CHAPITRE 5 : BITTLE
Suite à cet événement -qui avait échauffé les tréfonds du Mont Dick de toutes sortes de rumeurs, Rin était devenue sage comme une image. L'argent et la nourriture qu'elle avait donné à Kyle, cette nuit-là, avaient été volés. En découvrant ça, Marco l'avait rouspété sur le pont, sous les rires des matelots. "Je ne devrais même pas t'apprendre qu'il ne faut pas voler ! Pourquoi tu n'as pas demandé à Satch ? Pourquoi..." et ça avait continué jusqu'au soir, où Barbe-Blanche avait voulu célébrer l'enfant pour avoir commencé une légende. Pour se moquer, il l'avait appelée "Enfant de la Mer", et elle commença à être affublée de ce sobriquet (qu'elle détestait au plus haut point.)
Après cet incident, Rin avait eu constamment peur que Marco se blesse. Il était douloureusement conscient que c'était parce qu'elle avait peur qu'il disparaisse, et ne lui en tenait pas rigueur. Cependant, la voir le suivre partout comme un petit chien commençait à le faire enrager.
- Ta blessure ne te fait pas mal ?
- Non, Rin.
Chaque matin, il savait qu'elle regardait sa jambe de travers, comme si elle pouvait en fait être cassée. Chaque matin, avant qu'il ne se réveille complètement, elle examinait son pouls. Chaque matin, après cela, elle partait s'entraîner bien avant le petit-déjeuner.
Marco en avait marre, s'il pouvait parler comme ça. Il n'avait jamais voulu lui faire peur à ce point, c'était même lui qui aurait dû avoir peur pour elle. Mais en y réfléchissant -ce qu'il n'avait pas fait sur le coup ce soir-là, c'était pourtant évident qu'elle savait se défendre. C'était irrationnel d'avoir aussi peur pour elle, d'être angoissé à chaque fois qu'un potentiel ennemi passait à côté d'elle. Rin était une grande gueule, mais elle n'était pas du genre à faire du grabuge à chaque coin de rue. Bon, c'était vrai : elle amenait la malchance partout où elle allait. Il ne savait pas comment elle faisait pour toujours amener les ennuis, mais voilà.
- Tu ne peux pas continuer comme ça, lui fit remarquer Izou au détour d'une conversation alors qu'ils mangeaient. Elle ressemble plus à un mollusque qu'à un petit chien. Au moins, les chiens battent de la queue pour s'exprimer. Elle, elle ne dit rien.
Marco soupira. Il était mitigé entre foutre un pain à son camarade ou éclater de rire. Il choisit finalement de lui accorder qu'il avait raison. Marco était fatigué. C'était un homme occupé, et encore plus depuis que la petite fille était arrivée dans sa vie.
- Elle ne va pas cesser de nous causer des problèmes, cette fillette. Dit Joz, les bras croisés. Je l'aime bien, mais pourquoi la gardons-nous dans nos rangs ?
L'attablée entière fixa le premier commandant qui se sentit à l'étroit. Il y avait beaucoup de raisons. La première, c'était qu'il était désormais responsable d'elle, et il l'avait été dès lors qu'il avait décidé de la sauver. La deuxième était qu'il ne voulait pas la laisser partir. Instinct paternel ou simple affection, il ne savait pas. Et troisièmement, elle était forte. C'était une gamine, mais elle aurait très bien pu, à elle seule, commander un régiment d'hommes (et il était sûr que son avenir serait de prendre commande d'une flotte.) Avec toutes ces raisons en tête, il sourit :
- Elle est déjà notre Sœur. Elle a juste besoin de grandir encore un peu.
- Et son fruit du démon, c'est quoi ?
Parfois il entendait des matelots parier sur l'étrange pouvoir qui entourait la jeune fille. Il ne s'était pas manifesté depuis son entrée chez eux, il y a de ça des mois -Marco n'avait jamais entendu parler de comment elle avait sauvé Kyle.
- C'est un grand mystère.
