Un de mes personnages préférés arrive dans ce chapitre ! Fugace certes, mais n'oubliez pas que nous sommes au préambule et qu'il reviendra.

Parce que, oui, nous ne sommes qu'au prologue de l'histoire ! Cette fanfiction fera un peu plus de 50 chapitres et est partagée en 5 arcs. Ne vous inquiétez pas : je vous dirai quand nous serons au deuxième arc. Pour l'instant, nous sommes au milieu du premier arc. Le chapitre 12 le fermera. En cette fin d'arc, je pourrai enfin mettre tous les chapitres bonus sur mes OCs et leurs motivations. Pas besoin de les lire : ce n'est que du lore supplémentaire.

Sur ce, je vous laisse lire en vous rappelant que l'univers et les personnages de One Piece ne m'appartiennent pas mais appartiennent à Eichiro Oda.


CHAPITRE 7 : CRISES (D'ADOLESCENCE)


Marco se creusait la tête depuis maintenant quelques jours. Depuis la dispute de ses deux apprentis, en fait.

Quelle était la raison qui l'avait poussé à prendre Rin sous son aile ? Ça faisait deux ans qu'elle était à bord et c'était pourtant maintenant qu'il se posait des questions. À l'aube de ses 14 ans, la jeune fille resplendissait. Elle commençait à développer ses atouts, comme toutes les filles de son âge. Depuis peu, ils ne dormaient même plus dans la même cabine, et elle avait élu domicile dans le quartier des infirmières, dans une petite cabine qu'elle avait adoré dès qu'elle y était entrée -mais il ne savait pas qu'elle ne dormait jamais dedans et qu'elle visitait Bittle tous les soirs.

C'était la semaine dernière qu'elle était rentrée en irruption dans sa chambre en panique, hurlant que son pantalon était taché de sang. Elle lui avait dit qu'elle ne voulait pas mourir maintenant, qu'elle ne comprenait pas, elle lui avait demandé quoi faire.

- Rin, va voir Hajime... avait soupiré Marco.

En se recalant sous sa couette, il l'avait entendue renifler bruyamment en se pressant de partir. Il se releva trop tard, puisqu'elle avait déjà claqué la porte. Depuis, il s'était rendu compte qu'elle était devenue une femme, et que cette simple pensée la terrorisait. Il se rendait compte qu'elle n'était plus une petite fille que personne ne toucherait, qu'elle ne vivrait jamais une vie normale.

Hajime avait expliqué à Marco que Rin était arrivée en pleurs chez lui, qu'il ne l'avait jamais vue ainsi et qu'il avait dû lui enseigner qu'elle devait le voir quand ça arrivait, c'est-à-dire tous les mois, que ça n'arrivait pas aux hommes… Elle était restée prostrée dans sa chambre, et Bittle avait avoué à Marco qu'elle lui demandait tous les soirs pourquoi elle n'était pas un homme, elle aussi, et pourquoi elle devait être si différente des autres.

Il était normal pour le commandant de se poser des questions, désormais. Était-il sain pour une adolescente d'être entourée d'hommes, et d'hommes uniquement ? N'était-ce pas dangereux ? Elle avait beau être une acrobate hors-pair et c'était vrai qu'elle aurait pu se défendre quelque soit la personne, mais c'était une jeune fille. Dans quelques années il était sûr qu'elle pourrait battre Vista au bras-de-fer mais elle restait une jeune fille pour l'instant.

N'était-il pas plus sage qu'elle s'entraîne loin d'eux ? Voire qu'elle vive sa vie sans eux ? Peut-être qu'il était mieux pour elle d'avoir une vie normale.

- Tu te poses des questions, Fils ?

Une fois encore, Marco était assis à côté de Barbe-Blanche, habitude qu'il tenait lorsqu'il était songeur. Il ne s'était même pas rendu compte de la présence d'Amaya, l'infirmière en cheffe, qui réglait la perfusion du capitaine.

- C'est à propos de la petite Rin, c'est ça ?

- Oui, confirma le Phénix en acquiesçant. Je me demande s'il ne vaudrait pas mieux qu'elle fasse sa vie ailleurs, Père. Je vois que certains commencent à la regarder différemment.

