Enfin les amis. ENFIN nous rencontrons un des plus grands GOAT de One Piece.

Je ne dirai rien. Juste...

Enjoy.


CHAPITRE 8 : L'ILE DES HOMMES-POISSONS


La crise de Bittle semblait s'être tarie depuis que Rin avait été portée disparue. Il ne manquait pas un moment pour la rappeler à l'ordre, si bien qu'elle faisait maintenant mine de ne pas l'entendre. Ils passaient tout leur temps ensemble, et parfois on pouvait voir qu'il passait une main sur la sienne, pour vérifier qu'elle ne disparaîtrait pas.

Satch soupira.

Il ne la voyait plus comme une concurrente, mais bien comme une sœur. C'était aussi sûrement dû au fait que Marco essayait de partager équitablement son temps entre ses deux protégés. Il posait aussi beaucoup de questions, toutes celles qu'il n'avait jamais osé poser, mais Rin ne semblait pas y être réceptive, alors il avait arrêté.

- Comment ça tu ne veux pas être le prochain commandant ? S'étonna Ness.

- Mais laissez-moi à la fin ! S'énerva l'adolescente.

Elle s'entraînait à garder les flammes de Marco le plus longtemps possible, un brin de cheveux lui appartenant dans la main. Ils avaient remarqué que c'était l'ADN du possesseur qu'elle devait toucher, et ils s'étaient donc empressés de couper une mèche du Phénix, qu'elle gardait maintenant toujours autour du cou, dans une petite capsule.

Ça faisait bien dix minutes qu'elle tenait maintenant, mais ça lui demandait une concentration telle qu'elle restait assise en tailleur dans un coin du bateau, en pleine méditation.

- Ce serait pourtant pas mal, dit Haruta qui passait par-là.

- Je ne pense pas avoir le niveau, répondit sincèrement Rin. Ça ne sert à rien de nommer quelqu'un qui ne peut pas protéger son équipage. Oden était capable de protéger ses hommes, et il aurait sans doute été vexé que je prenne sa place. Et pourquoi pas Teach, d'abord ?

- Ça ne m'intéresse pas non plus ! Rigola-t-il.

- Bah comme ça on est deux, rétorqua-t-elle, je dois déjà comprendre comment fonctionne mon fruit. Plus tard, si j'ai envie.

Les moussaillons se concertèrent du regard avant de sourire jusqu'aux oreilles.

- Si c'est comme ça, on va t'en parler tout le temps.

- T'en auras tellement marre que tu accepteras.

- Quoi ?

Ils soulevèrent Rin par les aisselles, et essayèrent de la transporter jusqu'où la fête commençait. «Essayèrent», car elle les mit à terre un par un sans une once d'hésitation.

- Vous êtes collants ! S'exclama-t-elle.

- Alors, tu as fini ton entraînement ? Tu t'es chronométrée ?

Satch intervenait enfin, ses mains dans les poches. Depuis son retour, elle ne lui parlait que rarement. D'ailleurs, elle parlait rarement à qui que ce soit sur le navire. Ils étaient en pleine mer mais ne cessait de répéter à Bittle que la prochaine fois qu'ils débarqueraient, elle ne ferait plus partie de l'équipage. Il ne rétorquait rien, puisqu'il avait déjà dit mille fois qu'elle était idiote de penser ainsi -mais il ne pouvait pas panser ses blessures.

- Non, répondit-elle sèchement.

Elle passa devant lui sans le regarder et s'enferma dans sa chambre.

.

- Nous allons nous diriger vers l'Île des Hommes-Poissons.

Quand Newgate donnait un ordre, l'équipage savait quoi faire. Il se planta sur la proue, le regard au loin. Il revenait d'une mission qu'il avait voulu prendre en main personnellement et dont les matelots n'avaient eu connaissance qu'à son retour. Et il s'était enfermé dans un mutisme qui ne lui ressemblait pas. Barbe-Blanche s'était tu, mais pas ses compagnons de voyage, et il comptait sur eux pour expliquer la situation. Quand il se retourna vers le pont, les commandants étaient déjà devant lui.

- La Reine Otohime a été tuée. L'Île des Hommes Poissons doit être en désordre à l'heure qu'il est…

Son regard était porté beaucoup plus loin que sa flotte elle-même. Il repensait à Fisher Tiger, il repensait à Jinbei, il repensait à Neptune et à la reine Otohime… Edward Newgate avait de l'instinct. Il savait que ce qu'il se passait ne tournait pas rond. Il ne prétendait pas qu'il voulait complètement sauver les hommes-poissons, mais s'il pouvait ne serait-ce qu'aider, il le ferait coûte que coûte.

- Nous allons régler tout ça.

.

La cabine de Rin n'avait jamais été aussi froide que depuis qu'elle était rentrée. Chaque parole, chaque geste des matelots à son encontre la blessait encore un peu plus.

Elle ne faisait pas partie du navire. Elle était un envahisseur, un parasite pour eux.

Bittle le lui avait dit.