On soupira, on se moqua gentiment. Rin était une énigme sur pattes. Elle n'avait ouvert la bouche à son sujet que pour parler de son frère. Et, aussi étrange que ce le soit, les informations dans la presse ne leur donnaient aucune voie. Etait-ce Isaac qui avait fait en sorte que son pouvoir soit inconnu de la Marine ? Ou était-ce un secret ?
Des « jeux », « Isaac », son ancien capitaine, "Les Chaînes Vengeresses" et tous les massacres auxquels elle avait participé, sur son affiche un visage impassible les fixait.
Isaac.
Newgate le connaissait seulement de nom, il était le genre de pirate qui s'autoproclamait ainsi mais que ni Roger ni lui n'approuvaient. Il véhiculait une image tellement perfide des pirates que s'il l'avait vu devant lui, il l'aurait pulvérisé.
- Tu as des hypothèses ? Demanda Haruta.
- Vraiment, non.
- Pourquoi tu ne lui demandes pas directement ? Proposa Vista.
- Je l'ai fait. Et ça n'a rien donné.
Quand on lui demandait, elle avait beau vouloir le dire, son corps l'obligeait à ne pas le faire. Comme si quelqu'un l'avait entraînée à ne pas le dire. Elle dissociait très vite, et il détestait la voir perdue dans le vague, alors il préférait mille fois éviter ces questions. C'était sans doute une mauvaise idée de sa part, mais il aimait trop la gamine pour la voir souffrir.
- Si je me rappelle bien, elle avait un frère qu'elle voulait qu'on protège. C'est la première chose qu'elle a dite sur ce bateau. Intervint soudainement Bittle.
Il mangeait toujours sérieusement, son regard inintéressé souligné de noir par les nuits sans sommeil. Bittle était un mousse, un jeunot qui avait pourtant démontré une intelligence hors-pair. Un peu fainéant, mais un apprenti de Marco qui voulait faire de lui un navigateur. Tout le désignait pour ce rôle. Secrètement, il rêvait de voir Bittle et Rin ensemble, elle en commandant et lui en navigateur.
- Si elle veut qu'on l'aide, il va falloir qu'elle parle.
Bittle ouvrit les yeux sur son maître, un regard entendu. Les iris du jeune homme auraient sans doute été les plus beaux de ce bateau si Rin n'y avait pas été. Aussi froid et gris qu'un orage, qui semblaient être fait de quartz.
Le sous-entendu amusa le Phénix qui s'accouda à la place, une pincée de défi dans son expression :
- Tu n'as qu'à la faire parler, toi.
- Je suis supposé m'y prendre comment ? Protesta Bittle qui perdit son flegme. C'est une gosse !
- Tu n'as que trois ans de plus qu'elle.
L'adolescent fronça les sourcils en claquant de la langue. Ce n'était pas pour lui plaire que Marco lui avait demandé ça, mais il en rêvait vraiment de ce duo. Pourquoi ne pas commencer maintenant ?
- Qu'est-ce que je gagne à faire ça, moi ? Grommela Bittle.
- Aller ! Ne fais pas ton gamin !
- Bittle, tu boudes ?
- Même pas cap hein...
Il était encerclé.
Avec une grimace, il accepta bien malgré lui. Cela fit rire Marco et Satch, ainsi que toute leur famille, alors qu'on lui souhaitait à voix haute de ne jamais rencontrer la fillette sur le pont...
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- Salut petite.
- T'es qui toi ? Ah, c'est toi qui embêtes tout le temps Marco.
- Qu'est-ce que tu entends par « embêter » ? Parce que la seule personne qui l'ennuie en ce moment, c'est toi.
Elle ne fronça même pas les sourcils, seul un sourire fleurit sur son visage. Un sourire ironique comme Bittle n'en avait jamais vu. Parce qu'il venait de son plus profond système de défense instinctif.
Il la surplombait de quelques mètres, l'entrée de la salle d'entraînement se trouvant en haut d'un petit escalier. Ici, les commandants pouvaient voir tous leurs mousses et les surveiller. Dès l'instant où il était entré, il s'était senti observé, et pas l'inverse. Les yeux perçants de Rin l'avaient cloué sur place. Depuis, il s'était efforcé de se montrer plus confiant, pour ne pas perdre la face. Ce n'était pas une gamine de 12 ans qui allait le perturber.
