Ouvrir les yeux
Quand les Slytherin revinrent du dîner, ils furent choqués par la scène qu'ils découvrirent dans leur salle commune.
Le Sauveur était chez les Serpents.
Depuis qu'il avait vaincu Voldemort l'année précédente – ce dernier avait « chargé » une Pansy Parkinson terrifiée pour la vie de son petit frère Paul de réparer une Armoire à Disparaître qui se trouvait dans la Salle sur Demande reliée à sa jumelle qui s'était retrouvée chez Barjow et Beurk. Il n'avait résisté à la tentation d'entrer en même temps que ses Death Eaters dans l'école et de prendre la place de la jeune fille pour tuer son grand rival, Albus Dumbledore. Manque de chance, Harry était sous sa cape d'invisibilité et il avait profité que le directeur bascule dans le vide pour pousser son agresseur prendre le même chemin – le Golden Boy était sur tous les fronts. Alors que d'habitude, il ne faisait pas parler de lui pendant les vacances d'été, ce fut le contraire qui s'était alors produit et ses meilleurs amis ne le décollaient pas un instant, tout comme l'imposante silhouette d'Albus Dumbledore, miraculeusement rescapé de sa chute du haut de la tour d'Astronomie, au contraire de son adversaire attitré Voldemort. Aucun membre de ce trio n'avait l'air de remarquer que leur mascotte n'aimait absolument pas tout le cirque qui se déroulait autour de lui. Il ne venait donc que le strict minimum dans la Grande Salle, disparaissait dès que le cours se terminait pour réapparaître au suivant et surtout, quand venait le moment des devoirs, il se murait dans un silence glacé, sans que ça n'empêche ses pots de colle – à ce niveau, on ne pouvait même plus les appeler des amis – de bavasser et de se pavaner à ses côtés. Ils avaient même le toupet d'écarter les autres élèves du chemin du Sauveur et de lui imposer sa petite amie, la sulfureuse Ginny Weasley, qui était connue – sauf pour les chastes oreilles de son frère Ron et de sa mère Molly – pour être passée dans la majorité des lits des garçons de l'école depuis qu'elle avait treize ans. Malheureusement pour eux, le Sauveur ne semblait même pas la remarquer, alors qu'elle était limite à poil vingt-quatre heures sur vingt-quatre depuis la fin de la guerre.
Mais ce soir, Harry Potter semblait avoir réussi à semer ses « amis » pour se réfugier dans l'un des derniers endroits où on pourrait le chercher.
-Mais qu'est-ce que tu fiches ici, Potter ? ne put se retenir Draco Malfoy
-Il parle avec moi, jeune Malfoy, répondit froidement une voix. Vos manières laissent vraiment à désirer !
Le blond sursauta devant la réprimande.
Mais surtout de la provenance de la voix.
La salle commune des Serpentards bénéficiait d'une immense cheminée dont le foyer brûlait toute l'année. Le manteau de celle-ci n'avait qu'un grand cadre qui avait toujours était vide, de mémoire d'élève.
Jusqu'à ce soir-là.
Un homme avait pris place dans le tableau. Habillé correctement, blond très clair à la peau presque translucide avec des yeux d'un vert captivant, c'était la première fois que quiconque le voyait.
-Vous n'avez pas à parler comme ça à Draco ! piailla Pansy Parkinson
-Bien sûr que si, fillette ! cracha le tableau. Il est l'un des pires exemples de Sorciers qui sont sortis de ma maison !
-Laze … soupira Harry.
-Cela fait des années que je me retiens de lui cracher ses quatre vérités, bougonna le dénommé Laze. Cela fait presque mille ans que je vois les préceptes de ma maison être dénaturés pour satisfaire les plus cupides. Depuis quand j'aurais vanté la pureté du sang ? C'est une ineptie digne de Godric, ça !
-Vous êtes Salazar Serpentard, comprit Théodore Nott.
-Enchanté, lord Nott, salua Laze.
La stupeur se répandit dans les rangs de la maison.
