CHAPITRE 2 : BIENVENUE


Quand elle se réveilla, elle n'était plus sur les pavés. Tous ses sentiments étaient estompés à cause des drogues qu'on lui avait fait prendre. Un coup d'œil sur sa gauche lui montra un cathéter qui lui piquait le bras. Elle se leva, enleva d'un coup sec la perfusion et se leva, ignorant le sang qui coulait déjà du petit trou.

Pour se prendre le plancher aussitôt.

Dénuée de douleurs –les antidouleurs faisaient encore effet– elle se releva et se traîna presque jusqu'à la porte. L'armoire remplie de flacons de toutes sortes se secoua quand elle s'agrippa aux étagères, en faisant tomber quelques-unes. Ses jambes flageolaient, combien de temps était-elle endormie ? Que s'était-il passé après tout ça ? Pourquoi avait-elle survécu ? Qui étaient ces hommes qui l'avaient sauvée ? Où était-elle ? En ouvrant la porte de la chambre, elle bouleversa son destin. Ou alors était-ce peut-être lorsqu'elle était tombée tel un ange sur le commandant de la 1ère Division de Barbe-Blanche, Marco le Phénix ?

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- Hey petite, que se passe-t-il ?

On pouvait facilement comprendre que tout ne se passait pas bien. En voyant la petite fille pour la première fois, Marco avait presque cru voir un ange descendre sur Terre. Les vêtements immaculés, les longs cheveux et un visage d'enfant : il pensait que son heure était venue. De près, on aurait dit une âme perdue sur la surface terrestre. Cheveux sales, visage bleuté, yeux terrifiés, robe entachée, corps tremblant.

Petite fille en détresse.

Même sa réaction envers lui témoignait de sa peur. Marco n'y avait pas réfléchi à deux fois : cette enfant avait tapé dans son esprit aussi fort qu'un coup de poing.

- Bon, qui s'y colle ? Avait-il dit, à moitié pour rire.

- Moi.

Vista s'était avancé, dégainant ses sabres. Il n'y avait pas à dire : il était vraiment classe, pensa le phénix dans un sourire, même la gosse était sous le charme. Mais, à peine a-t-elle eu le temps d'être émerveillée qu'elle plongea dans le sommeil. Paniqué, Marco la secoua par les épaules.

- Oi !

Le Commandant l'avait rattrapée, de justesse, et la prit, avec une maladresse certaine, dans ses bras –il n'avait pas l'habitude. Il remarqua alors le sang qui coulait de sa jambe la pansa comme il le pouvait. Pour cette enfant, il aurait tout fait, sur l'instant. Ses poings s'étaient refermés sur ses paumes qui saignaient gouttes à gouttes tant il était crispé. Ses sourcils étaient froncés, son nez froncé. Une grimace se dessina sur ses lèvres. Il fallait la sauver. C'est pour ça que Marco s'était battu pour elle…

… Et qu'il était maintenant sur le pont du Moby Dick, un Barbe-Blanche agacé devant lui.

- Et donc cette mioche est… ?

Elle voulut courir vers lui, mais deux hommes la retenaient. Les secouant, elle criait des paroles incompréhensibles.

Marco avait déjà tout expliqué à son Père mais la fillette, en voyant l'Empereur, s'était ruée vers lui et l'avait frappé de toutes ses forces. Le phénix, tout comme son Père qui avait beau rigoler, commençait à trouver le temps long et sa patience avait des limites. En la prenant par le col et la soulevant, Marco fit face à la petite insolente.

- On t'a sauvée, tu nous dois le respect, gamine.

Elle gigota, hurla qu'elle ne dirait rien même si on la torturait et tenta de dégainer le couteau qui se trouvait jadis sous sa robe (mais on l'avait désarmée dès qu'elle était entrée dans l'enceinte de l'infirmerie.)

Une poignée de pétales de roses la calma aussitôt. Tous les matelots se tournèrent vers Vista, qui avait dégainé ses sabres dans l'unique but de produire ce phénomène. Rin semblait hypnotisée par le pirate, qui se baissa à sa hauteur.

- D'où tu viens ?

Elle ouvrit la bouche sans rien savoir dire, obnubilée par la beauté de l'homme devant elle. Devant son manque de réaction, Hajime (le médecin en chef de l'équipage) poussa un soupir.

- Elle est en état de choc, alors je vais le dire à sa place

D'un coup, il releva la robe de la jeune fille. Enfin, essaya, puisqu'elle le toisa si fort qu'il hésita.