- Et ça te gêne ?

- Bien sûr.

- Tu en as parlé à Rin ?

Marco n'y avait même pas réfléchi. Il était vrai que s'il fallait demander l'avis de quelqu'un, c'était celui de la concernée. Mais il avait toujours eu peur de lui parler. Il aimait lui donner des conseils, mais il n'aimait pas lui quémander son avis, parce qu'il avait toujours peur qu'elle se referme comme une coquille après cela, et que sa confiance en lui ne disparaisse.

Elle s'entendait bien avec tout le monde maintenant. Elle se moquait beaucoup, était très cynique et explicitait très difficilement ses sentiments. Une adolescente un peu perdue.

- Ce n'est pas ton rêve d'en faire un commandant ?

- J'hésite pour la première fois depuis longtemps, Père.

Cela fit rigoler le Capitaine.

- Je ne t'ai pourtant jamais vu hésiter ! Aller, mon Fils, reprends-toi.

Ces seuls mots eurent pour effet de réveiller Marco. Tout s'éclaircissait. C'était beaucoup plus simple que tout ce qu'il pouvait se persuader. Non : communiquer n'était pas si difficile, le début était juste gênant.

- Vous avez raison.

.

Il l'avait donc prise à part sur la poupe du navire. La fin de journée avait exténué tous les matelots, et ils étaient maintenant au réfectoire. Ils ne faisaient pas la fête tous les jours, valait mieux profiter des petites occasions, et c'est pour ça que cette soirée était si calme. Marco se gratta un instant le cou, embarrassé :

- Rin… Est-ce que tu te sens bien ici ?

La jeune femme jeta un coup d'oeil à son commandant, qui observait l'horizon avec son sempiternel soruire. Elle décida d'ouvrir son cœur à son père, parce que c'était la première fois qu'il lui demandait. Rin pensait que Marco savait déjà tout d'elle, alors ça ne la dérangeait pas qu'il ne pose jamais de questions, qu'il veille seulement silencieusement sur elle. S'il avait demandé, elle ne se serait jamais ouverte. Elle ne lui aurait jamais fait autant confiance.

- Je crois que…-elle hésita- Je n'ai jamais été aussi bien qu'ici. Je pense.

Cette hésitation pouvait montrer tout et n'importe quoi. De la joie, de l'angoisse, de la peur ? Mais Marco se creusait tellement les méninges qu'il n'y avait pas fait attention. Lui qui savait lire en elle comme personne, il était trop concentré sur ses mots pour se concentrer sur elle. Il se focalisait sur la difficulté à exprimer l'idée qu'il voulait transmettre.

- Tu es sûre que ta place est ici ?

Rin ne répondit rien. Elle fronça les sourcils et lui fit face, pendant qu'il regardait les premières étoiles reflétées par les vagues. Elle aurait voulu qu'il se tourne vers elle aussi, qu'il lui dise qu'il ne pensait pas ce qu'il venait de dire. A ce moment, elle était prête à lui décrocher une droite tellement elle était énervée. Mais quand elle ouvrit la bouche, il continuait déjà :

- Je me pose la question depuis un moment déjà. Es-tu heureuse sur ce bateau ? Nous t'y avons emmené presque de force, et tu commences à devenir grande. Peut-être serait-il temps que tu voles de tes propres ailes ?

Les lèvres de la pirate se refermèrent violemment. Elles sursautaient, parfois. Mais ça, Marco n'a pas pu le voir, obstinément face à la mer.

- Tu deviens une femme, et j'ai peur pour toi. Il serait temps pour toi de penser à tout ça.

- D'accord, j'ai compris.

Marco soupira. Il était soulagé qu'elle soit raisonnable et qu'elle suive son point de vue. Ca avait été dur de parler et ses épaules s'abaissèrent de soulagement.

- Ça me soulage que tu dises ça, Rin. Merci de comprendre.

- Je vais me coucher.

C'est là qu'il se retourna vers elle, mais elle avait déjà fait volte-face. Avec un sourire contrit, il se dit qu'il aurait peut-être prêter plus attention à elle. Quelle expression portait-elle à ce moment-là ?

.