-Impossible ! souffla quelqu'un
-Et pourquoi ? s'irrita Laze. Parce que je n'étais pas là pour vous féliciter de vos mauvaises décisions ? Pour vous assurer que vous aviez raison de vous complaire dans vos idées fausses ? Expliquez-moi pourquoi il a fallu que ce soit un Griffondor qui n'a aucun ami dans cette maison qui a réussi à déverrouiller mon tableau ?
-Laze … soupira Harry. J'ai juste parlé à un serpent de pierre. Comment j'aurais pu savoir qu'il gardait l'entrée première de la salle commune de Serpentard ? Et que ça allait te réveiller ?
S'il fallait une autre preuve, le tableau se mit à siffler, agacé. Harry se contenta de secouer la tête.
-C'est vrai, ce n'est pas le moment, soupira Laze.
-C'est vrai, confirma Draco. Pourquoi tu es là, Potter ?
-Je viens de découvrir que je valais au moins vingt-sept millions de Galions, révéla gravement Harry. Et je ne parle que de l'argent liquide.
Il prit un dossier à ses côtés et le souleva, le regard toujours fixé sur les flammes.
-Mes … « amis » étaient en train de discuter sur toute l'estime que je leur inspirais, raconta Harry. J'étais en train de revenir à la tour quand je les ai entendu. Quand mon nom est apparu, je suis resté et entre autres bonnes nouvelles, j'ai appris que mon « meilleur ami » devait me faire signer un document pour « assurer leur avenir ». Heureusement, je connaissais ses mauvaises habitudes et il ne m'a pas été difficile de le retrouver et encore moins de briser les sorts dessus. Je viens de terminer de le lire. Est-ce que quelqu'un savait que j'allais reprendre le titre des Potter et également celui des Black ? Que je fais partie des premières fortunes du pays ? Moi pas. Et je l'ai appris en lisant ce contrat de mariage. En même temps que tout ce qui m'appartient, aujourd'hui comme dans le futur, qui serait exclusivement géré par Molly Prewett, son fils Ronald et sa fille Ginevra, ma future épouse cela dit en passant. Tout ce que j'aurais le droit de faire, c'est faire le beau et de danser comme une marionnette au bout de leurs doigts.
La maison Vert et Argent était sous le choc. Les Sang Pur protégeaient les Nés Moldus en maintenant leur réputation sulfureuse et ces derniers étaient versés dans les us et coutumes Sorcières comme Sang Pur, pour leur sécurité. Tous avaient été sensibilisé sur les pertes des connaissances des Sorciers et ce qu'ils venaient d'entendre n'était rien d'autre qu'une spoliation d'héritage. Toutes les personnes qui autrefois détestaient Harry Potter pour une raison ou une autre eurent un élan de sympathie pour lui ainsi qu'une bouffée de rage en son nom. Outre le fait qu'il ne savait pas ce qu'il représentait exactement dans le monde Sorcier, il allait perdre tout ce qu'il possédait au profit de personnes qui avaient tissé étroitement autour de lui une toile d'influence pour mieux le manipuler. Le pire était que c'était évident pour tout le monde sauf pour le principal concerné.
Et la mise à jour avait été plus que violente.
-C'est une copie ? demanda Blaise en désignant le dossier
-Contrairement à ce que vous pouvez penser, je ne suis pas un abruti qui fonce dans le tas sans réfléchir, renifla Harry. S'ils n'ont pas pris la peine de me présenter ouvertement ce contrat pour me le faire signer en douce à la place, je ne vois pas pourquoi je leur dirai que j'ai pu mettre la main dessus.
-Nous étions en train de désespérer, railla Théo. Bon, Potter, tu as de la chance, je pense que tout le monde ici va vouloir t'aider, et moi le premier.
-Comment pouvez-vous être sûr que je dis la vérité ? s'étonna Harry
-Même s'ils sont des complets idiots sur de nombreux sujets, ils arrivent à reconnaître des manipulations quand elles se déroulent sous leurs yeux, enfin sauf quand ça concerne mon pseudo descendant, ricana Laze. Tu peux leur faire confiance, au moins pour rappeler à ces traitres à leur sang magique qu'ils s'en prennent au mauvais gros poisson.