- Si tu fais ça, je te tue. Lâcha-t-elle.

La température venait de descendre de plusieurs degrés. Ce n'étaient pas les paroles de la fillette qui effrayaient les gaillards, c'était Hajime.

Il détestait l'insubordination.

- Ah ouais ? Tonna-t-il. Essaie un peu, gamine.

Le phénix tenait toujours la gamine, d'un air désintéressé, comme à son habitude. Il savait déjà ce qui se trouvait sous le vêtement de cette enfant. Après tout, il avait veillé sur elle quand elle avait été soignée. Et quand Hajime remonta la robe, on y trouva la marque de l'esclave : la patte de l'ours.

Marco la lâcha, capable de comprendre que révéler son plus grand point faible était dur à encaisser. Elle releva les yeux vers Hajime, qui la fusillait du regard, deux fois plus grand qu'elle.

Dans ce duel, où elle promettait muettement de tuer le médecin, Newgate éclata de rire :

- Elle a de l'énergie, au moins !

Marco, lui, commençait à regretter sa décision. C'était un esclave, qui avait un maître. Et si ce maître était quelqu'un d'important ? Après tout, elle avait reconnu Barbe-Blanche au premier coup d'œil et avait essayé de le tuer. Elle avait d'instinct dit qu'elle ne dirait rien même sous la torture, comme si elle était dans le camp ennemi.

Seulement, plus il voyait cette petite fille, plus il l'aimait. Peut-être était-ce ce qu'on appelait l'instinct paternel : il n'en était pas sûr. En tout cas, il se demandait comment il allait faire pour se dépêtrer de cette merde. Il lui rappelait comment il était avant que son capitaine ne le prenne à son bord. Perdu, aigri, mais surtout terrifié.

Il prit la gamine par le col, un peu honteux de la porter différemment et qu'elle soit inconfortable.

- Père, je-

C'est soudainement qu'il eut un moment d'affaiblissement. Elle le força même à bien se positionner sur ses pieds. L'enfant qu'il portait encore par le col arrêta de gigoter.

Et prit feu.

Le phénix écarquilla les yeux, qu'avait-il fait ?! Persuadé qu'il avait commis l'impensable, il leva les mains au ciel, pour éviter de se brûler lui-même. Pourtant, lorsqu'il lâcha la fillette, celle-ci fuit en courant vers la balustrade, parfaitement en forme, et les flammes qui la léchaient disparurent. C'est Satch, non loin de là, qui l'écrasa sous son pied pour l'immobiliser avant de la porter sous l'aisselle.

- C'était quoi, ça ? Demanda Joz, ses éternels bras croisés.

Satch haussa les épaules en balançant la fillette à Marco qui la rattrapa sur son épaule. Se débattant, elle reprit les flammes jaunes et bleues par parcimonie, flammes qui l'avaient quittée il y a un instant. Le phénix sourit.

Il avait envie que cette fillette reste. Mais pour ça, elle ne devait pas être un poids. Et elle venait de prouver qu'elle n'en était pas un. Il la lâcha, sous son œil méfiant, elle le toisa, puis il s'adressa à son capitaine :

- Père, cette enfant ne peut pas rester avec nous, à part si elle en a la force.

Newgate commença à comprendre ce que voulait dire son Fils, et sourit en retour. Il n'avait, bien sûr, pas manqué la scène et avait déjà compris de quoi il retournait.

- Je crois qu'il faut que vous utilisiez ça. Je suis sûre qu'elle a déjà le pouvoir de résister.

S'il ne se trompait pas, cette petite avait la solidité nécessaire pour entrer dans les rangs. Autour de lui, les pirates s'exclamèrent. Une cohue sans nom éclata dans les rangs :

- C'est qu'une gosse, faites pas ça !

- C'est pas une enfant qui va y arriver !

- La dernière fois, on a tous douillé !

Les pirates se calmèrent sous le regard courroucé de leur Père. C'était un test, et les hommes qui n'étaient pas encore prêts à le passer devaient juste partir, le plus vite possible. Et ceux-là n'avaient rien à envier à leurs camarades, ils deviendraient plus forts avec le temps.

- D'accord Marco, dit-il avec un grand sourire, si cette petite passe cette épreuve, elle sera admise dans nos rangs. J'irai doucement, mes Fils !

Bien sûr qu'elle n'aurait aucune chance. Newgate le savait parfaitement, et Marco aussi. Impossible qu'une petite fille dans son genre puisse supporter l'épreuve.