Rin n'avait plus porté de robes depuis lors.

C'est tête baissée qu'elle avait quitté le bateau, sans un geste d'au revoir, juste un baluchon dans sa main. Pas une lettre, un mot, un hurlement pour les réveiller.

Les paroles de Marco l'avaient transpercée bien plus profondément que ce qu'il pouvait l'imaginer. Jamais une fille ne s'était sentie aussi coupable que Rin en cet instant.

Peut-être suis-je un fardeau depuis le début ? Peut-être ne m'a-t-il jamais aimée ? Après tout, Marco n'est pas mon père et ne le sera jamais. Notre père nous a abandonnés

Quand elle était allée chercher Satch dans le quartier rouge, quand elle avait rencontré Kyle. Elle s'était souvenue de cette mission. La première fois qu'elle avait tué, la première fois qu'Isaac l'avait tenue dans ses bras pour lui rappeler que c'était sa faute, mais que ce n'était pas grave. Qu'il accepterait tout d'elle, qu'il était le seul à pouvoir accepter le monstre qu'elle était.

Il avait eu raison tout du long.

En faisant volte-face, le visage impassible, elle désira plus que tout au monde une nouvelle famille pour oublier la première. C'était le sentiment le plus complexe qu'elle eut contracté jusqu'ici.

De l'amour, de la déception et de la culpabilité.

Décidément, elle se sentait différente depuis qu'elle était sur ce bateau. Et pas forcément en bien.

Trop de complexité en une seule journée.

Avant, c'était mission accomplie ou non. C'était noir et blanc. Chez Barbe-Blanche, une myriade d'autres couleurs était apparue. Et, jusqu'à hier, c'était la fierté, l'amitié, la culpabilité, la curiosité, l'espoir. Avant, elle n'avait qu'à aimer Isaac pour qu'il l'aime en retour et lui fasse des éloges.

Pour Rin, c'était trop compliqué. Donc en fait, c'était mieux qu'elle s'en aille comme ça.

.

Première fois que Marco passe une longue nuit. On avait dû le réveiller tellement il dormait bien. Et pas n'importe quel réveil. Ce fut la plus grande panique qu'il ait ressentie depuis longtemps :

- Commandant ! Rin a disparu !

- Hein ?

La voix ensommeillée de son supérieur mit le mousse dans tous ses états. Il fut sauvé par Satch qui rentra dans la pièce, posant son pied sur le rebord du lit de son camarade.

- Qu'est-ce que t'as encore foutu ? Ce matin elle n'était pas dans son lit, et tu sais quoi ? Ses affaires ont disparu. Enfin, les miennes, vu qu'elle me les pique toujours.

- Qu'est-ce que vous racontez, tous ?

- Rin, Marco. Elle s'est barrée.

- Quoi ?!

- Il title enfin...

Satch poussa un soupir infiniment lourd de sens. Las, il était las. Pourquoi ces deux-là n'arrivaient-ils jamais à trouver les bons mots ? Combien de fois aurait-il à faire le messager ?

- Dis-moi ce que tu lui as dit exactement. Souffla-t-il, exultant de colère.

- Que sa place n'était peut-être pas ici-

Satch n'avait rien à ajouter : Marco avait compris par lui-même.

- Je n'ai aucun commentaire à faire, chuchota le cuisinier, je vais juste aller la chercher. Sa place est à mes côtés.

Le phénix releva la tête brusquement, son ami venait de lui faire un reproche c'est ça ? Marco avait beau aimer son camarade, il était très peu heureux qu'il vienne lui faire des reproches alors qu'il avait juste essayé de faire passer ses pensées. Il avait échoué, apparemment, il n'avait pas su lire en Rin comme d'habitude.

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- Bittle, j'ai besoin de toi.

Le presque adulte se réveilla avec un gros mal de tête. Il s'était couché tard la nuit, pour qu'on lui crie dessus au réveil. Un peu groggy, et surtout grognon, il passa une main dans ses cheveux éclatés.

- Qu'y a-t-il, commandant ? Demande-t-il, accentuant sur le commandant avec ironie.

- Rin a disparu, je veux te voir sur le pont dans 10 minutes.

