Petite note d'avant chapitre, ce que je n'ai encore jamais fait !
Je voulais remercier toutes les personnes qui m'ont laissé des commentaires et qui me soutiennent à continuer de publier cette fic si chère à mon cœur !
J'espère de toutes mes forces que vous aimez Rin et Bittle, et tous les OCs qui sont encore à venir ! Ils sont tous importants, et j'essaierai de faire un dessin d'eux tous :D
Sur ce, je vous laisse lire Piraterie, et surtout :
Enjoy.
CHAPITRE 6 : FRUIT DU DEMON
- Celui-là ?
- Non.
Teach soupira de soulagement. Elle n'avait pas mangé le fruit du démon des ténèbres.
- Mais il ressemble à celui qu'a mangé mon frère.
Coup de stress.
- Mais il était plus noir, pas aussi violet.
Soulagement.
Franchement, cette petite allait lui faire piquer une crise.
Ca faisait quelques heures qu'ils s'étaient posés dans la bibliothèque du navire, aussi exiguë soit-elle. Marco les accompagnait, au début, mais devant l'enthousiasme trop prononcé des jeunes pirates, il s'était ennuyé. Ca faisait une heure qu'il était parti à l'entraînement, pour bouger un peu, et les jeunes gens étaient toujours postés devant l'encyclopédie des fruits.
- Le mien était blanc, expliqua-t-elle en le regardant dans les yeux.
Teach pouvait y voir de la curiosité enfantine, quelque chose qu'il avait perdu il y a bien longtemps, mais qu'il espérait garder au creux de son cœur. Se sentant gêné de l'observation face à l'immensité des yeux de Rin, il passa directement à la prochaine page, où il savait qu'un fruit blanc s'y trouvait.
- Non, ce n'est pas celui-là, se languissait-elle.
- Nous arrivons à la fin gamine, tu es sûre de ne pas l'avoir vu ?
- Oui, souffla-t-elle.
- On continue, d'accord ?
La voir si déçue lui donnait mal au cœur. Il avait toujours eu un faible pour les enfants, même s'ils pouvaient l'exaspérer. Il était gentil, au fond, ce Teach. Il ne désirait qu'une chose : son fruit des ténèbres. Il était fasciné par le pouvoir qu'incarnait ce fruit. Il n'avait pas soif de puissance, il était seulement obsédé par ce fruit. Bien sûr, il voulait devenir le roi des pirates, il voulait monter au top, mais Teach était aussi quelqu'un qui aimait ses camarades. Il était sûr que s'il avait ce fruit, il ne tomberait pas dans le tourbillon de la soif de pouvoir comme l'avaient fait beaucoup avant lui. Non : il resterait juste et réaliserait son rêve.
Il tourna une page avec un manque d'entrain.
- C'est celui-là !
Elle s'était levée si vite qu'elle s'était cognée la tête contre le menton du pirate qui s'était baissé pour lire l'introduction du fruit.
- Le fruit de la copie ! Et celui-là, c'est celui de mon frère ! Le fruit de la suppression !
Teach fixa les images sans s'en rendre compte. C'était des fruits auxquels il n'avait jamais prêté attention, à la fin du livre et surtout qui ne fonctionnaient jamais seuls. Il n'avait jamais entendu parlé d'eux dans le passé, parce qu'ils devaient être reliés d'une manière ou d'une autre pour fonctionner. Il avait juste entendu les affreuses morts qu'encouraient les possesseurs de ces fruits.
- Tu es sûre, gamine ?
- Oui, sûre et certaine !
Elle partit de la pièce en hurlant à Marco qu'elle avait enfin trouvé, ce qui l'amena lui, Satch, Bittle et quelques matelots à l'intérieur, intrigués.
- C'est celui-là ! Pointa-t-elle sur le livre. Le fruit de la copie !
- C'est quoi son pouvoir ? Demanda Satch.
Elle prit le livre et survola les lignes, son auditoire suivant ses faits et gestes avec empressement.
- le fruit de la copie, lut-elle, est un paramencia qui permet à son détenteur d'imiter des capacités d'autres détenteurs, de les copier pendant un temps imparti. Il permet aussi de copier des sons avec ses cordes vocales, de petits objets s'il a sous la main une matière quelconque.
Suspendus à ses lèvres, les pirates se turent lorsqu'elle eut fini. Marco comprenait enfin tous les phénomènes qui entouraient la jeune enfant, et elle avait l'air de comprendre aussi -enfin. L'encyclopédie avait dit à sa place ce que ses lèvres ne voulaient pas prononcer, à cause de (grâce à ?) ce Isaac.