- Ravie de te rencontrer moi aussi. Répondit-elle.
Le sourcil de Bittle tressauta.
- Qu'est-ce que tu fais ?
Il essayait d'engager une conversation, mais ça semblait peine perdue. Elle martelait le sac de sable comme si sa vie en dépendait, à un point tel que Bittle se demanda s'il n'allait pas céder.
- Ça te plait, de t'entraîner ?
Aucune réponse. Il commençait à s'ennuyer.
- Pourquoi tu réponds pas ?
Enfin, elle s'immobilisa, et il se redressa pour se préparer à la réponse. Mais rien. Sans même le regarder, elle passa à côté de lui, les poings serrés, et sortit de la pièce.
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- Lâche-moi.
- Je ne te tiens pas.
- Qu'est-ce tu veux ?
- Je veux que tu m'en dises plus sur toi.
Il l'avait dit d'une voix de tombeur qui fit sourire Rin. Toujours ce même sourire cynique, parce qu'elle savait très bien qu'il mentait, et qu'il était là uniquement pour lui soutirer des informations. Cependant, elle ne pouvait pas remettre son entraînement à plus tard, alors elle continuerait de l'envoyer balader.
- Alors comme ça tu fêtes ton anniversaire ?
- Oui, on te l'a dit, non ? Ça fait un an que je suis arrivée ici.
- Quant à moi, ça fait six ans.
Elle se retourna vers lui, délaissant un instant son sac. Le regard qu'elle lui lança, il y était habitué maintenant. Ca faisait une bonne semaine qu'il venait tous les jours la voir, comme si elle ne quittait jamais cette pièce. Au dîner, ce n'était pas rare qu'on ne la voit pas, et il ne savait pas si elle restait ici ou pas -et franchement il s'en fichait.
- Franchement, pourquoi tu me suis partout ? S'agaça finalement Rin.
- Toi aussi tu suis Marco partout.
Son visage se voila, empli de remords, ce qui fit vaguement se demander à Bittle pourquoi. Mais il n'était pas un enfant de cœur, et n'avait pas la moindre envie de sympathiser avec les sentiments de la jeune femme. Il avait juste envie de gagner son pari :
- Tu sais qu'il n'est pas ton père hein ?
- Je suis au courant.
- Jusqu'ici, tu ne nous as apporté que des ennuis ! Marco est obligé de te suivre partout parce qu'il s'inquiète d'une gamine ! Tout le monde en a marre de toi, et tu veux même pas essayer de te faire des amis ? Quoi, tu te penses supérieure aux autres ?
Cette fois-ci, Rin ne put se retenir et gronda :
- Si tu continues à venir m'emmerder, je te défonce la gueule !
- Oula, j'ai peur.
Quant à Bittle, elle avait sérieusement réussi à l'irriter. Elle n'était finalement qu'une gamine pourrie gâtée comme on en trouvait partout dans la noblesse. Il avait beau regarder le problème dans tous les sens, il ne voyait en elle qu'une gamine capricieuse et non le futur commandant dont rêvait Marco.
- Je ne peux pas, souffla-t-il avant de repartir sur le pont.
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- Excusez-moi, Marco, je ne peux simplement pas prendre plaisir à la connaître. C'est une gamine, elle ne comprend rien à rien ! Elle est tout juste bonne à vous suivre partout et à taper mes camarades !
Le commandant l'écoutait avec un sourire. Il regardait ses cheveux auburn être secoués de droite à gauche, et la petite queue de cheval habituelle de son apprenti se balancer au rythme de sa respiration lourde.
Jamais il n'avait vu Bittle s'agiter ainsi, et devait bien l'avouer : il trouvait ça particulièrement drôle à entendre et surtout à observer.
- Heureusement qu'elle n'est pas là, s'amusa le Phénix.
Bittle tourna la tête à droite, à gauche : aucun signe de la jeune fille.
