CHAPITRE 1 : EVASION
« Ren, Ren ! Regarde ce que j'ai trouvé ! Ils sont rigolos, ces fruits !
- Ils ont l'air bon !
- Héhé, c'est moi qui les ai trouvés ! On partage ?
- Je peux prendre le noir ?
- Et moi je prends le blanc !
- Et à la une…
- A la deux…
- A la trois ! »
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Dans les cages, Rin fait attention à ce qu'aucun garde ne les regarde ni ne les écoute. Elle passe en revue tous les autres esclaves, dans d'autres cages, et elle fixe intensément le dos des gardes qui ouvriront bientôt leurs portes. Elle n'a que peu de temps, et ce temps précieux, elle veut l'écouler à bon escient. Elle prend soudainement son frère par les épaules, le secouant au passage, mais celui-ci ne réagit pas, mué dans une léthargie que sa sœur ne lui reconnaît pas.
- Ren, il faut que tu sois fort.
Le garçon ne réagit pas. Ses yeux ne semblent même pas regarder un point précis, un film comme des œillères devant son regard.
- Quand on sera séparés, je penserai à toi chaque jour. Et le jour de nos 20 ans on se retrouvera. D'accord ? C'est une promesse.
Elle tend son auriculaire et attend un geste de réponse de son frère. Elle avait besoin de cette promesse, elle avait besoin de quelque chose à laquelle se raccrocher pour ne pas sombrer dans la folie ou le désespoir. Mais son frère restait sans réponse. Il fallait pourtant qu'il soit fort.
Sans elle.
- Hey, vous deux.
Rin tourne la tête vers le garde de gauche qui la toise.
- Venez.
Mais elle n'a pas fini ! Entre les bras de l'homme, elle se débat, elle ne veut pas être séparée de Ren. C'est son frère, c'est tout ce qu'il lui reste. Elle hurle, elle n'en démord pas. Il faut qu'il comprenne qu'il doit être fort.
Sans elle.
- Ren ! Ren, c'est promis, je te retrouverai !
Il ne réagit pas et la cage se fait de plus en plus petite, de plus en plus floue. Les larmes coulent le long des joues de Rin, elle ne voit maintenant plus rien.
- Lâche-moi ! REN !
Enfin il se tourne vers elle et ses grands yeux s'écarquillent. Il réalise sans doute ce qu'il se passe, il réalise qu'il est sur le point de la perdre.
- RIN !
- DANS 14 ANS, N'OUBLIE PAS !
Puis dans un geste désespéré, il lui jette un objet qu'elle rattrape in extremis. Un collier de fer rouillé à grelots tient dans sa main qu'elle referme en vitesse après un regard entendu à son frère.
- REN !
- RIN !
Les deux jumeaux ne peuvent plus se voir désormais, la fillette emmenée par ces bras de titan. La dernière vision qu'elle a de son frère, c'est lorsqu'il s'accroche aux barreaux comme s'il pouvait les casser.
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- Alors, comment tu t'appelles ma petite ?
- Mon nom ne vous regarde pas.
- Quoi ? C'est comment ton nom ?
- C'est Va-te-faire-cuire-un-œuf.
Le pirate rigole d'un rire cristallin qui sonne faux aux oreilles de la jeune fille. Il est sur son trône -une pile de cagettes et de tonneaux, entouré de ses loubards. Rin ne rigole pas de cette scène surréaliste, voire clichée, parce qu'elle est au cœur de cet amas d'hors-la-loi. Au fond de sa poche, qui lui semble si lourde qu'elle pourrait éclater, se trouve le collier que Ren lui a donné, si important, si précieux.
- Je crois que tu n'as pas saisi dans quelle situation tu te trouves. Dit le capitaine.
- Il n'y a pas plus évident comme situation… Grogne-t-elle entre ses dents.
- C'est vrai, mais je crois que tu devrais vraiment réfléchir à ta condition.
