CHAPITRE 3 : APPRENTISSAGE


Voilà une semaine que Rin est sur le bateau.

Voilà une semaine que Rin dérange l'ordre public.

Voilà une semaine que Rin ne sait pas mettre de vêtements.

Voilà une semaine que Marco se demande chaque jour pourquoi il a défendu cette fillette.

- Pourquoi ?!

- Parce que, sors de là tout de suite !

- Il m'a regardée de travers !

- C'est son regard normal !

- Tu vas voir, vieux schnock, tu ne vas rien comprendre quand je vais te sortir les boyaux par les trous de nez !

Alors le phénix faisait sortir Rin de la chambre de Barbe-Blanche sous les rires de ce dernier : il avait l'habitude qu'elle veuille le tuer maintenant. Pas qu'elle le déteste, loin de là. Mais le lien qu'elle avait avec ses maîtres ne s'effacerait pas comme ça. Elle le respectait de loin, se disait le 1er commandant. Plus que ça, Marco restait persuadé qu'elle le faisait pour être testée tous les jours, savoir si elle deviendrait assez forte pour devenir un membre de cet équipage.

Encore aujourd'hui, l'influence qu'avait ce « Isaac » sur elle était exceptionnelle. Elle pouvait se réveiller la nuit juste par habitude et traquer un pirate pendant plusieurs heures parce qu'elle pensait qu'on le lui avait ordonné. Elle ne semblait pas pouvoir tenir sur place, se retournant parfois pour visser son regard sur quelqu'un.

Si on la prenait par surprise, elle le prenait très mal. Elle avait déjà frappé plusieurs matelots, même si elle essayait de se contenir. Et quand on la touchait, elle se libérait très vite, détestant les contacts.

Depuis qu'elle était arrivée, elle colportait que Newgate était un ennemi, comme si on lui avait mis en tête que Barbe-Blanche était une mauvaise personne. Parfois, elle faisait un cauchemar où elle murmurait des supplications. A qui ? ça, Marco ne le savait pas. Il finissait par lui caresser les cheveux, doucement, et les tremblements se tarissaient.

- Tu persistes à vouloir le tuer alors qu'il t'a acceptée.

- Il essaye juste de m'utiliser.

- Pourquoi il ferait ça ?

- Parce que je–

Elle se tut. Là, ça devenait intéressant.

- Parce que tu… ?

- Parce que je suis une petite fille qui a déjà travaillé avec des pirates…

Ça ne sentait pas le mensonge, mais ça ne sentait pas la vérité non plus. Quelque chose se cachait derrière cette moue gênée. Marco et elle s'étaient beaucoup rapprochés. Il mettait un point d'honneur à respecter sa parole : en faire une Sœur. Il avait reniflé le joyau brut qu'était la petite fille, et il s'en serait voulu à vie s'il l'avait laissée sans rien faire.

- Et si tu me disais la vérité ?

- C'était la vérité !

- Toute la vérité.

Elle regarda sur ses côtés –même s'ils étaient dans la cabine du phénix donc il ne pouvait avoir personne à part eux– et marmonna :

- Je ne veux pas le dire.

Cet air nonchalant le fit rigoler. Elle était difficile à comprendre. Pourquoi vérifier avant de dire quelque chose qui ne sert à rien ? Toutes ces habitudes montraient à quel point la vie privée de Rin n'avait jamais eu aucune importance avant d'entrer ici. Elle avait été surveillée pendant des années.

- D'accord.

Pour confirmer ses doutes, il devrait utiliser la force. Bien sûr, il n'aimait pas ce genre de pratique, mais il en avait besoin pour confirmer ses théories.

Il prit la fillette dans ses bras, comme il le faisait parfois. Il ne prêtait plus attention aux rires mi-moqueurs mi-attendris des matelots.

- Marco, on va où ? Demanda-t-elle d'une voix mal assurée.

Le phénix n'écoutait pas : il avait déjà des remords à mettre en application son expérience. Rin lui demanda plusieurs fois ce qu'il comptait faire, comprenant déjà puisqu'ils s'approchaient très dangereusement du bastingage. Il traversa le pont, sous le regard hilare de ses compagnons et passa même devant son Père, désormais sur le pont, à qui il s'adressa :

- Père, je peux me permettre de confirmer quelque chose ?