- Elle s'entraine, répondit Marco à sa question silencieuse.
- C'est pour ça que le dîner est aussi calme, railla-t-il.
- Tu ne crois pas que tu en fais trop ?
Bittle se stoppa, la colère faisant place à de l'inquiétude dans son cœur. Jamais son mentor ne lui avait fait de remarque sur son comportement.
- Je n'en fais pas trop ! Je dis simplement la vérité. Vous êtes tous d'accord avec moi, non ? C'est une gamine insupportable ! Personne ne va plus dans la salle d'entraînement depuis qu'elle y traîne, parce qu'elle tabasse tout le monde ! Elle ne sert vraimen-
Vista se leva, comme pour le prévenir de ne pas en dire d'avantage. Certains matelots ont toussé, pour approuver les dires de Bittle, mais l'épéiste les firent taire d'un regard courroucé.
- Rin est l'une d'entre nous, siffla Satch en amenant un énième plat qui serait sans doute terminé dans la seconde. C'est une gamine qui a tout perdu et qui ne nous a jamais rien demandé.
Le silence qui régnait dans la grande salle était maintenant étouffant. Bittle se sentit soudainement honteux, de faire tout un foin pour une enfant, mais elle l'avait rendu fou. Marco se leva à son tour et passa en revue ses camarades.
- Je sais que la venue de Rin parmi nous ne plaît pas à tout le monde. Mais elle est ma responsabilité, c'est moi qui ai décidé de sauver une esclave.
Bittle tiqua. Une esclave ? Comme lui, beaucoup de gaillards ouvrirent la bouche. Beaucoup qui n'étaient pas là quand elle avait attaqué Barbe-Blanche à son premier jour sur le bateau.
- Mais jusque là, elle a réussi toutes les missions que je lui ai affecté, en tant que son commandant. De toutes celles que je lui ai donné, elle n'en a jamais raté aucune. Pouvez-vous en dire autant ?
Bittle déglutit. Non, il ne pouvait pas dire qu'il avait de meilleurs résultats. Tout simplement parce qu'il n'avait jamais été en première ligne.
Rin était un soldat d'élite. Discrète, logique, efficace, rapide. Marco l'avait toujours envoyée en mission seule, et elle avait toujours su se débrouiller. Jamais Bittle ne l'avait vue blessée, ni seulement en position de faiblesse.
- J'ai confiance en ma Fille.
Barbe-Blanche avait parlé, et tout le monde s'était tourné vers lui. Quand il rentrait dans une pièce, l'atmosphère se fissurait presque. Une pression digne des plus grands le suivait constamment, et cette soirée-là Rin se trouvait derrière lui. Elle fusilla l'assemblée du regard, consciente de ne pas être aimée par le plus grand nombre. Avant de souffler dans l'oreille de Newgate -qui s'était baissé à sa hauteur. Le tableau avait effaré quelques matelots, qui ne s'attendaient pas à voir leur capitaine se baisser à la hauteur d'une gamine. Il rigola, et cela fit sourire Rin.
Il s'en passait des choses, aujourd'hui.
Quand elle s'en alla, sous les regards hagards de ses camarades, Marco reprit la parole, juste assez fort pour que seulement Bittle puisse l'entendre :
- Va la voir. Apprend-lui. Critiquer sans instruire, c'est ce qu'on appelle se prendre un mur. Elle sera à la salle d'entraînement.
Le mousse quitta son siège en quatrième vitesse, faisant se retourner quelques têtes.
- Tu arrives toujours à tes fins, n'est-ce pas ? Rigola Vista en regardant le Phénix.
- Ils ont de l'avenir, c'est tout.
Rin était effectivement toujours devant son sac de sable, les sourcils froncés sous l'effort, la sueur perlant abondamment de son menton pour s'écraser par terre ou parfois sur ses habits. Il devait bien avouer qu'il était surpris et impressionné. Peut-être qu'il la voyait sous un œil neuf, qu'il arrêtait de la prendre pour une gamine gâtée. Quand il eut repris son souffle, il s'exclama :
- Si tu frappes comme ça, tu n'obtiendras rien.
