Complice d'un crime ?

La guerre était totale entre le ministère dirigé par Albus Dumbledore et Voldemort.

Après la disparition de Cédric Diggory lors de la troisième épreuve du tournoi des trois sorciers puis les efforts inutiles du ministère pour étouffer le possible retour de Voldemort, ce dernier s'était présenté au cœur du pouvoir pour assassiner le ministre et marquer son retour. Pour lutter plus efficacement, le nouveau ministre, Rufus Scrimgeour, s'était allié aux seuls qui semblaient se dresser contre les mangemorts, l'Ordre du Phénix, dirigé par Albus Dumbledore, alors directeur de Poudlard.

Après dix ans de lutte acharnée, Scrimgeour avait enfin décidé de faire appel à la communauté internationale qui les observait se détruire de l'intérieur, encore plus quand Dumbledore, alors représentant de la Grande Bretagne sorcière devant le conseil international magique, avait déclaré que la guerre était sous contrôle et allait se terminer rapidement.

Pour les aider, le conseil avait décidé d'envoyer une délégation de cinquante aurors, de douze médicomages et de cinq brasseurs. Leur mission principale était de protéger les populations mais également d'observer discrètement si tout était vraiment fait pour que la guerre se termine dans les plus brefs délais et éventuellement, quelles étaient les revendications de chaque camp.

Lors de l'intervention de la délégation pendant une attaque à Pré-au-Lard, Albus Dumbledore avait ouvert le parc de l'école aux combattants blessés et à la retraite des troupes après l'engagement. Les douze médicomages étrangers œuvraient parmi les femmes et les hommes qu'ils étaient chargés de soigner et empêchaient efficacement que leurs collègues britanniques les approchent car ils avaient eu la preuve que le mot incompétent était encore loin de les qualifier !

Pendant que chacun se faisait soigner plus ou moins bien, une rumeur se répandit parmi les combattants britanniques : un certain Harry Potter serait présent parmi les médicomages étrangers. Cela redonnait de l'espoir aux aurors britanniques car le jeune homme était connu pour être le Survivant. En effet, vingt-trois ans plus tôt, Voldemort s'était rendu chez les Potter dans l'intention de tuer toute la famille. S'il avait réussi avec Lily et James, quand il avait voulu s'en prendre au petit Harry, le sort s'était retourné contre lui et le sorcier avait disparu. L'enfant désormais célèbre avait été ensuite mis en sécurité par Albus Dumbledore en personne et pour sa protection, n'était pas entré à Poudlard. Mais ce n'était pas pour autant que le directeur de Poudlard ne sous-entendait pas de temps à autre que le jeune homme serait la clé de leur victoire et visiblement pour beaucoup, si Albus Dumbledore le disait, alors c'était la vérité.

Tous se mirent à sa recherche mais ce fut Ronald Weasley qui réussit à lui mettre la main dessus pendant qu'il soignait un auror de la délégation, blessé physiquement et magiquement. Le roux l'observa quelques instants et nota qu'il avait la chevelure en bataille des Potter, des yeux vert émeraude et la fameuse cicatrice en forme d'éclair sur le front. Oui, aucun doute, il était en présence du Survivant.

Sans ménagement, il le tira vers lui alors qu'il était en pleine manipulation.

-Ça va pas ? pesta le jeune homme en se dégageant. Tu ne vois pas que je suis occupé ?!

-Tu es Harry Potter ? fit Ronald

-Oui, et alors ? grogna Harry en reprenant son travail

-Tu es le Survivant ! s'exclama Ronald

-Oui, j'ai survécu au massacre de ma famille, cracha Harry. Et alors ?

-Tu devrais plutôt t'occuper des sorciers de la lumière ! ordonna Ronald. Ils sont les plus importants pour la guerre !

Le brun l'ignora, ce qui ne plut pas au roux qui l'attira de nouveau vers lui.

-Mais tu vas me laisser tranquille, oui ? éclata Harry en le poussant

Pour faire bonne mesure, le médicomage plaça une barrière pour pouvoir donner ses soins sans être importuné. Cela n'arrêta pas l'auror qui tambourina alors la barrière.

-Tu es le Survivant ! tempêta Ronald. Tu es censé combattra les mangemorts avec nous ! Tu es celui qui doit tuer Tu Sais Qui !

Faisant la sourde oreille, Harry continua ce qu'il devait faire. Il réussit à défaire la malédiction et soigna la jambe brisée en plusieurs morceaux.

-Normalement, deux ou trois jours de repos devraient suffire, Ben, fit Harry. Maintenant, tu vas te reposer et demain, tu demandes à Marck de t'examiner pour être sûr que la malédiction a disparu. C'est bon pour toi ?

