Un seul être vous manque et tout est dépeuplé
La guerre était terminée depuis un an et Harry vivait le parfait amour avec Ginny. Tous les deux avaient accepté de faire leur dernière année à Hogwarts et le brun était ressorti avec les honneurs. Maintenant qu'ils avaient fini avec le château écossais, ils comptaient bien profiter de l'été pour approfondir leur couple et qui sait, peut-être parler mariage.
Mais la vie en avait décidé autrement.
Des Sorciers qui adhéraient à l'idéologie de Voldemort mais qui n'avaient pas eu le temps de prendre la Marque avaient décidé de reprendre le flambeau. Les attaques se multipliaient mais comme ils n'avaient pas de combattants comme Bellatrix Lestrange ou de stratèges comme Lucius Malfoy, les rares fois où on entendait parler d'eux, la plupart se faisait arrêter et jeter en prison.
Leur dernière attaque sur le Chemin de Traverse avait fait plusieurs morts mais une seule avait de l'importance aux yeux du public.
Ginny Weasley, la fiancée du Sauveur, n'était plus.
Harry avait assisté aux funérailles puis s'était enfermé chez lui pendant de longues semaines, refusant de parler à ses amis.
Le monde Sorcier se posa la question de savoir s'il allait surmonter cette immense perte.
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Quand Harry avait tenu le cadavre encore chaud de sa petite-amie, il eut un grand vertige, qu'il mit sur le compte du choc et de la perte qu'il vivait.
Mais tout fut balayée lorsqu'il eut la même sensation que lorsqu'on levait un sort d'Imperium sur lui.
Une rage profonde s'empara de lui mais il retint de justesse son calme. A la place, il déposa le moins brusquement possible le corps qu'il avait entre les bras, se redressa tout en sortant sa baguette et captura les responsables de l'attaque. Il fut chaudement remercié par les Aurors puis il fut mené à St Mungo pour un examen de routine « parce qu'il venait de voir sa fiancée mourir sous ses yeux ».
Il serra les dents mais ne dit rien.
Il resta le temps socialement nécessaire pour consoler Molly qui pleurait sa fille unique tout en gardant un air de circonstance et déclina l'invitation de la matrone de venir habiter chez elle le temps de se remettre avant de filer chez lui.
La première chose qu'il fit fut de hurler un bon coup.
La garce l'avait placé sous Imperium depuis la mort de Voldemort !
Maintenant qu'il avait les idées claires, il voyait d'un œil neuf ce qui s'était passé depuis un an. Il ne pouvait croire qu'il s'était laissé faire !
Le problème était de savoir si Ginny avait fait ça toute seule ou non et son petit doigt lui disait que ce n'était pas possible sans qu'elle n'ait une aide extérieure. Il se souvint de documents qu'il avait signés mais dont il ne connaissait pas la teneur, faisait à l'époque totalement confiance à sa fiancée …
Craignant pour son futur, Harry se changea – bon sang, des vifs d'or sur sa veste ? Mais il avait quel âge pour Ginny ? Cinq ans ? En plus, il savait s'habiller tout seul, elle n'avait pas besoin de lui racheter une nouvelle garde-robe à son goût à elle et non à lui – puis fila vers Gringotts. La nuit était largement tombée mais ce n'était pas un problème puisqu'il savait que la banque était ouverte jour et nuit. Il manda le directeur de Gringotts et fut rapidement mené à son bureau.
-Monsieur Potter, salua Ragnok.
-Directeur Ragnok, répondit Harry. Je vous explique rapidement ce qui se passe. J'ai été maintenu sous Imperium depuis à peu près mi-juin de l'année dernière jusqu'à aujourd'hui. Peu importe le prix que ça coûtera, je veux savoir tous les sorts et les potions auxquels je suis actuellement soumis et par qui. Je veux que tous les mouvements prévus sur mes coffres dans leur intégralité soient suspendus jusqu'à ce que j'aie pu les examiner dans le détail et je veux un récapitulatif complet de tout ce qui s'est passé avec mes coffres depuis la mort de Voldemort … non, depuis la mort de mes parents. Toutes les procurations et les autorisations sont révoquées et j'en veux une liste précise.
-Qu'en est-il des objets qui ont été récupérés ou des propriétés qui sont occupées ? demanda Ragnok
-Je veux savoir quand, par qui et comment c'est possible, gronda Harry.
-Combien de temps avez-vous ? demanda Ragnok
-Je suis actuellement en train d'encaisser la mort de ma petite-amie qui a l'air d'être très loin d'être ce que je pensais, siffla Harry. Je veux des réponses à mes questions. Maintenant.