- Je sais que vous êtes des pirates et je sais que je suis maintenant votre esclave. Mais je ferai toujours en sorte de vous montrer ma façon de penser, tente-t-elle en relevant le menton.
C'est alors aux sbires de rigoler. Leurs rires se répercutent entre les murs et Rin sent son ardeur baisser. L'étau se resserre autour d'elle, elle comprend qu'ils sont des adultes et qu'elle n'a que six ans.
- Une petite comme toi n'a pas sa place dans ce monde de brute, tu le sais non ? À ton avis, pourquoi je t'ai pris à mon service ? Pourquoi t'aurais-je achetée ?
Rin écarquille les yeux. Elle n'y avait pas pensé, trop occupée à éviter à son frère de souffrir comme elle allait le faire (avait-elle réussi ?) Avec ce marin, il pourrait réaliser son rêve. Mais elle ? Elle est maintenant dans un équipage pirate, mais a-t-elle envie de faire partie d'un équipage comme le leur ? Et surtout : en avait-elle le choix ? Avait-elle eu le choix de quoique ce soit ?
- Est-ce que tu te rends compte maintenant ? Sourit le capitaine quand il la vit pâlir. Tu vas nous servir, petite. Tu vas apprendre à fermer ta gueule et à travailler pour nos besoins, avec tes ressources. La loi de la jungle, comme on dit. Les plus forts bouffent les plus faibles.
La fillette se rend alors compte de la situation et des sueurs froides goûtent le long de son dos, la faisant frissonner. Le capitaine ne ressemble plus au gringalet blond qu'elle semblait voir jusqu'à maintenant. Il se lève de toute sa longueur, sourit de son sourire qui paraît si innocent, et il passe une main dans les cheveux de la petite fille qui reste figée d'effroi.
- Alors je deviendrai si puissante que je vous anéantirai. Déclara-t-elle froidement pour que lui seul entende.
Elle doit changer. Elle sait que ce qu'il va se passer à présent ne sera plus que noirceur. Elle devra se préparer à vivre le pire, à penser le pire, à devenir le pire. Le capitaine la prend dans ses bras, comme si elle était sa propre fille, et elle ne peut pas bouger.
- Regarde-moi.
Elle obéit en tremblant. Le visage du capitaine est si proche du sien qu'elle peut entendre sa respiration, si calme alors que la sienne est erratique.
- A partir de maintenant, tu t'appelles Mikito. Tu seras ma fille, la fille d'Isaac, Mikito. Tu as compris.
Elle hoche faiblement la tête en décrivant le profil enfantin d'Isaac. Il en paraîtrait presque sympathique, et elle se surprit à se dire qu'il était maintenant son père.
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« Pouah, ils sont dégueulasses en fait !
- Ouais, pas très bon…
- Si maman sait qu'on les a mangés…
- Rin ?
- …
- D'où les as-tu ramenés ?
- Baaaaah…
- Rin !
- Bah écoute, les pirates d'à côté en avaient, alors je les ai volés !
- Rin, sérieusement ? Tu pourrais faire attention !
- Ils n'ont rien vu, c'est incroyable ! Il faut dire, j'ai dû monter sur leur bateau et…
- TU ES MONTÉE SUR UN BATEAU PIRATE QUI EMBARQUAIT ?! »
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Des années passèrent. Isaac avait passé des semaines pour bien l'éduquer. Après tout, un bon chien se dresse aux coups de lattes, comme il disait souvent. Il prétendait qu'elle était sa fille, et elle en était désormais convaincue.
Il avait convenu de jeux pour la dresser. Au début, elle gardait la tête haute, voulant garder son essence, refusant de devenir la personne qu'il voulait voir. La règle des jeux était simple : ils parlaient et si quelque chose ne lui allait pas, il frappait.
- Comment t'appelles-tu ?
- Rin Utsuii…
- Faux.
Un coup de plus qui l'amène au sol.
- Tu t'appelles Mikito. Alors, comment t'appelles-tu ?
- Rin… Utsuii… Répond-elle dans un râle.