La fillette agrippa les yeux de Barbe-Blanche. Elle se tenait droite, fière, presque dans une position de combat. Ses yeux marins, ceux dans lesquels on pouvait se perdre, ces magnifiques yeux étaient sans lueur, sans ce pétillement qu'avaient tous les hommes de Newgate, celui qui faisait chavirer un cœur. Les yeux de cette petite étaient terrifiants, laids, horribles. Froids et inhabités.

Barbe-Blanche perdit son sourire.

Comment une petite, une gamine comme elle, pouvait avoir cet air ? Celui qu'avaient les meurtriers, ceux qui avaient perdu la Flamme. Quand elle lui avait sauté dessus, il ne l'avait pas remarqué. Elle avait peur, ses coups étaient sans cohérence, et pourtant sa position maintenant était celle d'un professionnel.

Quelque chose s'était réveillé en elle. Sa peur avait quitté ses traits. Si elle avait tenté de passer par-dessus la bastingage, ce n'était pas pour s'enfuir. C'était pour mourir. Et ne pas donner d'informations sur son maître.

Alors, il tapa le sol de son pied et bientôt, des dizaines, des vingtaines de soldats s'effondrèrent. Rin, elle, se tenait la tête. Les commandants regardaient, inquiets, l'issue de ce combat à sens unique. Newgate, lui, renforça son haki, tentant de juger ses capacités. La fillette cria, puis, doucement, elle releva la tête vers le ciel.

« Rin… »

Oui, elle en était sûre.

« Sauve-moi… »

Elle entendait son frère.

« Je ne te pardonnerai jamais… »

Son frère l'appelait.

« Tu m'as abandonné… »

Elle avait mal, mais son frère l'appelait.

Elle cria de toutes ses forces. Mais bientôt le cri devint un sanglot et, voulant à tout prix que ce supplice s'arrête, elle hurla :

- ARRÊTE !

Les mains sur les oreilles, tremblante, elle fixait d'yeux affolés le sol, un point statique à ses pieds. Sa sueur perlait à grosses gouttes de tout son corps, de ses aisselles à ses jambes en passant à ses cheveux. Le pont en était trempé. Barbe-Blanche éclata alors d'un rire tonitruant, n'en croyant pas ses yeux.

- Une gamine qui résiste au haki ?

Il se pencha vers elle et esquiva de justesse l'épée qui aurait dû se planter près de son œil. Tout s'était passé si vite qu'il n'avait rien vu, car il avait baissé sa garde. Satch maîtrisa une fois de plus la gamine qui venait de lancer un sabre sur son Père.

- Pourquoi t'as fait ça, hein ?!

Complètement enragée, elle se cabra lorsqu'elle entendit une seconde fois le rire du capitaine.

- Gamine, quel âge as-tu ? Demanda-t-il.

Son souffle puissant, elle gronda :

- On ne donne pas d'informations aux ennemis.

Il haussa les sourcils et ignora la violence du mot. Il était conscient qu'elle ne les considérait pas encore comme ses sauveurs -si on omettait Vista, mais Barbe-Blanche n'oubliait pas qu'elle aussi en était une. Si elle s'enfuyait et décidait de revenir vers ses maîtres, elle pourrait donner de précieuses informations.

Il avait fait un pari avec son Fils, Marco. Le soir où elle avait été ramenée à bord, il avait promis qu'il s'occuperait d'elle. Et il avait parié : il ferait en sorte qu'elle regagne sa liberté et ne retourne jamais auprès de ses maîtres.

- Qu'est-ce qu'une gosse de ton âge fait ici ? Tonna Newgate.

Elle écarquilla ses grands yeux, puis revint à se débattre :

- Tu te moques de moi c'est ça ?! Lâche-moi, toi, je vais le buter ce vieux, je–

- Au lieu de me bousculer comme ça, pourquoi ne répondrais-tu pas ? Demanda le commandant de la quatrième division d'une douce voix.

Comme réponse, elle lui cracha au visage.

Satch, très peu content qu'on ait pu toucher à sa fierté de la sorte, donna un grand coup sur le haut de la tête de la petite fille, ce qui eut pour effet de la calmer un tant soit peu.

- Alors, pourquoi on t'a sauvé ? Questionna gentiment Marco, un peu amusé d'avoir vu son ami dans un état pareil.

