Idiot, vraiment ?
Harry se redressa lentement, vérifia les alentours avant d'ôter sa robe de cérémonie pour la troquer contre un jean et un sweat-shirt.
Le mariage de Bill et de Fleur avait finalement viré au drame et comme l'union n'avait pas été spécialement gardée secrète, les Death Eaters en avaient profité pour attaquer et semer le chaos.
Et lui pour s'éclipser discrètement, comme prévu. Enfin, pas tout à fait.
La mort d'Albus Dumbledore avait poussé le Trio d'Or à s'organiser pour que dès que le dernier d'entre eux aurait atteint sa majorité, ils iraient tous les trois poursuivre la quête du directeur.
Pour être honnête, c'était ce qu'Hermione et Ron avaient décidé.
Pour sa part, Harry avait compris qu'il ne serait pas en sécurité à Hogwarts une fois le directeur mort quand ce dernier est venu le chercher peu avant son seizième anniversaire. La main nécrosée l'avait choqué mais après quelques recherches, il avait compris que le vieux Sorcier était condamné.
S'il voulait être honnête avec lui-même … il n'était pas spécialement triste de sa mort. Au fur et à mesure que l'année passait, Harry avait jeté un œil objectif sur ses années scolaires et il devait avouer que le directeur n'avait pas été génial dans la gestion de sa vie. Ce qui lui restait particulièrement en travers de la gorge, c'était que sous l'excuse du plus grand Bien, le vainqueur de Grindelwald n'avait même pas fait l'effort de vérifier ses conditions de vie chez Pétunia alors que tous les témoignages pointaient vers une catastrophe en devenir. Même après son retour dans le monde Sorcier, personne ne s'était interrogé sur le fait qu'il donnait l'impression d'avoir plusieurs années de moins et qu'il nageait dans ses vêtements quand il n'était pas en uniforme … voire qu'il restait en uniforme alors que ce n'était pas obligatoire le weekend. Non, tout allait bien si le grand Albus Dumbledore le disait.
Ce qu'Harry reprochait également au directeur, c'était l'histoire entre Voldemort et lui. Il avait fallu qu'il ait des visions du Département des Mystères et qu'il perde Sirius pour que Dumbledore daigne enfin lui révéler pourquoi Voldemort avait tué sa famille. Et son excuse ! « Préserver son enfance » ?! Il pouvait comprendre qu'il ne lui ait rien dit pendant ses trois premières années mais après le Tournoi des Trois Sorciers, ça lui aurait arraché la gueule de le lui dire ? Dans quel monde vivait-il pour croire que risquer sa vie dans un tournoi plus que mortel et voir son camarade mourir sous ses yeux faisait partie de la vie normale d'un adolescent ?!
Mais le pire de tout restait qu'il n'était pas prêt. Loin de là.
S'il se regardait, il était un adolescent de dix-sept ans de niveau moyen destiné à vaincre un Sorcier avec cinquante ans d'expérience. En plus, la protection accordée par sa mère coulait également dans les veines de son pire ennemi. Cherchez l'erreur …
Voldemort l'avait désigné comme celui qui pourrait le vaincre mais Dumbledore ne lui avait pas donné les armes pour survivre entre temps. Durant toutes ces années, Harry aurait pu être entraîné mais non, il continuait tranquillement sa vie d'étudiant martyrisé. Quand Voldemort avait officiellement fait son retour et que le directeur avait daigné lui donner des cours particuliers … ils se contentaient de regarder des souvenirs.
Il n'avait rien contre connaître son ennemi mais en attendant de pouvoir le tuer, il lui fallait quand même savoir se défendre. Mais les professeurs étaient visiblement désespérants de stupidité et personne n'avait voulu faire le premier pas. A croire que tout le monde était sûr que Dumbledore avait raison quand il affirmait que le pouvoir de l'amour allait l'aider à vaincre Voldemort …
Le seul truc vaguement utile qu'on lui avait enseigné restait quand même l'Occlumencie. Pas la matière en elle-même mais plutôt ce qu'elle lui avait fait comprendre.