-Oui, fit le dénommé Ben. Merci beaucoup.

-Pas de quoi, sourit Harry. L'apprentie Cassidy va t'escorter jusqu'à ta chambre et c'est elle qui t'examinera ces trois prochains jours. Cassidy ? Un autre patient pour toi !

Une jeune femme s'approcha et passa la barrière comme si elle n'était pas là et repartit avec son patient. Une fois hors de vue, Harry fit tomber la barrière magique et se tourna vers le roux qui n'avait pas cessé de beugler.

-C'est quoi exactement ton problème ? cracha Harry. Je suis en train de soigner quelqu'un et tu oses m'interrompre ?! Et si j'étais en train de lancer un sort, tu aurais dit quoi si mon patient était mort entre mes bras ?

-On s'en fiche ! déclara Ron. Les aurors de la lumière sont plus importants !

-Tes camarades sont les morts qui sont les plus nombreux sur le champ de bataille ou des suites de leurs blessures, pointa froidement Harry. Personne n'est plus important qu'un autre devant les médicomages ou la mort.

-Tu devrais être avec nous pour te battre ! balaya Ron. Tu es le Survivant ! Celui qui vaincra Tu Sais Qui !

-Qui ? demanda Harry

-Ben, tu sais, fit Ron.

-Non, je ne sais pas, rétorqua froidement Harry. Au cas où tu ne l'aurais pas compris, je suis médicomage, pas auror. Et même si c'était le cas, j'aurais du mal à faire confiance à un type qui a peur de prononcer le nom de Voldemort.

-Mais tu es le Survivant ! protesta Ron malgré son frisson de peur à l'entente du nom maudit

-Et ? grogna Harry. Ça ne m'investit pas d'une mission divine, il me semble.

-Tu es le seul à pouvoir détruire Tu Sais Qui ! argua Ron

-Selon qui ? grinça Harry

-Le professeur Dumbledore … scanda Ron.

-Qu'est-ce que vient faire le directeur de Poudlard dans cette histoire ? s'étonna Harry

Le silence fut particulièrement bruyant parmi les troupes britanniques. La délégation, qui s'était rapprochée dès les premiers éclats de voix, sut que ça allait dégénérer rapidement et que leurs chefs allaient demander le rapatriement immédiat de Potter. Or, s'il était présent, c'était pour l'une de ses compétences parmi les plus rares chez les médicomages : le brun avait une affinité élevée avec sa magie et couplé avec ses connaissances approfondies en magies occultes, pouvait défaire un nombre élevé de sorts, dont ceux lancés par les mangemorts. Il était donc hors de question de se passer de cet atout parce que les britanniques étaient incapables d'esprit critique.

-C'est lui qui t'a mis en sécurité après la mort de tes parents, déclara Ron en fronçant des sourcils.

-Ah bon ? s'étonna faussement Harry. Première nouvelle.

L'assemblée éclata en murmures.

-Mais le professeur Dumbledore a dit qu'il t'avait mis en sécurité et qu'à chaque fois qu'il venait te voir, tu étais heureux avec ta famille ! fit Ron

-Ça me semble difficile parce que la première fois que j'ai vu ce sorcier, c'était il y a moins de quatre heures, quand il a ouvert les portes du domaine aux blessés, railla Harry.

-Impossible ! s'écria Ron. Il nous a toujours donné de tes nouvelles !

-Je sais encore qui je connais et qui je ne connais pas et je peux t'assurer que je n'ai jamais rencontré le professeur Dumbledore avant aujourd'hui ! assura Harry

-Mais il prend soin de toi depuis que tu as survécu au sort de mort ! protesta Ron

-Personnellement, si quelqu'un me disait qu'un enfant avait survécu à un tel sort, je me demanderai comment il a pu être au courant, déclara fraîchement Harry. Pour moi, si on peut l'affirmer, c'est parce qu'on était dans la même pièce au moment où ça s'est passé. En sachant que mes parents ont été assassinés, cela voudrait dire que votre grand Albus Dumbledore a regardé mes parents se faire tuer sans faire un geste pour les aider et a laissé un sorcier m'attaquer sans même essayer de me protéger. Avec ces informations, je ne vois pas pourquoi je suivrais les conseils ou même les ordres d'un sorcier qui n'a pas hésité à sacrifier une famille pour ériger un enfant avec lequel il n'a aucun lien de sang ni de magie en figure de proue d'une société qui est incapable de réfléchir sans qu'on lui souffle les bonnes réponses.

Harry tourna des talons et rejoignit ses camarades qui formèrent un bloc autour du médicomage.

-Ça veut dire qu'Harry Potter ne sera pas avec nous ? fit une voix dans l'assemblée

La question n'eut jamais de réponse.

Fin