Doutes
-Pourquoi ? demanda Fleur
-J'ai besoin de temps pour faire toute la lumière, expliqua Percy. S'il ne traîne pas dans les parages, ce serait bien mieux.
-Tu sais parfaitement qu'il sera suivi et surveillé, quand bien même la guerre est terminée, rappela Bill.
-C'est pour cela que j'ai fait appel à vous, sourit Percy. Mon premier choix était Charlie mais il s'avère qu'il y a plein de postes à pourvoir à la réserve.
-Alors qu'elle pourra filtrer les visiteurs, comprit Fleur. Très bien, laisse-moi quelques jours, je vais arranger ça.
-Et comment tu vas le convaincre d'accepter ? demanda Bill
-Fred et Georges sont sur le coup, répondit Percy. Eux aussi sont d'accord avec moi.
-Très bien, fit Bill.
§§§§§
Perceval Weasley avait occupé des postes divers et variés au cours de sa carrière. D'assistant dès sa sortie d'école, il avait été propulsé d'un coup assistant du directeur de la Coopération Magique puis secrétaire du Ministre de la Magie avant de se retrouver employé dans les archives du Département de la Justice Magique. Sa dernière affectation ne le dérangeait pas, au contraire. Il en avait eu très vite marre de se faire balader de services en services au gré des mouvements politiques.
Alors qu'il se rendait dans son bureau, Percy salua son père Arthur avec lequel il échangea quelques mots. Aucun des deux n'avait révélé à Molly qu'ils avaient gardé contact malgré son interdiction formelle et ils ne comptaient pas l'en informer. Ils étaient de la même famille et contrairement à Molly, Arthur avait fait l'effort d'écouter les raisons de son troisième fils à mettre de la distance avec sa famille. Il lui en voulait – il était encore humain – mais comprenait qu'il veuille voler de ses propres ailes.
Avisant l'heure, il se dépêcha de se rendre dans le bureau d'Amelia Bones, directrice du Département de la Justice Magique, à laquelle il avait sollicité un entretien. Juste avant de passer la porte, il vérifia sa tenue, inspira un bon coup et frappa à la porte. Les salutations d'usage furent expédiées et Amelia attaqua.
-Je vous écoute, fit la directrice.
-J'ai besoin d'aide pour un dossier personnel délicat, révéla Percy. J'espère que je ne me trompe pas en vous faisant confiance mais je ne vois pas qui d'autres pourrait mieux convenir dans ces circonstances.
Il lui tendit un dossier qu'elle feuilleta rapidement.
-Répondez d'abord à une question, fit Amelia. Est-ce à vous que l'on doit le fait qu'Harry Potter ait arrêté séance tenante tous les préparatifs de son mariage avec votre sœur et qu'il ait quitté le pays pour une destination inconnue ?
-J'avoue y avoir ma part de responsabilité, avoua Percy.
-Votre dossier me semble parfaitement exploitable, sourit Amelia. Commençons, voulez-vous ?
§§§§§
Cela faisait plus d'un an qu'Harry s'était exilé de son pays d'origine. Alors qu'il avait accepté la demande de mariage de Ginny et que sa mère préparait joyeusement la cérémonie, Fleur l'avait contacté pour lui soumettre une proposition provenant de l'Ecole Supérieure de Magie de France. Dirigée par l'une des Dames d'un important clan Vélane, elle voulait lui donner des cours particuliers pour maîtriser sa magie. Comme il s'agissait de l'une des seules écoles au monde à sélectionner sans déposer de dossiers, c'était une opportunité à ne pas manquer. Le brun avait demandé l'avis de Neville, de Fred et de Georges – peu sûr que Ginny, Molly et Ron apprécient qu'il repousse le mariage – qui l'avaient poussé à accepter. Alors qu'il annonçait sa décision aux Weasley, il avait reçu juste à la fin de son discours une lettre lui disant qu'il était attendu dès le lendemain matin. Angoissé à l'idée de faire mauvaise impression dès son premier jour, le brun avait fait ses bagages sous les supplications de Ginny et avait transplané dans la foulée pour prendre un passage de Cheminette Internationale pour la France.