- Mais c'est génial ! S'enthousiasma Satch. Vous ne trouvez pas ?
- C'est pour ça qu'elle s'est enflammée quand le commandant Marco était proche d'elle, commenta Haruta.
- Je n'avais jamais réfléchi à ça, pour moi c'était normal, expliqua-t-elle avec un sourire. Je suis contente.
Une goutte de sueur parcourut la tempe de Teach. Il lisait la description du fruit de la suppression avec un rictus d'horreur. Il était sûr que Rin l'avait lu aussi. Il se tourna vers l'enfant, hésitant.
- Rin…
C'est quand elle se retourna vers lui qu'il sut qu'il fallait se taire. D'un coup sec, elle referma l'encyclopédie, pour dire que le chapitre était clos. Il n'aimait pas se faire menacer, pourtant il laissa faire Rin qui le fixait avec des yeux de prédateur. Il lui devait bien ça, au moins. Teach n'était pas méchant, ni même injuste. Il comprenait quand un enfant était en détresse. Ne pas en parler : compris. Il déglutit sa salive avec difficulté.
Comptait-elle le cacher ?
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- Alors comme ça on a trouvé le nom de ton fruit, gamine ? Rigola Newgate sur le pont.
C'était une soirée somme toute paisible, où les étoiles brillaient dans un concert désordonné. Rin se les décrivait avec admiration, imaginant que la vie dans un ciel bleuté devait être bien meilleure qu'ici. Elle s'était toujours dit que la vie ailleurs serait plus joyeuse, plus chaleureuse, aux côtés de sa mère et son frère. Mais aujourd'hui, elle était contente d'être aux côtés de Barbe-Blanche. Il lui avait accordé sa confiance, et elle était fière de pouvoir prétendre à s'asseoir ici, sur l'estrade qui surplombait les autres pirates, petite ombre protectrice devant la silhouette gigantesque du Titan.
- Oui, acquiesça-t-elle. Et celui de mon frère, aussi.
- Je n'en ai pas entendu parler.
- Parce que je n'en ai pas parlé.
- Quelque chose à dire ?
Elle resta silencieuse, se rappelant tout-à-fait de la description qui l'avait tellement touchée qu'elle se souvenait tous les mots avec une justesse photographique. Les phrases s'étaient incrustées dans sa cornée, et même quand elle battait des yeux, les lettres ne voulaient pas disparaître, comme une persistance rétinienne.
- Le fruit de la suppression, récita-t-elle, est un paramencia qui permet à son détenteur d'effacer ce qui a trait à son être. Que ce soit des éléments matériels de son environnement ou des souvenirs. Il peut effacer les pouvoirs d'autres détenteurs ou ses propres souvenirs.
- Pas génial, comme fruit.
- Je trouve aussi… Soupira-t-elle.
Un ange passa, il sembla illuminer le soir d'une résolution encore plus déterminée. L'éclat des étoiles se laissait refléter sur les pupilles de la petite fille, jambes retenues contre elle. Elle ferma les poings, jurant pour elle-même :
- Je vais le retrouver. Je vais retrouver mon frère. Je veux pouvoir me dire qu'il est heureux là où il est, je veux le vérifier. Être sûre que ce que j'ai fait ce jour l'a aidé.
- Tu as grandi, gamine.
Elle ferma les yeux. Peut-être, effectivement, qu'elle avait grandi. Elle se sentait plus fragile, plus anxieuse, plus hésitante qu'avant, mais elle avait l'impression d'être devenue plus forte également. Elle savait que cet équipage la protégerait, même s'ils ne l'appréciaient pas tous. Bittle, Marco, Satch, Vista, Haruta, Teach, Newgate… ils étaient tous devenus ses camarades, sa famille.
- J'espère pouvoir grandir pour pouvoir protéger les êtres qui me sont chers.
- Deviens forte, lui dit-il. Après tout, tu es ma Fille. Tu as tout ce qu'il faut pour le devenir.
Il lui ébouriffa les cheveux avec sa grande main, riant de sa sorte d'aboiement si caractéristique.
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- On va s'entraîner avec ton fruit aujourd'hui.
- D'accord Marco.
Il releva une paupière, son éternel sourire sur le visage. Elle allait se mettre à respecter son nom, maintenant ? Bien, il en avait eu assez des "face d'ananas."
- D'abord, essaie de copier mon pouvoir.
Elle cligna des yeux, tentant de décerner s'il lui faisait une blague ou pas -mais Marco le Phénix ne faisait jamais de blague.
- Juste ça ?
- Juste ça.
