Ce qui vaut vraiment un Maraudeur

Contrairement à ce que le monde Sorcier avait pensé, Harry Potter n'avait pas voulu rester en Grande Bretagne après la mort de Voldemort.

Dès que Poppy Pomfrey l'avait libéré de son infirmerie, le brun s'était précipité à Gringotts pour vérifier les fonds qu'il avait. Pour lui, il était hors de question de rester pour se faire harceler à chaque pas qu'il ferait dehors. Il avait donc tout laissé en standby et avait embarqué Hermione et Ron aux Etats-Unis pour qu'ils puissent se reconstruire.

Un an plus tard, le Trio d'Or était prêt à affronter son passé.

Depuis son refuge, Harry avait fait restaurer le patrimoine immobilier des Potter et des Black et pour leur retour, il avait opté pour un hôtel particulier non loin du quartier magique, autre que Grimmaurd Place, ayant trop de mauvais souvenirs dedans. Chaque membre du Trio avait son étage avec des appartements privés, ce qui leur convenait parfaitement, d'autant plus que contrairement à ce que tous leurs camarades avaient imaginé, Hermione et Ron n'étaient et ne seraient jamais un couple.

Quand ils furent installés, ils lancèrent leur offensive.

Hermione et Ron déboulèrent chez Arthur, Molly et Ginny et mirent les points sur les i. Après avoir asséné à la matrone qu'ils n'avaient pas l'intention de se mettre ensemble, le duo avait pris un plaisir sadique à raconter leur année sabbatique en insistant sur les aventures d'Harry avec des personnes dont le physique et le caractère étaient totalement opposés à celui de Ginny. Ça n'allait pas l'arrêter dans sa volonté de devenir lady Potter-Black mais au moins, ils l'auraient prévenu.

Pendant ce temps, Harry avait repris ses titres et tout ce qui allait avec. Il avait contacté les cabinets d'avocats qui se chargeaient des affaires des Potter et de celles des Black et avait établi tout ce qui devait être fait. Le brun en avait également profité pour traîner en justice Dolores Umbridge et Rita Skeeter respectivement pour acte de barbarie, harcèlement moral et tentative de meurtre pour la première et diffamation pour la seconde. Comme les preuves étaient irréfutables – et surtout, que les lois étaient en sa faveur – les procès avaient rapidement été expédiés et elles avaient toutes les deux étés condamnées à des peines importantes, dix ans chacune. Mais cela avait été le prélude à une série de plaintes à l'encontre de ces mêmes personnes de la part de leurs autres victimes, à un tel point que le Conseil International des Sorciers s'était penché sur leurs cas.

En parlant du Conseil, le brun l'avait saisi alors qu'il se trouvait encore aux Etats-Unis pour porter à leur attention l'ingérence malsaine que s'était permis Albus Dumbledore dans sa vie et par extension dans la Grande Bretagne Sorcière. Avec le concours des Gobelins, le Conseil avait appris les libertés qu'il s'était permises pour avoir la main haute sur l'éducation d'Harry et il en était effaré. Quand le Ministère avait découvert que le CIS s'intéressait au cas du directeur d'Hogwarts, il s'était empressé de le virer de son poste et de le suspendre de celui de président du Magenmagot.

Une fois en Grande Bretagne, Harry avait invoqué la magie familiale pour reprendre officiellement ses titres et s'était présenté au Magenmagot. Il n'avait pas caché être à l'origine des problèmes que rencontrait le vieux Sorcier et avait ainsi détrompé toutes les personnes qui pensaient qu'il allait suivre la ligne de conduite de celui qui s'était positionné comme son mentor. Il avait alors entrepris de réformer les lois pour que le phénomène Voldemort ne puisse plus se répéter, ce qui était à l'opposé des desideratas de Dumbledore.

Les trois amis avaient décidé ensuite de mettre leurs projets à exécution. Harry avait trouvé le terrain et fait construire le bâtiment, Hermione avait trouvé le personnel adéquat et Ron s'était occupé de la communication et six mois après leur retour, « Aux premiers pas », la première école primaire Sorcière du pays avait vu le jour.