Isaac soupire. Quand allait-elle comprendre ? La petite fille au sol n'était qu'un ver de terre à côté de l'idylle qu'était Mikito -idylle qu'elle incarnerait au péril de sa vie. Un idylle de pureté -elle porterait toujours du blanc, un idylle de confiance -elle lui obéirait au doigt et à l'oeil- et un idylle de victoire -elle réussirait toutes les mission qu'il lui ferait faire.
- Faux.
Un autre coup plus violent vient lui coller le nez au sol de pierre.
- Comment t'appelles-tu ?
Elle devait effacer sa personnalité et l'échanger avec celle qu'Isaac lui créerait pour survivre. Elle devait incarner les valeurs qu'il voulait lui inculquer, pour survivre et pour rejoindre son frère quand elle serait grande.
- Je m'appelle Mikito.
Le capitaine sourit : il avait eu ce qu'il voulait. Il détruirait toute trace de Rin, pour la remplacer uniquement par Mikito.
- Bien, alors commençons tes autres cours.
Bien qu'il l'ait toujours vu comme un animal de compagnie, il avait mis un point d'honneur à lui apprendre tout ce qu'elle aurait dû apprendre : lire, écrire, la vie en société et la vie à l'extérieur des murs qui la retenaient prisonnière. Isaac lui avait appris et était devenu gentil aux yeux de Rin. Il la considérait comme une fille, et elle le considérait comme un père.
Il était fou. Et elle était en train de le devenir aussi.
Elle réussirait tout ce qu'elle entreprenait (tout ce qu'il lui commandait) et pour ça, elle avait besoin d'être la plus instruite possible. Tous ceux qui la toucheraient, tous ceux qui voudraient se l'accaparer, il les tuerait.
- Ma Mikito, tu ne nous quitteras jamais, toi, hein ?
- Ne t'inquiète pas Isaac, je resterai pour éliminer toutes les personnes qui seront sur ton chemin.
Isaac sourit. Son apprentissage avait porté ses fruits, et il était fier de ce qu'elle était devenue. Entre ses bras, elle devenait la petite fille parfaite qu'il avait toujours souhaité à ses côtés.
- Merci, ma Mikito…
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« Ren, comment vas-tu aujourd'hui ? Bien j'espère. Te traitent-ils avec soin ? L'entraînement est-il difficile ? Quand j'ai lu ce mépris dans les yeux de ce marine –et je ne pense pas me tromper- je savais qu'il détestait ce genre de personne : les Dragons Célestes. Après tout, il n'était là que par devoir, c'est comme s'il me demandait de lui pardonner d'être présent en t'achetant.
Ren, j'aimerais que tu sois bien où tu es parce que sinon mes efforts n'auraient servi à rien. Je suis désolée d'avoir pensé que tu étais chanceux, désolée d'avoir pensé que ta vie était meilleure que la mienne, désolée, tellement désolée… !
Si tu tombes sur ces mots, Ren, sache que mon apprentissage est fait, désormais. Il n'y a rien qui puisse rattraper le temps. Mais comme je vais brûler cette lettre, elle ne te parviendra jamais. Cette lettre est juste là pour me rassurer, et pour me rappeler que notre promesse existe.
Dommage, non ?
Dans l'espoir que mes sentiments les plus chaleureux te soient envoyés,
Rin Utsuii »
- … Et bien Mikito, tu m'expliques cela ?
- Isaac, ce n'est pas ce que tu cro–
- Silence.
Le souffle de la fillette de maintenant huit ans s'est coupé sous l'impact du coup qu'il lui a porté.
- Rin Utsuii ? Qui est-ce ? Penses-tu vraiment que cette personne existe ? Pourquoi tu ne réponds pas ? Répond !
Un autre coup part et Rin savait que désormais il était impossible de l'arrêter. Elle devra supporter son courroux. Pour lui, Mikito était une entité plus chère à son cœur qu'aucune autre et tellement précieuse qu'il fallait qu'il la garde près de lui, qu'il lui rappelle qu'elle était à lui et que seul lui pouvait la briser.