La nouvelle ébranla Bittle et les autres moussaillons du dortoir qui étaient éveillés aussi. Comment ça, Rin avait disparu ? Comment ça, la petite sœur et la fille des matelots avait disparu ? Comment ça, la protégée de Barbe-Blanche avait disparu ?

Même si Marco n'avait appelé que son élève, il retrouva quelques autres de ses hommes pour l'écouter. Tous étaient nerveux, piaffaient d'un pied à l'autre, comme s'ils voulaient aller aux toilettes. Il soupira.

Elle les faisait vraiment transpirer.

- Hier soir, Rin est partie du bateau.

Bittle fronça les sourcils à la toute première phrase du Commandant. Ça n'était pas possible : l'équipage était la famille de Rin. Elle lui avait dit plusieurs fois, elle lui avait avoué à quel point les quitter aurait été dévastée si elle les perdait -surtout après avoir dit au revoir à Kyle.

- Pourquoi ? Coupa alors le cartographe. Ça ne colle pas, expliqua-t-il prestement en voyant les regards sur lui, Rin n'aurait jamais fait ça.

- Effectivement, admit Marco. C'est moi qui l'ai poussé à faire ça.

Souffle froid dans le cou des autres matelots. Les yeux du Phénix indiquaient clairement que toute question était à éviter, sous peine de se prendre un savon mystiquement enflammé.

- Vous savez par où elle est partie au moins, votre Rin ?

Ness, tout nouveau encore dans l'équipage, pour avoir dévalisé les cargaisons du navire, nettoyait les le pont avec lassitude. Il ne comprenait aucunement l'engouement que les pirates avaient pour la jeune femme. Il était plus intéressé par ses formes que par sa personnalité, aussi ne s'était-il jamais pris d'attachement pour elle. Il remit ses longs cheveux bleus derrière son oreille en se souvenant de la fois où il avait pu voir une partie de son soutien-gorge. Les femmes ne couraient pas les couloirs du bateau, à part les infirmières -et la commandante Haruta, alors il n'était pas le seul à la regarder de travers. Mais la raison pour laquelle il la détestait était plus profonde : à chaque mission, elle n'en faisait qu'à sa tête et elle n'hésitait à frapper ses camarades quand ils commettaient une faute -voire même quand ils n'avaient rien fait.

- Non, répondit Marco d'une voix forte. Mais nous devons la retrouver.

- Et si vous la laissiez partir ? Proposa avec désinvolture Ness, se laissant choir sur son balai-brosse. Après tout, c'est son choix.

- Ça se voit que tu ne connais pas Rin, rit Bittle qui n'aimait très franchement pas qu'on se moque de sa sœur. Elle ne serait jamais partie si on ne lui avait pas dit de partir.

Cette remarque alla droit au cœur de Marco qui sentit sa poitrine se contracter.

- Si elle est trop conne pour comprendre-

Bittle agrippa son col et ramena son visage vers le sien.

- Si tu dis encore un mot...

- Ça suffit, Bittle ! Ordonna Marco.

Celui-ci lâcha son Frère en claquant de la langue. Si le cartographe perdait très difficilement son sang-froid, ça voulait dire que la situation le stressait vraiment. Et Ness connaissait très bien la réputation de son camarade. Il reconsidéra l'ordre de se taire, penaud. S'il s'énervait, ce n'était pas pour rien.

- Nous allons fouiller l'île ! Dit Marco. Bittle, tu te charges de l'ouest. Tiens, Ness, toi tu t'occuperas de l'est.

- Quoi ?!

- Satch, tu vas au nord.

- Heu, attendez commandant, je n'ai jamais demandé à être envoyé là-bas !

- Non, effectivement. C'est un ordre.

Ness grogna imperceptiblement, juste assez pour recevoir les foudres des yeux de Bittle.

.

Satch visitait les marchés sous une pluie torrentielle. Ses hommes étaient tous derrière lui, formant un banc compact et désordonné. S'il avait l'air désinvolte, il n'en était pas moins totalement effrayé par la situation.

Si elle le voulait, Rin pouvait très bien se rendre invisible pendant des semaines. Elle y avait été entraînée après tout. Mais il suffisait d'une once d'hésitation de sa part pour que tout son plan soit remis en question.