-D'accord, soupira Harry.
Draco observa les alentours et renvoya les plus jeunes dans leurs dortoirs, les menaçant des pires tortures d'un regard s'ils faisaient mine de révéler ce qui venait de se passer. Conscients qu'ils ne seraient d'aucune aide, une grande majorité des restants se retirèrent, non sans que certains transmettent à Blaise des morceaux de parchemins avec des idées pour aider Potter. Ne restèrent dans la salle commune que Draco Malfoy, Théo Nott, Blaise Zabini, Millicent Bulstrode, Daphnée et Astoria Greengrass. Seule Pansy Parkinson rechigna à partir mais Draco ne s'embarrassa pas de scrupules et la figea pour que Daphnée la ramène dans leur dortoir avec quelques sorts de son cru, notamment de Secrets pour ne pas que les ennemis de Potter ne puissent se douter de quoi que ce soit car Pansy était connue pour avoir la langue bien pendue.
Après quelques sorts de Discrétion gracieusement offerts par les filles autour de la cheminée, tous s'installèrent plus confortablement.
-Bien, fit Théo. Le problème le plus urgent est de dégager Potter des responsabilités qu'on lui a collé sur le dos sans qu'il ne l'ait demandé, notamment une mésalliance par un mariage douteux et une spoliation d'héritage. La première chose à faire serait que tu saches exactement l'étendu de ce qui te revient parce que j'imagine qu'on ne t'a jamais laissé aller à Gringotts seul, n'est-ce pas ?
-C'était trop dangereux, grommela Harry.
-Alors que la banque est un sanctuaire ? ricana Astoria. Rien ne les empêchait de t'attendre devant la banque mais surtout, ils n'ont aucun droit de s'imposer dans un entretien entre un client et son gestionnaire.
-Donc, une visite à la banque, nota Millicent. J'imagine qu'on doit également ajouter une autre à son avocat, je me trompe ?
Après avoir demandé l'autorisation silencieuse d'Harry, Théo et Draco consultaient la copie du contrat de mariage. Plus ils lisaient le document, plus leurs sourcils se fronçaient. Visiblement, ce n'était pas bon et Millicent l'avait remarqué.
-Et avec celui des Black aussi, fit Draco. Mère s'était toujours étonné de quelques points concernant le clan Black, comme elle est la seule aînée de la famille encore en vie. Le contrat considère Potter comme un descendant de sang alors qu'il n'est qu'Héritier de lignée indirecte, comme moi.
-Hein ? fit Harry, qui les écoutait en silence depuis le début
-Pour parler simplement, intervint Daphnée, tu serais un héritier de sang si tu étais le fils du dernier lord Black. Mais là, c'est parce que tu as été désigné par le dernier lord Black par testament. Vous n'avez pas de lien de sang proche, il me semble.
-En fait si, corrigea Draco. Doréa Black appartenait à la lignée principale et elle était la grand-mère de Potter. C'est ce qui légitime la décision du testament.
-Mais Sirius, en étant renié, pouvait vraiment avoir la tête du clan Black, même en étant le dernier ? s'étonna Harry
-Sirius Black n'a jamais été renié de sa famille, trancha Théo. Il en a été chassé, ce n'est pas la même chose. Ses parents ont changé sa position dans l'ordre de succession, mais comme son petit frère est mort avant lui, il est redevenu Héritier Black. Il n'est jamais devenu lord Black mais il pouvait transmettre son titre à son héritier, toi Potter.
-Donc tu vas devoir faire le tri entre la vérité et les mensonges qu'on t'a fait gober, pointa Blaise. Mais c'est pour plus tard. Quelqu'un a une idée pour savoir comment on peut faire sortir Potter de l'école sans qu'on ne le sache ?
