Un jour, au Sanctuaire…
Chapitre 3 – Le festival des comètes, souvenirs d'une jeunesse pleinement vécue et automne flamboyant.
Note : Bonjour à ceux qui passeraient par-là ! Je suis navrée de mettre autant de temps entre les chapitres… Pas mal de choses se sont passées dans ma vie dernièrement et certaines ont eu un certain impact sur mon moral et mon envie d'écrire… Bref ! J'espère que vous allez prendre du plaisir à lire cette nouvelle tranche de vie du Sanctuaire ! (Un peu de calme, c'est bien aussi ^^). Tous les personnages appartiennent à Masami Kuramada pour la partie originale et la partie Lost Canvas, cela appartient à Shiori Teshigori. Quelques persos du village ont été créé pour la fic. Je précise aussi que le festival des comètes n'est qu'une pure invention de ma part. Bonne lecture !
Le mois d'Octobre était l'un des mois favoris de Shion. Pas seulement parce que son meilleur ami, le chevalier Dokho de la Balance, était né le 20 de ce mois ! En effet, il y avait un je-ne-sais-quoi dans l'air qui rendait l'atmosphère poétique, presque romantique.
Le Pope avait un petit côté sensible et émotif ! Bien sûr, il prenait garde à ne pas trop le montrer. Fallait pas non plus que les jeunes en profitent de trop…
« On va éviter de leur donner l'occasion de trop pousser Pépé Shion dans les orties ! »
En Grèce, à cette période l'année, bien que les nuits étaient déjà plus longues, la température restait très agréable ! Il y avait encore de belles éclaircies et la chaleur était présente mais bien plus supportable que durant l'été ! Les entrainements étaient bien plus faciles à étaler tout au long de la journée aussi ! Plus la peine de se terrer à l'ombre entre 12h00 et 15h00 comme des vampires !
Ils revivaient enfin, et cela Shion appréciait grandement ! Parce qu'en plus de gérer le climat, les activités du lieu, les possibles attaques, les cérémonies, la formation des plus jeunes, il fallait aussi gérer le caractère parfois bien trempé, voire carrément capricieux de certains chevaliers (des Bronzes aux Ors !). De vrais divas cachées sous des armures mythologiques !
Shion aimait râler devant eux. En réalité, cela lui rappelait le temps où il était à leur place… Bon il n'était pas comme la plupart non plus, mais ça lui était arrivée de glander autrefois. De raconter des blagues et de faire des farces à ses camarades. Pas de trop non plus…mais c'était arrivé ! A l'époque, son maitre Hakurei de l'Autel avait demandé à l'ancien Pope Sage, qui était aussi son frère jumeau, de veiller sur lui. Et avec Hakurei comme maitre…on ne faisait pas trop le malin !
« Quel caractère de cochon il avait ! Mais c'était aussi un sacré guerrier ! » pensa Shion, empli d'affection et de fierté pour son maitre
Tout un tas de souvenirs se mirent à ressurgir dans la mémoire du tibétain. Certains plus marquants que d'autres…
Il se rappelait la fois où il avait trempé le doigt de Kardia dans un bol d'eau quand celui-ci dormait. Poussé par Manigoldo, bien évidemment ! A son arrivée au Sanctuaire, l'ancien Cancer avait en, quelque sorte, eut envie de le prendre sous son aile, veiller sur lui. En fait, c'était carrément une excuse pour avoir un complice ! Il entend encore la voix raillarde de l'italien, toujours prêt à taquiner le Scorpion :
« Je pense, en tant qu'ainé, qu'une petite boutade ne lui fera pas de mal. Qui sait ? Ça pourrait lui apprendre la vie !
- Il va surtout être furieux…, avait murmuré un Shion d'à peine 18 ans, il a l'air assez explosif comme garçon.
- Ha ! Ça, c'est peu de le dire ! C'est une vraie teigne le Scorpion ! L'animal, il est comme son totem, il lâche rien ! Mais c'est pas une raison pour le laisser de côté. Et puis… je suis d'humeur compétitive en ce moment.
- Vous avez un drôle de sens de la compétition ici…
- Tu t'y habitueras, mon agneau ! Ça va te changer des yaks !
- C'est mignon un yak…je ne vois pas où est le problème.
