Débarquer comme une fleur
A la demande de Aydou le 03 mars 2018
La guerre était enfin terminée et Harry pensait qu'il allait enfin pouvoir vivre sa vie.
Après un passage obligatoire par St Mungo – qu'il avait fait de son mieux pour l'écourter – il avait fait un premier arrêt chez Andromeda Tonks et son filleul Teddy Lupin. Tous les deux avaient compris que pour leur bien-être à tous les trois, il serait bon qu'ils s'éloignent un peu de la Grande Bretagne, au moins le temps de faire leur deuil. Ils s'étaient donc rendus au Ministère pour officialiser le statut d'Harry – qui avait dû fusiller du regard le bureaucrate qui allait s'indigner que le Sauveur allait s'encombrer d'un enfant loup garou – avant de se rendre à Gringotts. Andromeda, avec tact, avait demandé à voir son propre gestionnaire de coffre, surtout pour remettre en ordre ses affaires avec la mort de son mari, de sa fille et de son gendre. Pendant ce temps, Harry avait rencontré le directeur de la banque qui avait voulu lui présenter en personne ses remerciements pour avoir débarrassé le monde magique britannique de la menace de Voldemort qui ne touchait pas que les Sorciers malgré leur égocentrisme. Il était sorti de son entretien un peu étourdi par la somme d'informations qu'il avait apprise.
En attendant de pouvoir partir du pays, Harry avait décidé de s'installer dans le manoir Potter qui n'était aucunement le cottage de Godric's Hollow à sa plus grande surprise. Les Elfes de maison présents avaient maintenu la demeure en état et dès qu'il avait posé ses maigres bagages, il avait pu s'installer. Il avait déjà reçu la visite d'Hermione, des Weasley – enfin surtout de Molly, Ginny et Ron – ainsi que certains bureaucrates du Ministère qui voulaient absolument son soutien pour qu'ils aient le poste qu'ils estimaient devoir avoir dans le nouveau gouvernement.
Six semaines après la Bataille d'Hogwarts, Harry en avait plus qu'assez des Sorciers anglais. Il avait dix-sept ans, bientôt dix-huit et il devait régler les problèmes des adultes qui avaient eu la bonne idée de laisser la conclusion de la guerre sur les épaules d'un adolescent, de se planquer pendant qu'il réglait son compte à Voldemort et maintenant, il devait résoudre tous leurs problèmes ? Il n'était pas Dieu, aux dernières nouvelles !
-Maître Harry ? fit Rani, l'Elfe de maison à son service personnel. Deux Sorciers demandent à vous voir.
-Présentent-ils un danger ? soupira Harry
-Immédiat, non, fit Rani. Mais je pense que vous devriez les rencontrer.
-Tu es sûr ? fit Harry
-Oui, assura Rani.
-Je vais suivre ton conseil, sourit Harry. Fais-les entrer.
-Bien, maître Harry, s'inclina Rani.
Tandis que ses « invités » étaient conduits jusqu'à lui, Harry se servit une tasse de thé pour se calmer. Il avisa la fiole de Philtre de Paix sur le plateau et leva un sourcil étonné. Mais lorsque le couple fut introduit, il trouva l'idée excellente et versa discrètement la fiole dans sa tasse pour la savourer le temps de reprendre totalement ses esprits.
-Tu as tellement grandi, murmura la Sorcière.
-On ne peut être que fier de lui, souffla le Sorcier.
-Maman, papa, salua calmement Harry.
Car il s'agissait bien de Lily et de James Potter qui se tenaient devant Harry. Couple qui aurait dû être mort en cette lointaine nuit d'Halloween. Nuit qui était à l'origine de tout ce cirque autour de lui.
Il devrait remercier Rani pour la potion.
-Je ne peux pas croire que vous soyez vivants, fit Harry. Pourquoi ? Pourquoi vous vous êtes fait passer pour morts ?
-Tu avais un destin si remarquable, souffla Lily. Il était important que nous nous effacions pour que tu puisses le réaliser.
-Quand on a appris la prophétie, on s'est dit que tu serais célèbre, fit James.
-J'aurais aimé que nous soyons ensemble, souffla Harry.
-Maintenant que tu as réalisé la prophétie, nous serons toujours à tes côtés, sourit Lily.
-Tu es maintenant le Sauveur et nous, les parents du Sauveur, nous serons célèbres ! ajouta James
-Nous allons former une famille ! s'exclama Lily
-Oui, une famille, murmura Harry.
Le couple avait quand même entendu et se leva pour serrer leur fils dans leurs bras, un grand sourire aux lèvres.
-Vous vous croyez où exactement ? demanda froidement Harry
Ils se figèrent, surpris.
-Dans quel monde vivez-vous pour ne serait-ce que penser qu'un enfant qu'une prophétie a désigné n'aura pas besoin du soutien de ses parents ? demanda Harry. Que se faire passer pour mort est la meilleure chose pour qu'un enfant puisse accomplir son destin ? Que sa célébrité future est plus importante que l'amour de ses parents ? Qu'une prophétie empêche qu'on se batte pour son enfant ?
-Mais Harry … protesta James.
-Le pire dans tout ça, c'est qu'une fois que j'aie tué Voldemort, vous revenez la bouche en cœur pour vous pavaner en tant que parents du Sauveur ! fit Harry. Faites-moi rire, comment auriez-vous expliqué le fait que vous n'êtes pas morts ? Et où étiez-vous toutes ces années ?
-Juste avant de mettre le cottage de Godric's Hollow sous Fidelitas, nous avions acheté une maison dans le monde Sorcier, souffla James. Nous suivions les événements depuis notre maison et nous sortions grâce à du Polynectar que Lily brassait.