Le Père visionnait la scène comme une bonne série télé. La gosse était un élément qui balayait son ennui avec une force colossale et il était toujours amusé de la voir dans des situations pas possibles. D'ailleurs, celle-ci semblait en train de le supplier de ne pas dire oui -elle avait très bien compris ce que comptait faire le Phénix. Ces yeux étaient comme une confirmation de leur hypothèse, mais on n'était jamais assez sûrs :

- Vas-y.

Newgate savait déjà de quoi parlait son commandant et lui aussi avait bien envie de voir quel serait le résultat. Heureusement qu'ils étaient sur une mer d'huile.

Car le Phénix balança la petite dans l'eau.

Elle poussa un cri strident, plus perçant que tous ceux qu'elle avait pu faire et atterrit dans l'immensité glaciale. Quelques hommes se penchèrent, comme Satch, Joz, Vista ou Teach, en même temps que le 1er commandant et attendirent les résultats.

Non : la fillette ne remontait pas. Même après quelques secondes. Elle n'avait pas essayé de rester à la surface, pour la simple et bonne raison qu'elle ne pouvait pas nager.

- Qui va la chercher ? Dit Marco en souriant, même pas inquiet.

Satch se jeta tout de suite, une grosse grimace s'étant formée sur son visage à cause de l'anxiété. Forcément qu'après ces quelques jours passés avec les pirates de Barbe-Blanche, elle en était devenue la mascotte, comme une fille pour tous ceux qui avaient laissé les siennes ou qui n'en avaient juste pas. Comme c'était le cas de Satch.

C'est pour ça qu'il sauva Rin.

- Hey, ça va petite ?

Celle-ci hoquetait et toussait à côté de Satch qui n'était même pas essoufflé. Et Dieu qu'il était long de monter l'échelle de corde avec une petite fille dans les bras sur cette grosse baleine de navire.

- Vous êtes tous tarés ici… Toussa-t-elle.

Si elle n'avait pas été une enfant, il l'aurait rapidement fait passer par-dessus bord encore une fois. Malheureusement, elle avait seulement douze ans. Et on ne fait rien à une gamine de douze ans. Tout du moins, dans l'équipage de Barbe-Blanche…

- Même pas un petit merci ? Insista Satch.

- …

Elle le fixa intensément, tellement qu'il pensa qu'elle ne lui pardonnerait jamais, ou qu'elle tentait de lui faire un trou entre les deux yeux.

- … Merci.

Marco lui ébouriffa les cheveux chaleureusement sans qu'elle n'ose le toucher. Si le premier commandant avait bien compris quelque chose, c'est que la petite fille marchait non avec de l'attachement, mais avec une situation de hiérarchie pré-établie. Elle avait appris à obéir à des ordres venant d'un supérieur et de le respecter, voire de le craindre. Or, c'était tout-à-fait l'inverse de l'enseignement de Newgate.

Bien sûr, tous les gaillards des flottes respectaient le capitaine, autant sa force inhumaine que sa gentillesse, ainsi le voyaient-ils comme une figure paternelle qu'ils pouvaient suivre sans crainte. Il allait sans dire qu'habituer cette fillette ayant grandi dans cette violente façon de penser allait être difficile à remettre dans le « droit chemin ».

Mais était-ce vraiment juste pour elle qu'il faisait tout ce travail ? Ne valait-il mieux pas de laisser cette relation de supériorité pour qu'elle se sente mieux ? C'est ce que Marco voulait savoir, et pour cela il devait jouer sur les deux plans. Cela allait être difficile, mais tout le monde devait faire comme ça. Si la petite était réactive à la relation d'attachement, alors ils continueraient comme ça. Il est important pour une enfant de respecter son aîné mais il est aussi important de savoir qui est son allié et d'en former par soi-même. Et ça, la petite en était incapable. On lui donnait ses alliés, comme des ordres.

.

- Petite, tu ne veux pas descendre avec nous ?

- Où ça ?

- Nous allons bientôt faire le plein de provisions

- Pourtant nous ne sommes partis de mon île qu'il y a peu de temps.