- Rin… Quel prénom hideux. Rappelles-toi que tu n'es plus Rin. Rin n'a même jamais existé. Mikito est la seule personne que j'aime. C'est toi.
La petite fille ne comprend pas encore la portée de ces paroles et est soulagée quand le capitaine, d'une main furieuse, lance la lettre au feu. Elle espère que ses sentiments arrivent jusqu'à Ren, comme lui a expliqué sa mère quand elle était petite. Jamais Rin n'aurait pu approcher le feu, dont elle était phobique, et était reconnaissante envers son père de l'avoir fait à sa place. Il était normal qu'elle se fasse punir, après tout elle avait enfreint les règles. La colère d'Isaac était logique, et elle méritait amplement les coups qui pleuvaient sur elle.
- Ma douce Miki, tu pars pour ta première mission. Mais avant cela, je pense qu'une autre séance est nécessaire. Alors Miki, tu sais ce qui te reste à faire. Montre-moi le chemin jusqu'à notre salle.
Rin ferme les yeux et sourit, de défaite. Elle se relève doucement et fait face au pirate, un visage neutre sur le visage. Le visage de Mikito
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- Oui, papa, je suis prête.
« Ren, regarde !
- Que… ?!
- Je peux faire plein de choses avec ce pouvoir !
- Ah bon ? Bizarre, je me demande d'où ça vient…
- Tu n'as rien, toi ?
- Non, rien…
- Ah bon ? C'est bizarre…
- C'est toi qui es bizarre !
- Hey ! »
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- Alors Mikito, comment s'est passée ta mission ?
Le capitaine prend la gamine de douze ans aujourd'hui et la pose sur ses genoux rocailleux. Isaac n'a jamais changé de visage, il est resté éternellement jeune, grand et longiligne. Mikito, elle, a changé du tout au tout. Sa peau est moins halée, ses cheveux sont courts. Elle porte du blanc, alors qu'elle aimait le rouge. Elle a appris à ôter la vie sans remords, elle qui sauvait même les scarabées qui se noyaient dans la mer. Elle a grandi, a perdu certaines de ses rondeurs d'enfant. Elle a beaucoup de muscles, et très peu de réserves. Dans quelques années, si sa croissance ne s'arrête pas -ce qu'Isaac aurait détesté, elle lui ressemblerait.
Avec enthousiasme, elle le laisse jouer avec ses cheveux. Mikito est éternellement une enfant -la fille d'Isaac, et en tant qu'enfant, elle doit être joueuse, bougonne, joviale et naïve. Mais elle ne doit l'être qu'avec son Père.
- J'ai pu tous les avoir, ils étaient assez faibles. Je n'ai même pas utilisé le pistolet que tu m'as laissé.
- Je n'aurais pas voulu que la seule balle du barillet finisse dans ton crâne !
- Mais cela ne sert-il pas à ça ? A se suicider si la mission est vouée à l'échec ?
Isaac serre un peu plus la petite dans ses bras, faisant tinter les chaînes qu'elle porte aux pieds.
- Quand tu as de l'imagination, cette balle te sert à bien plus…
Mikito ne répond pas et se contente de reprendre son récit, un sourire sur le visage.
- Certains ont été coriaces, tu as bien fait de mettre Uther avec nous.
- J'ai toujours raison !
- Ensuite nous avons dû laisser les blessés sur place et les exécuter, nous n'avions pas assez de médicaments ou de soins pour eux et–
- Mikito.
- Oui, papa ?
- Tu ne m'as pas dit que j'avais toujours raison.
- Je ne l'ai pas dit, bien sûr que toutes tes paroles sont vraies, après tout tu es le pirate le plus fort de tout Grand Line. Lance-t-elle avec fierté.
- Si je ne t'avais pas Mikito… !
