L'alliance que tout le monde voulait éviter
Draco Malfoy pensait qu'enseigner à Poudlard serait un plaisir après la guerre, il n'en avait rien été.
Voldemort mort, le ministère avait décidé de punir sévèrement toutes les personnes qui l'avaient suivi ainsi que certains de ses sympathisants. Heureusement, Harry Potter, le désormais Sauveur, avait exigé des procès équitables pour tous et avait trouvé, il ne savait comment, un rituel de justice qui pouvait se substituer à la justice des sorciers pour permettre d'établir les responsabilités de chacun. Pour prendre son propre exemple, la Magie avait reconnu qu'il n'avait pas pris la marque de son plein gré, qu'il avait des circonstances atténuantes dans les tentatives de meurtre à l'encontre d'Albus Dumbledore – car oui, le rituel en question avait dévoilé tous les crimes qu'il avait commis – mais surtout, qu'il n'était coupable que d'avoir introduit des mangemorts dans l'école, ce qui lui avait valu son exclusion de Poudlard pour la fin de sa scolarité, une assignation à résidence de deux ans et une amende de dix mille galions. Son père n'avait pas eu la même chance : il avait perdu son titre de chef de famille et de lord – ce qui faisait que Draco lui avait succédé alors qu'il avait à peine dix-huit ans – il avait perdu la majorité de sa magie, ce qui l'empêchait d'utiliser sa baguette magique pour le reste de ses jours, il avait écopé de quinze ans de prison – sans détraqueurs, heureusement – et dès sa peine terminée, il sera définitivement exilé de la Grande Bretagne sorcière. Sa mère avait directement accepté l'exil et ce n'était pas plus mal.
Le blond avait mis sa peine à profit pour s'aménager un programme sur mesure. Le nom des Malfoy avait été entaché avec son association avec Voldemort et il était clair qu'il serait difficile de se refaire une place dans la société. Son jeune âge et la marque étaient des handicaps supplémentaires dont il devrait se débarrasser au plus vite. En plus du programme scolaire pour obtenir ses ASPIC, Draco avait pris des cours d'économie ainsi que de gestion commerciale pour travailler de concert avec Gringotts afin d'assainir les affaires de sa famille. Son assignation à résidence lui avait également permis d'échapper aux membres de sa famille qui louchaient dangereusement sur son héritage et qui voudraient bien le récupérer à leur profit.
Après avoir purgé sa peine, Draco s'était envolé en France et presque par hasard, il était entré en apprentissage en sortilèges. Malgré la portée de ses actes, la remise en fonction de l'armoire à double sens qui avait permis l'entrée des mangemorts à l'école l'avait intéressé et quatre ans plus tard, il avait obtenu sa maîtrise. Son maître l'avait alors recommandé à Beauxbâtons où son passé de mangemort était commodément oublié et il avait également fait plusieurs remplacements qui avaient fait grandir sa réputation professionnelle, en même temps que sa nouvelle ligne de conduite en tant que lord Malfoy.
Trois ans plus tôt, le professeur Flitwick lui avait proposé une spécialisation à Poudlard. Le professeur avait mis toute une année à le convaincre que personne ne lui jetterait son passé à la figure et le blond l'avait cru.
A tort.
A sa plus grande horreur, une partie de sa promotion se trouvait être également en apprentissage auprès des différents professeurs titulaires. Autant Neville Longbottom n'était pas une surprise auprès de Pomona Sprout mais découvrir Théo Nott sous la tutelle de Severus Snape et Susan Bones dans le nouveau cours de civilisation sorcière était étonnant. Mais ce qui ne passait pas vraiment, c'était la présence du trio d'or. Granger se gargarisait au poste d'assistante en métamorphoses tandis que Weasley numéro six, assistant de vol, lui avait directement pris la tête dès qu'il avait passé la porte de la salle de réunion. Mis à part ces deux-là, personne ne s'était insurgé de sa présence, pas même Potter, le professeur de défense.
Les deux années suivantes avaient été infernales grâce à Granger future Weasley et à Weasley numéro six et il n'était pas le seul à le penser. Bien souvent, les plus jeunes professeurs se réunissaient dans les appartements de l'un d'entre eux et oubliaient commodément les deux assistants dans les invitations. Ils évitaient soigneusement les appartements de Potter car la seule fois où ils s'y étaient rendus, ils avaient eu la surprise de voir débarquer le duo indésirable et entrer comme s'ils étaient chez eux. D'ailleurs, ce soir-là, il avait vu Potter s'énerver contre ses âmes damnées puis remonter les bretelles à Dumbledore dans la Grande Salle sans aucun état d'âme. Il avait fallu attendre les vacances scolaires, soit trois mois plus tard, pour comprendre la raison de son éclat. Apprendre que le fameux trio n'existait plus n'était pas spécialement un choc car pendant leur scolarité, beaucoup s'étaient étonnés que leur amitié se maintienne envers et contre tout alors qu'il était clair que seul Potter la prenait au sérieux. Ce qui était plus surprenant, c'était de savoir que c'était Dumbledore qui leur avait livré la localisation et le mot de passe « pour qu'ils puissent se réconcilier ».
