Bal
Hermione soupira de contentement en s'admirant dans le miroir. Elle n'avait jamais pris l'habitude de se maquiller ou de se mettre en valeur mais après la fin de la guerre, elle s'était rendu compte qu'elle n'avait qu'une seule vie et qu'il était temps qu'elle explore enfin le monde qui l'entourait.
Pragmatique, la brune avait poussé son meilleur ami à la suivre dans une clinique magique française pour se soigner intégralement, que ce soit physique ou psychologique. Heureusement, Harry Potter était tout aussi pragmatique qu'elle et s'était promis de prendre soin de lui une fois qu'il n'aurait plus aucune « utilité » pour la Grande Bretagne sorcière. Ils avaient donc attendu que Poppy Pomfrey leur annonce qu'ils pouvaient partir de l'infirmerie pour s'en aller sans tambour ni trompette.
Cela faisait bientôt trois ans que les deux amis avaient quitté le pays et se reconstruisaient doucement. Si leurs blessures physiques terminaient de se résorber, ils étaient conscients que leurs thérapies dureraient encore des années mais cela ne les dérangeait pas. Ils avaient pris leur temps pour reprendre leur scolarité et passer leurs examens sans que leur célébrité ne les embête.
Célébrité qui leur faisait régulièrement des appels du pied pour revenir en Grande Bretagne sorcière.
Désormais appelé le Sauveur et connue pour l'avoir aidé à vaincre Voldemort, Hermione et Harry avaient reçu de nombreuses propositions pour exercer tous les métiers auxquels ils pourraient penser – notamment auror pour Harry et directrice de département, rien de moins, pour Hermione – des sommes d'argent folles pour raconter comment ils avaient fini par vaincre Voldemort ou encore, des propositions de mariage avec des clauses plus farfelues les unes que les autres. Ils avaient tout refusé en bloc, souhaitant faire leurs choix à tête reposée et non sauter sur une occasion qui semblait excellente et s'en mordre les doigts par la suite.
Alors qu'elle attachait autour de son cou une longue chaîne au bout de laquelle se trouvait un médaillon aux armoiries du clan Potter qui se retrouvait caché dans son décolleté, à l'abri des regards, quelques coups à la porte retentirent, sortant Hermione de ses pensées.
-Entrez ! fit Hermione
Harry Potter entra avec un grand sourire.
-Tu es magnifique, complimenta Harry.
-Tu n'es pas mal non plus, retourna Hermione. Pas de robe sorcière ?
-Tu plaisantes ? ricana Harry. Si les sorciers britanniques veulent paraître arriérés, c'est leur problème, pas le mien.
Le brun était totalement conscient qu'il allait faire parler de lui avec son costume gris argent et sa chemise couleur sang. Il avait adopté la mode non magique uniquement pour rappeler qu'il se fichait de ce que pouvait bien penser la population sorcière britannique.
La brune, quant à elle, portait une robe bustier grenat qui allait jusqu'aux mollets. Ses cheveux frisés avaient été domptés en de larges boucles qui cascadaient sur sa nuque et ses épaules. Elle aussi avait opté pour la mode non magique car la mode sorcière cachait tous les atouts que pouvait avoir une femme.
-Sa Majesté est attendue, annonça Harry.
-Tu es sûr ? taquina Hermione. Il me semble pourtant que nous sommes au manoir Potter, non ?
-Effectivement, rit Harry. Mais je considère que c'est toi, la reine de cette soirée.
Il accompagna ses mots d'un délicat baisemain. Il lui présenta ensuite son bras pour qu'ils descendent ensemble dans la salle de bal.