Contrairement à ce qu'il aurait pu imaginer, la première chose qu'il fit une fois arrivé dans l'école ne fut pas des tests d'entrée mais une visite médicale. Le personnel médical et lui furent effarés du nombre de blessures à réparer et à corriger à la suite de soins hasardeux – voire inexistants – mais également par le nombre de potions qui circulaient dans son sang visant à modifier sa personnalité. Une fois purgé, sur le conseil de la directrice, il avait fait bloquer tous les mouvements sur ce qui lui appartenait – autant prévoir large – et avait ordonné un audit précis sur ce qui s'était passé avec depuis la mort de ses parents.
Après ses examens médicaux, Harry avait eu des séances avec un Psychomage. Jusqu'à ce qu'il raconte avec ses mots tout ce qui s'était passé dans sa vie, il ne s'était pas rendu compte qu'il avait besoin de se confier pour réellement comprendre certaines situations et surtout, pour ne pas porter la responsabilité des morts de la guerre. Il avait rapidement compris que son mariage avec Ginny était incohérent puisqu'ils ne se connaissaient pas si bien que ça et que c'était juste pour faire plaisir à la famille qui l'avait accueilli qu'il avait accepté.
En parallèle, il avait bien des cours pour maîtriser sa magie et son héritage. Harry s'était rendu compte que ceux qu'il avait eu à Poudlard ne lui auraient jamais permis d'atteindre son plein potentiel, surtout depuis qu'il avait découvert un patrimoine immense qu'il aurait à gérer mais qu'il n'avait pas les connaissances nécessaires pour le faire.
Bilan des courses, il commençait à avoir de moins en moins d'estime pour Albus Dumbledore et les Weasley. Enfin, certains Weasley. Par courrier, en effet, il avait demandé quelques explications et autant les réponses des jumeaux l'avaient satisfaites, autant il ne cautionnait pas celles de Molly et d'Albus qui voulaient qu'il vive une enfance normale. Hermione avait avoué son ignorance et quant à Ron, il attendait toujours sa réponse …
Pendant qu'il décidait de la manière dont il allait faire le ménage dans son entourage, Harry repensa à l'entretien qu'il allait avoir avec Percy. Certes, il avait encore en travers de la gorge le fait qu'il ait ordonné à Ron et Ginny de s'éloigner de lui pendant sa cinquième année mais quand il avait réclamé des explications, le roux avait préféré le rencontrer pour lui répondre. Cela l'avait intrigué et il avait accepté. Fleur et Bill avaient accepté de leur prêter leur salon et là, le brun attendait.
A l'heure dite, Percy arriva dans le salon des Delacour-Weasley. Il accepta la tasse de thé que lui tendait le plus jeune et en savoura une gorgée avant de prendre la parole.
-Tout d'abord, merci d'avoir accepté ce rendez-vous, fit Percy. Nous ne nous connaissons pas et tu aurais très bien pu refuser. Tu m'as demandé pourquoi je ne t'avais pas parlé de ton héritage.
-Je sais que nous n'avons jamais été proches, balaya Harry. J'étais le meilleur ami de Ron et ce n'était pas à toi de me le dire mais d'abord à Ron, Ginny ou éventuellement Molly. Les jumeaux m'ont dit la même chose.
-Ils t'ont dit aussi qu'ils avaient interdiction de t'en parler ? ajouta Percy
Harry hocha la tête. Fred et Georges en avaient été particulièrement outrés quand ils avaient compris la réelle portée de cette interdiction.
-Ça été la même chose pour moi, révéla Percy. Mais moi, j'avais également compris qu'il y avait plus derrière cette suggestion de t'éduquer plus tard.
-Comment ça ? fronça des sourcils Harry
-C'est l'accumulation de petites choses qui m'ont donné des soupçons, révéla Percy. Papa a toujours été le seul à nous enseigner les us et coutumes Sang Pur. Nous commencions vers l'âge de six ans jusqu'à ce que nous soyons majeurs. Mais quand Ron a atteint ses six ans, Mère a exigé de les lui enseigner. Et elle a recommencé avec Ginny l'année suivante.
Harry releva le fait que l'opinion de Percy sur sa mère avait changé, notamment grâce au ton employé. Au lieu de l'interroger sur ce point, il préféra le laisser continuer.
-Aucun de mes frères et moi n'avons eu le droit de corriger ce qu'ils apprenaient, poursuivit Percy. Mais on ne s'était pas plus inquiété que ça. C'est quand tu es arrivé dans la vie de Ron que Fred, Georges et moi on a commencé à se poser des questions.
