La vérité sort de la bouche des enfants … enfin presque

Harry était un sorcier qui se considérait comme satisfait de sa vie.

Il avait survécu à celui qui avait voulu le tuer à quinze mois, à ses esclaves ainsi qu'à toutes les personnes intéressées. Désormais, il avait un boulot qui lui plaisait, était marié à la femme qu'il aimait et il ne manquait plus qu'un enfant pour compléter ce tableau parfait. Enfin, un autre enfant pour Ginny, car il avait la garde exclusive de son filleul Teddy Lupin-Tonks.

Le bambin de cinq était le digne fils de ses parents. De Remus, il avait la sagesse et certains traits lycanthropes tels que l'odorat affiné et la vue développée, de Nymphadora, le don de métamorphage et la maladresse. En l'élevant, Harry s'était efforcé de ne pas faire la même erreur qu'il avait dû subir pendant son enfance et son adolescence : oui, en le regardant, il voyait Tonks et Remus mais il voyait d'abord Teddy avant eux. Il refusait que l'enfant croie qu'on ne le voyait qu'à travers le prisme déformé ou non de ses parents et faisait tout pour qu'il développe sa propre personnalité et non une copie de celle qu'il penserait être celle de ses parents. Le brun avait mis lui-même longtemps avant de se détacher de ce qui aurait pu faire la fierté de ses parents ou au contraire, aurait pu être le reflet de leurs pires côtés, et ne se sentait plus investi de la mission divine de les faire revivre à travers lui.

Si lui adorait Teddy, ce n'était pas vraiment le cas de Ginny. Oh, elle ne le rejetait pas complètement mais n'allait pas vers lui spontanément. Elle lui accordait ce qu'elle voulait mais elle ne le considérait pas comme son fils.

Depuis qu'il était auror senior – après deux ans d'école et deux ans en tant que junior – Harry avait vu ses horaires augmenter. En tant que junior, il avait travaillé selon le cadencement suivant : pendant deux semaines, il travaillait de cinq heures à treize heures, les deux semaines suivantes de treize à vingt-et-une heures et les deux suivantes de vingt-et-une heures à cinq heures le lendemain, pour permettre de balayer toutes les facettes du métier. Désormais, il commençait à huit heures tous les jours sauf le week-end et terminait à dix-huit heures trente sauf affaire importante. Ginny avait hurlé, car elle savait que ses collègues terminaient eux à dix-sept heures trente, mais Harry lui avait sèchement rappelé qu'il était convenu que dès qu'il le pourrait, il passerait le mercredi après-midi avec Teddy. La rousse lui avait amèrement voulu – son propre mari préférait passer du temps avec un enfant qui n'était même pas le sien, alors qu'il s'en occupait déjà tous les matins et tous les soirs, au lieu de passer du temps avec elle – mais elle avait dû s'incliner.

Depuis un mois, une affaire ne lui permettait plus de bénéficier de ses mercredis. Harry avait donc dû longuement négocier avec Ginny pour qu'elle accepte de récupérer Teddy le mercredi à l'école moldue et s'en occupe pour l'après-midi, puisqu'elle rédigeait ses articles sportifs depuis la maison. Cela lui avait laissé un goût amer dans le fond de la gorge car elle n'avait accepté qu'après qu'il ait signé une procuration sur ses coffres. Mais rassuré pour Teddy, il avait préféré laisser cela de côté.

Fourbu, il rentra chez lui après une journée chargée au travail et passa avec bonheur le portail du petit cottage devant lequel il était tombé amoureux – et qui avait été la source d'une énième dispute parce que Ginny estimait qu'il n'était pas digne du Sauveur et d'eux, ce qu'il n'avait pas voulu commenter – et ne fut pas surpris de se faire sauter dessus par un boulet de canon à peine le pas de la porte d'entrée passé.

-Bonsoir Teddy, fit Harry en lui offrant le câlin demandé. Tu as passé une bonne journée ?

-Oui parrain !

Le rituel du soir était toujours le même : dès qu'Harry rentrait, il enlevait ses chaussures et sa robe de fonction avant de passer dans la cuisine pour préparer le dîner. Teddy était sur ses pas puis était installé sur une chaise haute pour raconter sa journée avec moult de détails. Alertée par le bruit, Ginny venait parfois les rejoindre mais n'arrivait pas à en placer une sans rabrouer sèchement l'enfant. Elle l'avait fait une fois, elle l'avait très vite regretté.