Ou plus exactement, ce que le souvenir de Snape lui avait fait comprendre.
Après que le maître de Potions l'ait jeté hors de sa Pensine et lui ait interdit de revenir, Harry avait erré un long moment dans les couloirs sous sa cape d'invisibilité. Voir son propre père martyriser son professeur l'avait vraiment choqué mais ce qui l'avait vraiment surpris, c'était qu'il voyait très bien Dudley à la place de James Potter. Et il avait eu une terrible constatation.
On s'était efforcé de décrire ses parents comme vertueux, courageux … enfin bref, parfaits. Mais personne n'avait fait l'effort de les décrire objectivement, sauf Snape. Tout le monde disait que les Maraudeurs étaient les meilleurs amis du monde … pour quel résultat ? James Potter et Sirius Black ont cru que Remus Lupin était le traitre parce qu'il était un loup garou, ce dernier a cru sans problème que Sirius avait livré James et Lily à Voldemort parce que c'était un Black, Peter Pettigrow avait livré sans aucun état d'âme les Potter et fait emprisonner Sirius à sa place parce qu'il n'était que le faire-valoir de la bande … C'était ce qui l'avait poussé à s'interroger sur ses propres amis, qu'on comparait souvent aux Maraudeurs.
Le constat était plus que décevant. Il n'aurait jamais cru que le proverbe Mieux vaut être seul que mal accompagné pouvait s'appliquer à son cas.
Il avait commencé par Ron. Son premier ami dans le monde Sorcier. On pouvait même dire son premier ami tout court. C'était pour cela qu'il avait fait en sorte de toujours abonder dans son sens pour ne pas le perdre. Le fait de se lancer à la tête de Draco Malfoy parce que c'était un Slytherin et parce que les Malfoy et les Weasley avaient un passif assez tumultueux lui avait révélé que le roux était borné même si la vérité dansait nue sous son nez. Son aptitude à parler aux serpents avait démontré à Harry que Ron était étroit d'esprit. Mais le Tournoi des Trois Sorciers lui avait comprendre le plus important.
Harry ne pouvait aucunement compter sur Ron Weasley.
Alors qu'il avait beau répéter qu'il n'avait pas mis son nom dans la Coupe de Feu, Ron lui avait fait la tête parce qu'il n'avait pas inclus son meilleur ami dans son plan pour entrer dans le Tournoi. Oh, il avait fini par revenir vers lui à cause de ses prouesses sur un balai face à un dragon mais en aucun cas il ne s'était excusé de ne pas l'avoir cru. Le brun n'avait pas compris pourquoi le roux ne l'avait pas écouté et il avait décidé de ne plus lui confier quoi que ce soit d'important. Il était là quand il fallait voler sur un balai, jouer aux échecs ou encore arriver à l'heure aux repas. Mais pour le reste ? Il ne fallait pas y compter. Les années suivantes lui avaient donné raison. Quand Umbridge s'en était pris à lui, il lui avait bien fait comprendre qu'il faisait son intéressant et non qu'il disait la vérité.
Heureusement pour le roux qu'il était encore sous le choc de la mort de Cédric et du retour de Voldemort à ce moment-là. Sinon, il lui en aurait collé une et lui aurait dit d'aller se faire foutre. En fait, c'était ce qu'il avait fait en l'abandonnant chez les Weasley …
Quant à Hermione Granger … Ah, Hermione …
C'était une Née Moldue qui était avide de comprendre son nouveau monde. Elle était son amie un peu autoritaire, qui voulait absolument qu'ils réussissent leurs études, et il l'aimait bien.
Mais il lui reprochait deux choses.
