirs et le mettait face à l'une de ses plus grandes erreurs. Curieux, il se pencha à la fenêtre pour jeter un coup d'œil et se figea.

Combien aurait-il eu de chance de tomber sur la Pétunia de son enfance ? La garce n'avait pas changé depuis ses dix-sept ans, aigrie par sa jalousie et limite anorexique pour correspondre aux diktats d'une mode qui ne l'accepterait jamais. Elle était accompagnée par un homme qui tenait plus du morse que de l'humain et d'un garçon qui ressemblait plus à un cochon d'environ six ans. Il y avait également un autre petit garçon visiblement plus jeune aux cheveux noir de jais.

Quand ce dernier tourna son regard vers lui, Severus crut que son cœur allait s'arrêter.

Ces yeux … il n'avait vu qu'une seule fois cette teinte exacte … dans les yeux de sa meilleure amie.

Il regarda plus attentivement le petit garçon et son impression première s'en fut confirmée.

Par Merlin, comment Harry Potter avait pu se retrouver sous la garde de cette salope de Pétunia Evans ? Même s'il s'était séparé de Lily, il savait qu'elle n'aurait jamais confié son fils à sa sœur. La rousse avait bien trop souffert de sa haine quand il s'était avéré qu'elle serait la seule Sorcière de la famille. Lui-même avait subi la verve de la Moldue à cause de son père alcoolique et de sa mère dépressive.

Pourtant, Dumbledore …

Les doutes qu'il avait eus envers le directeur revinrent alors à la surface. Les Slytherin, pendant sa scolarité, montraient beaucoup leur méfiance envers le vieux Sorcier. Sa défiance envers les Sang Pur, les demi-vérités dont il abreuvait les Nés Moldus … Plusieurs informations qu'il assénait avaient été impitoyablement détruites par ses camarades Vert et Argent. C'était d'ailleurs l'une des raisons principales pour laquelle la majorité des Slytherin avaient choisi la neutralité voire se tournaient vers Voldemort au lieu de faire confiance à Dumbledore : ce dernier était bien trop ambigu pour être honnête. En apprenant la prophétie, sa volonté de défaire Voldemort l'avait jeté dans les bras de Dumbledore … à tort, visiblement, puisque le fils de Lily se retrouvait dans un foyer sûrement très peu aimant avec aucune notion du monde Sorcier, sinon à la réception de sa lettre pour Hogwarts dans plusieurs années.

Severus se leva, se changea et se lança quelques sorts de Désillusions pour suivre la famille. De près, la famille de Pétunia était encore plus répugnante et vicieuse. Les parents encourageaient même leur fils à frapper le pauvre garçon ! Lui qui s'était préparé à haïr le fils de James Potter, il avait sous les yeux qu'il n'aurait jamais pu l'être puisqu'il ne l'avait jamais connu et que ce ne serait jamais le cas. Non, Harry James Potter n'était qu'un enfant maltraité à qui on avait retiré arbitrairement ses chances de bien commencer dans la vie.

Le maître de Potions les suivit jusqu'à une petite ville dans le Surrey. Il repéra assez rapidement la seule maison Sorcière – une seule alors que la ville comptait plusieurs milliers d'habitants ?! – et profitant d'être déjà sur place, il commença à faire ses vérifications. Il n'était même pas arrivé à la moitié de ce qu'il comptait faire qu'il avait dû s'en aller à grands pas des lieux et transplaner vers chez lui, fou de rage.

Comment Dumbledore avait-il pu oser ? Même s'il s'agissait du Survivant – et c'était très loin d'être une excuse ! – il s'agissait d'un enfant qu'il était censé surveiller ! Non, au lieu de ça, les sorts présents étaient là pour le briser totalement. De plus, connaissant Pétunia, l'enfant n'aurait jamais eu aucune information ni sur son monde d'origine et encore moins sur ses parents. Tout était fait pour que quand il entrerait à Hogwarts, Harry James Potter soit un enfant abusé, maltraité, mal aimé … et reconnaissant envers la personne qui le sortirait de son enfer personnel.

Alors qu'il sifflait un verre d'alcool pour se remettre les idées en place, Severus sut avec certitude qu'il avait déjà pris une décision depuis qu'il avait croisé le regard vert. Il était hors de question qu'il laisse cet enfant dans cette situation. Même s'il ne comprenait pas les buts à long terme de Dumbledore, ceux à court terme le révoltaient déjà. Un enfant n'avait pas besoin de se faire manipuler et encore moins se faire enfoncer encore la tête sous l'eau pour le plus grand bien.