Il espérait que c'est ce qui allait se passer.

- Commandant, ça fait une heure qu'on cherche, vous ne croyez pas que-

- Non ! On ne rentre pas avant d'avoir trouvé Rin.

Il entendit des chuchotements dans ses rangs. De la fatigue, de l'agacement, de la résignation. Peut-être avait-il fait le mauvais choix, aussi se permit-il de souffler.

La seconde d'après, Marco, aussi trempé que lui, était planté devant lui.

- Je ne l'ai pas trouvée.

Satch avait haussé les épaules en le disant.

- Moi non plus. Où est-ce qu'elle peut être ?

- Aucune idée.

Ils rentrèrent bredouille, sous un silence d'acier. Ils rencontrèrent Ness et Bittle : même conclusion. Il leur semblait même qu'elle aurait pu être partie de l'île.

.

- Ah bon, la petite s'est barrée ?

Le soir, les commandants et Barbe-Blanche avaient été conviés à une réunion. Joz, assis contre le mur, les bras croisés, toisait le plancher férocement, un Izou agacé à côté de lui. Haruta semblait abattue, silencieuse et attristée, et Satch pouvait la comprendre. Vista essayait, à l'instar de Marco, de ne pas montrer son inquiétude, et Namur s'en amusait un peu.

- Je sais que vous comptiez la charger du rôle de second commandant, il vaut mieux y réfléchir un peu plus. Fit Izou l'air de rien. Oden mérite mieux que cette gamine en remplaçante.

- Il manquait plus que ça ! Rigola le Capitaine avant de redevenir sérieux. Nous l'avons élevée et entraînée, et maintenant elle nous file entre les doigts. Des idées ?

Les commandants furent étonnés de l'initiative de leur capitaine. Certes, il avait souvent émis l'hypothèse qu'elle puisse devenir commandante mais jamais elle n'aurait été importante au point de la chercher. Que leur Père ne réfute pas qu'elle fût la commandante en devenir irrita Izou, qui se souvenait toujours d'Oden, si cher à son cœur.

- Vous êtes sûr, Père ? Demanda Marco.

- Eh bien, Marco, as-tu quelque chose à redire ?

- Ce n'est pas ça mais il nous reste des choses plus importantes à faire et-

- Plus importantes que le futur commandant de la seconde flotte ? Aller, ramenez-moi cette gamine que je la punisse !

Son rire résonna dans tout le Moby Dick. Il devenait de plus en plus excentrique.

- D'accord ! Tonnèrent tous les commandants en se redressant.

- Ce ne sera pas nécessaire !

Bittle, trempé jusqu'aux os, venait de pénétrer dans la pièce brusquement.

- On l'a retrouvée...

.

Une équipe de trois personnes, Vista, Marco et Bittle s'engagèrent dans une forêt. Le soleil était revenu timidement, leur donnant bon espoir de la revoir. Elle avait réussi à être aperçue en haut de cette falaise, et, évidemment, ça ne pouvait pas être dans un gentil bar où ils auraient pu se reposer.

Ils la retrouvèrent, effectivement. Sur le sol, apparemment évanouie.

- Ah, elle est à vous cette petite ?

Bittle retint son souffle. L'homme qui se tenait devant eux avait des cheveux d'un rouge flamboyant. Il passa une main dans sa touffe et les observa de ses yeux noirs.

- Elle m'a attaqué sournoisement. Tout ça parce que je vous observais de loin. J'aurais dû faire le lien. Je voulais vous dire bonjour, mais elle m'a pas laissé le temps.

Shanks Le Roux était devant lui.

Bittle n'avait jamais retenu sa respiration aussi longtemps. Comment allaient-ils faire ?

- Salut Marco, tu ne voudrais pas intégrer mon équipage ?

- Non mer-

Rin s'était ruée sur Shanks à une vitesse folle. Il attrapa le pied qui aurait dû s'écraser contre sa joue d'une seule main, la forçant à garder la pose.

- Tu pourrais lui dire d'arrêter ça ? Demanda le Yonkou en la désignant du pouce. Ça commence à devenir lassant.

- Rin, nous sommes venus te récupérer.