Elle prit sa main et ferma les yeux. Aucune flamme n'apparut, décevant automatiquement l'enfant :
- Hein ? S'exclama-t-elle en examinant ses mains. Il ne s'est rien passé.
- Alors ? Tu n'arrives pas à faire juste ça ? Se moqua le phénix.
Blessée, elle fronça les sourcils et lui prit le bras avec force. Elle s'enflamma dans la seconde qui suivit.
- Tu vois que j'y arrive !
- Maintenant, garde-le sans me toucher.
Elle le lâcha. Les flammes disparurent. L'œil de Rin fut secoué d'un tic d'énervement. Avec amusement, le commandant se dit qu'il allait voir cette ride très souvent désormais.
- Je recommence.
Elle ne s'enflamma même pas.
- Gné ?
L'impatience se fit entendre sur tout le pont sous la forme d'un long cri.
Rin n'avait jamais appris la défaite. C'était un génie, quelqu'un qui ne perdait pas.
- MAIS POURQUOI ÇA MARCHE PAS ?!
- Calme-toi, Rin. Recommence.
Agacée, elle le toisa mais lui attrapa le bras avec force. Elle s'enflamma puis le lâcha. Seul son bras resta allumé.
- J'ai réussi ! S'enthousiasma-t-elle.
À peine eut-elle dit ça qu'elle perdit la flamme.
- Heeeeeeein ? Souffla-t-elle, déçue.
- Il va falloir t'entraîner, demi-portion. Fit une voix venant d'en haut.
Bittle, au-dessus d'eux, lui tira la langue d'un air fatigué. Il avait sûrement lu toute la nuit, des essais sur l'astronomie -comme il adorait, lors de ses nuits d'insomnies.
- Je t'ai rien demandé, toi !
C'était peut-être la première fois que le Phénix le voyait avec de si grandes poches au-dessous des yeux. Que faisait-il encore ? Il n'avait pas été très présent ces derniers jours, voulant se concentrer sur Rin, donc il ne savait absolument pas ce que faisait son autre disciple. Il savait juste qu'il voyait régulièrement Hajime pour ses cachets pour le sommeil. Sans doute plus régulièrement ces temps-ci.
- Comment vas-tu Bittle ? Demanda-t-il.
- Ça va commandant, répondit l'adolescent avec une pointe de sarcasme. Toujours mieux qu'hier.
Le Phénix vit sa pupille sourire.
- Tu l'as toujours dans l'os hein ?
- Merci pour le gentil geste, grogna son camarade.
Il s'en alla juste après avoir dit ça, laissant Marco dans le plus grand secret.
- On reprend ? Encouragea Rin.
Il jugea qu'il n'avait pas à savoir.
Pourtant, il aurait dû s'en mêler, cette fois-ci.
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- J'ai réussi à m'enflammer entièrement aujourd'hui ! S'exclama Rin à Vista, qui buvait son verre avec un sourire attendri.
- C'est bien, Rin.
À côté d'elle, Bittle, qui piquait du nez dans son bœuf-bourguignon. Il ne fit que froncer des sourcils très discrètement, mais assez pour que Rin se moquât encore de lui :
- Alors, jaloux ?
- J'en n'ai rien à faire, Rin ! Lâche-moi un peu, veux-tu ?
- Oh, ne fais pas l'effarouché. Je sais très bien que ça te fait chier.
- Tiens ton langage, ma Sœur, railla son Frère. Tu sais très bien que je n'en ai réellement rien à faire.
- Mais de quoi vous parlez depuis tout à l'heure ? Intervint Haruta.
- De rien, nia Bittle.
- Il est triste parce que papa Marco ne vient pas assez le voir ~
Ce fut la réplique de trop puisque le cartographe planta sa fourchette entre deux doigts de la jeune fille.
- Silence.
Ce n'est pas uniquement Rin qui se tut, mais bien la tablée entière. Haruta, intéressée par le spectacle qu'offraient les jeunes gens, décida de continuer son repas en mettant son grain de sel :
- C'est pas grave ça, calma cette dernière. On peut en parler à Marco si tu veux.
- Je ne veux rien.
Et il quitta la table, laissant son assiette intacte.
- Bah, qu'est-ce qui lui arrive ? Se demanda à voix haute Haruta.
- Il a quel âge déjà ton apprenti, Marco ? Questionna Vista.
Marco, qui n'avait pas suivi l'altercation, répondit du tac au tac :
- 16, pourquoi ?
- Je comprends mieux…
Rin n'osait pas lui montrer sa curiosité mais heureusement pour elle, l'épéiste aux roses dit sa pensée à voix haute :
- Il fait sa crise d'adolescence.