- Ouais…si tu le dis. Mais faut avouer que ça chlingue ! »
Manigoldo avait assuré à Shion qu'il ne leur arriverait rien… C'était exactement comme dire à un enfant qu'une piqure d'abeille ne faisait pas mal ou que la soupe d'oignons c'était bon. L'italien avait toujours eu le don d'embobiner les autres. Mais cela, le Pope ne l'avait compris qu'après…
Ce soir-là, Kardia était tellement épuisé par sa mission qu'il était tombé d'un coup d'un seul sur sa couche. Encouragé, et un brin forcé, par le Cancer, le jeune Bélier avait pris soin de mettre l'index de Kardia dans un petit bol empli d'eau (en prenant garde à ne pas se piquer…Shion en avait sué de peur !). Ils étaient ensuite partis comme des voleurs ! Le lendemain matin, ils avaient entendu la rumeur comme quoi, le sadique Scorpion avait fait pipi dans son lit ! Un mythe qui s'était effondré pour certains ! Fou de rage, Kardia avait mené l'enquête comme un forcené pendant un mois, interrogeant (avec la douceur qui lui était propre) les pauvres habitants du Sanctuaire avec hargne et rancœur ! Et un Scorpion, quand il veut se venger, il y arrive, par tous les moyens nécessaires, de manière légale ou pas ! Pendant des semaines, les deux chevaliers avaient fait profil bas et cela semblait avoir marché... Au début…Puis vint le jour…le jour où Kardia avait finalement obtenu sa vengeance en dispersant dans les couvertures de Shion et de Manigoldo un poil à gratter ultra puissant et très résistant. Il l'avait obtenu lors d'une mission en Amérique de Sud. Et il avait mis la dose en plus, le filou ! Les coupables avaient souffert pendant des jours ! Des jours à se gratter jusqu'au sang et à arboré de belles plaques écarlates sur tout le corps ! Ils n'avaient plus jamais osé recommencer…
« Quand on me cherche, on finit par me trouver ! » avait clamé Kardia pendant des mois, fier d'avoir obtenu l'identité de ses « agresseurs » et de leur avoir fait mordre la poussière !
Ce jour-là, Shion avait appris qu'un Scorpion, ça pique. Très fort. Et c'est douloureux ! Et occasionnellement, qu'un Cancer, ça ment comme ça respire ! Ce à quoi, Manigoldo aurait répondu :
« Tu dis ça parce que j'suis italien, hein ? T'as de la chance d'être un frère d'arme, sinon je t'aurais envoyé dire bonjour à Hadès depuis longtemps ! »
Quel drôle d'énergumène ce Manigoldo ! Plus abordable que son successeur, Masque de Mort mais tout de même très impulsif voire carrément immature dans certains cas…
Voyant que le soleil déclinait déjà, Shion pressa le pas. Le Festival des comètes allait commencer d'ici quelques heures. Et il y avait encore tellement à faire… !
C'était une festivité locale qui se déroulait à chaque début d'automne, entre le 1er et le 15 octobre, et ce depuis de nombreuses années. Elle avait une signification particulière, ancrée dans les esprits des locaux depuis l'antiquité ! C'était traditionnellement l'approche de l'équinoxe, le début des moissons. D'un point de vue astronomique, c'était la période de l'année où le ciel était le plus dégagé et où de très nombreuses étoiles pouvaient être aperçues dans le ciel. On l'appelait aussi la nuit des vœux et il était coutume d'en préparer pour l'année prochaine. C'était aussi l'occasion de renouveler ceux qui n'avaient pas encore été exhaussé… Durant cette nuit, des stands étaient aménagés dans le centre-ville. On y trouvait de tout : restaurants ambulants (où on dégustait les traditionnels biscuits aux olives et aux tomates), stands de jeux, marchés de nuit… A minuit, on éteignait toutes les lumières et on regardait la voute céleste dans un silence religieux. On s'amusait à compter les étoiles filantes et on appréciait encore les températures douces, typiques de la saison.
En chemin, le Pope croisa quelques habitants du village de Rodorio qu'il salua chaleureusement. Ses interlocuteurs lui rendirent son salut avec respect et reconnaissance le Pope était aimé par beaucoup. Il avait grandement aidé les habitants les siècles durant à se développer. Depuis sa promotion au statut de Pope, il avait tout fait pour préserver l'humanité – tel que la déesse Athéna le souhaitait.
Il y avait bien sur eu des combats à mener contre des divinités belliqueuses et ancestrales. De rudes batailles avaient été vécues, mais ils en étaient toujours sortis plus forts, plus dignes et plus…
« M'sieur Shion ! Ho, m'sieur Shion !