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-Tu es fou ?!

Harry Potter, bientôt vingt ans, était assis dans son bureau dans l'école « Aux premiers pas ». Même si le brun était le propriétaire réel, Hermione, Ron et lui en étaient les co-directeurs. Chacun avait donc son propre bureau qui donnait sur un même espace commun.

Lieu où actuellement, Harry recevait un invité imprévu.

Heureusement pour lui, Hermione donnait un cours sur le monde Moldu et Ron était allé sur le Chemin de Traverse acheter quelques accessoires pour l'école. Les conséquences n'auraient plu à personne.

-Je ne crois pas, non, fit fraîchement Harry. Où est le problème ?

-Le problème ?! Mais c'est un Slytherin !

-C'est même pour cela qu'il a été engagé ! déclara Harry

-Ce serait inconscient de le laisser approcher des enfants ! tonna Remus

Remus Lupin, dernier Maraudeur en vie, ami de James Potter et de Sirius Black, se tenait devant Harry. La raison ? L'engagement par le Trio en grande pompe de Draco Malfoy dans leur école.

Durant leur exil volontaire, Ron avait jeté un coup d'œil sur les cours préconisés par les Gobelins pour qu'Harry puisse reprendre sereinement son héritage. Seulement, quand il était arrivé aux us et coutumes Sang Pur, qui étaient sensiblement les mêmes à travers le monde, il s'était aperçu que même s'il appartenait à cette communauté, le roux n'avait fait que les survoler. Une discussion avec ses frères aînés plus tard, il avait compris que sa mère, en charge de leur éducation, avait estimé que ces règles étaient obsolètes et qu'il n'était pas la peine que ses enfants en apprennent une seule. Arthur Weasley avait pu limiter les dégâts en enseignant dans le dos de sa femme les principales mais ça avait été très peu.

De ce constat, surtout en comprenant que certains rites servaient à préserver la Magie, Ron avait convaincu Hermione et Harry de chercher un professeur d'étiquette Sang Pur ou au moins, une personne qui enseignerait les traditions Sorcières dans leur futur école. Hermione avait concédé que plus tôt les enfants apprenaient, moins les préjugés et les idées fausses se propageraient dans la société. Cela allait dans la continuité du professeur de Créatures Magiques qui abattait avec efficacité tous les fantasmes bons comme mauvais sur les autres races magiques, le trio en était bien conscient.

Ils savaient également que dès qu'ils prévoiraient ce cours de traditions Sorcières dans le programme de leur école, cela ne plairait pas à tout le monde. Pour cela, Hermione et Ron avaient soigneusement choisi la personne qui allait donner les fameux cours. Ils avaient compris que le mieux serait un Sang Pur respectueux des traditions ou au minimum un Né Sorcier suffisamment versé dans les us et coutumes Sorcières et ils avaient longuement cherché cette perle rare, surtout qu'il ne devait pas vomir d'idées de pureté de sang qui n'avait réellement existé et pris une importante malsaine que sous le règne de terreur de Voldemort.

Le trio avait été surpris quand Blaise Zabini, qui avait également trouvé refuge aux Etats-Unis après la guerre comme plusieurs de leurs camarades de leur année, avec qui ils avaient noué une relation plus saine et non parasitée par les préjugés du monde Sorcier et d'Albus Dumbledore, leur avait proposé d'engager Draco Malfoy. Curieux – surtout que Neville Longbottom, resté en Grande Bretagne et interrogé sur le sujet, avait abondé dans le sens de Zabini – le trio avait invité le blond à en discuter. Outre les discussions passionnantes qu'ils avaient eues, ils s'étaient finalement rangés de l'avis du noir et avaient soigneusement préparé son arrivée à l'école. Le blond avait rapidement accepté ce poste de professeur pour différentes raisons mais surtout pour préparer les enfants à leur futur professeur de Potions à Hogwarts, le non moins célèbre Severus Snape.

