Le couple caché

Ron soupira de soulagement. Il était enfin sorti de chez sa mère après un déjeuner … pénible, il n'y avait pas d'autres mots. Pas étonnant qu'Harry refuse de venir depuis qu'ils avaient entamé leurs études supérieures !

Sans plus tarder, le roux passa les protections du Terrier et transplana vers l'appartement qu'il partageait avec Harry et Neville en plein cœur du centre-ville le temps de leurs études.

-Je suis rentré ! s'exclama Ron en retirant ses chaussures

Mais il n'y avait personne, comme il s'en doutait. Harry devait être en train de rendre visite à Andromeda et Teddy et Neville à Augusta. Le samedi était le jour où ils avaient décidé qu'ils rendraient visite à leur famille respective pour qu'ils aient le dimanche pour leur tranquillité.

Le roux n'eut pas longtemps à attendre. Seize heures trente sonnaient quand Neville passa le pas de la porte à son tour. Il salua son ami et s'écroula sur le canapé à ses côtés, une bierraubeurre dans les mains.

-Le même sujet ? devina Ron

-Grand-mère veut que je me marie, de préférence avec une gentille sang pur, soupira Neville.

-Toujours Hannah Abbot ? ricana Ron. Quand va-t-elle se rendre compte que tu craques pour Tracey Davies ?

-En même temps que ta mère va enfin remarquer que tu n'aimes pas Hermione et que tu ne dirais pas non à Astoria Greengrass, retourna Neville.

-Quand elle l'apprendra, elle aura une crise cardiaque ! assura Ron

Ils gardèrent le silence plusieurs minutes jusqu'à ce que la porte s'ouvre à nouveau. Quelques instants plus tard, Harry venait s'installer à leurs côtés, une canette de soda à la main.

-Nous étions en train de parler de nos familles qui voulaient absolument nous caser avec des personnes qui ne nous conviennent pas, lança Neville.

-Je n'ai pas ce problème, Merlin merci, sourit Harry. Ce serait déplacé de la part d'Andromeda de me pousser à épouser quelqu'un que je n'aurais pas choisi alors qu'elle-même s'est enfuie de chez elle pour se marier avec celui qu'elle aimait. En plus, je pense que vingt-deux ans, c'est un peu jeune pour se caser définitivement.

-Essaie de leur faire comprendre, renifla Ron. En parlant de ça, heureusement que tu n'es pas venu avec moi aujourd'hui.

-Molly voulait encore me coller avec Ginny ? grimaça Harry

-Et Ginny n'était toujours pas contre, ajouta Ron.

-Je ne peux pas croire que la fille qui m'a aidé à mener la résistance à Poudlard soit aussi … stupide, laissa tomber Neville. Avec tout ce qui nous est arrivé, elle croit encore au prince charmant ?

-Je n'essaie même plus de comprendre, souffla Ron en prenant une gorgée de sa boisson.

-Désolé de casser l'ambiance mais qu'est-ce qu'on fait ce soir ? demanda Neville après quelques instants de silence. Soirée pizzas pendant qu'on termine nos devoirs ?

-Ça me va, accorda Harry.

-Moi aussi, accepta Ron.

Leur statut d'héros de guerre leur avait fait abandonner la plupart des choses que faisaient les jeunes de leur âge s'ils ne voulaient pas risquer d'avoir une émeute sur les bras. Ils passaient donc la plupart de leur temps libre chez eux ou chez leurs amis qui n'étaient pas en pamoison devant leurs actes pendant la guerre.

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Albus Dumbledore était furieux.

Après tout ce qu'il avait fait pour le plus grand Bien … voilà comment on le remerciait !

Quand il avait chuté du haut de la tour d'astronomie sous le sort de Severus Snape, les sorts de protection lui avaient coupé le souffle mais l'avaient gardé en vie. Il s'était alors dépêché de créer un golem qui avait son apparence et de s'enfuir chez lui tandis qu'on l'enterrait en grande pompe. Il suivait les efforts de la guerre de loin et notamment en visitant régulièrement l'esprit de Molly Weasley mais la matrone ne savait pas grand-chose.

Le vieux sorcier était revenu sur scène juste après la bataille finale pour féliciter en personne Harry de sa victoire. Certes, tous avaient été heureux de le voir et il en avait profité pour proposer au brun de le conseiller efficacement dans sa nouvelle vie publique comme privée, pensant qu'il avait toujours sa confiance.

Il n'en avait rien été.