- Hein ? »
Un fermier du coin était venu à la rencontre du Pope. Toujours pour la même raison. Offrir une bonne boisson au vieux Bélier et pourquoi pas boire jusqu'au bout de la nuit !
« Vous prendrez bien un p'tit verre, nan ? C'est moi qui régale ! »
Shion grimaça. Il se sentait mal de refuser l'invitation du vieil homme. Mais il ne pouvait pas se permettre d'être saoul. Surtout pas maintenant !
« Ah, Kostos…. Je…comment dire… j'ai peur de ne pas pouvoir rester avec vous…le festival va commencer et j'ai encore bien du travail. »
Le fermier haussa les épaules, large sourire, le teint déjà rouge :
« Du calme, c'est que dans 4 heures, y a le temps ! Les échoppes vont pas s'envoler ! Et puis, vous avez bien mérité une pause !
- Hélas… il y a encore beaucoup de choses à superviser. Mais allez donc voir Nikolas ! Je suis sûr qu'il vous attend pour disputer une autre partie d'échec !
- Hahaha ! Ce vieux crouton est encore en train de se faire disputer par sa femme ! Il a pas le temps à me consacrer ! Il doit d'abord s'en sortir indemne !
- Je suis sûr que vous trouverez quelqu'un pour vous accompagner.
- Oh, bah c'est dommage tiens ! Il est bien bon mon jus pourtant ! Ça remonte les tétines comme dit, hein !
- J'imagine bien. Une prochaine fois, avec plaisir !
- J'y compte bien ! Je ramènerai une bonne barique de mon cru ! Vous m'en direz des nouvelles ! Pour sûr, c'est pas une boisson de chochotte ça !
- Haha… je veux bien vous croire… enfin, rappelez-vous quand même de ne pas trop abuser.
- C'est foutu maintenant à mon âge ! Faut pas se priver, je suis plus proches des chrysanthèmes que des dragées ! »
L'esprit complètement farfelu de Shion ne put s'empêcher d'imaginer ce bon vivant atterrir aux enfers (bien que l'idée le chagrinât beaucoup…) et convertir les spectres à la boisson ! La divinité Dionysos venant squatter les lieux et pousser gentiment Hadès vers la sortie… Bon sang ! Son imagination lui jouait à nouveau des tours ! Si les guerres saintes pouvaient se régler grâce au levé de coude, ça se saurait !
Shion salua Kostos avant que ce dernier ne l'embarque à nouveau chez lui !
Le vieux Bélier aimait passer du temps avec les habitants. Il prenait du temps avec leurs voisins et bien souvent, ce vieux fermier aimait boire avec le Pope. Ils parlaient de tout et de rien. Bon surtout de rien, il fallait bien l'avouer… Kostos finissait toujours ivre mort. Vous avez déjà essayé de converser avec un baba au rhum ? C'est très dur ! Shion savait de quoi il parlait ! Le maitre du Sanctuaire tenait pourtant bien la boisson, malgré les apparences, et il était difficile de le saoulé. Mais Kostos n'était pas bâti comme le Bélier. Tout petit et chétif, ce petit homme était pourtant un des doyens du village et il approchait des 100 ans ! Il faut croire que l'alcool ça conserve !
Shion en avait vu des villageois comme Kostos durant toutes ces années !
Dans sa marche, un autre souvenir survint. Comme un flash, comme une pensée ressurgie des tréfonds de sa mémoire ! Sa rencontre avec le fermier avait réveillé un épisode particulièrement drôle…enfin drôle, cela ne l'avait pas été forcément sur le coup…
C'était pendant une chaude journée. Du temps où il était un chevalier d'Or. Son meilleur ami, Dokho, avait eut envie, très soudainement, d'aller la rencontre des villageois. A l'époque, les habitants n'avaient pas les mêmes réactions avec les chevaliers du Sanctuaire Ils en avaient peur pour la plupart… Shion se souvient ne pas avoir très emballer par l'idée. Mais la Balance avait toujours un argument imparable à toute situation :
« Allons ! On n'a qu'une vie ! Et puis, il faut qu'on améliore nos relations avec eux, tu ne crois pas ?
- Je ne sais pas, Dokho… Ils ont certainement beaucoup de travail en bas. Et nous aussi d'ailleurs…
- Justement…le relationnel fait partie du travail ! Viens ! »
C'est ainsi qu'il avait été entrainé par son vieil ami. Chemin faisant, ils croisèrent Rasgado du Taureau. Ce grand gaillard était un véritable modèle pour Dokho. Un chevalier honnête et bon. Il était le professeur de nombreux apprentis qui le considéraient comme un véritable grand frère.