Ne maitrisant pas encore très bien son don de métamorphage, Teddy n'arrivait pas à se dissocier de ce qu'il racontait et quand il parlait d'une personne précise, il prenait sans s'en rendre compte son visage. Harry le regardait du coin de l'œil, souriant en voyant les personnes qui côtoyaient son filleul.

Soudain, le brun fronça des sourcils.

-Teddy, qui est-ce ? demanda Harry, surpris

L'un des visages ne lui était pas inconnu mais il n'était pas censé être dans l'entourage direct de l'enfant.

-C'est le monsieur qui vient quand Ginny me ramène à la maison, expliqua Teddy.

-Explique-moi comment se passe les après-midis avec elle, pria Harry.

Il n'avait pas voulu se pencher dessus mais il avait noté que les récits du petit garçon étaient sensiblement différents des autres jours de la semaine. Puisque sa femme n'était pas dans les parages, il allait en profiter.

-Ginny vient me chercher après manger, fit Teddy. Quand on rentre, elle me dit que je dois jouer dans ma chambre et Lula me surveille.

Harry se retint de gronder. Lula était l'une des rares concessions qu'il avait accordé à Ginny sur ses privilèges sang pur. Puisqu'ils travaillaient tous les deux et qu'à sa plus grande surprise, Ginny était une incapable des tâches ménagères, le brun avait accepté que l'un des elfes qui travaillaient pour ses clans vienne à demeure. Elle devait uniquement s'occuper de l'entretien de la maison et des extérieurs mais n'était pas censée garder Teddy, le brun le lui ayant interdit, sauf urgence à ses yeux. Ginny le savait parfaitement parce qu'il s'était montré particulièrement ferme sur ce point. Or, si Lula le faisait quand même, c'était qu'elle avait vu que Teddy n'était pas en sécurité. A vérifier, donc.

-Donc tu restes dans ta chambre tout l'après-midi ? demanda confirmation Harry

-Oui, fit Teddy. Elle m'emmène mon goûter dans ma chambre et après, elle me dit que je dois dormir.

Harry frémit. Pour avoir pu voir les effets de ses yeux, il abhorrait les restes de nourriture dans les chambres. Il était particulièrement maniaque après un petit déjeuner, sa femme se doutait qu'il ne voudrait pas que le petit garçon mange dans sa chambre.

-Mais j'ai pas sommeil, fit Teddy d'une voix triste. La première fois, j'avais oublié mon doudou dans le salon et j'ai vu ce monsieur. A chaque fois que Ginny vient me chercher, il vient après le goûter, je le vois ouvrir la porte du jardin.

Harry ne put s'empêcher de sourire. Pour éviter les visites intempestives et malavisées, l'accès au réseau de cheminée était restreint par ses soins. Ainsi, toute personne qu'il n'avait pas personnellement acceptée n'entrait pas chez lui. Pour le transplanage, personne ne pouvait entrer directement sur la propriété par ce biais mais pour entrer à pied, il fallait son autorisation … ou celle de Ginny.

-Bien, fit Harry.

Sa décision était prise. Mais d'abord, il avait quelques aménagements à faire.

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Les choses revinrent rapidement à la normale dans le foyer Potter. Harry avait récupéré ses mercredi après-midi et s'occupait de Teddy comme à son habitude. Ce qui changeait, c'étaient ses déjeuners deux à trois fois par semaine qu'il prenait dans le monde moldu en compagnie d'Hermione.

-Tiens ! fit Ginny alors qu'ils passaient à table un mercredi soir. Où est Teddy ?

-Fleur et Bill ont accepté de l'accueillir pendant l'été, répondit Harry. Je l'ai emmené après l'école.

-Nous allons pouvoir en profiter tous les deux, sourit Ginny.

-En effet, sourit Harry. Nous allons en profiter pour déménager et nous installer chez nous.

-Où allons-nous ? demanda Ginny, excitée

-Ah, tu te méprends sur un point, fit Harry en continuant son repas. Tu vas t'installer de ton côté, Teddy et moi de l'autre.

-Comment ça ? fit Ginny en fronçant des sourcils. Nous sommes mariés, non ?

-C'est bien que tu en parles, rebondit Harry. Il s'avère qu'en apprenant que tu me trompais, j'ai décidé que nous divorcerons, à tes torts bien entendu. Mon avocat m'a donné tous les papiers dans le cas où tu accepterais que ça se fasse à l'amiable mais je te connais donc je sais que tu voudras récupérer le maximum de moi, au-delà du fait que tu es censée m'aimer. Au passage, un détective privé t'a suivi ces dernières semaines et il m'a fait remarquer que tu n'étais vraiment pas discrète.

