Exaspération

Harry Potter était vraiment agacé, c'était le moins qu'on ne puisse dire. Le message lui était parvenu alors qu'il bataillait avec les relevés de ses coffres qu'il peinait à déchiffrer et sa présence était visiblement requise de toute urgence. Grommelant dans sa barbe, il vérifia sa tenue – chemise, jean et baskets – avant d'enfiler son manteau – il détestait les tenues sorcières, ce n'était pas aujourd'hui qu'il allait en porter – et de sortir de la maison pour transplaner dans la zone dédiée.

Après la mort de Voldemort, Harry avait décidé de vivre sa vie sans prendre en compte l'avis de personnes qui sauraient mieux que lui ce qu'il devrait faire. Une fois à peu près rétabli de son combat, il avait quitté sans tambour ni trompette l'infirmerie de Poudlard pour se rendre au 4 Privet Drive, dernier lieu où on pourrait le chercher et déserté depuis que l'Ordre du Phénix avait emmené sa famille en lieu sur décision unilatérale d'Albus Dumbledore qui voulait les remercier d'avoir pris soin de lui pendant toutes ses années.

La bonne blague …

De toutes les façons, l'efficacité de l'Ordre étant ce qu'elle était – et en sachant que Dumbledore n'avait pas hésité à engager en toute illégalité les fonds depuis les coffres du clan Potter pour les mettre à l'abri – le brun avait pu les retrouver et faire payer aux Dursley toutes ses années où ils l'avaient pris pour leur esclave. Heureusement que le déménagement avait fait prendre conscience à Dudley que ce n'était pas en imitant ses parents qu'il pourrait faire ce qu'il voulait dans la vie et qu'il s'était éloigné dès que possible de leur éducation nocive.

Bref, une fois seul avec lui-même et personne pour vouloir lui souffler ce qu'il convenait de faire pour plaire à la population sorcière, Harry s'était rendu dans l'agence de Gringotts la plus proche. Il avait exigé un audit complet de tout ce qui lui appartenait – coffres Potter comme coffres Black, puisqu'il avait exigé d'entendre les testaments originaux de ses parents comme de son parrain Sirius Black – avant de sortir assez d'argent pour tenir deux ans tranquillement et de geler le reste pour éviter qu'on se serve en son absence. Ensuite, il s'était rendu chez Neville pour lui emprunter sa cheminée internationale et entamer sa convalescence chez Fleur et Bill Delacour.

Les années suivantes, Harry avait fait des choses qui n'avaient clairement pas plu à la société sorcière – comme clôturer définitivement ses coffres à Gringotts pour les transférer à Guernesey, où il était sûr qu'on ne se servirait plus dans son patrimoine parce qu'on avait déclaré sans preuve légale qu'on était son tuteur magique, n'est-ce pas Dumbledore ? – et avait fait le tri dans ses connaissances. Ainsi, Hermione s'était vu remettre à sa place quand elle avait osé se présenter devant lui avec un dossier d'inscription déjà complété pour le programme des aurors – sans même s'enquérir si c'était vraiment ce qu'il voulait – et Ginny avait découvert que sa mère et elle n'avaient pas le monopole des hurlements pour soumettre les autres à ses désirs car le brun l'avait proprement incendié quand elle avait décrété qu'il était temps qu'ils se remettent ensemble pour qu'ils puissent se marier dans les plus brefs délais. Inutile de dire que les deux jeunes femmes avaient très vite compris la leçon et qu'elles avaient rapidement transformé leur relation pour le plus grand Bien pour une autre beaucoup plus saine et sincère.

Aujourd'hui âgé de vingt-cinq ans, Harry ne se cherchait pas de partenaire pour la vie et pour éviter de donner des idées à certains – « tousse » Molly Weasley « tousse » entre autres – il avait établi son domicile à Guernesey. S'il pouvait aller et venir depuis et vers les îles anglo-normandes ainsi, ce n'était pas le cas pour ceux qui n'y vivaient pas, ce qui lui garantissait une certaine tranquillité d'esprit.

Mais pas aujourd'hui puisqu'il devait se rendre en urgence à Londres, au ministère sorcier.

Sept ans après la mort de Voldemort, Harry était toujours regardé comme une bête curieuse dès qu'il mettait le pied en Grande Bretagne. Il avait pris le parti d'ignorer les regards insistants … ainsi que les fans en activant un bouclier qui empêchait quiconque de l'approcher à moins de trois mètres, ce qui était pratique en cas d'émeute. Les sorciers avaient beau le voir avant et après chaque séance du Magenmagot, c'était toujours le même cirque. Heureusement, avec l'aide d'un psychologue, il pouvait désormais dire qu'il se foutait royalement de leur avis.

Harry travers rapidement le hall où un Arbre de vie avait remplacé la sculpture qui glorifiait la supériorité des sorciers sur les autres êtres magiques – lors de la fameuse mise au point avec Ginny, la magie du brun s'était échappée et avait réduit en cendre ce mensonge éhonté – puis lança un regard noir au gardien qui avait voulu ouvrir la bouche pour vérifier sa baguette pour qu'il accède au reste du bâtiment. En effet, les agents du ministère ainsi que les membres du Magenmagot disposaient désormais de badges pour leur autoriser l'accès au reste du bâtiment. Les plus jeunes, qui avaient accédé à leurs sièges avec la guerre, en avaient eu rapidement assez de devoir faire la queue pour assister aux séances, arrivant invariablement en retard, ce qui leur avait desservi de nombreuses fois, trop de fois même pour que ça puisse passer pour des coïncidences. Ils avaient alors exigé la mise en place de files d'accès réservé avec authentification par signature magique, laissant les visiteurs lambda encombrer le hall. Ça avait bien fait grincer de dents les bureaucrates mais Neville Longbottom avait tapé du poing sur la table, ce qui les avait tous fait taire … et empêché le vote de lois qui auraient réduit à néant tous les avantages gagnés par la mort de Voldemort.

