L'appel du loup

Fenrir Greyback eut beaucoup de mal à sortir de sa torpeur. Son corps était lourd et sa tête tournait, comme s'il s'était enivré à la limite du coma éthylique. Mais il savait qu'aux vues de sa nature, cela était impossible. Il avait testé ses limites, comme tous les jeunes de son âge, mais cela lui était physiquement impossible.

Mais alors, pourquoi était-il dans cet état ?

Les souvenirs lui revinrent d'un coup.

La meute de son père massacrée jusqu'au dernier.

Lui marqué par ce Sorcier qui mettait la Grande Bretagne à feu et à sang.

Pendant la période entre son marquage et la pleine lune suivante, Fenrir avait erré dans les campagnes, fuyant son nouveau « maître ». La marque le brûlait affreusement, lui faisant comprendre qu'il devait revenir vers son auteur pour atténuer la douleur. Mais le loup garou refusait de ramper vers celui qui avait tué ses parents, hors de question.

Alors il fuyait, pleurant les siens.

Contrairement à d'habitude, sa transformation pendant la pleine lune restait floue dans son esprit. Tout ce dont il se souvenait, c'était d'une ombre qui sortait de lui en hurlant sous le clair de lune pour s'évaporer définitivement.

Et la disparition de la Marque des Ténèbres.

Ça avait été une surprise de découvrir son bras vierge de tout tatouage. Mais un avantage certain pour lutter contre le meurtrier de ses parents et de sa meute. Il se traîna dans le fond de la grotte où il avait trouvé refuge pour réfléchir plus calmement.

Avant le massacre, la meute avait reçu la visite d'un Sorcier, comme beaucoup d'autres meutes. Celui-ci parlait de restaurer leurs droits mais cela se voyait qu'il ne savait pas de quoi il parlait. Un antique accord entre les Lycanthropes et les Sorciers avait été scellé pour que chaque peuple laisse l'autre tranquille. C'était pour cela que les lois contre les Lycanthropes n'étaient pas valides et leurs auteurs maudits. Toutefois, cela n'empêchait pas les Sorciers d'en discuter ni de vanter les mérites de la mise en place de telles lois, mais à leurs risques et périls. La famille Ombrage, grande supporter de cette xénophobie, était en train de le payer au prix fort quand on voyait les enfants naître – quand ils naissaient vivants – avec à peine plus de magie qu'un Cracmol ou des décès précoces.

Maintenant qu'il était seul, Fenrir savait qu'il allait devoir se trouver des alliés pour mener à bien sa vengeance. Les chiens de Voldemort étaient hors de question mais ce n'était pas pour autant qu'il allait ramper devant son ennemi attitré, Albus Dumbledore. Sous la notion du Plus Grand Bien, ce dernier s'autoriser à écarter de la vie Sorcière toutes les races magiques, parce qu'ils n'étaient pas totalement humains. De plus, il se permettait une dangereuse séparation entre magie « blanche » et magie « noire » alors que la distinction n'existait pas. Non, il n'allait pas chercher de l'aide de ce côté, et encore moins de celui du Ministère de la Magie, sous sa coupe étroite.

Il ne pouvait se tourner que vers les Sang Pur, et parmi les plus anciennes familles. Ces dernières étaient les seules à se souvenir que les Lycanthropes formaient un peuple à part entière et que la morsure n'est qu'un moyen pour activer leurs gènes. Même là, il allait devoir agir avec précaution, car certaines avaient adhéré soit à l'idéologie de Voldemort, soit à celle de Dumbledore. Les plus puissantes étaient restées neutres mais certains de leurs membres affichaient ouvertement leurs couleurs.

Le nombre se réduisait de plus en plus. Mais son choix était fait depuis longtemps et il ferma les yeux pour se reposer, rassuré.

Deux jours plus tard, il se présenta devant un manoir où il fut accueilli par nul autre qu'Augusta Longbottom, veuve depuis peu et mère d'un garçon de quatre ans qui venait de mourir avec son père et enceinte du second. Sans un mot, elle le fit entrer et ils s'installèrent dans un salon. Fenrir, contre toutes les convenances, posa un genou au sol aux pieds d'Augusta et lui prit les mains pour les embrasser et lui signifier son soutien inconditionnel.