-Comment ça ? ne put s'empêcher Harry
-Mère était persuadée que tu avais vécu dans une famille Sorcière aimante et elle tenait ça du directeur d'Hogwarts, révéla Percy. Mais quand nous t'avons vu pour la première fois, on a tout de suite su que c'était complètement faux. Dès qu'il y avait un bruit plus haut que l'autre, tu sursautais, tu te mettais toujours dans un coin pour te protéger un minimum … c'était à l'opposé du comportement de nos frères. On a voulu te parler, au moins pour te soutenir, on a même essayé de parler à Ron mais il ne voulait rien savoir. Tout ce qui comptait pour lui, c'était qu'il était ami avec Harry Potter.
Percy reprit une gorgée de thé.
-Nous avons écrit à notre père pour lui signaler qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas avec toi, fit Percy. On avait déjà essayé avec le professeur McGonagall mais elle nous avait dit que le professeur Dumbledore prenait tout en charge. Quant à notre père … il n'a jamais eu la lettre puisque nous avons eu en retour une de notre mère qui disait que ce n'était pas bien de porter de fausses accusations et que le professeur Dumbledore ne pouvait vraiment laisser le Survivant être maltraité.
-C'est drôle, ricana faiblement Harry. Il a laissé toute l'école me harceler et même me cracher dessus durant toute ma scolarité sans lever le petit doigt.
-Ça aussi, ça nous a interpellé, confirma Percy. En fait, la première fois où tu as passé tes vacances avec nous, je me suis violemment disputé avec mère. C'était la vraie raison pour laquelle je ne sortais pas de ma chambre.
-Pourquoi ? demanda Harry
-Parce qu'elle n'avait pas l'intention de te donner le moindre cours d'étiquette Sorcière, soupira Percy. J'ai essayé de contourner ses ordres mais ni Ron ni Ginny ne te lâchaient. Les jumeaux ont essayé aussi avec les mêmes résultats. Tous les trois, on a essayé de te voir seul à seul mais l'un ou l'autre était toujours avec toi.
-Cela n'explique pas pourquoi tu as exigé de Ron et de Ginny qu'ils s'éloignent de moi quand je disais que Voldemort était de retour, murmura Harry.
-Je ne nie pas que ça m'aurait arrangé qu'ils te lâchent, avoua Percy. J'aurais pu t'approcher et essayé de réparer les dégâts. Mais la vérité … c'est que ce n'est pas moi qui aie envoyé cette lettre.
-Quoi ? bondit Harry
-Je n'ai pas envoyé cette lettre, répéta Percy.
-Mais alors … qui ? Pourquoi ? balbutia Harry
-Pourquoi ? railla doucement Percy. Je pense que ça devait avoir un lien avec le fait que j'aie refusé d'entrer dans l'Ordre du Phénix.
Harry fronça des sourcils. Maintenant qu'il y pensait, Percy n'en avait jamais fait partie, ayant rallié le Ministère dès son premier emploi obtenu.
Mais ça … c'était selon les dires de Ginny, Molly et Ron qui ne s'étaient pas révélés particulièrement fiables.
-Pourquoi ne pas l'avoir fait ? demanda Harry
-Parce que je devais rassurer les esprits sur ce que je valais réellement, haussa des épaules Percy. Nous, les Weasley, sommes connus pour être pauvres, je ne te le cache pas, mais également pour être particulièrement favorables à Albus Dumbledore, jusqu'à la soumission. Dès que j'ai mis les pieds au Ministère, j'étais étroitement surveillé car on s'attendait à ce que je transmette des informations confidentielles à Dumbledore. Dans ces conditions, je ne pouvais rien faire.
Harry concéda.
-Malheureusement, certains, mère la première, ne voulait pas le comprendre, railla Percy. Puisque je ne pouvais pas aider le grand Albus Dumbledore, alors je n'étais plus fréquentable. Mère a commencé à ordonner à Ginny et Ron de ne plus m'adresser la parole, ainsi qu'aux jumeaux, mais eux n'en ont toujours fait qu'à leur tête. La lettre était le point d'orgue. Tu remarqueras que tu as appris son contenu dans la salle commune, alors que tout le monde était rentré, et non dans un coin discret. C'était en quelque sorte une manière de mieux faire pression sur toi pour que tu comprennes que je n'étais plus fréquentable comme Weasley. Les rumeurs se sont chargées du reste. Sans oublier ma chère mère qui a configuré les barrières de la maison pour faire en sorte que je ne puisse plus y entrer.
Harry écarquilla des yeux.
-C'est … horrible, souffla Harry.