Tremblante de colère et de honte, Rin ne savait plus quoi dire. Leur dire la vérité, la stricte vérité ? Si ça se trouve, ils allaient la redonner à ces pirates. Elle ne voulait pas revenir vers Isaac et l'aimer davantage, comme elle ne voulait pas qu'il soit déçu d'elle.

Ses sentiments étaient si contradictoires qu'elle ne savait plus ce qui était vrai.

En regardant Barbe-Blanche, elle pensa à ce qu'elle pouvait faire. Cet homme était l'homme le plus puissant de la génération, son équipage, le plus puissant qu'il existe. Newgate pouvait la protéger, protéger son frère. Elle se souvint alors de la promesse qu'ils avaient faite, de la clochette qu'elle portait à son cou, et décida de ne plus se battre. Qu'est-ce qui était le plus important ? La promesse faite à Isaac, ou la promesse faite à Ren ?

- Si… Si je vous dis tout, vous pourrez me protéger ?

Des larmes, celles qu'elle avait reniées tout ce temps, coulèrent enfin et elle les accepta.

- Vous pourrez me protéger, moi et mon frère ?! Vous êtes l'homme le plus fort de tous les temps, vous saurez faire ça ?!

D'un reniflement, elle enleva tout ce qui coulait. Les commandants se regardèrent et Marco soutint le regard entendu de son Père. Celui-ci, qui n'avait cessé de rigoler, affirma :

- Bien sûr que je saurai le faire !

Rin releva la tête vers le colosse. Si elle décidait de lui faire confiance, alors peut-être que sa vie vaudrait enfin quelque chose. Ses péchés seraient peut-être lavés si elle apprenait à aimer quelqu'un d'autre qu'Isaac…

- Deviens ma Fille, deviens forte et toi-même tu sauras te défendre !

La petite souri–

- Mais avant tu nous racontes tout. Interrompit Marco.

La petite fit une moue dégoûtée. Il venait de gâcher un moment qui serait sûrement gravé dans sa mémoire pour l'éternité.

- Ta gueule, toi ! Gueule d'ananas !

Rin Utsuii venait d'insulter le premier Commandant de la flotte de Barbe-Blanche. Du plus profond du cœur. Elle se colla alors à Satch –qui n'avait rien compris à ce qu'il se passait, elle lui avait craché dessus n'est-ce pas ?– et tira la langue au phénix. Ce qu'elle eût bien fait de regretter la seconde suivante. Transportée par le col, un certain détenteur de fruit du démon mythique la soupesait en s'adressant à son Père :

- Bon, qu'est-ce qu'on fait d'elle ?

Un grand silence entrecoupé de petits cris de rage se fit entendre avant qu'une voix sarcastique ne monte dans les rangs :

- Il faudrait déjà qu'elle prenne une douche.

Si la fillette ne comprenait pas les blagues, elle avait très bien entendu cette remarque qui la fit rougir de honte. Pour Isaac, elle devait toujours être présentable. Le sang était autorisé, mais il lui arrivait de la frapper quand elle était trop sale. La remarque l'immobilisa, comme si elle attendait qu'on la punisse. Marco le remarqua bien et soupira d'agacement. Pas envers elle, envers les connards qui l'avaient faite tourner ainsi.

- Marco, tu t'occupes d'elle ! Déclara Newgate. Après tout, c'est toi qui l'as trouvée.

C'est aussi pour ça qu'il soupirait.

- Bien sûr, Père, sourit-il.

La petite ne se rebella pas et continua d'observer avec attention le vieux Capitaine étrange qui se tenait devant elle. Comme hypnotisée, elle ne le lâcha pas du regard avant que Marco ne ferme la porte qui menait aux douches.

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- Alors, tu vas nous dire d'où tu viens, toi ?

- De nulle part, répondit-elle en le snobant.

Marco ne savait pas ce qu'il préférait. La frapper ou la frapper ? Non, il ne fallait pas. S'il la frappait, il deviendrait comme ces ordures. Au lieu de ça, il activa la douche en appuyant sur le bouton à pression. Elle protesta un peu, et il se retrouva lui aussi trempé. Il constatait très bien les hématomes, les bleus, les blessures, les coups, sur la peau de la gamine. Il avait aussi tiqué quand elle n'avait montré aucune notion de pudeur, ou quand elle essayait par tous les moyens de cacher la marque gravée au fer rouge sur son nombril.

- Comporte-toi comme une adolescente, pas comme une gamine.