-La prochaine sortie à Préau-Lard, proposa Daphnée. Mais si le castor, les belettes et le vieux fou le collent aussi étroitement, ça va être un peu plus compliqué.
-J'ai un moyen de sortir, assura Harry.
-Lequel ? demanda Astoria, intriguée
-Je n'ai pas assez confiance en vous pour vous le dire, déclara Harry.
-C'est correct, accepta Théo. Nous n'avons pas à connaître tous tes secrets.
Harry fixa Laze droit dans les yeux. Dans l'une de leurs nombreuses conversations, il s'était plaint qu'Hermione, Ginny, Ron et Dumbledore exigeaient toujours de savoir tout sur lui sans que la pareille ne lui soit rendue. C'était rafraîchissant de voir qu'on pouvait respecter sa volonté de ne pas étaler sa vie et ses secrets en place publique. Surtout qu'il ne voulait pas que tout le monde apprenne qu'il possédait une cape d'Invisibilité, qui plus est celle de la Mort elle-même, et qu'elle empêchait qu'on suive toute personne qui se trouvait dessous.
-Il faut trouver une diversion, ajouta Astoria. La Traînée traque Potter dès qu'elle n'est pas dans le champ de vision du directeur, du castor ou de la belette.
Harry tressaillit.
-Tu n'étais pas au courant que ta future fiancée couchait avec tout ce qui avait une queue ? railla Draco
-Si, confirma calmement Harry à la plus grande surprise de tous. C'était difficile à manquer alors Viktor Krum et moi l'avons vu sortir à peine vêtue de la chambre de l'un de ses camarades de Dumstrang pendant le Tournoi des Trois Sorciers.
-Qu'est-ce que toi tu faisais hors de la Tour Griffondor ? demanda Millicent, interloquée. Je pensais que leur navire était interdit d'accès à l'époque !
-Il l'était, sourit doucement Harry. Mais Karkaroff ne pouvait rien refuser à son étudiant star, même si sa servilité tapait plus sur les nerfs de Viktor qu'autre chose.
-Pourquoi tu étais là-bas ? répéta Millicent
-Parce que j'en avais marre qu'on me répète que j'étais un faux champion, que je volais la gloire de Diggory et autre joyeusetés … soupira Harry. Qu'on ait voulu me piéger n'était même pas envisageable pour les élèves et l'opinion publique. Sans oublier Ron qui m'en voulait pour ne pas avoir mis son nom en même temps que le mien dans la Coupe de Feu et Hermione qui me sermonnait sur l'irresponsabilité de ma décision, alors que je ne faisais que répéter que je n'avais rien fait. Viktor Krum m'a proposé une pause et j'ai accepté.
Les Serpentard assimilèrent ces nouvelles données. Millicent se racla la gorge avant de prendre la parole.
-Potter … je sais que tes potes ont toujours eu ta confiance mais je pense que le mieux pour toi serait que tu t'éloignes d'eux physiquement.
-Vous pensez qu'ils pourraient m'empoisonner ou quelque chose comme ça ? fronça des sourcils Harry
-Ce n'est pas une idée stupide, assura Laze. Tu as fait certains raisonnements intéressants sur tes « amis » mais jamais tu n'en as tenu compte, ce qui me fait penser qu'on aurait pu manipuler ta façon de penser. Les seuls moyens auxquels je pense demandent une administration régulière. Cette jeune fille a raison. Il faudrait que tu puisses être seul.
-J'y pensais aussi, fit Harry. Quelqu'un a un exemplaire de la Charte de Poudlard et du règlement intérieur ?
-Ici, indiqua Daphnée.
D'un coup de baguette, les deux documents arrivèrent aux pieds du brun.
-Le professeur Snape veut que nous sachions parfaitement les règles que nous pouvons transgresser et comment, haussa des épaules Daphnée en guise d'explications.
-Merci, fit Harry. Vu que ce contrat semble aller à l'encontre de toute votre éducation, vous pourriez me donner quelques pistes pour le contrer efficacement ?
Et il se plongea dans la lecture des deux textes.