C'était Rasgado. Un bon vivant, qui ne se prenait pas la tête et qui plaçait le bien être des autres avant le sien.
Ce dernier était justement en train de descendre les marches du Sanctuaire. Shion se souvint qu'il avait été surpris de voir ses collègues aller vers le village :
« Vous venez en force, dis donc ! Encore une mission risquée pour le duo inséparable ?
- Ce n'est rien de le dire, avait soupiré Shion, Dokho veut qu'on aille à Rodorio voir les habitants… »
Regard en biais de la Balance :
« Sale traitre… »
Rasgado avait hausse son monosourcil avant d'afficher un grand sourire franc. Les poings sur les hanches, il avait jaugé ses camarades avec un regard brillant de malice :
« Haha ! Ça, c'est pas bête ! Ce serait l'occasion pour nous de leur montrer une image plus avenante du Sanctuaire…Leur montrer qu'on n'est pas seulement des bourrins couvert d'or !
- N'est-ce pas ? avait souri Dokho, et puis, en tant que chevaliers d'Athéna, nous devons protéger les populations. On peut faire un tour, histoire de vérifier s'ils n'ont besoin de rien.
- Si tu veux mon avis, ils ont déjà tout ce qu'il leur faut, avait rabâché Shion, on va surtout être reçu à coup de fourches…
- Quel rabat-joie ce jeune Shion, avait gentiment râlé Rasgado en ébouriffant les cheveux de son cadet, les jeunes de nos jours seraient-ils devenus plus peureux ? »
Dokho avait éclaté de rire devant l'air gêné de Shion. Ce dernier avait réprimé un grognement bougon en repoussant la main du Taureau. Il se souvint même avoir recoiffé ses cheveux, qui lui arrivaient aux épaules à l'époque, le tout devant les rires de ses camarades.
Les jeunes chevaliers avaient pris la route, rigolant et plaisantant. Les moments de détente étaient toujours agréables au Sanctuaire. Même si les guerres saintes apparaissaient tous les deux siècles, de nombreuses déités maléfiques avaient toujours pour but de nuire à la Terre. Le Sanctuaire était constamment aux aguets. Alors forcément, quand Rasgado avait appris à Dokho et Shion à siffler dans une feuille, et que le bruit ressemblait davantage à une flatulence qu'à un sifflement, le Bélier la Balance s'étaient payer une tranche de rire ! Le Taureau avait rougi jusqu'aux oreilles, les réprimandant en tant qu'ainé des chevaliers d'or :
« Et ça rigole pour un bruit de pet ? Chevaliers, il est temps de grandir !
- Oui, enfin, les pets de bovidés c'est quelque chose parait-il ! »
Dokho avait répondu du tac-au-tac, poussant joyeusement Shion du coude. Shion avait répliqué aussitôt :
« Ça pourrait être une nouvelle attaque cela dit ! Ce serait très efficace sur nos ennemis ! On appellerait cette attaque Prout du Taureau !
- Ou bien, le Vent Chaud Entre Les Deux Montagnes !
- Ouais, ouais…c'est ça, marrez-vous… »
Le trajet avait eu un coté très léger, presque insouciant. Pendant quelques instants, Shion avait juré qu'ils n'étaient plus des chevaliers d'Athéna, mais des jeunes hommes tout à fait communs. Ça lui avait fait une drôle d'impression à cet instant…
Ils étaient finalement arrivés au village vêtu de leurs armures scintillantes, tel des guerriers mythologiques, des demi-dieux ! Le village était calme, presque désert. Puis des cris, des voix de femmes ! Et des hommes à cheval, des bandits qui brandissaient leurs épées, fauchant les villageois sans pitié. Un bandit à l'œil caché sous des bandages avait ricaner devant la marre de sang qui ruisselait dans la rue !
Shion se souvint de cette colère qui l'avait possédé à cet instant. Cette haine qui lui avait tordu le ventre. Le jeune Bélier avait vu rouge à ce moment-là. Il s'était précipité vers cet homme et l'avait propulsé de son cheval grâce à un puissant coup de poing qui s'était écrasé sur son faciès détestable.
Le bandit avait fini dans la porcherie, le visage et les vêtements enduits de boue et d'excréments.