Ginny était restée bouche bée, choquée, tandis qu'Harry terminait tranquillement son repas.

-Je vais dormir cette nuit dans la chambre de Teddy, annonça Harry. Je déménagerais dès demain et je te laisse jusqu'à la fin du mois pour en faire de même. Passé cette date, la maison sera définitivement fermée. Et non, même si nous sommes encore mariés, cette maison ne t'appartient pas. Bonne nuit, Ginny.

Dix minutes plus tard, la jeune femme était toujours assise, choquée.

§§§§§

-Salut mon grand ! fit Harry

-Bonjour parrain ! répondit Teddy. Je ne t'attendais pas aujourd'hui !

-Parce qu'il faut t'envoyer une invitation pour te rendre visite sur ton lieu de travail ? railla Harry

Agé de vingt-deux ans, Teddy Lupin-Tonks était le co-gérant d'une petite librairie à cheval entre le monde sorcier et le monde non magique. Seul son parrain savait qu'il était également langue de plomb.

-Qu'est-ce que tu racontes de beau ? demanda Harry

-Le directeur veut que tu saches que je vais travailler sur l'annulation d'un contrat de mariage, annonça Teddy.

Harry n'était pas surpris. Avec la fin de la guerre, il y avait eu une remise en question des fondements des cercles sang pur et beaucoup de choses avaient été adaptées au monde actuel, comme les mariages. Les contrats qui les régissaient furent donc décriés et le caractère éternel de l'union fut définitivement de l'histoire ancienne. Beaucoup de couples contactaient donc le département des Mystères pour être libre de choisir comment leur relation allait se dérouler. Quand lui-même était marié, il avait pris soin de ne pas tomber dans ces mêmes écueils, malgré les cris d'orfraie de la belle-famille.

-Qui ? demanda Harry

-Les McLaggen, sourit machiavéliquement Teddy.

Harry soupira, amusé. Quelques années après la séparation de Ginny et Harry, Teddy avait révélé à son parrain les véritables sentiments qu'il éprouvait envers la rousse et ils étaient loin d'être positifs. Ce que l'enfant n'avait jamais dit, c'était l'indifférence de la jeune femme quand ils n'étaient pas sous le regard du brun et les bribes de conversations que le plus jeune avait surpris où il avait découvert tout le mépris qu'elle lui portait. Donc il était tout à fait normal qu'il se réjouisse de de tout ce qui pouvait arriver de mal à Ginevra Weasley épouse McLaggen.

Comme Harry l'avait compris, Ginny ne l'avait pas laissé divorcer d'elle sans se battre. Malheureusement, comme le brun l'avait dit, les résultats de l'enquête du détective privé étaient sans équivoque et il n'avait pas hésité pas un seul instant à les verser au dossier. La rousse avait voulu se dédouaner en arguant que son mari n'était jamais là mais les enquêtes de moralité avaient prouvé qu'Harry était un bon père de famille qui demandait simplement à être raisonnable quand il sortait avec sa femme, ce que celle-ci empêchait régulièrement. Le divorce avait été acté trois mois plus tard et Ginny Weasley était repartie avec ce qu'elle avait apporté à son mariage, c'est-à-dire ses revenus et ses vêtements, ainsi que ses dettes dues à ses dépenses folles. Harry et Teddy s'étaient installés dans le manoir Potter – sous fidelitas pour plus de tranquillité – tandis que Ginny était retournée chez ses parents, la tête haute.

Harry s'était toujours dit qu'elle avait capitulé trop vite et il avait raison quand Ginny le traîna devant la justice pour abandon de paternité quelques mois plus tard, à la naissance du petit James. Heureusement, le brun n'était pas si naïf et n'en avait pas démordu en exigeant un test poussé de paternité puis le véritasérum. Si la date de conception correspondait à la période où elle était encore mariée avec Harry, le test de paternité précis avait déjoué la potion d'adoption in utero – illégale sans l'accord du parent qui « adopte » – et révélé l'identité du géniteur, Cormac McLaggen, ancien camarade de Gryffondor qui avait fait partie de leur équipe de quidditch. Outré des manipulations de sa petite sœur – Muriel étant décédée de sa belle mort, Arthur, affaibli par la guerre et sa blessure due à la morsure de Nagini, avait accepté avec joie de transmettre son titre à son deuxième fils, puisque Bill était devenu consort Delacour – Charlie avait débarqué en Grande Bretagne, prévenu par Percy, qui était son représentant en son absence. Avant même que Ginny ait terminé de s'indigner que son plan génial pour mettre la main sur les fortunes Potter et Black soit tombé à l'eau, le roux avait négocié un contrat avec le patriarche McLaggen, qui désespérait un peu de ne pas voir son fils casé. Ginny avait été quasiment été menée devant l'autel de force et avait dû accepter le même type de contrat qu'elle voulut mettre en place à son avantage avec Harry mais là, c'était elle qui le subissait. Visiblement, quinze ans en épouse soumise avaient eu raison de son caractère sulfureux.