-Je pense qu'il faudra qu'on envoie la demande de rendez-vous aux Gobelins avec nos propres moyens de communication, fit Blaise. Cela ne m'étonnerait pas qu'on surveille étroitement son courrier.
-C'est dommage qu'il n'ait plus sa Harfang des neiges, soupira Astoria. Elle était tellement belle …
-Qu'est-ce qu'Hedwige aurait pu changer à la situation ? s'étonna Harry en levant le nez de son ouvrage
-Il est très difficile de se lier à cette race de chouettes magiques, expliqua Millicent. Ce sont les seules à pouvoir tisser un lien magique de familier avec ses maîtres et elles résistent parfaitement aux sorts d'interception ou de manipulation, entre autres. Si ta chouette était encore là, elle n'aurait laissé personne s'emparer de ta lettre pour les Gobelins.
Harry se souvenait qu'Hermione, Ginny et Ron avaient toujours envié sa chouette et le lien qu'il partageait avec elle. Sa disparition cet été avait été assez dure à surmonter mais dans un coin de sa tête, il s'était toujours dit qu'elle avait dû avoir une bonne raison pour ne pas revenir vers lui.
-D'accord, fit Harry.
Et il se replongea dans son livre. Il lui fallait absolument savoir s'il pouvait quitter le dortoir des Griffondor sans alerter tout le monde Sorcier …
§§§§§
Tiens donc, ça ne me manquait pas, souffla intérieurement Harry.
Les murmures s'élevaient sur son passage depuis deux semaines. Et il savait parfaitement pourquoi.
Tout d'abord, depuis qu'il avait découvert le contrat de mariage, Harry s'était drastiquement éloigné de ses chers amis, se renfermant dans un silence presque dépressif. Il ne comptait plus le nombre fois où ils l'avaient poussé à parler des raisons pour lesquelles il se renfermaient voire, où ils l'avaient piégé pour qu'il se rende dans le bureau du directeur pour qu'il parle de ce qui le tracassait. Malheureusement pour eux, aucun n'eut gain de cause, encore moins Dumbledore puisque le brun avait pu développer ses capacités en Occlumencie quand il avait enfin pu mettre la main sur les livres du manoir Black qui n'étaient pas politiquement corrects aux yeux du chef de l'Ordre du Phénix et de son intendante auto-proclamée, Molly Weasley, grâce à la présence de Jenny, la fille de Kreattur rattaché à l'Héritier Black dès qu'il avait atteint sa majorité. Mais ce n'était pas ce qui attirait la suspicion des élèves.
En effet, depuis le fameux jour de la découverte du contrat, Harry Potter fréquentait ouvertement les Serpentards.
Personne n'avait compris ce revirement de situation, surtout que ses meilleurs amis avaient toujours proclamé que le Sauveur détestait la maison de celui qui avait tué ses parents. Harry les avait entendu parler et les avaient laissé faire, se moquant ouvertement de ses imbéciles qui n'auraient pas les couilles de lui demander clairement sa position sur les Vert et Argent. Il avait également essuyé les réprimandes et les engueulades de ses chers amis mais pour bien leur montrer que leur avis ne lui faisait ni chaud ni froid, il les écoutait jusqu'au bout avant de rejoindre ses quartiers pour la nuit sans un mot, laissant le doute planer quant à sa réaction.
C'était d'ailleurs le troisième point qu'on lui reprochait. Du jour au lendemain, Harry avait quitté le dortoir pour s'installer dans un endroit connu de lui seul. Le directeur lui avait fait part de son mécontentement et de son « inquiétude » à le savoir loin de ses amis mais le brun lui avait indiqué un paragraphe précis de la Charte de Poudlard qui disait que les élèves de dernière année étaient en droit de bénéficier d'appartements privés, pour peu que l'école l'y autorise.
L'école. Pas le directeur.