- Tu as peur ?

- Je ne veux pas qu'ils me reprennent.

- Et ça n'arrivera pas, sale gosse.

Il tapota la tête de la gamine et elle déposa ses mains sur celle du commandant. Marco avait remplacé la place qu'Isaac avait depuis longtemps dans son cerveau. Alors elle l'autorisait à la toucher, à la disputer, à la regarder… Et était étonné qu'il ne fasse pas plus appel à elle que ça. Pas qu'elle se sente abandonnée, mais elle lui avait dit qu'Isaac voulait toujours sa présence à ses côtés, alors elle s'ennuyait sur le Moby Dick.

- Tu viens avec moi ? Questionna-t-elle.

- C'est plutôt l'inverse non ?

Elle sourit. C'est là que Marco sentit son torse se remplir de fierté.

- Jamais je ne te suivrais, vieux schnock.

- C'est ça ou c'est rien, la gosse.

- … Je viens.

- C'est bien.

- Qu'allons-nous chercher, déjà ?

- Des provisions…

La gamine sut qu'elle ne devait pas poser trop de questions.

- Je me demande… Hésita-t-elle.

- Oui ? L'invita-t-il à continuer.

- Pourquoi êtes-vous si gentils avec moi ?

- Tu veux que je sois méchant avec toi ? Rigola-t-il.

- Non, bien sûr ! Se corrigera-t-elle immédiatement.

- Je suis ton camarade, okay ? La gronda-t-il gentiment.

- … Hum.

- Nous n'avons aucune raison d'être gentils, on l'est c'est tout. Quand Père nous a recueillis, ça nous a fait du bien, on n'était que des hors-la-loi et pourtant il nous a appelés ses fils. On essaie de faire pareil de notre côté, c'est tout.

- Commandant Marco ! Appela un de ces hommes. Nous sommes arrivés !

Ledit commandant regardait la petite fille à ses côtés. Elle avait un peu changé, mais pas grand-chose. Des cheveux un peu plus longs, un teint plus hâlé. Son cœur aussi grandissait un peu plus à tous les instants qu'ils passaient ensemble. Elle avait fini par tous les adopter et si elle avait du mal avec certains –Joz, Izou et certains autres matelots– elle était très sage et fraîche avec d'autres –Satch, Vista mais surtout Marco.

- Tu voudrais quelque chose ? Tant qu'à faire, on va te prendre des vêtements, mais y a-t-il quelque chose d'autre que tu voudrais ?

Certaines têtes se retournèrent vers eux, intéressés par ce qu'il se disait, mais la petite fille, à la déception de beaucoup, secoua la tête. Depuis qu'elle était ici, elle n'avait jamais rien demandé, ce qui inquiétait rudement Marco.

- Je n'ai besoin de rien, je suis bien comme ça.

Marco soupira, cette petite parfois était trop têtue.

- Tu n'as pas à te faire prier tu sais ? Tu peux demander ce que tu veux ! Intervint Satch.

Elle baissa la tête, les yeux dans le vague. Satch et Marco se regardèrent, habitués à ses moments de dissociation, et revinrent avec surprise sur la jeune fille quand elle commença à prendre une teinte dangereusement cramoisie.

- Bah, qu'est-ce qu'il t'arrive ? T'es malade ? S'inquiéta le quatrième commandant.

- Je… Je veux bien une chose…

Elle semblait si troublée que les deux commandants faillirent la presser mais ils se reprirent. Plus ils la poussaient, et moins elle dirait ce qu'elle a sur le cœur. Elle releva son minois vers eux et prononça dans un amas de mots croassants :

- Je voudrais un bracelet…

Puis, alors que les commandants, septiques, la fixaient d'étonnement, elle cacha son visage entre ses doigts encore un peu boudinés. Encore une fois, les commandants accrochèrent leurs regards. Tout ce cinéma pour ça ? Ils n'auraient pas cru Rin intéressée par la mode -surtout en voyant ses vêtements actuels : un amas de couleurs divers, tous trop grands pour elle.

- C'est… C'est tout ? Fit Satch, avec un sourire pour ne pas la vexer.