Quand ils avaient refusé toute proposition en provenance de la Grande Bretagne sorcière, ils ne les avaient pas regardés mais curieuse, Stéphanie Brand, avocate associée du cabinet Lotus, qui gérait le pan juridique des affaires du clan Potter, avait demandé l'autorisation de les examiner plus en détail, ce qui avait été accepté. Parmi les centaines de demandes, elle avait ainsi trouvé une proposition de mariage entre Harry Potter et Ginevra Weasley mais également entre Hermione Granger et Ronald Weasley. Connaissant les liens des deux bruns avec la famille Weasley, l'avocate avait examiné plus attentivement les clauses et avait porté à l'attention des deux concernés plusieurs d'entre elles qui lui avait paru aberrantes, notamment l'accès illimité aux coffres détenus par Harry Potter à toute la famille Weasley ou encore, la reconnaissance automatique des enfants nés de Ginerva Weasley comme Enfants et Héritiers Potter et Black. N'aimant guère ce que ça suggérait, par l'intermédiaire du cabinet Lotus, Harry avait exigé des explications concernant les deux contrats de mariage – puisque l'une des premières choses qu'il avait faite en tant qu'Héritier Potter était de prendre Hermione sous sa protection – à la cheffe du clan Weasley, Muriel. Si cette dernière, Molly et Arthur apprirent à ce moment-là l'existence des contrats, les deux bruns ne furent pas choqués de voir que les principaux concernés étaient au courant et qu'ils adhéraient totalement aux clauses inscrites. Il ne fut pas difficile de comprendre quel était l'adulte qui avait eu assez d'influence sur eux pour leur faire accepter ces unions forcées – car ce qui avait attiré l'attention de Me Brand, c'était que les contrats avaient présentés comme remboursement des dettes de vie de la famille Weasley à l'encontre d'Harry – un certain Albus Dumbledore. Si l'histoire n'explosa pas en dehors de ce cercle, Hermione et Harry coupèrent tout lien avec Ginevra et Ronald.
Cela s'était passé six mois auparavant.
Les deux bruns ne voulaient plus entendre parler des deux roux qui étaient actuellement empêtrés avec une plainte pour diffamation, déposée après que Ron ait déclaré publiquement qu'Harry allait bientôt entrer dans le programme des aurors à ses côtés et que Ginevra ait prétendu qu'elle était fiancée au brun. Leurs déboires avec la justice faisaient les choux gras des journalistes mais même au nom de leur amitié passée, ils n'avaient pas l'intention de les tirer des problèmes dans lesquels ils s'étaient mis.
-…heureux de vous voir réunis en ces lieux pour les fiançailles entre Hermione Granger Potter, et lord Seth Prince, déclara Harry.
Les applaudissements tirèrent la brune de ses pensées tout autant que l'esprit qui frôla le sien. Elle plaqua donc un sourire de circonstance en approchant de son désormais fiancé, Seth. Officiellement, pour la protection d'Hermione, Harry avait exigé le règlement de la dette de vie qu'avait Severus Snape, héritier Prince, envers James Potter, fils du dernier lord Potter, en lui imposant d'épouser celle qui était devenue sa sœur devant la magie. Mais en vérité, la fin de la guerre avait permis à Hermione comme à Severus Snape – officiellement mort sur le champ de bataille mais qui en avait profité pour prendre définitivement l'identité de Seth Prince – d'accepter leurs sentiments et surtout, de se les avouer. Le couple s'aimait et pour éviter que des sorciers bien-pensants – « tousse » Ronald Weasley « tousse », pour ne parler que de lui – ne contestent le mariage, ils avaient mis en avant cette raison. Après, si des imbéciles étaient prêts à défier la Magie pour leur propre satisfaction, c'était leur problème …
Pendant que ledit couple recevait les félicitations de rigueur, Harry s'éclipsa pour se rendre dans un salon isolé, devant lequel se trouvait le nouveau ministre de la magie, Gawain Robards, la directrice de la justice sorcière, Amelia Bones, et le chef du bureau des aurors, Kingsley Shacklebolt.
-Est-ce qu'il y aurait une raison précise pour laquelle nous ne sommes pas en train d'offrir nos félicitations pour le mariage prochain de votre sœur ? demanda Gawain
-Croyez-moi, j'en suis le premier désolé, s'excusa Harry. Mais je pense qu'il est important de s'occuper de ça tout de suite.
Et ça … n'était autre qu'un Albus Dumbledore bien portant alors qu'il avait été déclaré mort quatre ans auparavant et immobilisé dans l'un des fauteuils du salon que le maître des lieux venait d'ouvrit devant eux. Pour le bonheur de leurs oreilles, le vieux sorcier avait été bâillonné.
-Devons-nous comprendre que vous saviez qu'il était en vie ? demanda Amelia à brûle point ? Comment ?
-J'ai eu des doutes lors de l'audit de mon patrimoine, répondit Harry. J'étais étonné que les prélèvements depuis mon coffre vers ceux de Dumbledore étaient toujours actifs alors qu'il était mort. Ensuite, j'ai eu l'occasion de tomber sur le document concernant son leg et c'est là que j'ai découvert qu'il s'agissait en fait d'un don.
-Quelle est la différence ? demanda Kingsley
-Un don peut se faire du vivant de la personne, pas un leg, expliqua Amelia. Mais j'imagine qu'il n'y avait pas que ça ?