Comme ses affaires n'étaient pas retournées à leur place initiale, la condition avait été remplie et Dumbledore ne pouvait rien y faire. Harry avait retenu son sourire vainqueur quand il avait noté les efforts du vieux Sorcier pour connaître son emplacement être contrés les uns après les autres, que ce soit par le biais de ses pouvoirs sur la bâtisse que par celui de ses « meilleurs amis ». Et pour plus de sûreté, il avait modifié tous les mots de passe de tous les accès à la Chambre des Secrets, dans le cas improbable où Dumbledore aurait eu l'idée de vérifier les lieux en utilisant le souvenir de Ronald.
Peu de personne le soutenait dans ses changements. Susan Bones, Padma Patil, Luna Lovegood et Neville Longbottom furent les seuls à clamer qu'il avait le droit de faire ce qu'il voulait dans sa vie. En retour, Harry s'efforçait à apprendre à mieux les connaître et il se demandait bien pourquoi il ne l'avait pas fait plus tôt. Il avait également reçu une Beuglante de Molly Weasley qui lui interdisait de fréquenter les Serpentards. Le brun l'avait soigneusement écouté avant de montrer clairement qu'il ne prenait pas les desideratas de la matrone en compte.
Depuis qu'il avait quitté le dortoir des Gryffondors, Harry se sentait également bien mieux dans sa peau. Ses pensées étaient bien plus claires et surtout, il voyait qu'il n'avait pas tant d'atomes crochus avec ses chers meilleurs amis. Il avait également remarqué qu'il n'était pas plus attiré que cela par la Défense contre les Forces du Mal ni par le Quiddicht en compétition, alors qu'il avait toujours été persuadé qu'il finirait par devenir Auror ou joueur de Quiddicht professionnel. De plus, pour couronner le tout, il avait une répulsion naturelle à l'égard des rousses, ce qui confirmait son impression qu'il n'avait jamais été attiré par Ginny, même quand il était sorti la première fois avec elle.
Alors qu'il se rendait dans la Grande Salle pour le petit déjeuner, Harry s'aperçut que Dumbledore était particulièrement sur ses gardes. Il jeta un coup d'œil sur ses anciens amis et nota qu'ils ne lâchaient du regard.
Bien sûr. La sortie à Pré-Au-Lard.
Ils avaient décidé de lui pourrir la vie en l'empêchant d'une façon ou d'un autre d'en profiter. Depuis qu'il s'était éloigné d'eux, il s'était douté de cette manœuvre et avait décidé de la contrer … en faisant mine de ne pas sortir du château. Comme cela ne l'étonnerait pas que Ginny, Hermione et Ron campent devant la sortie de l'école pour pouvoir mieux le coller voire Dumbledore pour révoquer son autorisation de sortie, il avait décidé de ne pas leur en laisser l'opportunité et la majorité des élèves, en écoutant ses conversations, le savait.
Après s'être assis auprès de Neville pour manger, Harry se retira dans ses appartements dans la Chambre des Secrets. Il revêtit un très élégant costume Moldu – il était comme qui dirait réfractaire à la mode Sorcière qui était dépassée voire obsolète, pour être gentil – et se recouvrit de la Cape d'Invisibilité. Il savait que la Carte des Maraudeurs ne pouvait pas le repérer lorsqu'il était dessous et depuis qu'il était « associé » avec les Serpentards, il avait fait de nombreux tests pour comprendre que personne ne pouvait le repérer quand il était dessous, comme le sous-entendait le conte de Beedle le Barde – qu'il avait découvert par hasard, toujours sur l'impulsion des Vert et Argent – quand il avait commencé à découvrir la culture populaire Sorcière. Il emprunta l'un des passages secrets de la Chambre pour se retrouver au bord du domaine de l'école. Il avait opté pour ce chemin car même si Dumbledore savait qu'il possédait la Cape d'Invisibilité et donc, qu'il ne pourrait pas le repérer, rien ne lui disait qu'il ne surveillait pas l'ouverture des passages secrets vers le village Sorcier. L'avantage que le brun avait, c'était que tout ce qui avait trait à la Chambre des Secrets n'était pas connu des directeurs de l'école.