La petite fille a appris à faire abstraction à ces réactions qui le poussaient à l'enlacer, à la façon d'un père. Elle collait sa joue contre la sienne, savourant ce moment de plénitude. Mais plus il la touchait, plus elle renfermait son esprit et plus elle oubliait comment les humains normaux se comportaient. Son lavage de cerveau avait si bien marché qu'elle se mettait à l'apprécier comme un père, à tel point qu'elle le protégeait et effectuait les missions avec plaisir. Rin n'était plus, et depuis longtemps. Mikito était Mikito, quoiqu'en pensent les autres.
Mais, dans un coin de son esprit, elle se rendait compte. Elle savait que tout ce qu'il se passait était mauvais, et qu'elle n'était absolument pas Mikito. Elle se souvenait même de son vrai prénom : Rin, de son affiliation : Utsuii. Loin dans son esprit, la nuit, quand elle dormait, elle rejoignait son frère et ils jouaient tous les deux.
Bien sûr qu'elle n'avait pas oublié, bien sûr qu'elle avait peur, qu'elle était terrifiée par Isaac, et que la seule façon qu'elle avait de se défendre était de l'aimer et de l'appeler Papa.
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En se regardant dans le miroir, ce jour-là, elle se souvint. Elle fixa son reflet, la tâche de sang sur sa joue, celle qu'elle s'était faite en cassant un verre.
- Quelque chose ne va pas…
Elle était assez forte pour partir, maintenant, non ? Douloureusement, elle réalisa qu'elle voulait fuir, qu'une peur viscérale s'était imprégnée en elle, et qu'elle vivait chaque jour avec elle. Elle referma son poing ensanglanté.
C'était décidé. Elle allait partir.
Et c'est là qu'elle l'entendit. Limpide, la voix qu'elle n'avait jamais oublié…
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- Mikito ! C'est Mikito, elle s'est barrée !
- Retenez-la !
- Oh putain, le chef est pas content là !
- Faites vite, bande de larves !
Rin courait. Elle courait aussi vite que possible, fuyant des impasses, fuyant ses assaillants.
Les couloirs étaient des labyrinthes mais elle les connaissait, ils ne lui faisaient pas peur… !
Pourquoi ? Pourquoi est-ce que tout cela avait fini comme ça ?
Pourquoi ?
Pourquoi devait-elle vivre ainsi ?
Pourquoi ?
Pourquoi devenait-elle aussi folle ?
- Pourquoi… Pourquoi ces mots, Ren ? Murmura-t-elle dans sa course effrénée.
Elle l'avait entendu. Purement, simplement. Elle avait entendu son frère lui parler. Peu importe si on la trouvait folle, son frère lui avait parlé !
« Rin, sauve-toi, sois heureuse ! »
Avait-elle le droit d'être heureuse alors qu'elle l'avait laissé seul ? Avait-elle le droit de sortir de cet enfer après tous les malheurs qu'elle avait attirés à sa mère ? Avait-elle le droit, ne serait-ce que d'être libre, après tous les crimes qu'elle avait commis ? Et Isaac lui pardonnerait-il d'avoir été une mauvaise fille ?
« Si ta mère est morte c'est ta faute tu sais ? Si tu n'avais pas mangé ce fruit, tu ne serais pas là… »
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« Un fruit du démon ?
- Oui, c'est comme ça qu'on les appelle.
- Tu lis beaucoup, Ren.
- Pas vraiment…
- Alors, qu'est-ce que ça dit ?
- Et bien, les fruits du démon sont très rares, ils accordent des pouvoirs à celui qui le mange, comme l'élasticité, la glace, le feu…
- Le feu ! Trop bien !
- Hein ? La glace c'est mieux !
- Nan le feu !
- Nan la glace ! … »
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« Tu n'aurais jamais été prise pour cible. C'est à cause de vous qu'on a attaqué un village. Dès que je t'ai vu, je t'ai adorée ! Ma seule fille ! Ma petite Mikito !
