La bonne parole
Dès qu'il avait pu être sur pied après la mort de Voldemort, Harry avait fait un saut à Gringotts et de là, avait envoyé une lettre au Ministère et avait totalement disparu des radars.
Bien entendu, tout le monde avait hurlé devant la défection du Sauveur mais ce n'était pas pour autant qu'il avait l'intention de revenir.
Les années avaient passé et chacun avait refait sa vie. Hermione et Ron, entre autres, avaient fini par se marier et avoir deux enfants, Rose et Hugo, la première était devenue directrice du département de la régulation des Créatures Magiques, le second Auror. Ginny avait elle aussi eu un enfant et à la suite de sa grossesse, avait troqué sa carrière flamboyante de joueuse de Quidditch pour celle de journaliste tout aussi sulfureuse. Certains héros de guerre s'étaient également introduits dans les méandres du gouvernement, si bien que rien ne se faisait sans leur si important avis.
Et donc, que la Grande Bretagne Sorcière stagnait.
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Cela faisait dix ans que Voldemort n'était plus et le Ministère comptait bien organiser une somptueuse fête pour célébrer l'événement. Le Ministre avait également réussi à convaincre le directeur de la coopération internationale d'inviter des représentants des autres nations Sorcières du monde. Les directeurs de département avaient également été mis à contribution et Hermione comptait bien se mettre en avant. Elle restait une héroïne de guerre, quand même ! Ron était déjà invité en tant qu'adjoint au chef des Aurors, ayant grimpé les échelons rapidement.
A trois mois de la célébration, les directeurs de département s'étaient réunis avec l'organisateur principal pour faire une mise au point.
La brune, qui en raison de son statut d'héroïne et de belle-fille, était éminemment écoutée par le ministre de la Magie Arthur Weasley, imposait ses idées pour que la soirée soit à son image. Même Percy Weasley, son beau-frère, sous-secrétaire du Ministre, n'arrivait pas à en placer une.
Le peu de membres du gouvernement qui n'était pas aveuglé par le point de vue des Weasley et assimilés sentirent que la date anniversaire de la Bataille d'Hogwarts serait l'apogée de la catastrophe qu'était devenu le pays depuis ce moment-là.
Alors que la réunion se terminait, Théo Nott, qui était l'un des assistants du directeur de la Coopération Magique, avait un sourire mystérieux aux lèvres. Les prochains mois allaient beaucoup l'amuser.
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Le brun s'étira longuement après être descendu de l'avion.
-J'ai l'impression que tu te fais vieux, ricana un blond à ses côtés.
-Eh ! pesta le brun. On est quand même restés enfermés des heures dedans !
Pour toute réponse, le blond ricana.
Tous les deux avaient fui l'Angleterre quand ils avaient pu tenir debout. Ils en avaient eu assez de l'hypocrisie ambiante et les faux semblants mais surtout les sollicitations. Le fait de partir leur avait montré une autre facette de leurs proches et leurs amis ainsi que le véritable visage de leur pays. Harry s'était réfugié en Australie et Draco en Russie pour tous les deux refaire leur dernière année et obtenir leurs ASPIC avant d'opter pour une formation d'Aurors … aux Etats-Unis. Quand ils s'étaient revus le premier jour de la formation, ils étaient restés figés avant qu'un éclair de détermination ne traverse leurs regards. Leur rivalité était passée à la postérité mais sans la pression des Sorciers britanniques et de leurs noms respectifs, leur relation avait été plus saine et ils avaient fini par devenir amis. Deux ans plus tard, ils avaient eu leur diplôme mais ça n'avait été que trois ans après que leurs chefs décidèrent de les mettre en équipe, malgré les doutes que leurs collègues avaient émis. Ce fut un succès phénoménal et le duo Harry Evans et Draco Black était l'un des plus célèbres du Bureau des Aurors américains. C'était pour cette raison qu'il avait été choisi pour protéger la directrice de Genesis, l'école de magie du pays, dame Camille Blackwood. Ce n'était pas la première fois qu'ils accompagnaient la Sorcière en représentation officielle et cette dernière les considérait volontiers comme ses petits-enfants, ce qui ne les avait pas dérangés outre mesure et ce qui faisait que leurs missions avec elle étaient très agréables. Alors quand on leur avait proposé une nouvelle fois de l'accompagner, ils avaient tout de suite accepté. Ils avaient tiqué quand ils avaient découvert leur destination mais ils avaient fini par hausser des épaules. Ils étaient conscients qu'il était temps qu'ils arrêtent de fuir et qu'ils tournent la page.