Harry se garda bien de transplaner et marcha tranquillement jusqu'aux abords de Pré-au-Lard. Il ne fut guère étonné de voir certains membres de l'Ordre du Phénix, officiellement démantelé depuis la mort de Voldemort, s'y promener non sans avoir un œil attentif sur les étudiants masculins aux cheveux noirs. Levant les yeux au ciel devant une telle bêtise, il poursuivit sa route et se rendit dans un recoin du village non loin de l'allée principale. Seuls les Sang Pur savaient qu'il existait une antenne de la banque Gringotts au cœur du village Sorcière. Harry avait convenu que c'était logique puisqu'il y avait une concentration importante de Sorciers dans ce lieu interdit aux Moldus. Il entra dans le bâtiment et sentit une magie plus rude que la magie Sorcière l'examiner. Il s'approcha du comptoir et hésita à enlever la Cape quand le Gobelin prit la parole.
-Veuillez confirmer votre identité, ordonna le Gobelin.
Harry avisa la fine aiguille sur le bas d'un parchemin et s'exécuta, ne s'offusquant pas des manières brutes de son interlocuteur. Les Vert et Argent l'avaient prévenu que les Gobelins voudraient être sûrs de son identité et que cela passait par un échantillon de sang et de magie. Le parchemin se remplit d'une écriture fine que le brun n'eut pas le temps de déchiffrer puisque que le Gobelin s'empressa de le récupérer pour y jeter lui-même un œil.
-Suivez-moi, ordonna le Gobelin.
Harry lui emboita donc le pas dans les profondeurs de l'agence et sentit un changement profond dans la magie ambiante. Il passa plusieurs grottes et plusieurs arches avant de s'arrêter devant une lourde porte finement ouvragée. Il fut introduit et se retrouva face à un Gobelin massif.
-Vous pouvez ôter ce merveilleux artefact, monsieur Potter, sourit le Gobelin. Je me nomme Ragnok et je suis le directeur de la banque Gringotts en Grande Bretagne. Même si elle s'occupe de l'argent des Sorciers, l'essentiel de la banque, dont mon bureau, se trouve en territoire Gobelin. De ce fait, personne ne peut savoir que vous êtes ici.
Harry soupira en obéissant. C'était le principal point qui lui restait obscure dans le plan qu'il avait préparé avec les Serpentards.
-Cela fait des années que nous essayons d'obtenir un rendez-vous avec vous, monsieur Potter, commença Ragnok. Vos parents avaient laissé des consignes très strictes à votre encontre, dont celle de commencer à vous instruire dans votre héritage dès que vous serez à Poudlard. Malheureusement, votre garant magique autoproclamé, Albus Dumbledore …
-Comment ça, autoproclamé ? releva Harry
-Votre tuteur magique est Sirius Black, votre parrain devant la Magie, expliqua Ragnok. Si votre tutelle n'a pas été attribuée à Andromeda Tonks ou Severus Snape, c'est qu'il n'a pas trahi votre famille et donc, qu'il a été emprisonné illégalement, fait que connaissait la personne qui s'est appropriée votre tutelle.
Le regard d'Harry devint noir.
-Très bien, fit Harry. Faisons les choses dans l'ordre. Je veux un moyen de communication exclusif pour ne pas qu'on puisse se douter que nous sommes en relation ensemble. Ensuite, je veux un bilan complet de tout ce qui s'est passé avec ce qui m'appartient depuis que mon père les a eu en main.
A la base, il voulait savoir ce qui s'était passé depuis sa mort mais depuis que le Gobelin avait souligné que le directeur n'avait jamais eu aucun droit légal sur lui, il pressentait que ce n'était pas par hasard qu'il avait voulu avoir la barre haute sur lui.
-Ce sera fait, déclara Ragnok.
-Oh, et si vous pouvez vous assurer qu'on ne me reproche pas le fait que je ne revienne pas à Poudlard en janvier prochain, sourit machiavéliquement Harry.
Il était temps qu'il leur rappelle que le Sauveur était une personne à part entière …