Pour bien faire les choses, Ron avait annoncé la nomination de Draco en grande pompe.

Et le défilé des mécontents commença.

Hermione avait réussi à se débarrasser des gratte-papiers, Ron des journalistes et Harry des personnages … plus problématiques. Autrement dit des Sorciers qui les avaient personnellement côtoyés.

Et aujourd'hui, il devait s'occuper de Remus Lupin qui s'opposait visiblement à leur nouvel ajout dans leur équipe pédagogique.

Remus Lupin, loup garou qui n'arrivait pas à concilier sa partie Sorcière et loup.

Remus Lupin, qui avait aisément cru que son meilleur ami avait pu livrer son autre meilleur ami sans aucun état d'âme alors que durant toute sa scolarité, il avait tout fait pour montrer qu'il n'était pas comme sa famille.

Remus Lupin, qui avait fait la promesse solennelle de veiller sur les enfants des Maraudeurs, mais au lieu de cela, quand Harry avait été confié à une famille quelconque, avait préféré s'enfuir pour s'apitoyer sur son sort.

Remus Lupin, qui, quand il avait été engagé sans aucune qualification en tant que professeur de Défense contre les Forces du Mal, n'avait même pas pris la peine d'apprendre à connaître Harry, obéissant comme un gentil chien à Albus Dumbledore qui ne voulait pas qu'Harry ne sache quoi que ce soit sur sa famille biologique.

Remus Lupin, qui, après avoir quitté l'école, au lieu de soutenir son ami fraîchement échappé de prison, avait préféré tenter de convaincre les meutes de loup garous sans même se poser la question sur ce qu'elles étaient réellement.

Remus Lupin, qui avait quitté la Grande Bretagne peu après que Voldemort ne se montre officiellement au Ministère de la Magie, soi-disant pour recruter d'autres meutes de loup garous en dehors de l'archipel.

Remus Lupin, qui était revenu comme une fleur pour la Bataille Finale sans aucun allié, bien entendu.

Remus Lupin, qui, grisé par la victoire, avait eu une relation d'une nuit avec Nymphadora Tonks.

Remus Lupin qui, en apprenant qu'à la suite de cette fameuse nuit, avait mis enceinte la jeune Auror, avait refusé de prendre ses responsabilités.

Remus Lupin qui, alors que Tonks venait de mourir en couches, n'avait pas voulu prendre en charge son propre fils.

Celui-là même, maintenant l'ouvrait et lui disait qui serait qualifié pour éduquer des enfants ?!

-Pourquoi ? demanda froidement Harry

-Il ne sait pas comment s'y prendre avec les enfants, assura Remus. Et il va sûrement vouloir faire apprendre l'idéologie de Tu Sais Qui.

-Non, décréta Harry.

-Comment ça, non ? piailla Remus. Je connais les types de son genre …

-Autant que tu connaissais tes meilleurs amis ? railla Harry

Remus se figea avant de froncer des sourcils.

-Tu ne sais pas de quoi tu parles, grogna Remus.

-C'est vrai, railla Harry. Mes amis n'ont jamais imaginé que je puisse les vendre à leur pire ennemi.

Remus grogna.

-Tu ne connais pas Draco, asséna Harry. Tu ne sais pas ce qu'il compte enseigner. Tu le confonds avec son père et même là, tu n'as jamais cherché à savoir pourquoi il était comme ça.

-Tu fais confiance aux mauvaises personnes, déclara Remus.

-Ça doit être de famille alors puisque mon père et mon parrain t'ont fait confiance pour veiller sur moi, renifla Harry. Chose que tu fais avec une méticulosité indéniable.

Remus ne put s'empêcher de rougir. Effectivement, il n'avait jamais été présent pour Harry.

-Mais un Malfoy ! tempêta Remus. S'il te fallait absolument un professeur, j'étais là !

-Ce n'est pas faute d'avoir fait passer des annonces pour cela, railla Harry. Curieusement, tu ne t'es même pas présenté.