-Mes garçons, sourit Camille.
-Attends, nous allons t'aider avec tes bagages, sourit Harry.
Sans même un regard en arrière, il alla récupérer les valises de chacun.
-Depuis que nous nous connaissons, je ne t'ai jamais vu faire la même chose, taquina Camille.
-Que veux-tu, je reste un aristocrate, sourit Draco. Je ne vais jamais pouvoir m'abaisser à aller chercher moi-même mes bagages alors qu'il y a des petites mains qui peuvent s'en charger. En l'occurrence, ici Harry.
-Ce que tu peux être méchant, sourit Camille.
-Je les ai ! s'écria Harry en revenant. On y va ?
Tous les trois avaient opté pour un voyage par transport Moldu essentiellement par confort et aussi pour pouvoir plus facilement se fondre dans la foule au cas où. De plus, les deux jeunes hommes avaient passé leur permis de conduire voiture comme moto et adoraient faire des virées avec.
-Aujourd'hui, c'est limousine ? constata Camille en voyant le véhicule les attendre à la sortie privée de l'aéroport
-Nous ne pouvons rien te refuser, sourit Draco en lui ouvrant la porte.
-Merci, jeune homme, fit Camille en s'installant.
Les deux Aurors grimpèrent à leur tour dans le véhicule qui partit aussitôt.
-Messieurs, je vous ai fait confiance, déclara Camille. Où nous rendons-nous ?
-Nous avons une suite au May Fair Hotel, répondit Draco.
-Du grand luxe, siffla Camille. Nostalgique ?
-Un peu, avoua Draco. En fait, c'est le nom de Potter qui nous a permis de pouvoir rester une semaine là-bas.
La voiture fila vers la capitale et chacun s'installa dans sa chambre. Dès que Camille leur eut promis de ne pas bouger du palace, Harry et Draco se rendirent incognito à Gringotts pour se tenir au courant de ce qui se passait dans le pays comme pour leurs finances. Quand Camille les revit deux heures plus tard, elle sut que les nouvelles étaient mauvaises. Elle préféra les laisser comploter tranquillement et alla se reposer. La soirée officielle avait lieu demain et elle se devait d'être en pleine forme.
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-Madame Blackwood ! salua Albus. C'est un honneur de vous rencontrer !
-Monsieur Dumbledore, répondit Camille. Le plaisir est partagé. Je pense que vous aviez une bonne raison de m'inviter ?
-Exact, sourit Albus. J'aimerai beaucoup mettre en place un échange scolaire entre nos deux écoles. Puis-je vous présenter ma meilleure élève depuis que je suis professeur, Hermione Granger Weasley ? Elle est directrice du Département de la Régulation des Créatures Magiques au Ministère de la Magie.
-Enchantée, salua Hermione.
-Je ne vous l'ai pas dit mais dès la rentrée prochaine, elle va être le nouveau professeur de Métamorphoses, confia Albus. Je vous laisse, je dois saluer d'autres personnes.
-Bien entendu, sourit Camille.
Dès que le directeur de Poudlard s'en alla, Hermione s'empressa de bombarder Camille de questions et d'étaler ses connaissances. Malheureusement pour la brune, Camille n'était pas arrivée à son poste par magie et avait décelé les failles des déclarations de la jeune femme. Dès qu'elle le put, elle s'éclipsa et ses gardes du corps la rejoignirent dans une alcôve.
-Et il voulait me faire croire que le niveau de Poudlard est élevé ? critiqua Camille. Cette gamine fait des erreurs que même un gosse de treize ans ne ferait même pas !
Portant de légers Glamours pour ne pas être reconnus, Harry et Draco soupirèrent.
Quand ils avaient passé leurs ASPIC, les deux Sorciers avaient compris à quel point le niveau de Poudlard était bas. Ils n'avaient pas compté les nuits blanches qu'ils avaient faites pour se remettre à niveau pour avoir leurs examens sereinement. Au fur et à mesure qu'ils vivaient hors de leur pays d'origine, ils avaient pu voir tous les dysfonctionnements qui existaient et qui avaient encore lieu. Comme ils avaient toujours gardé un œil sur la Grande Bretagne, ça avait été avec stupeur qu'ils avaient appris qu'Albus Dumbledore n'était pas mort de la main de Severus Snape mais plongé dans le coma à la suite d'un sort lancé par Voldemort des années auparavant qui s'était activé quand le sort de mort lui avait été jeté. Trois jours après la mort de Voldemort, Dumbledore s'était réveillé et il avait pu reprendre ses fonctions dès la rentrée scolaire suivante. Depuis, les choses n'avaient guère changé, les Serpentards étaient toujours autant haïs et ostracisés et les races magiques avaient toujours aussi peu ou pas de droits. Par acquis de conscience, ils avaient comparé leur programme scolaire avec celui de Genesis et il s'était avéré que celui de Poudlard était très en deçà de ce qui était demandé dans les autres pays au même niveau.