- Sa crise de quoi ?! S'énerva Rin, qui ne comprenait pas le terme.
- C'est quand on remet en question notre entourage et qu'on veut le plus d'attention.
- Je ne comprends pas… Souffla-t-elle en fronçant les sourcils.
- Pourtant tu l'as fait, se moqua Teach.
- Quoi ?! S'énerva-t-elle.
- Pardon, tu es en train de la faire.
L'attablée s'esclaffa, tandis que Rin regardait de droite à gauche, cherchant quelqu'un qui ne se moquerait pas d'elle.
- De toute façon, je vous déteste tous !
Elle se rassit comme une gamine pourrie gâtée, ce qui fit redoubler les rires des pirates.
- Qu'est-ce que je disais !
Elle gonfla ses joues roses.
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Bittle ravagea l'entièreté de sa chambre dans un grand fracas. Pas seulement les objets faisaient du bruit, mais lui-même criait de toutes ses forces. Il détestait qu'on le pousse à bout, et Rin n'avait jamais appris à arrêter. Il était la première personne avec qui elle se battait -elle lui avait dit. Ils étaient très proches. Parfois, la nuit, elle venait le voir pour s'enquérir de son état. Elle lui racontait des choses, et lui aussi. Il lui disait comment il avait peur de perdre Marco, seul symbole parental qu'il pouvait garder dans son cœur, et elle répondait qu'elle comprenait. Elle ne l'avait jamais dit, mais il savait qu'elle le considérait comme son père, comme lui. Après tout, les deux avaient été arrachés à leurs parents très jeunes. Lui, était rentré grâce à son oncle, pirate dans la 1ère flotte. Il était mort en mer il y a des années, et c'était Marco qui l'avait pris sous son aile. Quand il expliquait à quel point ses insomnies lui pourrissaient la vie, elle était présente et le regardait de ses grands yeux brillants. Elle avait même chanté, une fois. Il se souvenait à quel point il avait bien dormi, cette nuit-là.
- Alors, bébé Bittle n'aime pas quand on l'ignore ?
Rin esquiva de justesse la lampe qui allait la frapper.
Oui, ils étaient proches. Mais parfois, elle allait trop loin, sans s'en rendre compte.
- Tu devrais assumer un peu mon grand, se moqua encore un peu Rin. Assume que t'as envie que la face d'ananas prenne soin de toi.
Elle ne voyait pas la limite de la blague, elle ne voyait pas à quel point il souffrait. Elle ne comprenait pas qu'il ne voulait plus l'entendre et pensait seulement qu'il était de mauvaise humeur.
- Tu peux parler ! Cracha-t-il finalement.
Il fallait que ça sorte.
- Toujours collée à ses basques comme un bon toutou, tout ça parce que t'es pas capable de faire deux pas toute seule !
Il fallait qu'elle comprenne à quel point il souffrait.
- Qu'est-ce que tu racontes ? Souffla-t-elle.
Il fallait qu'elle comprenne qu'elle le faisait chier.
- Je dis la vérité c'est tout ! T'es une gamine pourrie gâtée qui ne veut qu'une seule chose : l'approbation de son père !
Il allait aller trop loin
- Et tu veux savoir un truc ?
Vraiment loin, aussi loin qu'elle.
- Ce n'est pas ton père, donc il ne pourra jamais le devenir !
Ce fut à Rin de ne plus esquisser un geste. Se rendant compte de son erreur, Bittle se reprit. Ces mots, même elle ne les avait pas dit. Elle n'aurait jamais osé toucher à cette part de Bittle. Et lui avait osé, sous le coup de la colère. Il fallait qu'il s'excuse. Mais trop tard : elle était déjà partie, et il la vit monter le cordage plus vite qu'il n'avait jamais pu le voir.
- Rin ! Je ne voulais pas dire ça !
Tout en prononçant cette phrase, il se demandait pourquoi il la réconfortait. Non, elle l'avait bien mérité, cette gourde ! Qu'elle reste en haut de ton mat, comme ça personne n'aura à supporter sa présence ! Lui compris !
Cette résolution bien en main, il claqua la porte des dortoirs pour que tout le monde comprenne qu'il ne fallait pas aller les chercher.
- Que s'est-il passé ? Demanda Satch à Marco.
- Apparemment ils se sont encore disputés. Mais là, c'est du sérieux.
- Ils parlaient de quoi ?
- Aucune idée. Laissons-les revenir à leurs esprits pour l'instant.
Sans savoir vraiment pourquoi, cette situation inquiétait vraiment Marco. Il se sentait instable, comme un pressentiment au plus profond de son être. Il voulait directement aller les voir, les baffer, faire quelque chose pour qu'ils se rabibochent.
