Pour l'information

Rita Skeeter n'était pas heureuse.

Quand elle avait commencé sa carrière, elle avait passé un accord avec le ministre de la magie de l'époque, Cornelius Fudge : si elle s'en prenait de manière « subtile » aux personnes qu'il lui désignait, alors il l'aiderait à obtenir un poste haut placé dans le premier quotidien du pays, la Gazette du Sorcier. Elle n'y avait pas réfléchi à deux fois et en moins d'une semaine, elle avait quitté sa chronique mensuelle sur la mode moldue pour devenir journaliste d'investigation. Pendant les années suivantes, elle ne s'était pas gênée pour fouiller la vie de toutes les personnalités de la société, laissant curieusement de côté le ministre et ses proches. Quand elle ne trouvait rien d'intéressant, elle en était venue à inventer des informations sulfureuses et détruisaient des vies en toute impunité. Grâce à son animagus illégal, elle allait même chercher des informations confidentielles pour les divulguer à la face du monde.

Sa consécration était arrivée quand Fudge avait décidé de massacrer la réputation du Survivant avant qu'il n'entre en possession de son héritage. Inscrit contre son gré dans le tournoi des trois sorciers, elle s'était amusée à lui créer une vie de futur mage noir et elle aurait continué longtemps si elle n'avait pas été capturée sous sa forme animale par sa meilleure amie.

Les longues semaines que Rita avait passé dans ce bocal avaient été infernales, dans le sens où elle ne pouvait pas voler librement ni redevenir humaine. Pourtant, malgré sa rancune, Hermione Granger s'était bien occupée d'elle puis avait trouvé un échange tout à fait correct : elle ne disait rien sur sa forme animagus illégale et en échange, elle n'écrivait plus rien sur elle ou sur son meilleur ami, ce qu'elle avait accepté. Ses articles étaient devenus bien moins flamboyants sur le duo mais elle ne pouvait se permettre de cesser totalement de parler d'eux sous peine qu'on ne se doute de leur arrangement et contrairement à ce qu'elle aurait cru, ce fut Harry Potter qui le comprit en premier.

Le retour de Voldemort – et la mort de Cornélius Fudge – laissèrent Rita sans mécène. Enfin si, mais travailler pour des mangemorts et glorifier un tyran et un meurtrier était un peu trop, même pour elle. Alors, forte de ses convictions, elle fit ce qu'elle devait faire, continuer à écrire mais trouver les informations qui pourraient permettre de terminer cette guerre au plus vite, avec la mort de Voldemort si possible.

A la fin de la guerre, alors qu'elle croyait pouvoir y échapper, Rita s'était retrouvée sur le banc des accusés. Ronald Weasley, qui avait accompagné Harry Potter et Hermione Granger sur les routes pour vaincre Voldemort, avait déposé plainte contre elle avec l'aide de sa mère quand elle avait révélé qu'il avait abandonné ses amis durant cette quête. La journaliste avait levé les yeux au ciel mais malheureusement pour le rouquin, il s'agissait d'une information qu'elle avait réellement vérifié et c'était la vérité mais elle n'était pas assez stupide pour comprendre la raison pour laquelle on voulait la mettre sur la touche : si elle était infernale avant la guerre, elle faisait quand même la pluie et le beau temps dans l'opinion des sorciers. De plus, en ce moment, elle s'était attardée sur la vie amoureuse du Sauveur et mine de rien, elle avait éloigné de l'esprit de la population l'une des candidates potentielles au titre de lady Potter, Ginevra Weasley, ce qui n'avait pas plu à la principale intéressée, sa mère et son frère. L'écarter de l'opinion publique n'était que la seule façon de pouvoir imposer le prochain mariage d'Harry Potter avec cette rouquine, qu'importe l'accord voire les sentiments de l'intéressé.

Contre toute attente, l'avocat de Rita, l'un des meilleurs du monde sorcier – ce qui voulait dire, qui n'avait pas vécu et n'avait pas eu son diplôme en Grande Bretagne – avait fait venir l'accusé à la barre pour savoir de sa propre bouche si l'information était réellement fausse. Ne s'attendant pas à témoigner, le rouquin avait perdu ses moyens et avait fait des aveux parfaitement compromettants, conduisant à un non-lieu pour elle. Elle avait été tentée de l'attaquer pour diffamation mais ayant une bonne idée des finances de la famille Weasley, elle savait qu'elle n'obtiendrait jamais la totalité des dommages et intérêts qu'elle pourrait prétendre à avoir donc elle laissa tomber. Toutefois, cette mauvaise publicité avait totalement décrédibilisé sa réputation et honnêtement, elle aspirait à autre chose qu'à cracher sur les gens.

-Bonjour, mademoiselle Skeeter, fit une voix dans son appartement.

Sur ses gardes, Rita brandit sa baguette et fut surprise de son interlocuteur.

-Harry Potter ? haleta Rita

-Lui-même, sourit Harry.

Le jeune homme de dix-neuf ans se déplia tranquillement et regarda dans les yeux la journaliste. Cette dernière ne put que concéder qu'elle se trouvait en présence du Sauveur.

-Que puis-je pour le Sauveur de notre monde ? railla Rita en se reprenant

-Si je cherchais des fans serviles, je n'aurais qu'à ouvrir la porte, grogna Harry. J'ai une proposition à vous faire.

Rita se redressa et l'observa. Oui, il était parfaitement sérieux.