Il était à deux doigts de corriger plus que sévèrement le voleur. C'est Rasgado qui l'avait retenu d'une main posée sur l'épaule, une pression ferme mais douce. Une lueur fraternelle brillant dans les yeux du géant. Lui et Dokho avaient maitrisé le reste de la bande en peu de temps, et ces derniers étaient empilés, inconscients, sur la place, tels des sacs de patates.
L'homme étendu dans la boue, qui était sans aucun doute leur chef avait relevé la tête dans un grognement bizarre – plus une sorte de gargouillis, le crane en sang, probablement ouvert…
Shion avait eu une furieuse envie de le tuer à cet instant ! Rasgado avait accentué la pression. Une telle pression aurait broyé l'épaule de n'importe qui ! Le jeune Bélier avait levé ses yeux vers son ainé. Un regard jeune empli de dégouts et de colère confrontant un regard plus âgé, mature et compréhensif :
« Je sais ce que tu ressens, mais tu as fait ce qu'il fallait. Tu as empêché un homme de nuire, maintenant inutile de se noyer dans une violence gratuite. »
Le vieux Pope se souvint encore des paroles de l'ancien Taureau. Emplie de sagesse et de bienveillance. Rasgado avait été un modèle pour bon nombre d'entre eux. La force tranquille à l'état pur.
Les villageois avaient été jeté en prison. Certains s'étaient repentis, d'autres non. Ils avaient néanmoins tous finis dans la prison du Sanctuaire. Les chevaliers les plus sadiques (pour ne pas citer Kardia et Manigoldo) les avaient « embêtés » toute la soirée. Et chez ces deux signes d'eau, le terme « embêter » était un joli fourre-tout pour dire beaucoup de choses pas très sympathiques… !
Le lendemain, les trois chevaliers d'Or avaient été reçus en héros ! Finalement, ils avaient compris que sous ces armures d'or, un vrai cœur humain battait ! Bien qu'encore craints par certains, voire carrément admirés par la majorité, les habitants avaient su de montrer très reconnaissants : ils leur avaient offert une grande barique de vin, non sans leur proposer des chopes généreusement remplies ! On leur avait même proposé des femmes à épouser et des vaches en récompense !
Dokho n'avait pas pu s'empecher d'ajouter avec un air moqueur en regardant une vache noire et blanche aux grands yeux doux :
« Rasgado, je pense que tu pourrais trouver ton âme sœur dans ce village… »
Ce dernier avait ri jaune à la boutade avant de répondre :
« Dis donc ! Tu connais quoi à mes gouts, toi ? J'ai des critères moi aussi !
- On peut savoir, avait demandé Shion purement curieux, ton type de femmes je veux dire ?
- Si vous survivrez à mon entrainement de demain, je vous dis tout…
- Tu entends ça, Shion ? On n'a pas le droit de perdre ! »
Au cours de la dégustation, les chevaliers ne comptaient même plus les verres de vins… La tête tournante et les idées plus très claires, ils avaient demandé aux villageois des renseignements sur leur alcool. Délicieux, certes ! Mais terriblement traitre ! C'était la première fois que le Bélier buvait du vin - cet alcool n'existait pas à Jamir et son entourage natal ne buvait que très rarement de l'alcool.
On leur avait joyeusement répondu que c'était un vin de plus de 30 ans et qu'il était la fierté de leur village.
« D'abord, nous devrons survivre à ça, avait dit Rasgado d'un air grave, cette boisson est aussi facile à boire que du lait, prenez garde !
- (Hips !) Par Athéna, avait dit Dokho, je me sens bizarre…
- On devrait peut-être arrêter de boire, nan, avait demandé Shion, je ne crois pas que ce soit très raisonnable…
- Malheureux ! Tu compte refuser l'offre de nos hôtes ? Ça ne fait pas ! Je croyais que toi et Dokho vous vouliez venir ici pour instaurer de bonnes relations entre Rodorio et le Sanctuaire, eh bien voilà ! Nous y sommes ! Allez du nerf, chevaliers et souriez ! »
Rasgado, qui était plus grand et costaud avait tenu le coup. Il était comme on dirait joyeux ! Mais Dokho et Shion avaient fini ronds comme des boulons… Pris de nausée, ils avaient fini le voyage chacun sur une épaule de Rasgado qui avait porté ses camarades en chantant à tue-tête en chemin !
La vue de ses escaliers en continue et le cœur au bord des lèvres, Shion se souvient de sa première cuite comme si c'était hier… Lui et Dokho avaient mis quelques jours à s'en remettre… Contrairement à Rasgado qui était frais et pimpant, à peine touché par la gueule de bois !