Elle se tourna vers lui, son air neutre toujours incrusté sur sa peau halée.
- Il faut que tu engages tes anches. Voilà, comme ça. Mais il faut garder une bonne position au sol pour ne pas perdre l'équilibre. Attends, je te montre.
Elle écoutait dans un silence respectueux, son regard avait changé : pour elle, il voyait qu'il était devenu plus qu'un parasite. Un professeur. Peut-être pouvait-il commencer par là pour devenir son ami ?
- Merci, dit-elle à la fin de la session.
Ce petit mot, qui pouvait sembler ridicule, réussit à faire rougir Bittle.
- De rien.
Il lui tendit une main qu'elle serra. Dire qu'il n'avait fallu que ce moment pour les rapprocher. Il n'avait pas pensé que ç'aurait été si facile... Mais la jeune fille ne voulait que ça, qu'on l'approche. A part Kyle, qui avait maintenant disparu, elle n'avait pas d'amis. Isaac lui interdisait d'en avoir, et maintenant...
Sur ce bateau, il n'y avait que des adultes. Pendant longtemps, Bittle en avait souffert. Petit, on le lui disait rien, et on le prenait de haut. Maintenant qu'il considérait le monde des yeux de Rin, elle était si seule. Aucun ami, ancienne esclave, une femme qu'on moquait et rabaissait car elle était "mignonne", rien de plus, rien de moins. Mais dont on avait peur, car elle savait répliquer, car elle savait faire mal. Qu'on jalousait, car elle était douée et forte. Bittle s'assit à même le sol, attendant qu'elle fasse la même chose, mais elle ne fit rien. Il voulait savoir. Sa raison d'être.
- Tu ne voudrais pas parler de ton frère ?
Il vit ses yeux s'écarquiller sous la demande. Mais quand elle remarqua que la question était innocente et qu'il semblait troublé, à la limite de la supplique, elle abandonna :
- Par où veux-tu que je commence ?
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Bittle avait le cœur retourné. Après avoir entendu toute son histoire, il s'en voulait profondément. Pour l'avoir sous-estimée. Parce qu'il l'avait prise de haut comme ses camarades l'avait pris de haut enfant. A la fin de son monologue, elle avait parlé de Kyle, de leur amitié, de combien il lui manquait. Bittle avait été tenté de lui dire qu'il était plus que ça, mais il n'avait finalement pas eu le courage. Il n'était pas facilement ému, loin de là, il était même plutôt connu pour son cœur de pierre, mais c'était une enfant. Comme lui.
- Bittle, comment ça s'est passé ? Souriait Marco.
Il tourna ses yeux vers son commandant. L'adolescent se gratta l'arrière de la tête, un peu gêné. Tout s'était bien passé, et il aurait pu résoudre le problème depuis longtemps s'il avait écouté son mentor. Maintenant, il devait admettre -devant lui- qu'il avait eu tort ! Une honte.
- Elle m'a raconté comment ça s'est passé avant qu'elle arrive chez son maître. Isaac je crois.
- Qu'est-ce que tu en as pensé ?
Bittle remonta le menton vers le ciel. Il était navigateur, les étoiles étaient ses guides. Et aujourd'hui, il en aurait besoin. Que penser de la petite ? A vrai dire, il ne savait pas.
- Elle me fait penser à moi. Et je me dis qu'avoir une camarade de mon âge, ce serait pas mal. 13 et 15 ans, c'est pas si éloigné.
- Hein ? Lâcha Marco.
- Hein ? Répéta Bittle.
- Oh, la face d'ananas et l'hérisson. Intervint Rin.
Elle s'arrêta devant eux et le commandant la prit par les épaules :
- Tu n'avais pas 12 ans ?!
- Bah, ça fait un an que je suis ici. Donc logiquement je devrais avoir 13 ans. Non ?
Bittle passa une main sur son visage, à deux doigts de l'explosion.
- Tu ne lui avais pas dit ? Siffla-t-il à l'intention de sa camarade.