Sentant la magie du Sorcier s'échapper, le directeur lança ses ordres. Dix minutes plus tard, Harry était mené dans une salle de rituel où plusieurs Gobelins encapuchonnés et des silhouettes qu'on pouvait deviner Humaines s'activaient. Le brun suivit les indications silencieuses et rapidement, il sentit son corps se faire examiner de manière extrêmement intime. Quand ce fut terminé, douze heures avaient passé. Il fut ensuite mené dans un petit appartement où il put prendre une douche bien chaude et se changer avant d'être reconduit dans le bureau de Ragnok.
-Vous voulez la bonne ou les mauvaises nouvelles ? attaqua directement Ragnok
-La bonne, soupira Harry.
-L'Horcruxe que vous possédiez a totalement disparu, déclara Ragnok. Il est juste étonnant qu'on n'ait pas songé à vous l'enlever tout de suite.
-Que voulez-vous dire ? fit Harry, pressentant le pire
-La magie liée à la mort est la seule qui soit commune à toutes les races magiques, répondit Ragnok. C'est une signature particulière qui est reconnue par tout le monde. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour laquelle les Nécromanciens se cachent aussi bien. Ils doivent avoir un contrôle extrêmement rigoureux sur leur aura ou leur magie s'ils ne veulent pas se faire tuer dans la minute.
-Quel rapport avec moi ? demanda Harry, perdu
-Un Horcruxe est issu de la magie Nécromancienne, expliqua Ragnok. Même si on ne pouvait savoir avec exactitude ce que vous aviez, la magie émise par l'Horcruxe aurait dû alerter les Sorciers autour de vous qui vous auraient mené vers les Nécromanciens les plus proches pour vous ôter cette aberration. C'est d'ailleurs un miracle que vous ayez pu vivre autant de temps avec cette … chose.
-Vous êtes en train de me dire qu'on m'a délibérément laissé vivre avec un Horcruxe ? blêmit Harry
-C'est la conclusion la plus logique, confirma Ragnok.
Harry respira profondément. Ce n'était sûrement pas la seule mauvaise nouvelle de la journée.
-Quoi d'autre ? demanda calmement Harry
-Vous avez signé une procuration sur vos coffres au nom d'Albus Dumbledore quand vous êtes entré à Hogwarts, révéla Ragnok. Une autre au nom de Molly Weasley à la fin de votre deuxième année et deux autres pour Ginny et Ron Weasley l'année dernière. Tous ont insisté pour avoir accès à absolument tous vos coffres mais tant que vous n'aviez pas repris votre titre de lord Potter, vous n'aviez pas accès à tous les coffres de votre famille donc vous ne pouviez pas donner procuration.
-Quels coffres ? demanda Harry. Et quel titre ?
-Vous ne savez pas ? s'étonna Ragnok
-Savoir quoi ? insista Harry
-Vous êtes un Sang Pur riche, monsieur Potter, révéla Ragnok. Votre tuteur, Albus Dumbledore, aurait dû vous le dire dès votre plus tendre enfance et vous éduquer en conséquence.
-Ma tutrice s'appelle Pétunia Dursley, née Evans, la sœur de ma mère, fronça des sourcils Harry. Une Moldue qui a une haine profonde pour tout ce qui est magique et malheureusement ma dernière famille.
-Vous avez encore de la famille, corrigea Ragnok. La famille Potier, en France, a des liens certes lointains mais reste votre famille Sorcière. En cas d'absence de consignes spécifiques dans les testaments de vos parents, c'est chez eux que vous auriez dû aller, surtout si on n'avait aucun doute que vous étiez Sorcier et même si ce n'était pas le cas. En tant que Sang Pur, vous devez être élevé et éduqué par des Sang Pur, comme la loi l'indique.
-Alors ils ont fait une exception pour moi, grinça Harry.
-Ou on a violé des lois pour faire de vous ce qu'on voulait, gronda Ragnok. Ce qui expliquerait en partie les milliers de Galions qui ont été prélevés dans votre coffre étudiant.
-Je ne voyais pas de différence quand j'y allais, s'étonna Harry.
-Au trente-et-un juillet de chaque année, ce coffre était complété automatiquement à dix milles Galions par le coffre principal des Potter, expliqua Ragnok. C'est une mesure prise par chaque famille Sang Pur. C'est aux parents de décider du montant du plafond que l'enfant ne peut pas dépasser quand il vient chercher de l'argent. Comme les vôtres sont morts avant qu'ils n'aient pu songer à mettre en place ce fameux plafond, ce dernier est resté à dix milles Galions qu'on s'empressait de vider à chaque été.