-Vous ne vous êtes jamais demandé comment ça se faisait que le grand Albus Dumbledore soit tombé de la tour d'astronomie alors qu'il y a une barrière qui empêche les chutes, intentionnelles ou non ? railla Harry. Et pour ceux qui ont assisté à la scène ou pu voir le souvenir, qu'il ait commencé à tomber avant que le sort de mort ne le touche ?
Tous les trois acquiescèrent, l'air sombre. Quand Harry avait exigé la réhabilitation de Severus Snape à titre posthume, il avait bien fallu se pencher sur l'accusation de meurtre sur Albus Dumbledore. Bien aidé par le souvenir de l'événement déposé dans son coffre par le meurtrier supposé, les souvenirs d'Harry Potter et de Draco Malfoy avaient mis le doigt sur cette légère anomalie et ils étaient toujours en train d'en débattre. Enfin … plus maintenant puisqu'ils avaient la preuve que le crime en question n'avait pas eu lieu ou plutôt, qu'il s'était déroulé différemment de la version officielle.
-Comment pouvons-nous croire que c'est vraiment lui ? demanda Kingsley
-Voyez par vous-même, fit Harry. Mais je vous conseille de ne pas approcher trop près.
Tous avancèrent dans le salon mais ce fut Amelia qui les arrêta en leur désignant le sol sur lequel se trouvait le prisonnier.
-Ingénieux … fit Amelia en faisant lentement le tour pour déchiffrer toutes les runes. Comment avez-vous eu l'idée ?
-Hermione, répondit simplement Harry. Nous travaillions sur des moyens de protéger les propriétés Potter et de veiller à ce que chaque personne qui y entre n'ait pas de mauvaises intentions à l'encontre des habitants.
-Le tapis sur lequel se trouve le prisonnier est brodé avec un cercle de vérité, expliqua Amelia. Comme il s'agit d'une magie dite passive, elle n'est pas illégale mais tous les écrits ont été traqués car Dumbledore a prétendu que cela faisait partie des recherches de Grindelwald donc de la magie « noire ». Tout ce qui y a de plus faux, comme nous le savons aujourd'hui.
Sur l'impulsion des ladies et des lords qui avaient repris leurs titres après la guerre, une grande réforme législative, judiciaire et éducative avait été entrepris pour se débarrasser une fois pour toutes des préjugés inculqués par Voldemort mais également par Dumbledore et ne plus se mettre à dos les autres communautés magiques par arrogance et étroitesse d'esprit. La définition de magie « noire » avait ainsi été impitoyablement démantelée et bannie du vocabulaire car elle n'était soumise qu'au bon vouloir d'Albus Dumbledore qui s'aidait de ses connaissances lapidaires et erronées sur la question.
-Les runes tracées permettent de faire tomber tout déguisement imposé ou non, déchiffra Amelia. Un artefact de grande puissance. Où vous l'êtes-vous procuré ?
-Voyons, ce n'est pas parce que j'étais la parfaite marionnette de Dumbledore qui devait se sacrifier pour une population incapable de réfléchir par elle-même que je vais dévoiler tous mes secrets pour qu'ils passent dans le domaine public, grinça Harry.
Les trois aînés ne purent se retenir de sursauter. Car oui, quand on n'était ni sous l'étroite coupe de Dumbledore ou celle de Voldemort, on ne pouvait que déplorer qu'Harry se faisait manipuler dans les grandes largeurs pour une cause – et pour s'opposer à une autre – qu'il ne connaissait même pas.
-Quand est-ce que vous l'avez capturé ? demanda Kingsley
-Aujourd'hui même, répondit Harry. Puisque le manoir Potter devait être ouvert pour les fiançailles d'Hermione, les mesures de sécurité devaient être abaissées pour que les invités puissent entrer. J'ai également laissé entendre que le sceau du clan Potter se trouvait également ici.
-En quoi cet artefact particulier aurait pu l'intéresser ? s'étonna Gawain
-C'est parce qu'il a réussi à faire croire à mon père qu'il avait été volé quand son propre père a été assassiné par des partisans de Voldemort et qu'il l'avait retrouvé pour lui, expliqua Harry. Pour je ne sais quelle raison, mon père n'a pas voulu se rappeler que le sceau pouvait permettre n'importe quoi sur le clan, peu importe qui le détient.
Les trois invités fusillèrent le prisonnier du regard. Ils comprenaient mieux comment il avait pu avoir autant la main haute sur le jeune homme depuis sa plus tendre enfance et les ramifications possibles étaient choquantes.