Rin hocha la tête avidement, mais semblait encore en proie à une grande honte sans sens. Après tout, ce n'était pas incroyable. Mais

- Il fallait le dire plus tôt, ma petite Rin !

La fille enleva ses mains pour tendre un collier.

- C'est ce que Ren m'a donné la dernière fois qu'on s'est vus… Mais il est tout cassé et un collier ce n'est pas pratique.

Le Commandant de la quatrième division frotta le haut de tête de la petite avant de lui sourire et de la prendre sur ses épaules.

- On va le réparer, okay ? Comme ça, même pas besoin d'un nouveau ! En plus, celui-là sera bien plus beau que tous ceux qu'on va trouver, tu ne penses pas ?

Rin se pencha vers lui et ils suivirent alors leurs frères et sœurs qui, déjà devant, s'étaient engagés dans les rues de cette île commerciale.

.

- Alors Rin, qu'est-ce que tu aimes ?

- J'aime bien ça.

Elle montrait des vêtements noirs sans grande originalité, qui semblaient très pratiques pour bouger mais hideux. Ils l'avaient déjà remarqué, mais la petite fille n'avait aucune idée de ce qu'elle aimait ou pas. Quand on lui demandait sa couleur préférée : "aucune", un plat préféré : "je mange de tout", qu'est-ce que tu aimes faire : "m'entraîner".

- Et en bas ? Sourit Satch, se posant de grandes questions sur les goûts de sa petite protégée.

Elle pointa de l'index une jupe courte kaki et un short bleu nuit. Marco et Satch se regardèrent et en vinrent à la même conclusion : Rin n'avait aucun goût vestimentaire. Ce n'était pas bien grave, la mode n'était pas un don pour eux non plus. Mais à ce stade, autant choisir pour elle.

- Qu'est-ce que tu aimes comme couleur, ma belle ?

- Isaac disait que le blanc m'allait bien. Et Isaac a toujours raison. Termina-t-elle avec une moue assez fière.

Puis son visage de décomposa et elle se reprit :

- Non, non, pas de blanc, si Isaac voit que j'en porte sans lui…

Elle hocha la tête sans rien dire, se renfermant même. Sentant sa protégée s'attrister, Satch lui caressa le haut de la tête comme il en avait le secret et la rassura :

- Tu peux nous dire ce que tu–

Sans lui laisser le temps de finir, Marco tint fièrement une robe d'un blanc immaculé qui laissa les pupilles de Rin écarquillées d'effroi.

- Il a raison, le blanc te va bien, tu devrais essayer ça.

- Non. Non, le blanc c'est pour les jeux. C'est Isaac qui le dit.

Il lui sourit, comme d'habitude, mais elle restait dans une prostration choquée et donc, doucement, il se baissa à sa hauteur.

- Les jeux sont terminés, petite. Il n'y a plus de jeux, maintenant, tu es libre, c'est toi qui l'as dit le jour où l'on s'est rencontrés, n'est-ce pas ?

Elle acquiesça.

- Alors porte ça, tu vas voir, elle va bien t'aller.

Encore une fois elle confirma et prit l'habit avant de partir l'essayer dans les cabines au fond du magasin.

- J'en ai eu des problèmes dans ma vie, commença Satch, mais on dirait que cette petite en a eu plus que moi en seulement douze ans d'existence.

- Ouais, affirma le phénix. C'est ce qui m'énerve.

Le cuisinier considéra son Frère et lui demanda avec un soupir attendri :

- Tu es sûr que tu veux continuer à t'occuper d'elle ?

L'oiseau légendaire sourit.

- Ouais.

- Tu t'es attaché à elle, finalement.

- Il faut bien l'avouer.

Le petit minois réapparut l'instant d'après, marchant tel un robot vers les deux adultes. Elle qui semblait toujours à son aise quelque soit la situation avait perdu toute assurance.

- Bah tu vois qu'elle te va bien cette robe ! S'exclama Satch.

Sans ses haillons, la petite fille était ravissante. Le blanc réhaussait le ton mat de sa peau, et mettait en valeur ses yeux bleus océan. Marco devait bien l'avouer, Isaac avait eu raison sur ce coup-là. Et il avait bien fait attention à ce que cette couleur reste à jamais gravée dans la mémoire de cette enfant comme étant sa couleur. Il espérait qu'elle se libérerait de cette emprise en grandissant.