Draco avait déjà noté que Granger, Weasley et Dumbledore n'appréciaient pas des masses que le Sauveur fraye avec des membres des maisons autre que Gryffondor. Ils s'étaient particulièrement crispés quand il avait commencé à devenir ami avec Théo et avaient carrément tenté de piquer une crise quand il s'était mis à lui parler cordialement. Heureusement, Potter semblait avoir mûri et ne plus les laisser penser à sa place en se faisant ses opinions lui-même.
Un autre point qui avait intrigué le blond était le statut de certains d'entre eux dans l'équipe enseignante. Quand il était arrivé, il avait naïvement pensé que puisqu'il y avait deux professeurs dans plusieurs matières, les plus jeunes, dont lui, étaient les assistants des plus anciens. Au détour d'une conversation, Théo l'avait vite détrompé : si Bones et Potter étaient les professeurs titulaires de leur matière, Longbottom et eux étaient les apprentis des professeurs titulaires et Granger et Weasley de simples assistants. Devant la surprise du blond, Théo lui expliqua les dessous de cette distinction.
Flash-Back
-En tant qu'apprentis, nous avons un niveau de connaissances minimum que nos guildes respectives reconnaissent, fit Théo après avoir savouré une gorgée de thé. Dans notre cas à tous les trois, nous sommes entrés en apprentissage car nos maîtres nous enseignent un pan particulier de notre matière dont ils sont spécialistes.
Draco hocha la tête. Flitwick l'avait appâté en lui rappelant que même s'il était maître en sortilèges et en duel, il était également un des seuls à savoir modeler sa magie pour qu'elle touche les autres créatures magiques. Rares étaient ceux qui obtenaient un enseignement dans ce délicat domaine.
-Ce n'est pas le cas de Granger et de Weasley numéro six, poursuit Théo. On les a imposés aux professeurs McGonagall et Bibine.
-Comment est-ce qu'on a pu les imposer ? fronça des sourcils Draco
-On n'a pas les dessous de cette histoire, répondit Neville. Mais je n'ai aucun doute sur le fait qu'ils ont dû faire jouer leur petite célébrité pour obtenir un poste ici.
-J'ai une histoire avec eux mais j'ai l'impression qu'ils ne sont pas vraiment appréciés, constata Draco.
-McGonagall et Bibine n'aiment pas leurs manières, répondit Théo. Je ne compte pas le nombre de fois où elles sont passées derrière eux pour rectifier leurs bêtises. Elles ne peuvent même pas les virer parce que justement, ils ne sont pas apprentis et ils ne sont pas reconnus par la guilde de métamorphoses et la fédération de vol.
-Pourquoi ils sont là ? s'étonna Draco
-On pense que c'est pour rester proche d'Harry, répondit Neville dans un soupir las. Il leur a échappé pendant des années pour faire sa maîtrise de défense et maintenant qu'il est de retour, ils veulent profiter de sa renommée comme ils auraient dû le faire depuis la mort de Voldemort.
Fin Flash-Back
Seulement voilà, le Sauveur ne semblait pas adhérer aux volontés du duo infernal et faisait tout pour ne pas être en leur présence.
-Draco !
Le blond se retourna et vit Harry Potter arriver à son niveau.
-Je ne savais pas que nous étions passés aux prénoms, sourit Draco.
-Oh, arrête, on se connaît depuis l'âge de onze ans, on n'est pas des inconnus, rit Harry.
Draco haussa des épaules et continua son chemin. Son collègue le suivit.
-J'aurais besoin de toi pour un service, fit Harry.
-Cela dépend lequel, fronça des sourcils Draco. Si c'est pour rembourser la dette de vie que j'ai à ton encontre …
-Ça, je le réserve pour une occasion vraiment spéciale, rétorqua Harry, les yeux brillants.