Il était temps qu'il règle ses dettes.

Avalant rapidement une potion de Sobriété, Severus revêtit ses plus beaux vêtements et se rendit vers une demeure dont il n'aurait jamais osé passer la porte en temps normal. Un Elfe de maison le conduisit vers le maître de lieux qui le regarda dédaigneusement.

-Que me vaut le déplaisir de te voir te traîner ici ? cracha le vieil homme

Severus serra les dents.

-Je ne viens pas pour implorer votre clémence, déclara froidement Severus. Je viens pour demander la protection d'un enfant.

-Quoi, tu ne peux pas t'occuper de ton bâtard ? ricana le vieil homme

Severus inspira profondément. Si ça ne tenait qu'à lui, il lui montrerait volontiers que ce n'était pas pour ses beaux yeux que Voldemort avait tenu à le garder auprès de lui …

-Ce n'est pas mon fils, déclara Severus. Mais je voudrais l'élever comme tel.

Cela coupa net le sifflet du vieillard.

-Pourquoi ? demanda le vieillard, curieux

-Il s'avère que tout ce qu'on m'avait dit sur le bien-être de cet enfant est complètement faux, serra les dents Severus. Et du peu que je peux voir, on veut le briser pour mieux le manipuler.

-En quoi ça te concerne ? fit le vieillard

-J'ai fait des erreurs dans ma vie, décréta Severus. Mais celle-là, je refuse qu'elle dégénère. Je veux rattraper mes fautes.

-Et ça ne gênera pas ton maître ? ricana le vieillard

-Qui ? fronça des sourcils Severus

-Oh, je devrais plutôt dire tes maîtres, corrigea le vieillard. Entre Voldemort et Dumbledore, c'est vrai que tu dois en perdre la tête. Quoique, j'ai cru comprendre que tu t'étais volontairement soumis en esclavage à Dumbledore, je me trompe ?

Malheureusement, tout était vrai. Et il était temps qu'il assume ses responsabilités.

-Ni l'un ni l'autre n'a tenu ses promesses, déclara Severus. Désormais, je tracerai mon chemin et peu importe ce qu'ils pensent.

-Tu portes encore leurs marques de soumission, rappela le vieillard.

Le sourire machiavélique du maître de Potions le surprit.

-Depuis le temps, pensez-vous sérieusement que je me serais laissé enchaîner sans prévoir un plan de secours ? fit Severus. Dans trois jours tout au plus, je serais libre de leur influence abjecte. Si je suis ici aujourd'hui, c'est pour trouver un refuge pour cet enfant. Je n'avais aucune raison de revenir vers les miens avant d'avoir une raison solide. Je l'ai maintenant.

-Une bataille de plusieurs longues années qui se termine grâce à un enfant ? demanda le vieillard, surpris. Il doit être extraordinaire. Qui est-ce ?

-Je veux un serment que vous me soutiendrez pour le protéger, fit Severus. Que vous n'interviendrez pas dans l'éducation que je compte lui donner, sauf si je fais fausse route, et avec des raisons valables si possible. En retour, je jurerai allégeance à notre famille et vouerait ma vie à la mort de mes deux anciens « maîtres » et de leurs idéologies respectives perverties.

Le vieillard regarda pour la première fois le jeune homme qui se tenait devant lui. C'était vraiment au-delà de ce qu'il attendait de lui. A la base, il voulait simplement qu'il jure sur sa magie qu'il rejetait entièrement et totalement l'idéologie de Voldemort et qu'il admette que Dumbledore n'était pas un Sorcier à qui faire confiance. Qui qu'était cet enfant, il était à l'origine d'un véritable miracle.

-Je n'en demande pas tant, déclara le vieillard après quelques instants de réflexion. Jure que tu renonceras à suivre ces deux indignes de la Magie et j'accepte de vous accueillir au sein de notre famille.

-Très bien, répondit Severus. Je prêterai serment une fois que je ne porterai plus mes chaînes.

-Qui est cet enfant ? répéta le vieillard

-Harry James Potter, sourit Severus.

-Le Survivant ? sursauta le vieillard. Que le vieux bouc a caché à la face du monde ?

-Dans le monde Moldu pour être exact, et pas dans la famille la plus aimante du monde, cracha Severus. J'aurais d'ailleurs besoin des ressources du clan Prince pour le récupérer et l'élever comme le Sorcier et l'héritier Sang Pur qu'il devrait être sans qu'on ne puisse s'y opposer, milord.

-Appelle Joachim ou grand-père, sourit Joachim. Je sens qu'on va bien s'amuser …