Elle ne fit que grogner comme un animal. Elle envoya son deuxième pied mais Shanks l'envoya valser plusieurs mètres plus loin.

- C'est qu'elle pourrait mordre la petite !

Cette fois-ci, il se protégea pour éviter de se prendre un couteau. Elle essaya de le frapper encore et encore, sans succès.

- C'est pas bon…. Souffla Marco.

Il voyait son apprenti à ses côtés commencer à perdre connaissance. Shanks avait une grande présence, et devait actuellement utiliser le haki pour fatiguer Rin -mais elle ne vacillait pas.

- Elle commence à être impressionnante la petite, siffla fièrement Vista.

Ça n'empêcha pas à la "petite" de se retrouver par terre, défaite par le capitaine.

- Je l'aime bien aussi, cette petite, vous avez vraiment de bons éléments, dites donc.

- Désolé, mais Rin est notre chasse gardée.

- Alors elle s'appelle Rin...

Il se baissa à la hauteur du corps affalé au sol, un grand sourire bienveillant aux lèvres.

- Ravi d'avoir fait ta connaissance.

Elle lui cracha au visage. Comme elle l'avait fait avec Satch, des années auparavant.

Et c'est à ce moment-là que Marco prit peur. Il se posta devant Rin, déjà prêt à se battre.

Akagami voyait rouge.

Il était patient, mais pas à ce point.

- Rin, demande pardon ! Aboya Marco.

Bittle s'était effondré à cause de la pression du haki, et Rin le prit comme une attaque du Roux. Elle agrippa les vêtements de Shanks, poussant Marco sur le côté, et le tira vers elle. Une nouvelle altercation commença, beaucoup plus violente que toutes les autres. Rin semblait enragée. Elle hurla qu'il avait tué Bittle, et c'est vrai qu'elle n'avait jamais vu Barbe-Blanche utiliser son pouvoir sur quelqu'un.

Jamais elle n'avait vu le haki du roi en action. Ou en tout cas, sur quelqu'un d'autre qu'elle. Elle devait penser que le capitaine avait tué son ami.

Shanks allait devenir fou.

C'est quand Marco et Vista arrêtèrent Rin en la maintenant par le bras que Ben Beckmann et Lucky Roo pointèrent leurs armes sur elle.

Elle leur sourit et les défia :

- Tirez si vous l'osez.

Rin s'enflamma, alertant tous les pirates. Et c'est Marco qui la plaqua à terre, juste avant que les seconds ne tirent sur elle.

Bittle se releva, aidé par Bec qui venait plus ou moins de comprendre la réaction de la jeune femme. Rin avait été assommée par Marco qui se retrouvait penaud à la regarder, inerte sur le sol.

Ce combat l'avait meurtrie, et si Shanks ne semblait pas être blessé, elle l'était à tous les niveaux. Après tout, elle n'était même pas commandante et lui était un Empereur. Leur niveau était trop différent.

- Nous sommes désolés, s'excusèrent platement les deux commandants et leur apprenti.

Shanks semblait lui aussi un peu gêné de cette situation, à la fois perdu et agacé.

- Elle pensait que j'avais tué son ami ?

- J'en ai bien peur…

Akagami soupira.

Plus de peur que de mal, mais tout de même. Sa fierté en avait pris un coup.

- Dire que j'ai laissé une fille d'à peine 15 ans me cracher dessus… Souffla-t-il. Je ne serai pas regardant sur ce qu'il vient de se passer, ne vous inquiétez pas.

Beck avait expliqué la réaction qu'avait eue Rin à son encontre, et Bittle sentait qu'il allait bien l'engueuler, même s'il était heureux qu'elle se batte pour lui. Ils avaient tous plaidé sa cause, et pour cause : personne ne voulait voir une femme fille (douée de surcroit) mourir aujourd'hui -ni même demain. Ils n'étaient pas des monstres.

- En tout cas, prenez-en soin. Elle a la rage, celle-ci. Elle me fait penser à cet idiot de Luffy.

Il émit une œillade même pas discrète vers l'adolescente évanouie. Quel curieux pouvoir possédait-elle. Les flammes, peut-être. Encore un gamin qui mangeait tout ce qui se trouvait sur son chemin.