Une fois de plus, elle prit la teinte rosée qu'elle prenait lorsqu'elle était énervée ou qu'elle avait honte. Ca, c'était sans doute la seule chose qui restait de ses vrais sentiments, pas de celle qu'elle devait être devant ses maîtres. Et savoir qu'elle le montrait devant lui le rendait fier.

- T'es pas mon père !

Le phénix ne se rendit compte de ces paroles qu'un certain laps de temps après qu'elles aient été dites, après quelques battements de cils.

- Pardon ?

- T'es pas mon vieux ! Ta gueule !

C'en était trop.

- Ça marche.

Il commença à lui mousser les cheveux et, encore, elle s'immobilisa comme un animal affolé.

- Je te lâcherai quand tu m'auras tout raconté.

Elle ne bougea plus et le regarda dans les yeux. Elle le fixa ainsi quelques instants avant de baisser le regard.

- J'ai compris. Je vais parler. Parce que je vais me servir de vous.

- Tu acceptes la proposition de Père ? Dit-il brusquement, un peu stupéfait du choix des mots de la jeune fille.

- Je ne sais pas… Si Isaac le sait, il serait en colère.

- Qui est Isaac ?

- C'est Papa.

- C'est ton maître ?

- Il n'aime pas quand je l'appelle maître.

- Il n'aime pas beaucoup de choses, ton Isaac, plaisanta Marco.

- Il n'aime pas Rin, il dit qu'il préfère Mikito.

Elle pencha la tête sur le côté, comme si elle essayait de comprendre la logique même de la chose insensée qu'elle racontait. Elle semblait en train de réaliser le lavage de cerveau qu'on lui avait fait subir, se dit Marco en lui rinçant les cheveux.

- Où étais-tu avant qu'on vienne t'aider ? Pourquoi t'es-tu enfuie ?

Marco détestait vraiment l'esclavage et n'y mettait jamais son nez. Seulement, il devait en savoir plus sur cette petite, qui n'avait pas l'air si impuissante qu'elle paraissait. "Se servir d'eux" ? "Papa" ? Son maître avait vraiment des goûts particuliers, et il se demanda un instant si elle n'avait pas été abusée par cette merde.

- J'ai été achetée par Isaac, le capitaine des pirates Nécrophages. Conta-t-elle. Je suis appelée les "Chaînes Vengeresses."

Elle lança une œillade au commandant qui n'avait pas bougé, écoutant patiemment.

- J'ai vécu avec eux pendant…

Elle dissocia. Marco voyait beaucoup de ses camarades le faire, dont le petit Bittle qui venait juste d'arriver. C'était le signe d'une dépression profonde, voire d'un trouble plus grave encore. Comme si de rien n'était, elle reprit :

- Je ne sais pas combien de temps, mais avant je vivais avec mon frère.

- Tu as un frère ? Intervint Marco.

- Oui, il s'appelle Ren. Il a été acheté en même temps que moi, mais c'est un marin qui l'a pris. Il voulait devenir marin, vous savez ? C'était ma seule famille… On s'était promis qu'on se retrouverait à nos 20 ans, mais je n'ai plus jamais eu de nouvelles…

Il s'attendait à tout moment à la voir fondre en larmes, mais son expression restait inlassablement neutre. Le phénix se sentit encore plus désolé de lui avoir demandé ça, et la rassura :

- Il a promis qu'il te reverrait à vos 20 ans, non ? Je suis sûr qu'il ne brisera pas cette promesse, pourquoi il serait mort ?

- Une fois… Une fois, j'ai voulu envoyer une lettre à Ren et… Isaac l'a vu et a brûlé la lettre. Je suis sûre qu'il est parti le tuer. Ma mère me disait qu'en brûlant une lettre, elle serait transmise par la fumée au destinataire. Si Isaac a suivi la fumée… Ren…

Des larmes silencieuses dévalèrent de ses joues rougies -Marco se rendit compte que l'eau était trop chaude et la baissa d'un coup. Gêné, il ne trouva rien d'autre à faire que lui caresser la tête.

- Tu es importante pour lui, il ne mourra pas.

- C'est moi qui l'ai entraîné là-dedans ! Je… Je l'ai tué…

Le phénix prit la petite fille dans ses bras qui, surprise, crispa tous ses muscles.

- Ce n'est pas de ta faute. Ce n'est ni ta faute ni celle de ton frère.

- Mais, je…

- Non, ce n'est pas de ta faute. Et si tu n'arrives pas à te pardonner, d'autres le feront pour toi.

La petite fille ne trouva rien de mieux que de se blottir dans ses bras.