Le rôle d'un parrain

Harry Potter, vingt-six ans, adorait se rendre dans les parcs d'attraction avec son filleul Teddy Tonks, huit ans, pour plusieurs raisons. La première, c'était qu'il vivait une nouvelle enfance avec son filleul et découvrait tout ce que lui-même avait manqué. La deuxième était qu'il aimait lui faire plaisir et s'il pouvait se faire plaisir en même temps, c'était tout bénef'. La troisième, enfin, était parce que ces sorties lui permettaient d'exercer ses compétences en sortilèges et en métamorphoses.

Après la guerre, le brun avait définitivement abandonné l'idée de devenir auror, bien aidé par ses résultats médicaux qui lui interdisaient tout métier physique pour les prochaines années. Refusant de se laisser attendrir par les lamentations de Ron, il avait décidé de privilégier sa santé et passé sa convalescence en France, où Fleur Delacour l'avait accueilli à bras ouverts. Sans ses amis, il avait enfin pu se concentrer sur ce qu'il voulait et en reprenant ses cours pour passer ses ASPIC, il avait découvert un intérêt nouveau pour les potions, les métamorphoses et surtout, les sortilèges. Avec des nouvelles méthodes de travail, cela l'avait poussé à passer les maîtrises dans chaque matière et il les avait obtenus avec brio, tout en s'occupant de Teddy avec Andromeda, sa grand-mère.

-Parrain, parrain ! s'écria Teddy en sautant dans les bras d'Harry

-Oui, mon bonhomme, on va y aller ! rit le brun. Mais avant, quelques détails à régler …

Il posa un doigt sur la chevelure multicolore de l'enfant et bloqua la couleur sur un noir de jais identique au sien. Un baiser sur le front limita les transformations physiques aux mains – il avait appris depuis le temps qu'il fallait toujours laisser une capacité magique s'exprimer un peu pour que le bloc temporaire tienne – et posa ses mains sur ses épaules pour que sa tenue soit celle d'un petit garçon vivant dans le monde non magique. Avec un clin d'œil, il changea sa propre tenue en quelque chose de plus pratique et surtout, une paire de baskets à la place de chaussons en force de lapin, cadeau du bambin pour son dernier anniversaire.

-Maintenant, préparons nos sacs à dos, proposa Harry en le poussant vers la cuisine. Où est le tien ?

Le petit garçon fila vers l'entrée, où sa grand-mère les observait tendrement, et récupéra son bien.

-Ici ! s'écria Teddy

-Va dans la cuisine, ordonna doucement Harry.

Le brun escorta Andromeda jusqu'à son siège avant de se tourner vers son filleul.

-On commence par quoi ? demanda Harry

-L'eau ! fit Teddy. Dis, je peux la remplir ?

-D'accord, accepta Harry. Mais tu ouvres doucement le robinet.

La gourde fut posée à côté de l'évier et l'enfant alla chercher le marchepied pour être à la bonne hauteur et suivre les indications de son parrain. L'objet fut ensuite déplacé devant le réfrigérateur pour récupérer les ingrédients pour les sandwichs et tandis qu'il beurrait les tranches de pain, Harry sortit les gâteaux qu'il avait fait le matin même en portions individuelles.

-Tu es comme un père pour lui, sourit Andromeda.

-En même temps, il n'a jamais connu le sien, rit Harry. Et si nous avons notre mot à dire, il ne connaîtra jamais, pas avant qu'il n'ait plus aucune possibilité d'avoir de l'influence sur lui.

-Parrain, c'est fait ! intervint Teddy

-Ok, fit Harry. Maintenant, qu'est-ce que tu voudrais mettre dedans ?

Les repas furent préparés dans la joie et la bonne humeur et les sacs furent rapidement complétés. Tandis que l'enfant allait récupérer de quoi se protéger du soleil dans sa chambre, Harry conduisit Andromeda dans la salle des transports pour emprunter la cheminée internationale pour rendre visite à sa sœur Narcissa Malfoy.

-Lupin a fait intervenir son grand ami Dumbledore pour réclamer son « fils », annonça Andromeda.