Harry, lui, garda le silence sur l'une des principales raisons pour laquelle Dumbledore avait voulu récupérer le sceau du clan Potter, qui était exposé à quelques mètres de lui. Le vieux sorcier avait tout simplement profité de la mort de ses grands-parents paternels – qu'Harry soupçonnait d'avoir tué lui-même car ils ne le soutenaient pas – pour créer son propre horcruxe et le lier au clan Potter. Il comptait sur la mort du dernier héritier pour récupérer le clan à son profit – Harry avait eu l'occasion de lire le testament qu'il aurait rédigé à l'âge de deux ans où il avait décidé de léguer toutes ses possessions à son garant magique, dont il avait appris l'existence qu'après la guerre – et la gloire liée à la défaite de Voldemort.
-Que voulez-vous que nous fassions ? demanda Amelia
-Ce type est mort pour toute la population sorcière, rappela Harry. J'ai eu l'occasion de jeter un coup d'œil sur le livre qu'a écris Rita Skeeter sur lui et je peux vous assurer que sa réputation va être ruinée dans quelques semaines. Je pense que sa fausse mort était incluse dans plusieurs autres plans qu'il serait intéressant de connaître. En plus, vous aurez tout le temps du monde pour savoir pourquoi il voulait tant modeler le monde à son image …
Les trois invités se concertèrent pour prendre une décision rapide.
-Accepteriez-vous que quelques unspeakers viennent le récupérer ? demanda Gawain
-Avec plaisir, je trouve qu'il pollue ma propriété, déclara Harry avec un air de dégoût. Eslan ?
-Maître Harry, salua un elfe de maison en entrant dans la pièce.
-Pourrais-tu conduire le ministre dans la salle des transports, je te prie ? fit Harry. Il va appeler une délégation du département des mystères pour récupérer notre invité surprise. Fais-leur passer les procédures habituelles avant de les mener ici.
-Bien, maître Harry, s'inclina Eslan. Monsieur le ministre, si vous voulez bien me suivre …
-Merci, lord Potter, fit Gawain en quittant la pièce.
-J'ai l'impression que vous n'avez pas les meilleurs sentiments envers votre mentor … commenta Amelia.
-Albus Dumbledore a fait défaut à toutes les responsabilités qu'il s'est attribué à mon encontre, déclara Harry. En commençant par détourner le regard quand il a eu toutes les preuves que j'étais abusé psychologiquement et maltraité par ma propre famille et ce, dès la première semaine de ma première année. Donc non, je ne lui porte plus aucune estime depuis des années.
Moins de dix minutes plus tard, les unspeakers débarquèrent, passèrent des menottes anti-magie au prisonnier avant de l'emmener dans un lieu tenu secret. Le maître des lieux et ses trois invités rejoignirent discrètement la soirée et la reine et le roi de la soirée vinrent à sa rencontre.
-Quelle affaire urgente t'a fait quitter la salle ? sourit Hermione
-Un revenant qui voulait faire son marché ici, répondit sombrement Harry.
Seth renforça la bulle d'intimité qui les entourait.
-Dumbledore est venu ici ? gronda Seth
-Dumbledore est mort, rappela Hermione en fronçant des sourcils.
-J'en ai toujours douté et je ne suis pas le seul, expliqua Harry. Et puis excuse-moi, avec tous les souvenirs qu'il avait sur Tom, je ne pense pas qu'il aurait appris l'existence des horcruxes lorsque je lui ai rapporté le journal qui a ouvert la Chambre des Secrets. Ni qu'il n'aurait pas utilisé la technique à son profit.
Hermione eut un air horrifié tandis que le regard de Seth brilla de fureur.
-Qu'est-ce qu'il a utilisé ? demanda Seth
-Le sceau du clan Potter, répondit Harry. Il lui serait revenu puisque je n'étais pas censé survivre et que j'avais rédigé un testament à l'âge de deux ans comme quoi je lui léguais tout.
-Quel salaud ! cracha Hermione
-Qu'en as-tu fait ? demanda Seth
-Je l'ai confié au ministre de la magie, à la directrice de la justice et au chef des aurors, ricana Harry. Actuellement, il est sous la garde du département des mystères et j'ai suggéré que sa prétendue mort ne devait être que l'un de ses nombreux plans pour prendre le pouvoir.
-Bien fait pour lui ! rugit Hermione
-Maintenant qu'il est pris en charge pour payer ses crimes, il est temps de l'oublier définitivement, déclara Seth en embrassant la tempe de sa fiancée. Vous n'êtes pas d'accord ?
-Si, accordèrent les deux plus jeunes.
Ce furent sur ces mots qu'Albus Dumbledore et son plus grand Bien devinrent de l'histoire ancienne.
Fin