… Malheureusement, des membres de mon équipage vous ont vendu… Des traîtres ! Ils ont péri dans les mêmes flammes que celles qui ont brûlé ta mère… »
Ces fruits apportent le malheur. Elle ne voulait pas que les gens qu'elle aime souffrent.
Non… Plus jamais !
- Ren ! Je viens te retrouver ! Cria Rin.
Elle voyait la lumière à travers la porte. Oui, les chemins souterrains sortaient à l'air libre, le métal des murs se changerait en terre et ses pieds sentiraient le sable fin déposé par le vent.
Ses cheveux blond foncé s'envolèrent face au vent et elle inspira une dernière fois à fond.
- Libre ! JE SUIS LIBRE !
Éprise de cette soudaine indépendance, elle tourna sur elle-même et se remit à courir de toutes ses forces. Il fallait, vite, qu'elle s'en aille. Mais, où aller ? Bien, si elle allait tout droit, elle déboucherait vers la ville, elle avait une chance ! Aider une esclave ?
« Tu es folle Mikito, tu sais que tout le monde fuit les esclaves. Ils te surnomment comme ça, tu sais ? Pour la Marine tu es 'Les Chaînes Vengeresses', pour te rappeler que tu m'appartiens. »
- Je m'en fous !
Voilà qu'elle se parlait à elle-même.
- Je veux m'enfuir ! Désolée, Isaac…
La forêt s'arrêtait là, une petite falaise lui faisait face. Son moment d'hésitation lui fut fatal. Uther lui tira dans la jambe, la transperçant entièrement. Se relevant, elle hurla de toute la force de ses poumons.
Et sauta.
- Je veux être libre !
Elle avait l'impression de voler, elle sentait le vent, ses cheveux lui fouetter le visage, elle voyait le paysage défiler, un énorme sourire aux lèvres. Depuis quand s'était-elle sentie aussi entière, aussi bien ? Dans l'euphorie, elle répéta :
- LIBRE !
Rin tomber inexorablement vers le sol, attirée par les pierres pavées. C'était la fin pour elle.
Je vais mourir, c'était écrit.
Désolée, Ren, désolée d'avoir été égoïste. M'en veux-tu ?
…
- Ouch !
Rin rouvrit les yeux pour n'apercevoir d'une touffe blonde ressemblant vaguement à un ananas. En dessous d'elle se dandinait une forme un peu humanoïde, qu'elle n'eut pas le temps de distinguer.
- Hein ? Laissa-t-elle échapper.
- Mikito ! Reviens-là petite… !
L'enfant écarquilla les yeux. Sur la hauteur, les hommes d'Isaac, ses anciens compagnons, sautaient les uns après les autres de la dizaine de mètres dont elle était tombée.
- Ils m'ont…
Elle allait repartir de plus belle quand on la stoppa en la prenant par le poignet.
- Hey, petite, que se passe-t-il ?
Une voix rauque mais chaleureuse la fit frissonner. L'homme faisait le double de sa taille, et était imposant avec ses amis autour de lui. C'est la seule chose qu'elle réussit à distinguer, trop occupée à compter combien de secondes la séparait de la mort.
- S'il vous plait, je dois…
Rin pensa que Dieu voulait la punir encore plus. Elle s'était enfin enfuie, ayant récolté toute la force de son esprit pour se séparer d'Isaac, et on l'empêchait de courir.
- Je suis désolée…
En sanglots, elle s'écroula par terre et attendit son heure arriver. L'homme blond, contre toute attente, lâcha la petite fille avec plus de douceur qu'elle n'en avait jamais reçu depuis des années.
- Bon, qui s'y colle ? Demanda-t-il à ses acolytes.
- Moi.
Un autre homme, brun, aussi grand que le blond, mais qui le battait à la largeur de ses épaules, s'avança vers les assaillants et dégaina ses sabres. La trainée de pétales qu'il laissa derrière lui laissa la petite fille pantoise. Lorsqu'elle perdit connaissance, elle vit ses anciens camarades tomber sous ses épées.