-Nous serons plus à l'aise dans le séjour, capitula Rita. Dois-je m'attendre à voir débarquer le reste du Trio d'or ? Je crains avoir quelques … divergences d'opinion avec l'un d'entre eux.

-Je suis seul, assura Harry en acceptant l'invitation. Et contrairement à ce qui circule sur moi, je peux même m'essuyer les fesses tout seul, merci.

Rita pouffa. Effectivement, depuis qu'il était sorti de l'hôpital, toutes les positions du Sauveur étaient rapportées par d'autres personnes que le Sauveur. Le brun n'avait jamais eu l'occasion de prendre la parole pour dire ce qu'il pensait et Rita, comme beaucoup d'autres qui avaient une bonne idée de son véritable caractère, attendait avec impatience le moment où il allait exploser et surtout, de quelle manière. Elle servit du thé et s'installa plus confortablement.

-Je vous écoute, fit Rita.

-J'ai donc une proposition pour vous, fit Harry. Je pense que vous avec une idée de tout ce qui circule sur moi en ce moment. Je compte changer cela.

-Comment ? s'étonna Rita. Si j'écoute la population sorcière, dans très peu de temps, vous allez demander en mariage votre petite-amie Ginevra Weasley, vous allez rejoindre le programme des aurors et vous allez vous marier quand vous serez officiellement auror. Oh, et vous passerez votre vie à poursuivre les méchants et à chanter les louanges du ministère.

-Il y en a qui prenne vraiment leurs rêves pour la réalité, grogna Harry. Non, rien de tout ça n'entre dans mes projets.

-Soit, fit Rita. Je ne vois pas comment vous allez faire … ni ce que je viens faire dans l'histoire.

-C'est très simple, sourit Harry. J'ai besoin de vos talents de journaliste. Effectivement, vos récents déboires avec la justice ne sont pas en votre faveur mais je pense que nous pourrons en faire quelque chose.

-Et comment ? fit Rita. Je vous rappelle que votre « meilleur ami » a réussi à me faire virer de la Gazette du Sorcier parce que j'ai révélé qu'il ne sera jamais à votre hauteur ni de celle de Granger.

-Tout simplement en vous faisant engager au Chicaneur, ricana Harry.

-Ce journal fantaisiste ? s'indigna Rita

-Pas exactement, fit Harry. Le Chicaneur va bientôt changer de nom et va faire concurrence à ce journal bon à jeter à la poubelle, même sans vos articles à sensation.

Rita fut surprise. Rares étaient ceux qui se rendaient compte que la Gazette du Sorcier faisait de la propagande dans chacune de ses lignes pour le ministère qui n'avait guère changé depuis la fin de la guerre.

-Le Chicaneur ne va pas accepter de m'engager, certifia Rita.

-Sauf si vous écrivez sous un nom de plume, ce qui est autorisé par la loi, assura Harry.

-Soit, fit Rita. Pourquoi faites-vous cela pour moi ?

-Parce que j'aime la manière dont vous écrivez, si on laisse de côté les fois où vous avez écrit sur moi, déclara Harry. J'aimerai vous voir faire avec … d'autres personnes.

-Vous voulez que je salisse pour vous vos adversaires ? demanda Rita

-Que vous rendiez public ce que vous trouverez sur les personnes que je vous indiquerai, corrigea Harry. Vous vous en sentez capable ?

-Bien entendu, sourit Rita.

-En contrepartie, vous obtiendrez des informations exclusives sur moi, déclara Harry.

-Exclusives ? balbutia Rita

C'est la consécration pour la journaliste qu'elle était. Toute la profession savait parfaitement que si le Chicaneur avait l'exclusivité de toutes les déclarations du Survivant, c'était parce que c'était le seul à avoir demandé la permission. Y être incluse lui garantirait la reconnaissance absolue.

-Pourquoi moi ? hésita Rita

-J'aime la manière dont vous écrivez, répéta Harry. Une fois qu'on dépasse vos élucubrations, personnellement, j'adore.

Harry se leva.

-Je vous laisse trois jours pour réfléchir à cette proposition, proposa Harry. Passé ce délai, si vous avez l'idée de vous en prendre à moi, ce sera pire que ce qui va commencer demain.

-Demain ? sursauta Rita. Qu'est-ce qui se passera demain ?

-Vous verrez bien, sourit malicieusement Harry. Si vous acceptez, vous vous présenterez au Chicaneur pour signer votre contrat. Voici même votre premier sujet, en sachant que si vous refusez, l'enquête sera quand même menée.

Rita Skeeter n'avait mis que douze heures pour accepter et Luna Lovegood, qui avait repris le journal de son père et entendait en changer la ligne éditoriale, avait été ravie de l'engager. Elle avait eu un frisson d'effroi en découvrant les unes le matin suivant qui disaient qu'Harry Potter avait traîné en justice tous les auteurs des livres qui racontaient soi-disant son enfance idyllique et les avocats du clan Potter avaient les dents vraiment longues. L'interview du brun sur le sujet avait indiqué qu'il était arrivé à un accord avec Rita Skeeter qui s'était exilée, ce qui lui permettait de vivre sereinement sous le nom de Greta Rati et de rédiger l'article sur la « cible » que lui avait indiqué Harry.

Il était clair que le Survivant allait régler ses comptes et que Ginny Weasley allait être la première à passer en caisse pour avoir osé prétendre devenir à très brève échéance la nouvelle lady Potter-Black en claquant des doigts et sans l'accord du principal intéressé.

Fin