En fait, il ne s'était douté rien, à sa plus grande honte. Il avait mis sur une volonté d'avoir une convalescence en paix quand il avait su qu'Harry, suivi d'Hermione, de Ron et de quelques autres avaient décidé d'être admis à l'Hôtel-Magie à Paris. Idem quand ils avaient privilégié une scolarité par correspondance pour refaire leur dernière année. Il avait cru le ministère quand il lui avait dit que lui rendre ses postes de grand manitou de Grande Bretagne, de président du Magenmagot et de directeur de Poudlard allaient prendre du temps puisqu'il avait été déclaré mort pour les sorciers. Ce fut donc sans aucune crainte qu'il s'était rendu au Magenmagot, certain que sa contribution à la guerre assurerait qu'on répondrait à toutes ses demandes.

Il n'aurait pas pu avoir plus tort.

Sa vie entière avait été épluchée, de son implication dans la mort de sa sœur Arianna à sa disparition dans une guerre qu'il avait clairement alimenté pour sa propre gloire, en passant par son aventure avec Gellert Grindelwald, la dégradation des programmes scolaires depuis qu'il était directeur de Poudlard, les lois qui excluaient de plus en plus les autres êtres magiques ou encore l'abandon de la culture sorcière au profit d'interprétations totalement fausses de celle moldue – et mal comprise en plus – ou ses ingérences illégales concernant les orphelins sangs purs provenant notamment de familles dites de la Lumière, pour ne parler que d'Harry. Tous ses titres lui furent retirés, la quasi-totalité de ses biens vendus et sa fortune reversée à toutes ses victimes en guise de dédommagement. Il échappa de peu à Azkaban mais il fut exclu du monde moldu pour qu'il puisse voir de ses propres yeux comment le monde sorcier pouvait évoluer en bien sans qu'il ne puisse fourrer son nez dans les affaires qui ne le concernaient nullement.

Depuis six mois, donc, Albus Dumbledore vivait dans une petite masure en ruines qui s'était avéré être l'ancienne maison de ses parents – Abelforth avait eu pitié de lui quand la justice s'était rendu compte que sa résidence actuelle était un ancien bien des Potter qu'il s'était attribué en guise de rétribution pour être le garant sorcier d'Harry Potter alors que l'enquête avait révélé que c'était lui qui avait empêché Sirius Black d'exercer ses droits sur le jeune garçon en tant que parrain et de tuteur désigné par ses parents dans leur testament en lui refusant un procès qui aurait certainement conclu à son innocence dans la mort du couple Potter, de Peter Pettigrow et de douze moldus – et avait à peine de quoi vivre. Il ne décolorait pas du fait que toutes les personnes qu'il avait aidées lui tournaient désormais le dos. Surtout Harry, qui avait embrassé son héritage sang pur sans demander son aide précieuse. Ou encore Severus qui avait découvert pendant le procès qu'il l'avait empêché de récupérer l'héritage de la famille de magie noire des Prince.

Mais peu importait, il avait un plan pour récupérer le prestige qu'il avait perdu. Pour cela, il lui suffisait simplement que Molly réussisse à convaincre Harry d'épouser Ginny.

De gré ou de force.

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Neville avait bouclé sa maîtrise de botanique en deux temps trois mouvements avant de se présenter à Severus Snape avec plusieurs échantillons de plantes que sa famille cultivait depuis des générations. Au bout de trois jours de négociation, ils étaient parvenus à un accord où Severus serait le maître d'apprentissage de Neville jusqu'à ce qu'il obtienne sa propre maîtrise de potions. La première année, Severus s'était vengé en lui faisant brasser les potions les plus immondes et maintenant que toute rancune était derrière eux – enfin plus ou moins – le maître reprenait les bases pour être sûr des connaissances de son apprenti.

-Severus ?

-Neville, soupira Severus. Est-ce que vous ne pourriez pas vous concentrer sur votre grimoire ?

-Si, assura Neville. Mais j'aurais une question à vous poser.

-Je vous écoute, fit Severus.

-Est-ce que les potions d'attirance peuvent être mélangées avec des plats cuisinés ? demanda Neville

Le maître observa son élève suffisamment longtemps pour qu'il commence à se tortiller, gêné.

-Commencez par le début, ordonna Severus.

-Comme vous le savez, Harry, Ron et moi vivons en colocation, fit Neville. Toutefois, personne ne sait que nous ne vivons plus en Grande Bretagne. Notre courrier arrive à Gringotts qui se charge de nous le transmettre par son agence la plus proche de chez nous. Il est habituel pour la mère de Ron de nous envoyer de la nourriture parce qu'elle nous pense incapables de nous préparer à manger alors que du propre aveu de Ron, nous mangeons bien plus sainement que chez elle.

-Allez aux faits, s'irrita Severus.

-La semaine dernière, Ron est revenu de son repas familial avec une marmite entière qu'il avait prévu de nous faire partager, raconta Neville. Au moment où on a voulu se servir, j'ai senti une odeur suspecte et je les ai arrêtés avant qu'un drame n'arrive.

-Montrez-moi ça, grinça Severus.