-Et vous ne vous en êtes pas aperçu ? demanda Harry
-A notre décharge, les procurations avaient été signées avec votre sang, avoua Ragnok. Nous n'avons jamais songé à vérifier votre magie car ce n'était un secret pour personne que vous avez entièrement confiance en Albus Dumbledore et que vous considériez Molly Prewett comme une seconde mère. En fait, nos soupçons ont surgi lors du Tournoi des Trois Sorciers.
-Pourquoi ? demanda Harry
-Vous étiez mineur, rappela Ragnok. Et pour participer au Tournoi, contrat magique ou non, vous auriez dû avoir l'autorisation de votre tuteur. Or, personne ne s'est insurgé, ce qui voulait dire que son accord avait été rapidement donné. Nos contacts au Ministère nous ont appris que les responsables du Tournoi n'ont envoyé aucune lettre officielle à votre domicile. Nous avons commencé à creuser. Et nous avons envoyé des lettres officielles pour avoir un rendez-vous avec vous. Mais à chaque fois, Dumbledore venait à votre place, en tant que tuteur magique.
-Je n'étais même pas au courant, souffla Harry, horrifié.
-Je vous transmettrais la liste de tous les mouvements de vos coffres, promit Ragnok. Concernant les potions … Je ne vais pas vous cacher que nous sommes assez impressionnés.
-Pourquoi ? demanda Harry, pressentant le pire
-Cela fait des années que vous êtes drogué massivement, à un tel point qu'aujourd'hui, vous auriez dû être soumis à toutes les envies d'Albus Dumbledore, Molly, Ginevra et Ronald Weasley et incapable de réfléchir par vous-même, comme aujourd'hui, répondit Ragnok. Mais votre magie a résisté et je pense qu'ils ont attendu que vous soyez majeur pour tenter des combinaisons plus puissantes mais aussi plus dangereuses pour vous.
-Vu que je devais épouser Ginny sur ordre de l'Imperium, j'imagine que j'étais drogué à l'Amortensia depuis au moins la cinquième année ? devina Harry
-Une variante que seuls les maîtres de Potions peuvent brasser sans risques, corrigea Ragnok. Les doses ont été tellement massives que vous auriez dû vous retrouver plusieurs fois à l'hôpital pour purger la potion pour ne pas mourir. Nous avons également noté des prises de potions d'Obéissance et de Fidélité régulières, nous dirions environ une fois par semaine, alors que la prescription est d'une fois par mois. Des potions à base d'essence de Détraqueurs, interdites par le gouvernement en place mais il s'agit d'un secret de Polichinelle que les Aurors affectés à la garde des Mangemorts y ont eu plusieurs fois recours pour extorquer des aveux de leurs prisonniers.
Harry ne préféra pas savoir pourquoi on avait voulu utiliser cette potion particulière sur lui. Mais il en avait une petite idée, surtout qu'il se souvenait en avoir discuté avec Hermione pendant qu'ils parcouraient les routes à la recherche des Horcruxes après le départ de Ron et qu'elle lui avait révélé qu'elle avait longuement cru qu'il était dépressif depuis son entrée à Hogwarts.
-On va arrêter là les révélations, fit Harry. Qu'est-ce que je dois faire ? Légalement, je parle, et après avoir porté plainte contre eux.
-Je vais commencer par vous donner quelques grimoires, répondit Ragnok. Ils contiennent des sorts de protection Sorciers pour protéger les coffres de Gringotts et qui n'entrent pas en conflit avec nos propres protections. Etudiez-les pour pouvoir lancer ceux que vous voulez pour en avoir le contrôle absolu. Pendant ce temps, nous allons examiner tous les documents avec votre signature à révoquer et établir une liste par ordre d'importance. Idem pour tous les prélèvements, les paiements ainsi que les liens magiques et les contrats avec votre nom, signé ou non.
-Que me conseillez-vous de faire ensuite ? demanda Harry
-Vérifiez qui sont réellement vos amis ou non, déclara gravement Ragnok. Je ne vous cache pas que beaucoup de Sorciers ont été aveuglés et le sont encore par la réputation du Survivant puis du Sauveur. Vous aurez votre lot d'amis intéressés et il ne serait pas dans votre intérêt de les voir s'accrocher à vous.
-Je vais profiter de mon pseudo-deuil pour faire ce que vous m'avez dit, sourit Harry. Et également me débarrasser de cette ineptie de faire l'école des Aurors.
Ragnok eut un sourire machiavélique. Depuis trop longtemps il avait vu les trois rouquins et leur mentor manipuler le brun sans qu'il ne s'en rende compte. Maintenant que c'était fait, il ne restait plus qu'à trouver le vieux fou qui avait faire croire à sa mort …