- Non.
- Vous auriez pu me le dire !
- Je pensais que tu le savais déjà, se justifia Bittle.
Le commandant toisa sa pupille, qui détourna les yeux d'un air coupable.
- C'était pas important, bougonna-t-elle.
Il lui attrapa la tête et commença à compresser son crâne, ce qui eut pour effet de faire paniquer Bittle qui cria sous la surprise.
- Désolée, Marco !
- Tu fais bien de t'excuser ! Je te pardonne parce que j'ai entendu le cri de fillette de Bittle, mais la prochaine fois, je ne te laisserai pas t'échapper.
Il lui pinça le nez affectueusement.
- On doit bien organiser ça !
Elle sembla ravie avant que Bittle n'envoie d'un ton narquois :
- Mais tu colles toujours autant le Commandant Marco.
Rin tiqua mais ne rétorqua rien, jusqu'à ce que l'illumination lui vienne :
- C'est parce que tu es jaloux c'est ça ?
Un sourire moqueur –que le Phénix n'avait jamais vu– fleurit sur son visage enfantin.
- Tu ne peux pas te coller comme ça au Commandant, hein ?
Bittle devint cramoisi –ce que le Phénix n'avait jamais vu non plus– et fronça les sourcils, mécontent.
- Je ne l'ai jamais voulu de toute façon.
- Viens par ici, ordonna Marco à brûle-pourpoint.
Avant même que Bittle ait donné son accord, le commandant le prenait dans ses bras. Il garda près de lui ses deux enfants, là où ils pouvaient entendre le bruit de son cœur. Tout contre lui, ils pouvaient sentir son odeur, sa chaleur, et leurs tensions s'en allèrent comme si elles n'avaient jamais existé.
- Vous ferez d'excellents capitaine et navigateur.
- C'pas comme si je voulais en devenir un... Souffla Rin.
Marco sourit. C'était une réponse à la Rin, ça.
- Pourtant ça pourrait vite arriver.
Satch arriva et quand Marco lâcha les adolescents, il caressa la tête de la petite.
- Si tu t'entraines et que tu deviens forte, tu pourrais le devenir.
- Je suis déjà forte.
- Tu veux que je te balance à la mer pour voir ? Dit Bittle.
- Assez forte pour te défoncer.
Une bataille de regards s'engagea une nouvelle fois. Aucun des deux commandants ne les avaient vus comme ça, mais ils n'étaient pas contre un changement dans leurs comportements. Ça témoignait de leur rapprochement, et ça ne pouvait leur apporter que du bien.
- Nous verrons ça demain, rigola Satch. Maintenant il faut aller nous coucher.
Il fit un clin d'œil complice à sa pupille qui répliqua par un froncement de sourcil.
- Bébé doit aller faire dodo, après tout. Sortit Bittle.
- Tu veux vraiment crever, hein ?
- Avant ça, elle doit nous dire quel est son fruit du démon, plaisanta Marco.
C'eût l'effet de réveiller les deux enfants.
- T'as un fruit du démon, toi ? Railla Bittle.
- Je te l'ai dit tout à l'heure !
Une bataille de plus de gagnée pour Rin quand son poing s'écrasa sur la tête de l'apprenti navigateur.
- C'est pas pratique quand tu ne peux pas nous en parler... Soupira Marco.
- J'ai une idée !
Un loubard aussi grand et épais qu'une armoire se cala à côté de Satch qui le présenta. Sous ses ordres, il était un passionné des fruits du démon. Un homme de confiance, que Satch aurait pu définir comme son ami.
- Je lui ai demandé un peu d'aide, expliqua Satch en sachant ce que Marco devait penser (AKA "qui est ce type ?")
Marshall D. Teach s'approcha de l'enfant, et se posta devant elle, les mains sur les hanches.
- Ce qui est bien, c'est que j'ai un livre qui regroupe tous les fruits du démon.
Marco avait enfin une solution pour ce problème.
- Et si demain nous regardions ?
Rin hocha la tête impatiemment.
- À demain alors ! Rigola-t-il.