-J'attendais que tu me le proposes toi-même, fit Remus.

-Et moi je cherchais des personnes qualifiées pour mon école, rétorqua Harry. Et malgré des cours très intéressants, tu ne possèdes aucun diplôme.

-Tes parents … commença Remus.

-Mes parents sont morts, coupa Harry. Quoi que je fasse, je ne saurais jamais ce qu'ils auraient pu penser de ce que je fais de ma vie. J'aurais pu apprendre comment ils étaient mais les seules personnes qui auraient pu m'en parler soit ne pouvaient pas, comme Sirius puisqu'il avait été enfermé à Azkaban pendant douze ans et après, il était en fuite, soit n'avaient pas jugé utile de m'en parler. Comme toi, Remus.

Remus ragea.

-Si je côtoie les Slytherin, c'est mon problème, asséna Harry. Personnellement, je préfère me faire ma propre opinion sur ce que le peuple Sorcier estime bon ou mauvais. Parce que sinon, si je l'avais cru, j'aurais dû te chasser de ma vie, tu sais.

Remus se recula, foudroyé par la justesse de ces paroles.

-Tu n'as aucun droit d'émettre un avis sur ma vie, décréta Harry. Tu as perdu tout droit sur moi quand tu m'as accusé de la mort de Sirius alors que c'était toi qui aurais dû être à ses côtés pour lui réapprendre à vivre. Tu n'as aucun conseil à me donner sur l'éducation des enfants que je prends en charge alors que tu as lâchement abandonné ton propre fils. Et même si tu avais les qualifications requises, sache que je ne t'aurais jamais engagé parce que je refuse qu'un membre de l'équipe enseignante transmette sa haine irraisonnée pour l'une des maisons d'Hogwarts. Encore moins un loup garou qui ne sait pas se contrôler.

Excédé par la rébellion du plus jeune devant son autorité, Moony, la partie loup de Remus se jeta sur Harry. Mais ce dernier se leva et plaqua son adversaire au sol en le tenant par la gorge, sa magie virevoltant autour de lui. Remus se débattit violement mais le brun ne bougea pas d'un cil. Moony comprit alors qu'il se trouvait en présence d'un Alpha et qu'il n'avait aucune chance de prendre le dessus donc il capitula. Voyant cela, Harry approcha son visage et siffla dangereusement.

-Quand j'ai appris l'existence des Maraudeurs, j'ai toujours pensé qu'il s'agissait d'un groupe d'amis fidèles à la vie à la mort, susurra Harry. Mais plus j'en apprenais, plus je découvrais qu'il s'agissait d'une bande de brutes sans cervelle qui prenait son pied en attaquant aux autres. Quatre Sorciers égoïstes qui n'avaient pas confiance les uns en les autres. Arrogants en pensant que personne ne pouvait s'en prendre à eux. Quatre mecs incapables de tenir leur parole, totalement irresponsables et qui n'étaient même pas capables de voir plus loin que leur nez. Qui ne savaient pas se remettre en question. Tu penses vraiment que puisque tu me l'ordonnes, je vais le faire sans protester ? Tu crois honnêtement que je vais obéir à quelqu'un qui abandonné famille et amis, plusieurs fois en plus ? Tu n'as rien fait pour moi, Remus. Je ne t'ai pas attendu pour me préparer contre Voldemort ou me reconstruire après sa mort. Oui, tu m'as appris le Patronus, mais si je ne t'avais pas harcelé pour que tu surveilles mon entraînement, jamais tu n'aurais eu l'idée de me l'apprendre. Tu veux te complaire dans ta morosité ? Soit, fais ce que tu veux. Mais tu ne m'entraîneras pas dans ta déchéance. Tu as perdu la possibilité de faire partie de ma vie mais surtout, de prétendre à en faire partie. Aujourd'hui et maintenant, ce sera la dernière fois que nous reverrons, Remus Lupin. J'espère que tu apprécieras ta vie seul au monde.