-On s'y fait, haussa des épaules Percy. Ça m'a même arrangé parce qu'ainsi, j'avais les coudées franches pour trouver les vraies réponses aux questions que je me posais sur toi et le comportement aberrant de mère. Curieusement, le seul point commun entre les deux est un dénommé Albus Dumbledore.
Le schéma des révélations de Percy se forma dans la tête d'Harry.
-Tu avais des doutes sur le directeur, comprit Harry.
-J'ai commencé à en avoir quand j'ai compris qu'il avait assez d'influence au Ministère pour que papa puisse avoir une promotion correcte, confirma Percy. Mais il l'a toujours empêché, ce que j'ai découvert quand j'ai commencé à travailler. J'ai compris pourquoi mes frères aînés avaient préféré opter pour des métiers qui ne seraient pas liés de près ou de loin à Dumbledore et étaient même allés jusqu'à s'exiler. Mais je n'ai réellement compris pourquoi on t'avait maintenu dans l'ignorance que quand j'ai appris tes fiançailles avec ma « sœur ».
-Ah bon ? sursauta Harry
-Ceci est ton nouveau contrat de travail, annonça Percy en lui tendant un document. Tu étais censé le signer après le contrat de mariage que voici.
-Contrat de mariage ? fronça des sourcils Harry. J'avais dit à Molly que je n'en voulais …
Harry se tut, abasourdi.
-Je pense que j'ai eu la même réaction que toi, sourit douloureusement Percy.
Harry retint tant bien que mal sa mâchoire qui menaçait de s'écraser au sol. Les tournures de phrases ne laissaient aucun doute, Ginny et Molly gèreraient en son nom et à sa place tout le patrimoine Potter et Black sans qu'il ait son mot à dire. Idem pour les héritiers qui seront élevés exclusivement par Molly et lui devait reconnaître comme sien tous les enfants que Ginny porterait. Le brun passa au fameux contrat de travail qui l'enchaînait au service exclusif de Dumbledore jusqu'à mort s'en suive. Bien sûr, en d'autres termes mais l'idée était là.
-A croire que je ne suis qu'une marionnette à leurs yeux … murmura Harry.
-C'est l'idée, concéda Percy. C'est pour cela que j'ai demandé à Fleur de te parler dans cette école.
Harry se redressa.
-Comment ça ? fit Harry
-Ne te méprends pas, prévint Percy. Toutes les écoles supérieures du monde, après que tu aies vaincu Voldemort, avaient voulu te recruter, non pas parce que tu étais célèbre mais parce qu'ils avaient appris que tu n'avais jamais été réellement entraîné. C'est mère et le professeur Dumbledore qui ont récupéré toutes les propositions et qui les ont refusées en ton nom. J'ai appris cela par hasard et comme je savais que Fleur avait des liens avec cette école, je lui ai demandé qu'elle envoie une nouvelle invitation. J'avais besoin que tu quittes le pays, d'abord pour pouvoir faire ce que j'avais en tête mais aussi pour que tu puisses te reconstruire sans qu'on ne te souffle les réponses qui conviennent.
Harry hocha la tête. Si cela ne s'était pas fait, nul doute qu'il serait malheureux.
-Qu'est-ce que tu avais en tête ? demanda Harry
-Je suis allé voir Amelia après ton départ et je lui ai remis ceci, fit Percy en lui donnant un dossier assez épais. Il contient toutes les preuves que j'ai récolté contre Albus Dumbledore et certains de ses alliés, dont ma très chère mère. Elles ont toutes été confirmées et le dossier est actuellement devant le Conseil International des Sorciers. Il ne s'en sortira pas.
-Qu'est-ce que je peux faire ? demanda Harry
-Rien, déclara fermement Percy. On t'a forcé à porter le poids de tout un peuple alors que tu ne l'avais jamais demandé, il est temps qu'on fait quelque chose pour toi sans contrepartie. Sans ton témoignage, ils sont déjà perdus à jamais. Avec … ce sera ton choix, ta décision. Tu ne le feras pas parce que c'est la chose à faire pour le bien commun ou autre ineptie. Si tu veux être de cette aventure, c'est parce que tu l'auras décidé en ton âme et conscience, pas parce que les autres t'auront dit que c'était la chose à faire.
Harry hocha la tête, en pleine réflexion. Il comprenait la démarche et en remerciait Percy.
Qu'il était bon de décider seul de sa vie …