Neville sortit de son sac une boîte sous sortilège de conservation et la tendit à son maître d'apprentissage. Ce dernier l'examina sous toutes les coutures avant de prendre la parole.

-Sachez que les potions ne se mélangent pas avec n'importe quoi sous peine de voir leurs effets dégradés voire annulés, expliqua Severus. Il en est de même avec les poisons. Il est donc très délicat de les incorporer avec des plats cuisinés qui mélangent autant de saveurs et de produits. Il existe un produit qui n'entrave que très peu les effets d'une grande quantité de potions, vous ne l'ignorez pas.

Neville se renfrogna. En effet, tous les sangs purs savaient que le chocolat sorcier altérait très peu les potions, d'où le consensus général qui voulait que personne n'accepte de chocolat dont ils ne connaissaient pas la provenance. Le chocolat était en effet le support privilégié pour les potions d'attirance voire les philtres d'amour.

-Est-ce que mes craintes sont justifiées ? demanda Neville

-Vous avez le nez fin, ce qui est un atout pour un maître de potions, déclara Severus. Laissez-moi un peu de temps. Votre aide n'est pas nécessaire car vous n'êtes pas assez avancé dans votre apprentissage pour m'être utile. Vraiment.

Neville ne se vexa pas. Les méthodes pédagogiques de Severus Snape avaient beaucoup évolué depuis qu'il n'enseignait plus contre son gré à de complets débutants. Il s'épanouissait beaucoup plus avec des apprentis et le jeune homme était le premier à en profiter. Il se cala donc dans un coin avec son grimoire tout en observant du coin de l'œil son maître mener des tests tous plus compliqués les uns que les autres.

Le verdict tomba trois heures plus tard. Severus s'assit face à Neville, plaçant la boite entre eux.

-Connaissez-vous la différence entre Hermione Granger et vous ? demanda Severus

-Je sais qu'elle avait de très bonnes notes en potions pendant sa scolarité, répondit Neville, surpris.

-C'est vrai, concéda Severus. Mademoiselle Granger est tout simplement incapable de dévier d'une recette, encore plus pour l'améliorer. Elle pourrait brasser les potions les plus compliquées mais elle n'a pas l'imagination nécessaire pour créer et modifier des potions, contrairement à vous. Si je vous dis cela, c'est parce que la potion que j'ai trouvé dans ce plat n'est pas forcément l'œuvre d'un maître de potions. Les rares qui sont en Grande Bretagne sont sous les ordres du département des Mystères d'où ma certitude que la personne qui a fourni cette potion ne peut pas en être un. Comme j'ai enseigné les potions pendant quinze ans …

-Vous pensez qu'il s'agit d'une personne qui a au minimum votre âge qui a brassé la potion, termina Neville.

-Les seules autres personnes qui pourraient le faire n'auraient jamais pu être approchées par Molly Weasley et encore moins par Ginevra, confirma Severus. En fait, il n'y en a qu'une seule qui aurait pu brasser cette potion particulière.

-Qu'est-ce que c'est ? demanda Neville

-Ce plat contient un philtre d'amour puissant, répondit Severus. Sa particularité est qu'elle est personnalisée c'est-à-dire qu'elle n'est destinée qu'à une seule personne pour qu'elle tombe amoureuse d'une seule autre personne.

-Laissez-moi deviner, Harry devait tomber amoureux de Ginny ? soupira Neville

-Il faudrait des cheveux des deux concernés mais il y a des chances, fit Severus.

-Je pensais que cette lubie avait été définitivement abandonnée, grogna Neville.

-Moi aussi, fit Severus. Mais cela ne m'étonne pas. De nombreuses personnes ont laissé une partie de leur héritage à Dumbledore mais également à Potter. Sa fortune a augmenté de manière significative et cela attirerait beaucoup de personnes cupides. Les Weasley ont toujours été une famille pauvre, on ne peut pas leur en vouloir d'essayer de changer ça.

-Ron fait en sorte de construire sa vie et ça ne passe pas par utiliser Harry ! fronça des sourcils Neville

-Monsieur Weasley est conscient qu'il faut qu'il construise sa vie de ses propres mains, tout comme ses frères, concéda Severus. Mais si je me fie au fait que mademoiselle Weasley n'a pas poursuivi ses études, ce n'est pas son cas.

-Qui pourrait avoir fourni cette potion ? demanda Neville

-Je ne vois que Dumbledore pour le faire, révéla sombrement Severus.

-Je pensais qu'il était seulement maître de métamorphoses, fit Neville.

-Il est moins connu qu'il a le premier degré de maîtrise de potion, qui est donné à toutes les personnes qui savent brasser correctement des potions compliquées, expliqua Severus. Mais je pense que c'est tout à fait dans ses cordes.