La première, c'était qu'elle avait une foi aveugle en ce qu'elle lisait et dans les professeurs qui lui témoignaient un tant soit peu d'attention, surtout en Albus Dumbledore. C'était comme ça qu'Harry avait compris qu'inconsciemment, elle ne voulait pas comprendre le monde Sorcier, parce qu'elle se contentait de l'apprendre dans les livres. Pendant un moment, il fallait l'avouer, il l'avait suivi mais finalement, Harry s'était posé les bonnes questions et les avait posées aux bonnes personnes pour découvrir les nuances que les livres ne montraient pas. Et quand il avait voulu le lui signaler, elle l'avait envoyé balader. Ce qui amenait la deuxième chose qu'il reprochait à la jeune fille.
Hermione ne lui faisait pas confiance.
C'était triste à dire mais c'était la vérité. Il s'en était rendu compte quand il avait reçu l'Eclair de Feu à Noël de sa troisième année. Il avait été porté par l'euphorie de Ron pour le balai mythique mais il savait qu'une fois qu'il se serait éloigné du roux, il se serait demandé d'où provenait cet onéreux cadeau et il serait allé voir sa directrice de maison. Mais Hermione l'avait court-circuité et avait avisé McGonagall du cadeau sans même le consulter. Visiblement, son amie ne lui faisait pas confiance pour prendre les bonnes décisions et pensait qu'elle ferait mieux de les prendre à sa place. Elle avait recommencé en prenant en charge les plannings de révision chaque année et en décidant unilatéralement du programme de l'AD. Ce qu'Harry ne supportait pas, c'était qu'il fallait à Hermione l'approbation – voire la bénédiction – d'un professeur pour qu'elle songe à transgresser son sacro-saint règlement pour la bonne cause parce que la seule fois où elle s'en était passé, elle avait passé plusieurs semaines inconfortables en étant en partie chat …
Il avait fallu qu'elle ait l'approbation du directeur pour qu'elle fourre son nez dans la quête des Horcruxes … alors qu'on ne lui avait rien demandé.
Sauf qu'Harry n'avait pas envie de s'encombrer de ces boulets. Tout le monde était persuadé qu'ensemble ils se complétaient mais Harry ne voyait pas comment. Sauf si on lui menait un coup de pied au cul, Ron ne décollait pas de la table pour se goinfrer. S'il ne rappelait pas à Hermione qu'il y avait une vie en dehors des livres, alors elle ne quitterait pas l'antre de Mrs Pince. Il n'avait pas besoin d'un goinfre bourré de préjugés ou d'une bibliothèque ambulante pour lutter contre Voldemort. S'il ne pouvait pas compter sur eux, il n'avait pas besoin de s'encombrer d'eux. Quand Hermione avait programmé la quête des Horcruxes, Harry avait déjà prévu de les larguer au bout d'un moment. Elle avait estimé que Ron et elle seraient indispensables parce qu'eux savaient transplaner et pas Harry …
Comme s'il n'était pas capable d'ouvrir un livre sur le sujet et d'appliquer les consignes …
Ce n'était pas le seul domaine où il s'était renseigné seul. Quand il avait compris qu'il devrait affronter Voldemort peut-être jusqu'à la mort, il avait tenté de convaincre ses amis de s'entraîner sur des sorts qui n'étaient pas dans le programme.
Grave erreur !
Hermione était montée sur ses grands chevaux et avait déclaré que le programme scolaire était plus que complet et Ron, dès qu'il s'agissait de faire des efforts supplémentaires, avait rechigné ouvertement.
Donc il avait fait ses recherches et s'était entraîné tout seul comme un grand. Et comme les sorts qu'il avait appris n'étaient pas totalement « blancs », il n'avait pas eu à entendre leurs remarques infondées et fausses sur la magie « blanche » et la magie « noire ».
Harry vérifia qu'il avait toutes ses affaires dans son sac sans fond avant de se mettre en marche. Il avait l'intention de sonder les Gobelins sur les Horcruxes et s'ils abhorraient cette pratique, pourquoi pas leur signaler qu'il se pourrait que le coffre des Lestrange en cachait un et qu'il avait le moyen de le détruire …