- Je n'aime pas cette robe… Souffla-t-elle.

- Elle te va bien pourtant ! Essaya de la rassurer Satch.

Elle releva ses yeux implorants sur Marco hocha la tête. Elle recherchait constamment son approbation, encore quelque chose sur lequel ils devraient travailler.

- C'est vrai, tu es très jolie.

La petite fille sourit alors timidement à son tour.

- Alors je la garde.

Les deux pirates ne connaissaient rien aux enfants mais puisqu'ils en étaient là, autant continuer à jouer les parents. Lorsqu'ils sortirent de la boutique, leurs maigres affaires entre les bras, ils décidèrent de rentrer directement au bateau. En passant à côté de panneaux informatifs, Satch s'arrêta brusquement, faisant se retourner Marco qui portait Rin sur ses épaules. Il détacha l'affiche qui l'avait interpellé et la plia pour la mettre dans sa poche.

- Qu'y a-t-il Satch ?

- Non rien, allons-y, je vous montrerai une fois arrivé.

Cette île avait une galerie marchande très développée. Nous étions au début du printemps, et si la température était plus que sympathique, il n'y avait pas grand monde. Et c'est pour ça que Marco avait décidé de débarquer ici pour les provisions. Il savait que Rin se sentirait plus en sécurité que dans une foule. Quelques marins avaient protesté -surtout Ness, un gaillard qui était sur le bateau depuis qu'il avait 15 ans et qui ronchonnait pour tout et rien.

Ils passèrent devant un bijoutier. Les deux pirates ayant un peu oublié leur promesse de tout à l'heure -l'escargophone n'arrêtaient pas de sonner pour donner des nouvelles de la cargaison, passèrent devant sans y faire attention mais ce fut sans compter sur Rin qui s'arrêta net, étoiles dans les yeux, devant la vitrine pour contempler des accessoires pour enfant, tirant les cheveux du Phénix au passage. Il se rappela bien vite de la raison de la venue de sa protégée.

- C'est vrai que nous avons dit que nous allions le réparer, dit le cuisinier en s'avançant vers elle.

Elle hocha la tête avec vigueur, émerveillée par toutes les pierres qui brillaient.

- Je reviens, je ne vais pas être long, informa-t-il au premier commandant et à la petite.

Alors que Satch disparaissait dans le magasin, Marco observa la petite, accrochée à la fenêtre d'exposition. Ses yeux pétillaient comme ils ne l'avaient jamais fait, c'est avec une admiration sans faille qu'elle fixait les pierres serties et les formes de coquillages.

- Tu aimes les bijoux ? Lui demanda le commandant.

- Oui. Répondit-elle sans hésiter.

- Lequel tu préfères ?

Elle pointa avec hésitation son doigt vers un collier en forme d'étoile, complètement hypnotisée.

- Tu veux qu'on te le prenne ?

- Je n'en ai pas besoin.

- Ce n'est pas ce que je te demande, si ?

Elle dirigea ses yeux vers le bas, en proie à un conflit intérieur, comme si elle réfléchissait pour savoir s'il avait raison ou pas.

- … Je veux bien. Lâcha-t-elle en rougissant légèrement.

Encore une fois, elle cacha son regard avec ses mains, sans doute par réflexe. Quelques minutes plus tard, elle avait autour du cou un joli pendentif et au poignet un grelot qu'elle s'amusait à faire tinter. L'expression de pur bonheur quand elle reçut ses cadeaux était un souvenir qui resterait pour toujours gravé dans l'esprit de Marco et Satch.

.

Dès qu'ils furent arrivés au navire, Satch montra avec fierté l'avis de recherche qu'il avait dégrafé. Un groupe s'était formé autour de lui quand il s'était exclamé "regardez ça, regardez ce que j'ai ramené !"

- Regardez-moi ça !

Mikito, ou les "Chaînes Vengeresses", Dead or alive, 22,000,000 berries.

- Il y a une telle récompense sur ta tête… ? Soupira Marco en passant une main sur son visage.