Satch le lui avait dit.

Marco le lui avait dit.

Rien que la confiance que ces trois-là lui avaient confié, elle l'avait déçue. Cette confiance, elle n'avait pas su la maintenir, ou la respecter.

Jamais elle ne s'était sentie aussi mal qu'à ce moment, allant jusqu'à renier sa propre existence dans ses nuits d'insomnie. C'était une bataille muette et inconnue de toutes les personnes qui l'entouraient. Ils se disaient juste qu'elle était fatiguée, ou qu'elle était juste devenue plus adulte et plus calme. Il était habituel de la retrouver sur le pont, seule, fermant les yeux et savourant la brise, le balancement des vagues, appréciant le moment présent.

La voyant faire, beaucoup avait tenté de se joindre à elle, mais Rin semblait si absente qu'ils ne recommencèrent pas. Même Bittle, qui pourtant était son meilleur ami, ne prenait pas le temps de venir lui parler. C'était peut-être ce qui manquait dans cet équipage. Un temps pour parler, pour mettre les choses à plat.

Car ici, les problèmes s'effaçaient avec le temps, une bagarre et c'était réglé. Mais Rin était différente.

Et c'était elle le problème.

Comment s'en débarrasser ?

La meilleure chose à faire était de partir.

.

Le dîner se déroula comme d'ordinaire. Rien à fêter, rien à pleurer.

Rin voulut cependant quitter la table bien vite, prétextant qu'elle voulait continuer de s'entraîner. Et ça inquiétait beaucoup Marco, qui la voyait s'épuiser inutilement. Mais cette fois-ci, Teach la garda plus longtemps avec eux. Il lui fit parler de sa passion : les fruits du démon. C'était ce qu'ils partageaient. Elle et le pirate pouvaient en parler pendant des heures. C'était une passion soudaine qui avait surpris la plupart des matelots. Mais apparemment, faire des recherches sur son pouvoir l'avait intéressée. Elle avait lu l'encyclopédie de Teach en une seule soirée, se délectant de chaque phrase, et elle en avait tout de suite demandé plus. Il n'était pas surprenant de la retrouver dans la petite bibliothèque bien fournie du bateau, un léger filet de bave témoignant de son sommeil profond au coin des lèvres.

- Pourquoi aimes-tu autant ce fruit ? Demanda Rin quand la conversation se tourna vers le fruit des ténèbres.

- Dès que je l'ai vu dans l'encyclopédie, c'est simplement devenu mon préféré. Ses pouvoirs sont grands, sa beauté est sans égale...

- Qu'est-ce que tu ferais si tu le trouvais ?

- Je le mangerais coûte que coûte. C'est pour ça que je dois le trouver en premier.

Rin mit le pied sur la table pour pousser sa chaise en arrière.

- Je ne vois pas pourquoi tu voudrais faire ça. Le mien ne m'a attiré que des ennuis.

Teach se mit à l'écouter, pensant qu'il y aurait une suite. Mais rien.

- C'est plus la beauté de la puissance de ce fruit qui me plait, essaya-t-il d'expliquer.

- Marco m'a dit que la puissance rend aveugle.

- C'est sûrement vrai ! Rigola le pirate. Mais je ne succomberai pas à un truc pareil.

Cette remarque vola un sourire à Rin. Décidément, Teach était incroyable. Toujours à l'écoute, assez puissant pour qu'elle n'arrive pas toujours à le battre, un sourire sempiternel caractéristique de sa joie de vivre constante... un modèle pour la jeune femme qui se sentait proche de lui.

- Tu vas aller sur la prochaine île ? Demanda-t-elle alors, un plan se forgeant dans sa tête.

- Les plus puissants y sont déployés. C'est sacrément la merde là-bas.

- Autant que ça ?

- C'est vrai que tu ne dois pas savoir, toi. Tu connais Fisher Tiger ? -Rin secoua la tête- la reine Otohime ? -une seconde fois- alors, tu ne risques pas de comprendre.

- Si tu m'expliquais, je pourrais ! S'enorgueillit la jeune fille.

- D'accord, d'accord, calme-toi. S'amusa le pirate. Bon. Par où commencer ?

- Laisse-moi lui raconter.

Satch s'était accoudé au dossier de la chaise de Rin, la faisant arrêter son balancement.

- Si vous insistez, Commandant !

- Alors, Rin-chan, tu sais ce qu'est l'Île des Hommes Poissons ?

- Nope.

Le Commandant et son subordonné soupirèrent. Cette fille ne savait absolument rien.

- Pour faire simple, l'Ile des Hommes Poissons est la première étape du Nouveau Monde. Le Nouveau Monde, c'est l'autre partie de Grand Blue.

Voyant qu'elle ne comprenait absolument rien, il se passa une main sur le visage.

- Ça ne sert à rien.

- Comment ça, ça sert à rien ?!

- Rin, ça ne sert à rien que je t'explique si tu n'as pas les bases. Tu sais de quelle mer tu viens au moins ?