- Quel fruit était-ce ? Demanda-t-il. Le fruit du démon du feu ?

Les trois fils de Newgate se concertèrent du regard, pas sûrs de savoir quoi répondre. Finalement, c'est Bittle qui répondit à la place de tout le monde :

- Cette abrutie ne voudrait pas qu'on balance des infos sur elle, je crois qu'elle nous en voudrait toute notre vie. Mais si vous pensez que vous avez le droit de savoir…

- Je pense qu'elle a déjà compris la leçon ! Rigola-t-il en voyant la jeune fille endormie dans les bras de Marco. Je ne voudrais pas qu'elle se tourne complètement contre moi. Je reviendrai sûrement pour essayer de vous la voler !

- Ne vous prenez pas cette peine, plaisanta Marco. Elle est amoureuse de Vista.

Celui-ci fut un peu surpris par la réplique mais sourit. L'épéiste savait mieux que personne que l'enfant ne restait pas pour lui, mais pour le 1er commandant, et Shanks avait l'air de le comprendre aussi. Le Phénix tendit finalement sa main au capitaine avec un sourire :

- Au plaisir de vous revoir.

- Tu sais que tu es toujours le bienvenu, Marco.

Bittle le toisa méchamment, le faisant rire.

- On dirait que ta Famille ne peut pas se séparer de toi.

- Et réciproquement.

- Dites à votre capitaine que j'ai dit bonjour.

Après un signe de la main, les trois hommes s'en allèrent.

.

- Bon, maintenant…

Bittle se craquait déjà les phalanges. Face à sa Soeur, qu'une goutte de sueur dénonçait l'angoisse, on pouvait voir les veines sur ses tempes gonfler de colère. Elle allait morfler…

- Tu étais obligée de lui faire face ?!

- Tu aurais vu comment il vous regardait ! J'avais l'impression qu'il était un chat devant des poissons !

- Si tu étais un peu plus cultivée, tu saurais qui était cet homme !

- Et si tu m'apprenais au lieu de me gueuler dessus ?!

Bittle soupira. Il n'était pas d'humeur à lui dire, mais s'il ne lui disait pas elle allait refaire l'erreur. Et l'équipage de Barbe-Blanche ne pouvait pas se permettre de refaire une faute pareille, sous peine d'une guerre diplomatique -que personne ne souhaitait, vraiment.

- C'était Shanks le Roux. Un des quatre Empereurs.

- Ok ?

- Tu ne sais pas qui sont des Empereurs ?!

- Nope.

- MAIS BARBE-BLANCHE EST UN DES EMPEREURS !

Grosse surprise pour Rin. Elle n'était déjà pas très heureuse de se retrouver sur le pont de son ancien navire, et maintenant on lui faisait un sermon, tout en insistant sur le fait qu'elle n'avait aucune culture. Pour des retrouvailles, c'était réussi. Marco n'avait même pas essayé de la regarder, Bittle l'enguirlandait et Newgate la regardait comme si elle était un petit chien qu'on éduquait.

- Ah, le Vieux est si connu que ça, incroyable. Roula-t-elle des yeux.

- Arrête de te moquer ! Et va présenter tes excuses à Père !

- Pourquoi je devrais faire ça ?

- Tu sais que c'est lui qui nous a ordonné de te chercher ? Lui aussi se faisait du souci !

- Ne parle pas pour moi, veux-tu.

Le dos de Bittle, sous la simple pression de son capitaine, s'était tapissé d'une fine couche de sueur. Les gaillard arrêtèrent de rigoler aussi, à l'affût de la colère du colosse.

- Je n'ai jamais dit que je me faisais du souci pour elle, commença le Yonkou. Cependant, perdre mon futur Commandant me ferait du mal.

Tout le monde regardait Rin. Le Capitaine venait juste de nommer son prochain Commandant. C'était un moment presque sacré. Bittle recula un peu, pour que Rin puisse voir Barbe-Blanche. Elle se leva, les sourcils froncés, tout le monde accroché à ses lèvres.

- J'ai jamais dit que je voulais être Commandante.

Et la déclaration de Rin jeta un froid sur l'assemblée.