« Il en fallait beaucoup pour mettre Rasgado à terre… »
Depuis ce jour, Shion avait appris à modérer sa consommation. Puis, les décennies passant, il était devenu un véritable maitre de la boisson - Dionysos lui-même aurait été fier !
L'imagination très fertile du Pope se mit à nouveau en marche ! Comment ce dieu pouvait il bien nommer ses guerriers ? Les 100 poches de l'Olympe ? Les 48 Bourrés ? Il se mit à rire mentalement en imaginant des guerriers ivres morts la plupart du temps et un Dieu plus que pompette!
En chemin, Shion rencontra Marine de l'Aigle. Le chevalier d'argent était venu plus tôt donner un coup de main aux femmes qui devaient porter des choses lourdes. Shion salua chaleureusement la femme masquée qui portait une poutre sur son épaule, comme s'il ne s'agissait que d'un simple tapis de yoga :
« Marine ! Tu es là depuis longtemps ?
- Depuis quelques heures, votre sainteté. Il y a tant de choses que les femmes ne peuvent porter par elles-mêmes. Je dois bien les aider.
- Oui, tu as raison ! Tâchons de finir au plus vite pour pouvoir profiter de la fête.
- Comptez sur moi ! »
Au détour d'un stand, Seiya et Hyoga soulevaient des banderoles colorées et décorés par les enfants sous les cris joyeux de ces derniers. Shun aidait une vieille femme à descendre les escaliers. Ikki portait des caisses de boissons à une vitesse hallucinante les villageois l'observaient conscients de la puissance des chevaliers. Et Shiryu ? Il empêchait une bagarre entre Jabu et Ban à propos d'une sombre histoire de shifumi perdue…
La plupart des chevaliers étaient présents, aidant comme ils le pouvaient. Milo et Aiolia en profitaient pour se moquer gentiment de Shaka qui tirait une moue désapprobatrice devant la quantité d'alcool.
Shion n'était pas le dernier mais il n'était pas le premier non plus ! Il en profita pour donner un coup de main là où on avait besoin. Il aida à éplucher des légumes, à aménager des échoppes, à régler l'éclairage… Il ne vit pas le temps passer et pensa à Dokho qui allait rater le festival d'un air mélancolique. Shiryu le rassura :
« Ne vous inquiétez pas, Pope Shion. Je ferais un rapport très détaillé à mon maitre dès son retour. Ce sera comme s'il le vivait avec nous.
- Je compte sur toi ! Tu peux même en rajouter pour le faire culpabiliser de ne pas être là !
- Vous ne l'aviez pas envoyé en mission, grand Pope ? avait demandé Shun
- Non, il a préféré rester avec Shunrei. Ce que je peux comprendre. »
Un parfum de viande grillée commença à chatouiller les narines de chacun. La nourriture était abondante…tout comme l'alcool… Shion regarda les jeunes Bronzes avec une pensée pour les futurs maux de têtes du lendemain…
« Il faut bien qu'ils apprennent cela par eux-mêmes… »
Il se doutait bien le réveil allait être difficile pour certains. Kora du Glaive qui passait près de Shion en avait profité pour subtiliser discrètement une pâtisserie et croquer dedans. Shion rouspéta :
« Tu crois que je ne t'ai pas vu ? Cette brioche à un nom : c'est reviens par ici ! Avant que je ne charge Masque de Mort de te botter les fesses !
- C'est Julia, la fille du laitier qui m'a dit que je pouvais !
- Repose ça ! »
Le jeune Kora se prit un coup derrière la tête par l'italien qui passait justement par là…
« Aie ! C'est bon, c'est bon, je la repose… »
Aphrodite des Poissons, juste à coté de l'italien (ces deux là étaient toujours fourrés ensemble…) gloussa :
« Si tu veux avoir un corps de rêve, Kora, tu dois éviter ce genre de sucreries. Regarde moi, mon corps est une œuvre d'art. C'est un temple en mon honneur.
- Hé Aphrodite ! railla Masque de Mort, ramène donc ton temple par ici, c'est moi qui fais tout depuis tout à l'heure !
- Je t'encourage, c'est déjà 80% du boulot…
- Tu rigoles ou quoi !? Bouge tes fesses sinon je te ligote à l'échoppe de galettes en ordonnant aux jeunes de te gaver comme une oie !
- Ho ho ho ! Tu peux toujours essayer, ça peut être amusant… »
Shion haussa les épaules, souriant devant ses scènes. Pour rien au monde il ne s'en lasserait. C'était pour préserver ses moments de joie et de calme qu'il ne regrettait pas une seule seconde d'avoir embrassé la cause des chevaliers d'Athéna.