-Une prophétie est plus qu'importante dans le monde Sorcier, déclara Lily. Nous ne pouvions pas nous mettre en travers. Disparaître de ta vie était la meilleure solution.
-Je n'y crois pas … souffla Harry.
Le brun se leva et leur tourna dos, regardant par la fenêtre.
-Maintenant que je suis de retour, déclara James, je pourrais t'enseigner tout ce que je sais en tant que lord Potter.
-Ancien lord Potter, corrigea sèchement Harry.
James Potter se figea.
-Je suis lord Potter, gronda James.
-Tu étais lord Potter, corrigea Harry.
Le brun se retourna et s'appuya contre le mur, un sourire railleur.
-Les Gobelins étaient vraiment heureux de me voir tuer Voldemort et pas parce qu'il les menaçait, déclara Harry. Depuis que Voldemort s'en est pris à moi, ils surveillent attentivement mes coffres et ils avaient relevé certains points qui les gênaient.
-Lesquels ? demanda Lily, perdue
-Il s'avère que quand un Sang Pur devient orphelin de père et de mère, les Gobelins versent une rente aux nouveaux tuteurs jusqu'à la majorité de l'enfant, expliqua Harry. Or, Pétunia n'a rien reçu toutes ces années.
Lily sursauta.
-Pétunia ? Tu es allé chez Pétunia ? hoqueta Lily
-Eh oui, sourit Harry.
-Mais notre testament … protesta James.
-Ah oui, votre testament, fit Harry. Il n'a jamais été ouvert et je n'ai pas compris pourquoi. J'ai pensé que Dumbledore l'avait bloqué pour qu'il puisse me placer loin de ma célébrité, pour que j'aie une enfance « normale », ou encore le Ministère pour qu'il puisse me voler mon héritage si je n'en savais rien. Mais maintenant que je vous vois devant moi, je comprends mieux …
-Que veux-tu dire ? demanda James
-Vous êtes vivants, répondit Harry.
-Oui, et alors ? fit James
-Vous êtes vivants et tant que vous l'êtes, les testaments ne peuvent pas s'ouvrir, renseigna aimablement Harry.
Les yeux de Lily et de James s'écarquillèrent.
-C'est bête, vous n'y avez pas pensé, traduisit Harry.
-Mais nous avions été déclarés morts, chuchota Lily.
-Par les Sorciers, compléta Harry. Pas par la Magie. Et les testaments sont soumis à la magie. Pas de mort, pas de testament. Pas de testament, pas de rente pour les tuteurs. Pas de rente égal un Harry maltraité, battu et traité comme un Elfe de maison durant toute son enfance.
-Comment a-t-elle pu oser ? balbutia Lily
-Tu t'en inquiètes ? s'étonna faussement Harry. C'est seize ans trop tard, il me semble.
-Tu n'aurais jamais dû aller chez Pétunia ! s'écria James
-Parce que c'était inscrit dans ton testament ? rappela Harry. C'est le serpent qui se mord la queue, là.
James dut en convenir.
-Pourquoi tu dis que James n'est plus lord Potter ? demanda Lily
-En fait, ce sont les Gobelins qui me l'ont dit quand je suis allé les voir il y a quelques jours, sourit Harry. Le Grimoire des Potter, qui relate tous les faits et gestes des membres de la famille, m'a donné toutes les informations que je voulais.
-Le Grimoire des Potter ? s'étonna James. Je ne connais pas.
-C'est normal, tu ne t'es jamais intéressé aux affaires des Potter, renifla Harry. Je ne vais pas te faire un cours d'histoire mais il s'agit d'un artefact qui est créé à chaque fois qu'une famille Sang Pur nait. Il est lié à notre magie familiale. Enfin, ma magie familiale.
-Je suis un Potter, rappela James.
-Tu étais, corrigea Harry.
-Pourquoi ? demanda James
-Le Grimoire a indiqué que le dernier lord Potter et son épouse se sont rendus indignes de la Magie en renonçant à protéger leur enfant uniquement par orgueil, révéla Harry, railleur. D'abord en l'abandonnant, ensuite en ne cherchant pas à le protéger de l'enfer de son enfance et en ne l'aidant pas une fois que sa destinée s'est révélée à lui.
-Harry … souffla Lily.
-Lily, fit Harry.
-Respecte ta mère ! rugit James
-Vous avez perdu le titre de parents quand j'ai compris que vous étiez en vie et que vous n'avez jamais fait l'effort de venir me voir avant que tout soit terminé ! claqua Harry. Dites-moi, vous avez du mal à faire de la magie depuis quelques temps, non ?
-Comment tu le sais ? fit Lily
-C'est simple, sourit machiavéliquement Harry. D'après le Grimoire, pour vos crimes contre moi, la Magie vous a exclu de la famille Potter et également, vous a retiré votre accès à la magie. D'après les Gobelins, vous serez morts avant Samain. Rani !
L'Elfe de maison apparut aussitôt.
-Seigneur Harry, s'inclina Rani.
-Peux-tu les ramener chez eux et faire passer le mot qu'ils ne seront plus jamais les bienvenus dans les clans Potter et Black ? sourit Harry
-Il en sera fait selon vos ordres, s'inclina Rani.
Le brun se tourna vers ses « parents » qui n'en croyaient pas leurs oreilles.
-Je ne vous raccompagne pas et je vous souhaite de vivre pleinement vos derniers instants dans le monde Sorcier, déclara Harry en leur tournant définitivement le dos.