-Mais pourquoi monter un plan pareil ? se demanda Neville

Aucun d'entre eux n'eut besoin de répondre. Le procès qui avait déchu de tout ce qui faisait Albus Dumbledore avait parfaitement montré sa volonté de garder un contrôle total sur tout le pays et plus particulièrement sur Harry. S'il avait réussi à récupérer de l'influence sur Molly et pourquoi pas Ginny, qui sait ce que le vieux sorcier pourrait faire avec à disposition la fortune du clan Potter et du clan Black.

-Que pouvons-nous faire ? demanda Neville

-En discuter ensemble, proposa Severus. C'est le meilleur moyen d'avoir une vision d'ensemble.

-Merci Severus, sourit Neville.

§§§§§

Arthur fronça des sourcils.

-Un voyage ? s'étonna le père de famille

-Oui, sourit Harry. Vous avez toujours été comme une famille et je veux que pour une fois, vous preniez soin de vous.

-Mais Ginny … protesta Molly.

-Ginny est adulte, grogna Ron. Elle peut rester seule pour deux semaines, non ?

-Oui, mais … protesta Molly.

-Molly, coupa Arthur. Ginny aurait cinq ans, je ne dirais pas, mais elle en a vingt. Pour une fois que nous pouvons nous retrouver tous les deux sans avoir l'un de nos enfants, sans oublier que la guerre est terminée …

-D'accord, capitula Molly. Où allons-nous ?

-C'est une surprise, sourit Harry. Une fois sur place, vous aurez une nouvelle garde-robe, ne vous inquiétez pas.

-On ne peut pas … protesta Arthur.

-C'est un cadeau et il est fait de bon cœur, coupa Harry. Prenez l'essentiel, on vous accompagne à King's Cross.

Souriant, Molly et Arthur montèrent dans leur chambre pour rassembler quelques affaires puis descendirent dans la cuisine pour laisser un message pour Ginny partie en vadrouille avant de suivre Ron et Harry hors du Terrier.

Les deux jeunes hommes avaient débarqué peu après le départ de Ginny pour que le brun leur offre ce voyage tous frais payés. Au retour de Neville qui leur avait fait part de ses soupçons, ils avaient décidé de vérifier que Molly n'était pas manipulée contre son gré et qui sait, Arthur aussi. Le voyage comportait un passage à l'Hôtel-Magie à Paris où les médicomages allaient leur faire passer un bilan complet, notamment psychique, puis direction Venise pour un séjour en amoureux. Ils avaient décidé de faire passer le même bilan à Ginny lors d'un week-end entre filles grâce à l'aide d'Hermione, de Luna, de Parvati et de Lavande. Seules les deux premières avaient été mises dans la confidence et s'occuperaient d'endormir la rousse pour que le médicomage engagé puisse faire les examens.

En moins de vingt-quatre heures, le Terrier fut totalement vidé.

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Le 19 septembre, une grande soirée avait lieu dans le palace londonien sorcier en l'honneur de l'anniversaire d'Hermione Granger. Ses amis avaient décidé de lui faire une surprise et d'y célébrer également l'obtention de son diplôme d'avocamage. La fête battait son plein depuis plusieurs heures et tout le monde s'amusait.

-Votre attention s'il vous plait, fit Harry.

Les discussions s'éteignirent.

-Je vous remercie d'être ici pour fêter l'anniversaire d'Hermione, que vous ayez été invité ou non, sourit Harry.

Il avait bien noté la présence d'Albus Dumbledore dans le fond de la salle, tentant sans succès de convaincre Molly de l'inviter chez elle.

-Pour ceux qui ne le savent pas, notre chère Hermione a obtenu il y a quelques semaines son diplôme d'avocamage, continua Harry. Ce que vous savez moins, c'est qu'elle a également obtenu sa licence de droit moldu et qu'elle compte poursuivre ses études pour devenir avocate dans le monde moldu. Dans tous les cas, je suis au regret de vous annoncer que la sorcière la plus intelligente de notre promotion ne commencera pas à plaider tout de suite.

Les murmures surpris s'élevèrent. Pourquoi Hermione Granger ne pourrait pas exercer tout de suite ?

-Elle ne pourra pas commencer à travailler tout de suite car j'ai l'honneur de vous annoncer qu'Hermione est enceinte ! s'exclama Harry

La salle explosa en félicitations.

Harry attendit que le brouhaha se calme pour continuer.

-Hermione est donc enceinte mais elle va également se marier dans quelques jours à l'occasion de Mabon, annonça Harry. Elle a accepté de m'épouser !

Le visage horrifié d'Albus Dumbledore fut un délice à observer, encore plus quand des aurors l'emmenèrent dans l'indifférence la plus totale pour répondre des plaintes de manipulations magiques à l'encontre de Molly et Ginny Weasley.

Game over, Dumbledore.

Fin