Il sentit l'excitation monter. L'effervescence se rependait comme une trainée de poudre. Bientôt, la fête annuelle allait commencer !
Quelques villageois rassemblaient des tas de feuilles mortes pour y mettre le feu. Certains enfants y venaient pour griller leur shamallows. L'odeur de feuilles brulées que le Pope inspira profondément contrasta avec l'air frais qui tombait comme un voile.
Un énième souvenir apparut au vieux Bélier… Il se rappela les feuilles mortes, regroupés en plusieurs petits tas, qui brulaient au pied du Sanctuaire. Les plus jeunes apprentis se jetaient dans les tapis de feuilles rouges, brunes et jaunes. Certains trouvaient des trésors dans les feuilles des glands, des châtaignes, et des champignons !
Shion se souvint d'avoir plongé entièrement dans des chariotes emplies de feuilles mortes ! Son amie d'enfance, Yuzuriha de la Grue s'amusant à se cacher dans la végétation pour surgir à tout instant et surprendre le Bélier. Cela finissait généralement en petits et gentils règlements de compte, à leur manière. Un jour, Shion encore foufou, jouait avec des apprentis plus jeunes que lui. Il se cacha à son habitude dans les feuilles, pour faire peur aux plus jeunes ! Il pouvait, grâce à ses sens, reconnaitre les pas des enfants et déterminer à qui ils appartenaient. Il se rappelle à un moment le pas très sur de quelqu'un. Trop sur et trop lourd pour appartenir à un aspirant. D'humeur joueuse, Shion avait surgi d'un coup pour se retrouver face à…El Cid du Capricorne ! Le chevalier le plus stoïque du Sanctuaire ! Ce dernier était resté de marbre et avait attrapé Shion au col avant de le plaquer au sol !
Pas surpris du tout, ce dernier avait reconnu Shion :
« C'est comme cela que tu t'entraines ? Si demain des spectres d'Hadès apparaissent, j'espère bien que tu vas les accueillir avec plus de ferveur et d'animosité que cela.
- Tu me prends pour un jeune premier ? Je sais ce que j'aurais à faire, El Cid ! On s'amusait juste avec des apprentis ! »
Rougissant et honteux de s'être fait maté par un ainé de la sorte, Shion avait tenté de déstabiliser le Capricorne. Chose qu'il avait esquivé très facilement, en profitant pour envoyer le Bélier dans le tas de feuille le plus fourni au loin !
Retombant lourdement, Shion avait pris conscience de son écart de puissance avec ses pairs de cette manière !
Sisyphe du Sagittaire avait rejoint son ami, El Cid. Le Sagittaire de l'époque était comme une sorte de camarade vertueux toujours prêt à aider ou à écouter ses camarades. Au début, ce comportement agaçait Shion qui se disait que derrière cette façade parfaite se cachait quelque chose de louche… Il avait appris à accepter l'ainée de la chevalerie tel qu'il était. Avec son visage d'ange et son regard bienveillant, on avait beaucoup de mal à détester Sisyphe… et ce constat crispait encore plus Shion !
« Soit indulgent, El Cid. Tu vois bien qu'il jouait avec les plus jeunes.
- Il devrait surtout penser à améliorer ses réflexes. En temps de guerre, il serait déjà mort. »
Sisyphe avait souri avec douceur, cette douceur qui le caractérisait tant. C'était le genre d'homme à vous donner le courage de vous jeter du haut d'une falaise avec un élastique ! Sans rire ! Il savait galvaniser les troupes comme personne !
Les yeux brillants de malice et le sourire doux, quoique taquin n'avait guère échappé à l'espagnol. Il avait fixé son ami de ses orbes onyx avant de lui lancer la perche :
« A quoi tu penses ? Tu veux bien me le dire ? »
Shion ne l'avait pas du tout senti… et il avait eu raison ! Sisyphe avait soumis l'idée aux chevaliers d'Or du Capricorne, cet épéiste de bouquetin et au jeune Bélier de renforcer leurs sens dans un tourbillon de feuilles d'automne. Feuilles que le Sagittaire avait fait virevolter dans les airs avec une aisance à peine croyable pour le commun des hommes, à l'aide de son cosmos chaud et rassurant… Les chevaliers d'Or devaient toucher, avec leur force respective, les feuilles rouges uniquement ! Et en gardant les yeux fermés. Ils devaient se concentrer sur leurs sens pour apprivoiser cette nature sur le point de se rendormir… Le toucher, l'odeur, le bruit de la feuille…toutes ces petites choses qui allaient les différencier.