- Tu vois ça, ma Rin ? Bientôt, sur cet avis de recherche il y aura marqué « membre des Pirates de Barbe-Blanche » !

La petite parut étonnée et rougit fortement. Elle baissa les yeux en fourrant sa tête dans ses mains.

- Rin ?

Elle frappa le pirate d'un faible coup de pied. Satch, inquiet, lui demandait ce qu'il avait fait mais Marco voyait bien le sourire qu'elle portait.

.

- Marco.

- Oui, Père ?

Le soir était tombé et les verres se percutaient alors que les voix fusaient et que la fête battait son plein. Rin avait été embarquée par une bande de matelots qui l'emprisonnaient pour lui faire des câlins, pleurant le nom de leurs filles laissées sur terre. La petite criait de détresse face aux embrassades des pirates, n'hésitant pas à leur donner de gros pains dans leurs gueules.

- Si cette petite reste, autant qu'elle serve à quelque chose.

Le phénix, encore une fois, était sûr de ce que son Père voulait dire. Pourtant, il ne put s'empêcher d'être en désaccord avec cette décision. Non : il ne pouvait pas se résoudre à transformer une fois de plus cette petite innocente en une arme de guerre.

- Père, je pense que–

- Quoique tu fasses, elle a déjà été entraînée. Ne crois-tu pas qu'il serait bénéfique qu'elle apprenne une nouvelle façon de se battre ?

Le blond fronça les sourcils. Il ne voulait simplement pas qu'elle se batte. Il n'était pas fondamentalement en désaccord avec son Père, mais ça ne l'enchantait pas non plus.

- Elle a du potentiel, continua le paternel. Je ne peux que te conseiller de nous l'approprier. Ca fait presque 14 ans qu'Oden nous a quittés, il serait temps de penser à le remplacer.

- Elle n'a rien demandé à personne, répondit Marco. C'est juste une petite fille. Elle a été achetée par un pirate qui l'a torturée pour lui apprendre une mauvaise façon de vivre.

Il avait toujours son sourire indéchiffrable. Une manie qu'il devrait laisser tomber mais il ne pouvait s'y résoudre. Ainsi, personne ne pourrait le lire. Mais en croisant le regard de cette petite, elle lui envoya un signe de la main. "Tout va bien ?". Comme si elle lisait dans ses pensées. Il lui répondit par le même langage que tout allait bien, et ça la fit sourire. Elle avait appris à signer pour les missions, lui avait-elle dit. Depuis, c'était devenu leur façon de communiquer à eux

- Père, je veux que cette petite fille apprenne notre façon de vivre.

Barbe-Blanche pouvait être fier de son Fils, se dit-il. Même si cette histoire d'esclave lui rappelait la malheureuse histoire de Fisher Tiger, cet homme-poisson qui avait libéré tous les esclaves de Marie-Joa et qui était mort, tué par ceux qu'il n'avait jamais discriminés. Il respectait cet homme comme il respectait Jinbei. Son geste était d'une grande paix et, même s'il était parfois brutal, il restait d'une grande gentillesse. Peut-être qu'on pouvait faire de Rin une personne comme ça ? Serait-il aussi fier d'elle qu'il l'était de Marco ?

- Peux-tu me promettre que tu feras de cette petite une Fille dont je puisse parler sans honte ?

Marco sembla surpris mais se tourna complètement vers son paternel et répondit sans une once hésitation :

- Bien sûr Père.

Newgate rigola, faisant se retourner plusieurs têtes.

- Alors mes Fils ?! Ce soir buvez, fêtez, riez !

Une grande exclamation se fit entendre et Rin cria de désespoir quand plusieurs pirates vinrent lui apporter des vêtements, la prendre dans leurs bras, ou parfois la faire voler. À la fin de la soirée, Rin était exténuée. Elle était tellement fatiguée qu'elle s'était endormie quelques heures plus tôt sur le parquet du pont, parmi d'autres loustiques qui la serraient encore. Marco la porta doucement et l'amena jusqu'à leur cabine -encore un problème qu'il devrait résoudre. Le sourire qu'elle avait sur les lèvres lorsqu'elle s'était blottie contre lui l'émut tellement qu'il décida de lui accorder de dormir avec elle.