-Votre attention je vous prie, fit Albus.
Tous les invités se rapprochèrent de l'estrade.
-J'aimerai vous remercier de votre présence pour fêter le dixième anniversaire de la mort de Vous Savez Qui, déclara Albus. C'est une date importante car depuis, notre pays est en paix, grâce notamment à Arthur Weasley, notre ministre, qui a œuvré sans relâche pour que les dégâts occasionnés par la guerre ne soient plus qu'un triste souvenir et que les Mangemorts soient tous condamnés à la hauteur de leurs crimes. J'aimerai également profiter de l'occasion pour faire plusieurs annonces. Je voudrais vous présenter la nouvelle responsable des relations publiques du Ministère, Ginevra Potter …
-Je ne savais pas qu'Harry Potter était marié, constata à voix haute Camille.
L'assemblée murmura, abondant dans ce sens.
-Madame Blackwood … fit Albus.
-Mademoiselle, corrigea Camille.
-Mademoiselle Blackwood, corrigea Albus. Harry Potter a été porté disparu depuis maintenant dix ans. Le Ministère le déclare dès aujourd'hui mort. Comme Ginevra Weasley portait son enfant au moment de sa disparition, elle a pu demander un mariage à titre posthume pour que son fils puisse porter le nom de son père. Elle est donc à compter de ce jour lady Ginevra Potter-Black.
-Petit chenapan ! gronda faussement Camille à l'un de ses gardes du corps. Tu ne m'as jamais dit que j'avais un arrière-petit-fils !
Harry défit son Glamour et des hoquets de stupeur retentirent dans toute la salle quand on le reconnut.
-Tu n'en as toujours pas, assura Harry. Et pour avoir un enfant, il faut être deux. Je suis certain de ne pas avoir couché avec cette catin et encore moins avoir eu de descendance. La tapisserie familiale n'aurait pas pu me mentir !
-Alors peux-tu m'expliquer comment ça se fait qu'on te considère comme mort ? demanda Camille
-Je ne le suis pas aux yeux des Gobelins, assura Harry. Ils savent parfaitement que je me suis exilé après la Bataille de Poudlard et que je gère mes affaires en Grande Bretagne depuis mon lieu de résidence actuel.
-Et pourquoi te faire épouser cette … gourgandine à titre posthume ? demanda Camille
-Ça doit être pour la même raison pour laquelle j'ai également comme nouvelle épouse Pansy Parkinson, déclara Draco qui ôta à son tour ses Glamour.
-Tu es un Mangemort ! cracha Ron. Tu es en état d'arrestation !
-Sans Marque des Ténèbres et de preuves tangibles, tu ne peux rien faire, la Belette, nargua Draco en relevant ses deux manches pour montrer l'absence de marque. Pour répondre à dame Camille, les fortunes Malfoy, Potter et Black sont trois des plus importantes du pays, d'Europe même. Or, les héritiers portés disparus, on pourrait attendre des années et des années pour qu'un nouvel héritier apparaisse. En Grande Bretagne Sorcière, on ne peut déclarer un disparu mort qu'après dix ans. Dès que la mort est confirmée, on peut demander un mariage posthume, à condition qu'un enfant ait été conçu voire né avant la mort du défunt. Si c'est accepté, le mariage est célébré et la mère gère les biens de son enfant jusqu'à ce qu'il en soit digne.
-Mais il faut que la mort soit reconnue par l'administration et par la Magie, sourit machiavéliquement Harry. Donc, le Ministère aurait dû demander confirmation à Gringotts pour savoir si j'étais effectivement mort. Et il faut trois jours.
-Mais … protesta Albus.
-Je suis allé à la banque ce matin et ils ne m'ont pas prévenu d'une telle procédure, coupa Harry. Donc me déclarer mort est plus que … prématuré.