Augusta et Fenrir se connaissaient depuis des années, étant voisins et ayant fait leurs études en même temps, tous les deux à Ravenclaw. Ils étaient sortis ensemble pendant un temps mais avaient compris que même s'ils s'aimaient sincèrement, il leur serait impossible de vivre ensemble, et ce n'était pas à cause de leurs familles respectives. A la place, ils étaient devenus des amis très proches qui ne s'étaient même pas éloignés avec le mariage d'Augusta. Toutefois, avec la montée en puissance de Voldemort, chacun avait dû s'occuper de ses affaires respectives, le clan Longbottom pour Augusta et la meute pour Fenrir.

-Mes condoléances, Augusta, fit Fenrir. Louis restait un Sorcier bon pour toi.

L'amitié fusionnelle entre Augusta et Fenrir avait gêné beaucoup de personnes, à commencer la famille de Louis Canavan, le fiancé puis le mari d'Augusta, qui avait repris son nom. La belle-famille d'Augusta avait exigé que la Sorcière coupe les liens avec Fenrir mais cette dernière leur avait froidement rappelé que la seule personne à pouvoir faire cette demande était Louis et surtout, qu'ils n'avaient pas leur mot à dire sur ce qui se passait dans la famille Longbottom. Cela leur avait coupé le sifflet et depuis, elle leur avait définitivement claqué la porte au nez.

Elle avait horreur qu'on se mêle de sa vie.

Contrairement à sa famille, Louis avait parfaitement accepté la complicité qu'il y avait entre Augusta et Fenrir, puisqu'il savait que ça n'irait jamais plus loin et que sa femme reviendrait toujours vers lui. Louis et Fenrir étaient devenus amis et Augusta ne comptait plus les soirs où les deux hommes avaient des discussions enflammées sur un sujet ou un autre. D'une paire inséparable, ils étaient devenus un trio soudé.

Dont l'un des membres était désormais mort.

Les larmes vinrent aux yeux d'Augusta mais elle ne les laissa pas couler. Même s'il s'agissait d'un mariage de convenance, elle avait sincèrement aimé Louis.

-Où étais-tu ? demanda Augusta, la voix brisée

Fenrir ne passa pas à côté de la note de reproche contenue dans ses mots. En vertu de la promesse qu'il lui avait faite, il aurait dû se trouver à ses côtés en ces temps sombres. Mais voilà …

-Au moment où j'allais retrouver mon père pour lui signaler que j'allais venir te soutenir, nous avons été attaqués, avoua d'une voix nouée Fenrir. Les miens sont tous morts.

Augusta écarquilla les yeux. Elle avait peut-être perdu son mari et son fils, mais Fenrir venait de lui annoncer que toute sa meute avait été massacrée. Elle avait toujours considéré la meute comme une partie de sa propre famille et maintenant, elle n'était plus.

-J'ai été capturé et torturé, révéla Fenrir. Avant d'être marqué.

La peine d'Augusta fut brutalement reléguée au second plan. Cela lui rappelait quelque chose. Quelque chose de mauvais, même.

-Est-ce que … fit Augusta.

-Oui, Voldemort est à l'origine de la disparition de ma meute, gronda Fenrir. Et il a voulu m'enrôler de force.

Fébrilement, Augusta défit la manche de son ami mais ne vit pas la Marque des Ténèbres.

-Comment ? s'étonna Augusta

-Un Lycan n'est soumis qu'à la Magie et à la Dame Lune, rappela Fenrir. A la dernière pleine Lune, pendant ma transformation, la marque s'est évaporée.

-Que comptes-tu faire maintenant ? demanda Augusta

-D'abord, te protéger, déclara Fenrir. Tu as toujours fait partie de ma meute et ça ne changera jamais. Tu es seule, certains pourraient en profiter pour prendre de l'ascendant sur toi et je le refuse. Ensuite … je pense qu'il sera temps de se venger. Voldemort ne respecte pas les antiques accords et essaie de faire croire qu'il sera le renouveau de la Magie. Nous devons nous battre et ne plus laisser d'autres manipuler notre volonté de préserver notre héritage magique.

Augusta hocha la tête. Il était temps qu'ils prennent réellement les armes.