Pour El Cid c'était une broutille et il n'avait pas envie de perdre son temps avec ça…Mais le Sagittaire avait été têtu ce jour-là. Et quand Sisyphe voulait quelque chose, il s'arrangeait toujours pas l'obtenir. Bien souvent par de belles paroles et de beaux yeux brillants… Et ça, l'ancien Capricorne avait du mal à lui résister…bien qu'il fasse tout pour se persuader du contraire !
Shion n'avait pas vraiment envie de refuser non plus à vrai dire… c'est bien simple avec le Sagittaire, on ne pouvait pas refuser !
Pris tous les deux dans un tourbillon de gentillesse et de belles idées novatrices, les deux Saints s'étaient livrés à une belle performance de maitrise du cosmos ! Leurs cosmos étaient très différents : Incertain et courageux pour Shion, silencieux et dur pour El Cid. Les chevaliers avaient fait mouche, sous les yeux ébahis des apprentis présents. Sisyphe approuvant avec un sourire serein.
Un apprenti avait éternué un peu trop fort, ne maitrisant pas encore son cosmos… Les feuilles avaient été balayées à nouveau avant de se retomber en un immense autre tas… sur Shion et El Cid…
Sisyphe avait profité de l'occasion pour jouer avec les enfants. Tous riaient de l'air dépité du Capricorne ! Shion bien que gêné au début avait laissé échapper un grand rire ! Ils avaient eu des feuilles partout ! Collées à leurs cheveux, leurs vêtements… une horreur enlever !
Mais Shion avait tellement rit ce jour-là ! Il avait même cru voir l'esquisse d'un sourire sur le visage habituellement fermé de l'espagnol…mais peut-être avait-il rêvé ?
A vrai dire… il était étonné de s'en souvenir encore aujourd'hui ! Il pensait avoir oublié ce détail. Mais en réalité, comment le pourrait-il ? Toutes ces années avaient été tellement riches d'enseignements, de pertes, de joies et de rencontres… Il ne remercierait jamais assez Athéna pour cette existence.
Plus qu'ému, Shion avait émergé de son passé alors que les premières notes de musique montèrent tout doucement et que les villageois affluèrent au centre du village.
Ça y est, le festival avait commencé Une nouvelle pluie d'étoiles filantes allaient traverser le ciel de Grèce, bordant et veillant sur les habitants du Sanctuaire.
Shion pensa très fort à son ami, Dokho, resté en Chine. Il jeta un coup d'œil sur la foule aux alentours : villageois, chevaliers, touristes… Quoi de mieux que de préserver cela ?
Dans ses pensées, Shion ne sentit pas la présence de son disciple, Mu qui était venu s'asseoir aux cotés de son maitre, le regard paisible :
« Maitre, vous allez bien ? »
Shion sentit une immense fierté de voir ce jeune garçon qu'il avait connu tout petit, être devenu un vaillant protecteur d'Athéna :
« Oh oui, très bien même. Je voulais te dire que je suis très heureux de vivre cette existence et que je suis fier de toi, Mu. »
Le jeune homme cligna puis sourit timidement. Il n'était pas dans les habitudes de son maitre de se confier sur ses états d'âmes. Mais ce soir, l'ambiance était sans doute propice à cela.
« J'en suis heureux, maitre Shion. Je suis moi-même très honoré d'avoir pu apprendre à vos côtés. »
Shion souri davantage. Un apprenti vint se poser sur les genoux de son pépé Shion tandis qu'un autre venait demander à Mu de lui apprendre à tirer les fléchettes.
Tous firent la fête ce soir-là. Et ce brave Kostos, déjà bien joyeux, était en train de rire aux éclats, le visage rouge à la blague de son ami fermier.
Même Shaka, pourtant peu adepte de festivités, avait daigner sortir de son état de méditation avancé pour profiter de la joie et de la bonne humeur du village. Il avait été, légèrement, forcé par Ikki à vrai dire… connaissant le phœnix, il n'avait sans doute pas eu vraiment le choix…
La fete battait son plein et dans quelques heures, le spectacle stellaire allait commencer.
Au loin, Milo exécutait une drôle de danse devant le regard hilare du Lion et gêné de Camus.
Tout était redevenu normal, enfin presque…
La vie au Sanctuaire reprenait son cours…