-Il peut faire ce qu'il veut, le testament de Dora passe devant ses volontés, grinça Harry, toute bonne humeur abandonnée. Il l'a rejeté quand elle lui a annoncé être enceinte, il avait six mois pour reconnaître Teddy selon la loi sorcière mais au lieu de cela, il est allé se planquer dans un coin à pleurnicher parce que son maître ne l'a pas cité comme héros à idolâtrer. La meute du Gévaudan l'a adopté et ne le reconnait pas comme père donc même devant la loi de la Lune, il ne représente rien pour Teddy. Si on ajoute le fait que je suis son tuteur à la fois grâce au testament de Dora et parce que je suis son parrain devant la Magie, il a intérêt à avoir des sacrés arguments pour revenir la queue entre les jambes sept ans après !

Andromeda éclata de rire devant le coup de sang de son neveu de cœur. Si elle avait ses propres griefs contre le loup garou, notamment le cœur brisé de sa fille après qu'il l'ait rejeté en apprenant qu'elle était enceinte, elle savait que ceux d'Harry étaient encore plus durs. Après son année en tant que professeur, où il n'avait quasiment pas adressé la parole au fils de James, Remus Lupin n'avait jamais vu l'intérêt de garder le contact avec celui qu'il prétendait être son meilleur ami, alors que Sirius, à moitié fou et totalement dépressif, lui écrivait toutes les semaines mais ne recevait aucune réponse, ce qui avait accentué sa dépression. Non content de ne pas avoir gardé contact avec Harry, il avait eu l'audace de l'accuser de la mort de Sirius alors que l'adolescent était déjà au plus bas. Le brun ne s'était pas étonné de ses déboires pendant son année sur les routes – visiblement, ça semblait parfaitement logique pour Lupin d'aller essayer de convaincre les loups garous de rejoindre le camp de Dumbledore alors que ce dernier votait toujours plus de lois pour restreindre leurs droits, quand il n'ordonnait pas des chasses pour les abattre à vue – et d'après les échos, il n'était même pas présent pour la bataille finale.

Harry savait parfaitement pourquoi Lupin voulait reconnaître Teddy sept ans plus tard. Quand il avait repris le titre de lord Black, il avait examiné les conditions du reniement d'Andromeda et avait découvert que son cas était le même que celui de Sirius, c'est-à-dire qu'elle n'avait pas été reniée officiellement par Arcturus Black, le dernier lord en titre. Cette méprise avait pour conséquence que Teddy, le petit-fils d'Andromeda, était deuxième dans la succession après Draco Malfoy, le fils de Narcissa Black. Or, personne n'ignorait que le blond y avait renoncé pour se consacrer pleinement à son héritage Malfoy, ce qui voulait dire que si Harry ne démentait pas, Teddy était l'héritier Black. Mais en rejetant Dora Tonks à l'annonce de sa grossesse et en ne reconnaissant pas l'enfant né ni pendant les six premiers mois de sa vie ni à la mort de Dora pendant la bataille finale, Lupin n'avait plus aucun droit sur le petit garçon et donc ne pouvait pas laisser son maître s'infiltrer dans le clan Black pour tenter de récupérer le contrôle sur le Sauveur. Sauveur qui refusait que l'ancien directeur de Poudlard – qu'il s'était échiné avec les autres nouveaux lords à chasser de l'école comme de la présidence du Magenmagot – ne puisse encore mettre le nez dans sa vie.

Andromeda embrassa tendrement son neveu de cœur sur la joue.

-Ne laisse pas cet imbécile gâcher la journée, décréta Andromeda. Peu importe ce qu'il peut faire, que ce soit de son propre chef ou sur les ordres de son maître, Teddy ne vivra jamais avec son géniteur, nous nous en sommes assurés. Va t'amuser, vous attendez cela avec impatience.

Harry la serra dans ses bras avant de lui tendre le pot de poudre pour lui permettre de rejoindre le domaine où vivait Narcissa. La sorcière partit rapidement puis le brun retourna vers le séjour où l'attendait son filleul.

-Prêt pour une journée d'amusement ? sourit Harry

Un cri de joie lui répondit.

Fin