Le blond prit la mise en garde pour ce qu'elle était. Quand il venait de commencer à Poudlard, d'ailleurs en même temps que Potter, Weasley avait amené la conversation sur les dettes de vie que tous les mangemorts devraient avoir à l'encontre de Potter, le tout avec un sourire vicieux. Ce dernier avait retourné la situation en rappelant que sa famille et lui-même avaient au total trois dettes de vie et qu'il pouvait également les lui réclamer, ici et maintenant, même, s'il y tenait. Ça avait coupé net le sifflet du rouquin qui n'avait plus ramené le sujet. Plus tard, ils s'étaient réunis sans la présence des parasites et Longbottom avait posé franchement la question. Le brun avait alors révélé qu'il n'était pas dans ses intentions d'utiliser cette dette de vie mais il concédait qu'il s'agissait d'un formidable moyen de pression pour celles et ceux qui auraient dans l'idée de reprendre quand même les idées de Voldemort. Toutefois, Potter détestait qu'on remette ça sur la table et en vérité, seul Draco se le permettait et uniquement quand il doutait du sérieux du Sauveur. Comme ici.
-Viens, allons chez moi, soupira Draco.
Ils ne mirent pas longtemps à se rendre dans les cachots où tous les anciens Serpentards avaient été placés. Personne ne s'en plaignait mais personne n'ignorait non plus que si Dumbledore l'avait fait, c'était pour éloigner les méchants serpents du Sauveur.
Les deux anciens rivaux s'installèrent tranquillement dans le salon où chacun prit une bière.
-Je t'écoute, Potter, fit Draco.
-J'ai besoin de toi pour créer une école, annonça Harry.
-Tu veux concurrencer Poudlard ? s'étonna Draco
-A la base, je voulais faire virer Dumbledore, haussa des épaules Harry.
Tout le monde avait bien vu que les relations entre Harry Potter et Albus Dumbledore s'étaient brusquement refroidies quand le plus jeune avait repris les titres des Potter et des Black. Le vieux sorcier était soigneusement tenu éloigné de toutes les affaires appartenant à Potter. D'ailleurs, à la base, si Potter et lui avaient intégré l'équipe enseignante, c'était parce que le conseil d'administration avait enfin réussi à le convaincre de prendre sa retraite. Malheureusement, le vieux fou avait appris que Potter allait enseigner et il s'était accroché à son siège, tant et si bien qu'on se disait qu'il quitterait la tête de l'école les pieds devant.
-Seulement virer ? fit Draco avec un sourire narquois
-Ne me fais pas rêver, ricana Harry. Donc, je disais, je veux créer une école pour celles et ceux qui ne peuvent pas aller en pensionnat.
-Autant que tu fasses virer le vieux fou, déclara Draco. Il a fait voter une loi après sa victoire contre Grindelwald qui dit que chaque ouverture d'école devra avoir son approbation. Pas celle du département de l'éducation ni celle du directeur de Poudlard mais la sienne propre.
Les yeux d'Harry brillèrent de rage.
-L'enfoiré, siffla Harry. Tu as besoin de quoi pour le virer ?
Draco le regarda droit dans les yeux, surpris.
-Tu es sérieux ?! s'exclama Draco. Moi, j'ai des raisons d'en vouloir à ce vieux fou mais toi ? Saint Potter ? Qu'est-ce qu'il a fait de si horrible ? Manger la dernière chocogrenouille du paquet ?
-Gâcher mon enfance et mon adolescence par ses décisions, siffla Harry.
Le blond mit un long moment à répondre.
-Je n'aurais jamais pensé que tu t'en serais rendu compte, lâcha finalement Draco. Toute personne qui avait au moins deux neurones fonctionnels, ce qui comprend généralement ceux qui ne sont pas à Gryffondor, a vu comment Dumbledore te faisait danser comme une marionnette alors qu'il n'avait aucun droit sur toi. Bref, tu as su rebondir donc on ne va pas rester dessus. Tu veux vraiment le faire virer ?
-Oui, assura Harry. Ça l'empêchera de me pourrir la vie même dans ma vie privée. Et si on pouvait se débarrasser de Granger et de Weasley en prime, je pourrais te serrer dans mes bras !
-Arranger-toi avec Susan pour ça, ricana Draco. Visiblement, elle a la dent dure contre eux. Tu es sûr de ce que tu veux ?
-Je t'observe depuis des années, sourit Harry. Je suis peut-être l'un des seuls à te connaître aussi bien. Je sais que nous pouvons poursuivre les mêmes buts et il est clair qu'ils rencontrent les mêmes obstacles déposés par Dumbledore. Cela fait trop longtemps qu'il règne sur la Grande Bretagne et il est temps qu'il paie pour ses actes.
-Quoi qu'il t'ait fait, ça t'a marqué, constata Draco.
-Oui, confirma Harry. Alors ? Alliés ?
Et il tendit la main.
Draco n'hésita pas un seul instant pour la serrer. Dumbledore allait passer en caisse.
Fin