-En quel honneur ? demanda Harry. Enfin, si tu peux le me le dire.

-C'est assez flou, avoua Teddy. Les enquêtes de voisinage font état de disputes récurrentes, puisqu'elle veut toujours avoir le train de vie d'une riche lady sans lever le petit doigt.

-Elle est pourtant une journaliste renommée, s'étonna Harry. Elle doit bien gagner sa vie.

-C'est vrai, concéda Teddy. Mais entre ses goûts de luxe et le comportement de flambeur de McLaggen, tu te doutes qu'ils ne sont pas stables financièrement parlant.

-Et James dans tout ça ? demanda Harry

Même si Ginny avait voulu l'imposer comme son fils, ce n'était pas pour autant qu'il ne pouvait pas s'inquiéter pour un enfant pris par les décisions de ses parents.

-Il est déjà en conflit avec ses parents, fit Teddy. Comme Charlie n'a jamais voulu que James soit éloigné de la famille Weasley, il a pu avoir un autre son de cloche que celui de ses parents. Il idolâtre Georges et sa boutique et quand son père a voulu s'immiscer dans les affaires de son oncle, il lui en a vraiment voulu. Tu connais Ginny, elle voulait qu'il soit ce qu'elle voulait et pas autre chose, ça a fini par casser …

Parrain et filleul n'avaient pas coupé les ponts avec la famille Weasley malgré le divorce. Si Harry s'était totalement détourné de tout ce qui concernait la rousse, une fois assez grand, Teddy avait toujours eu une curiosité malsaine à son encontre et récoltait toute information compromettante et ragot sordide. C'était pour cette raison qu'il en savait autant.

-D'accord, souffla Harry. Qu'est-ce qui pose problème avec le mariage ?

-Charlie et Richard McLaggen ont décidé qu'il y aurait communauté de biens et de décisions, expliqua Teddy. Ce qui veut dire qu'ils ne peuvent pas avoir de coffres séparés, que les contrats et les achats doivent avoir leur accord à tous les deux et leurs deux signatures et quand on parle de décisions du niveau du chef de famille, ce ne sont pas eux mais Charlie et Richard qui doivent accepter.

-Ils sont vraiment tordus, grimaça Harry.

-N'oublie pas que Charlie a vu le contrat de mariage que Ginny voulait te faire accepter, pointa Teddy. Je ne suis pas dans sa tête mais je pense qu'il a voulu lui donner une bonne leçon.

-Ça ne m'étonnerait pas, sourit Harry. Donc, en quoi suis-je concerné ?

-Une fois qu'on aura terminé de casser le contrat, il ne serait pas surprenant que Ginny essaie de te capturer dans ses filets, haussa des épaules Teddy.

-Qu'elle le fasse, haussa des épaules Harry. Kalia saura la recevoir.

Teddy éclata de rire. Trois ans après son divorce, Harry s'était marié avec Kalia Malfoy, cousine de Draco. Ils avaient eu deux enfants, Arya, aujourd'hui douze ans, et Elneth, neuf ans. Ils vivaient en France depuis le mariage et avaient soigneusement caché l'union et la famille à la Grande Bretagne sorcière. Kalia était au courant des déboires d'Harry avec son ex-femme et appuyés des rumeurs qui courraient sur elle, elle n'avait pas l'intention de la laisser ne serait-ce regarder de travers son époux.

-Ce qui me fait penser … songea Harry. Kalia m'a parlé d'une pratique sorcière, le protectorat.

-Celle où tu accueilles un enfant en lui payant ses études notamment et il te le rend en travaillant un certain nombre d'années ? réfléchit Teddy

-C'est ça, confirma Harry.

-Mais ça ne veut pas dire que tu en fais un enfant Potter ou Black ? demanda Teddy

-Si, fit Harry. Imagine Ginny voir son cher fils devenir un enfant Potter mais ne plus avoir aucune influence sur lui ? En plus, ce ne seront pas ses parents qui pourront l'aider à financer ses études, vu leurs propres dépenses.

-C'est que tu en deviendrais presque machiavélique, rit Teddy.

-Elle t'a blessé, il fallait bien qu'elle finisse par le payer un jour ou l'autre, fit Harry.

Fin