Harry gagna le bureau des aurors et se fit indiquer la direction de l'une des salles d'entraînement. Il ouvrit la porte indiquée et se retrouva face à une assemblée d'une dizaine de personnes qui le regardaient avec des étoiles plein les yeux.

-Mesdames et messieurs, je vous présente Harry Potter ! fit une voix que le brun connaissait bien

Au ralenti, le brun se tourna vers celui qui venait de l'ouvrir.

Evidemment, ça ne pouvait être que Ron Weasley …

-Comme promis, il va nous donner un cours privé sur la manière dont il a vaincu Vous Savez Qui ! fanfaronna Ron

Sa première intention était de tourner des talons et de rentrer chez lui, en faisant un crochet dans le bureau de Kingsley Shacklebolt pour qu'il réprimande son auror totalement crétin, voire qu'il le renvoie en bonne et due forme, mais finalement, il décida de lui donner une bonne leçon. Et même, plusieurs …

Harry leva la main et claqua des doigts. Aussitôt, les aurors présents furent plaqués contre le sol, soumis à une gravité bien plus importante. Tous hurlèrent de peur et de douleur.

-Bonjour à tous, railla Harry. Je suis Harry Potter et si je suis ici, c'est parce qu'un ancien ami m'a appelé pour déclarer qu'il était en danger. A la place, je suis dans cette salle avec des abrutis de votre espèce parce qu'un imbécile vous a fait croire que j'allais gentiment vous raconter ce qui s'est passé pendant mon duel contre Voldemort alors que je ne l'ai raconté à personne.

Il les libéra brutalement et un concert de toux retentit.

-Première leçon : on ne piège pas un adversaire qui a vaincu un sorcier bien plus puissant que vous, fit Harry. Il aura des réactions … étranges.

Les aurors se tordirent alors de douleur.

-Har … Harry ! haleta Ron. Tu ne peux pas lancer un sortilège impardonnable !

-Je sais, sourit Harry. C'est pour cela que je n'en lance pas.

-Mais … mais … balbutia Ron.

Il y avait de quoi être surpris car les aurors se tordaient encore de douleur. Les regards admiratifs s'étaient transformés en terreur absolue.

-Oh, ça ? fit Harry de manière ingénue. Je ne lance aucun sort, c'est ma magie qui rencontre la vôtre et qui vous fait comprendre qu'elle n'aime pas ce que vous venez de faire.

Finalement, les convulsions cessèrent et les aurors se terrèrent dans le fond de la salle, apeurés.

-Deuxième leçon : je ne vous dois rien, encore moins vous raconter une histoire qui ne vous regarde en rien, fit Harry. Sinon, il va falloir me forcer.

Il n'en fallut pas plus pour que certains d'entre eux reprennent leurs esprits et sautent sur leurs pieds pour brandir leurs baguettes, prêts à en découdre et qui sait, vaincre le vainqueur de Vous Savez Qui. Leur réaction tira un sourire ironique du brun.

-Faites-moi voir ce que vous savez faire, provoqua Harry.

Les aurors lancèrent les sorts les plus puissants de leur arsenal … qui s'écrasèrent sur un bouclier qui s'irisait sous les impacts et qu'ils n'avaient pas entendu être lancé.

-Tut, tut, taquina Harry. Troisième leçon : on doit toujours avoir une idée des capacités de son adversaire et surtout, en tenir compte. Vous vous rappelez, j'ai tué Voldemort, vous croyez vraiment être plus puissants que lui ?

-Nous sommes aurors ! s'écria l'un d'entre eux

-Ah bon ? railla Harry. Si vous n'êtes même pas capables de vous rendre compte que vous ne faites vraiment pas le poids, c'est que vous manquez de jugeote pour ce métier.

-Eh, Harry, mon pote ! toussa Ron sous l'effort. C'est moi, Ron ! Tu ne vas quand même pas m'attaquer, hein ?

Harry le regarda de haut en bas – il faisait partie de ceux qui l'avaient attaqué – avant de baisser son bouclier.

-T'attaquer reviendrait à t'accorder de l'importance, renifla Harry. Or, tu ne représentes plus rien pour moi depuis des années, depuis le jour où tu as osé m'accuser d'avoir mis mon nom dans la Coupe de Feu alors que je n'étais qu'un gamin qui en savait encore moins que toi du monde sorcier. Si je suis venu, c'est parce que je croyais que quelqu'un était en danger. Mais puisque ce n'est pas le cas, je vais vous laisser vous laisser vous expliquer avec votre chef au sujet de votre comportement.

Harry tourna des talons et se dirigea vers la sortie. Mais avant de passer la porte, il s'arrêta.

-Oh, Ron ? fit Harry. Au cas où tu n'aurais pas compris, ce n'est plus la peine de m'appeler pour un oui ou pour un non : tu n'es plus et tu ne seras jamais plus mon ami.

Fin