-Mais tu ne nous as pas donné signe de vie depuis dix ans ! s'exclama Hermione
-Il n'y a que cinq personnes (Fred, Georges, Luna, Neville et Poppy Pomfrey) qui ont cherché à savoir si j'allais bien et si j'avais besoin de temps pour me remettre de guerre. Pardon … six (Andromeda Tonks), corrigea Harry. J'ai toujours contact avec eux et ils savaient parfaitement que j'étais vivant et en bonne santé. Mes meilleurs amis, Ron et toi en l'occurrence, n'ont pas estimé cela nécessaire. Et encore moins celui qui se proclame mon mentor …
La foule était abasourdie.
-Mon garçon … tenta Albus.
-Je vous arrête tout de suite, grinça Harry. La seule personne qui peut se permettre de m'appeler comme cela est Camille Blackwood. Nous n'avons jamais été assez proches pour que vous puissiez vous permettre ce genre de privauté.
-Mais il t'a toujours aidé ! protesta Ron
-Je ne vais pas discuter ici et maintenant de tous les manquements dont Dumbledore et vous vous êtes rendus coupables, renifla Harry.
-Je te l'avais dit, on n'aurait jamais dû revenir, souffla Draco.
-On peut corriger ça, sourit Harry. Si tu me l'autorises, Camille, j'aimerai repartir dès ce soir.
-Avec plaisir, répondit Camille. Le ministre de la Magie américain voulait savoir s'il pouvait autoriser de nouveau les échanges avec la Grande Bretagne, je peux lui dire que ce n'est pas possible en l'état actuel.
-Vous savez pourquoi les autres pays refusent de signer des accords d'échanges commerciaux ? sourit froidement Draco. C'est parce qu'ils sont au courant que c'est une dictature cachée sous vos ordres, Dumbledore. Ils estiment que tant que vous avez la mainmise sur tous les secteurs du pays, rien ne leur certifie que les bénéfices vont à tous les Sorciers britanniques et non uniquement à vous et vos élus. Puisque vous avez osé vouloir mettre la main sur les héritages Malfoy, Potter et Black, le Conseil International des Sorciers va se pencher attentivement sur votre cas.
En bon gentlemen, Harry et Draco présentèrent leurs bras à Camille qui les accepta volontiers.
-Ah, avant que je n'oublie, si l'envie vous prenait ainsi qu'à vos serviteurs qui se sont prétendus mes amis de quitter le pays, sachez qu'il y a déjà des mandats d'arrêt internationaux contre vous, Dumbledore, ainsi que contre Hermione, Ginny, Molly, Ron et Arthur Weasley et Pansy Parkinson. Poppy, Luna, Neville, Fred, Georges, on se retrouve à la maison. Bonne soirée !
Ils quittèrent la salle et Harry referma les portes derrière eux.
-Combien de temps avant qu'ils ne comprennent tout ce que nous avons dit ? demanda Harry
-Pas assez, grommela Draco. On retourne à l'hôtel et ensuite, on rentre.
-Vous avez de la chance que l'enquête sur votre enfance et votre adolescence soit terminée, mes petits, sourit Camille. En revanche, mon chéri, je n'ai vraiment pas d'arrière-petits-enfants ?
-Non Camille, rit Harry en se mettant en marche. James Sirius, le fils de Ginny, est né exactement neuf mois après la Bataille de Poudlard. Avant ça, j'échappais aux Mangemorts depuis un an et après, c'est un miracle si j'ai pu me traîner jusqu'à Gringotts. D'autant plus que j'étais et je suis encore stérile.
-Comment ça se fait ? sursauta Draco alors qu'ils sortaient côté Moldu et qu'il hélait un taxi.
-Deuxième année, répondit Harry. En sauvant cette garce, je me suis fait mordre par un Basilic et soigné par un Phénix.
Il fit entrer Camille avant de grimper avec Draco dans le véhicule.
-Des substances très puissantes, constata Camille. Et tu as survécu ?
-Je me demande encore comment ça se fait, rit Harry. D'après Poppy Pomfrey, la Médicomage de Poudlard qui l'a découvert, il faudrait que je fasse une dialyse pour que le venin et les larmes soient correctement assimilés par mon sang et que je puisse être de nouveau fertile. Ce que je n'ai toujours pas fait, surtout pour éviter qu'on me colle un bâtard dans le dos.
-Je ne savais pas que tu pouvais réfléchir comme un Serpentard, ricana Draco.
-Et encore, tu n'as encore rien vu, sourit Harry.