Comment faire, c'est vrai ça. Comment ? C'est ainsi qu'il se tortura la nuit durant. Que devait-il faire ? Quelle était la bonne façon ?
Satch l'avait moult fois rassuré. Il était l'ami en qui il avait le plus confiance, et celui à qui il demandait le plus de conseils. Et encore une fois, Satch le rassura. Ils étaient assez grands pour se réconcilier tout seul, et la seule chose qu'il pouvait faire était de veiller sur eux et d'être à leurs côtés.
Mais le lendemain, il se retrouva coi devant ses pupilles. Ils restaient à plus de trois mètres l'un de l'autre, et quand leurs regards se croisaient, ils devenaient vagues. Comme si la personne en face d'eux n'existait pas. Ils continuèrent cependant d'agir normalement avec Marco, qui les entraina toute la journée. A tour de rôle.
Au bout de la deuxième semaine, il demanda à Vista de s'occuper de Rin. Les éléments de l'histoire qu'il avait réussi à récupérer d'un peu partout la condamnaient encore une fois, malheureusement. Il fallait qu'elle apprenne que les autres pouvaient eux aussi être respectés et avaient des limites. C'était sans doute quelque chose qu'elle ne connaissait pas. C'était à ces moments-là qu'il se demandait comment elle aurait agi avec son frère, Ren. Comment elle agissait avant d'être achetée par Isaac. C'était de sa faute si elle ne comprenait rien aux relations sociales, maintenant.
La jeune fille ne parlait plus depuis la dispute. Elle restait la bouche close, les yeux dans le vague. Seul l'entraînement semblait lui aller, puisqu'elle pouvait se concentrer. Quant à Bittle, il agissait plutôt normalement. Parfois, sa démarche devenait nonchalante quand sa Sœur passait à côté de lui. Mais rien qui allait au-delà de l'étrange.
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- Tu comptes faire quoi ?
- Est-ce que je dois toujours faire quelque chose ? Murmura le Phénix, un peu bougon.
- Tu es leur phare, expliqua Barbe-Blanche. Ce sont deux bons éléments. Très bons éléments.
- Mais quoique je fasse, Rin ne comprendra jamais…
- Ce n'est pas ton genre de désespérer aussi tôt ! Je fais confiance à ton jugement, Fils. Si tu juges qu'elle n'est pas prête, qu'elle ne conviendra jamais, alors autant tout arrêter.
Cette phrase, Marco la gardera en tête toute sa vie. Elle lui donna une claque. Oui : il devait avoir confiance dans son jugement, il était Marco le Phénix. Il avait vécu trente années difficiles mais joyeuses, et il était amoureux du seul type qui ne voyait pas plus haut que ses chaussures. Il en avait vu, des obstacles, et il avait toujours continué d'avancer.
- Je ne regrette pas mon choix, Père. Et je crois que je vous comprends désormais. Avoir des enfants est une telle responsabilité…
- Mais il y a beaucoup de joie, aussi. Regarde autour de toi.
La soirée festive laissait chanter quelques matelots déjà pleins. Ils martelaient les côtes de Bittle en essayant de danser correctement. Le navigateur souriait si largement que même ses molaires étaient visibles. Marco n'avait jamais remarqué combien l'atmosphère semblait plus douce lorsqu'il regardait son apprenti. Il se sentait si fier et si heureux en le voyant si épanoui.
- Vous avez raison, Père.
C'est au cours de cette soirée que finalement, Rin vint s'excuser auprès de Bittle. Il avait accepté les excuses en lui tendant une main réconciliatrice, et sa Soeur l'avait gentiment frappé en retour. Les matelots les avaient félicité et avaient crié que la "querelle amoureuse" était enfin terminée. Ce à quoi Bittle répondit qu'il ne sortirait jamais avec une planche à pain. Ce à quoi Rin répondit "je préfère être une planche à pain qu'être un ivrogne." Et ils avaient rigolé.
Pourtant, cette dispute avait réveillé chez elle une nostalgie qui s'imposait de plus en plus fréquemment dans ses yeux. Elle n'était plus si acide, cognait fort avec les mots mais évitait d'aller trop loin. Elle apprit à esquiver les points sensibles chez les gens, à part ceux qu'elle n'aimait pas. Il aurait été utopique de croire qu'elle n'eût que des amis, ou que des ennemis.
Personne ne faisait attention à ce malaise qui s'installait en elle à chaque fois qu'elle décrivait le visage de Marco.
"Ce n'est pas ton père, donc il ne pourra jamais le devenir !"