La petite se renfrogna. Ouvrant la bouche en se concentrant, elle fronça les sourcils en dévisageant Satch.

- Maman disait que les gâteaux d'Inochi étaient les meilleurs.

- Inochi...

- C'est à East Blue, ça.

C'était à Vista de s'ajouter. Juste à son arrivée, la stature de la jeune fille avait changé pour devenir droite et noble. Elle admirait l'épéiste et cherchait toujours à se montrer au meilleur jour avec lui, ce qui n'avait de cesse de l'amuser. Il trouvait ça adorable, et avait fini par la considérer comme une filleule sur laquelle il veillait.

- Tu habitais sur Inochi ? Demanda Teach.

- Je crois.

- Je connais bien cette ville, reprit Vista, tu peux me la décrire ?

Rin resta muette. Elle semblait surprise. Comme si elle réalisait elle-même quelque chose, ses camarades accrochés à ses lèvres.

- Ha, je crois que non.

- Tu ne t'en souviens pas ? Demanda Teach avant d'être coupé :

- Il y a une grande place avec une fontaine. Devant une grande église. C'est à côté de la mer, et tous les toits sont tout rouges.

- Tu es sûre ? Dit Satch.

Elle hocha vigoureusement la tête, mais semblant elle-même peu sûre de ce qu'elle avançait. A vrai dire, ses souvenirs étaient flous. Elle devait se concentrer sur les brides où le feu n'apparaissait pas. Elle avait peur des flammes, et celles de Marco étaient les seules qui ne l'effrayaient pas -parce qu'elles ne brûlaient pas.

- C'est vrai que ça ressemble à Inochi, confirma Vista. Elle est connue pour ses toits en tuiles rouges. Et je me souviens de cette église.

- Tu vivais où là-bas ? Demanda Teach, heureux que la petite parle enfin de sa vie d'avant.

Elle ne répondit plus, fixant Satch chez qui la gêne prenait le dessus. Il comprit qu'elle dissociait encore, perdue entre la réalité passée et actuelle.

- Sur la plage. Ouais, sur la plage. La cuisine était inondée lors des grosses marées. Maman et Pale cachaient les seaux dans un placard. Avec Ren, on allait souvent en piquer pour faire des châteaux de sable.

Les pirates se regardèrent, tandis que Rin sirotait son jus, les sourcils toujours aussi froncés. Ils étaient assez émus qu'elle raconte enfin un peu de son passé, mais ils ne s'attendaient pas à ce qu'elle soit aussi perturbée et en colère.

- Et c'est qui, Ren ? Fit Teach, enthousiaste.

Rin lâcha brutalement son verre. Satch s'écria qu'elle devait faire plus attention avant d'essuyer la tache qui se formait avec son torchon.

- Mon jumeau.

Le Commandant s'arrêta dans son geste. Grand blanc dans l'assistance.

- Ren, c'est mon jumeau. À qui j'ai promis qu'on se reverrait à nos 20 ans lorsqu'on a été vendus.

- Tu sais à qui il a été vendu ? Continua Vista.

- À un Amiral de la marine. Il rêvait de devenir marin.

- Et toi, tu as été vendue à qui ? Questionna Teach.

- Isaac.

- C'est qui, cet Isaac ? Insista Teach sans voir la réticence de l'enfant.

- Je crois que c'est bon, calma Satch en voyant l'air affolé de sa protégée.

- Non ! Rétorqua son subordonné. Elle parle enfin, tu ne vas pas t'arrêter comme ça, hein ?!

A l'entente de ces mots, ses gonds explosèrent et elle se leva brusquement pour sortir de la pièce. À aucun moment elle n'avait envie de développer le sujet. Isaac resterait dans sa tête. Elle voulait le garder pour elle, il était SON Isaac.

Elle savait que si elle parlait, il viendrait la chercher. Elle le sentait dans son dos, à chaque seconde. Sa présence, toujours latente à ses côtés. C'était pour ça qu'elle ne parlait pas, qu'elle ne parlerait jamais. Pour le protéger -non, parce qu'elle avait peur de lui. Elle avait toujours eu peur de lui, ce n'était pas de l'affection.

.

- Qu'est-ce que tu crois ?

Rin regardait l'océan. Une voix résonnait, sans doute celle d'Isaac, à laquelle elle s'était accoutumée.

- Tu penses vraiment que j'ai disparu ?

Si elle l'ignorait, il disparaîtrait. C'était les règles du jeu. De son jeu, à elle. Qu'elle avait créé quand elle avait perdu ses repères, qui ressemblait à celui d'Isaac.

- Tu continues de jouer à la sourde ? Comme les enfants qui pensent qu'en restant sous la couette, le méchant monstre ne se montrera pas ?

Les sourcils froncés, l'océan commença à se transformer en une mer de sang.

- Tu ne penses pas que tu en as fini avec ce genre d'enfantillages ?

La voix était beaucoup plus forte. Surprise et paniquée, elle se retourna et frappa de sa main l'homme derrière elle, qui l'intercepta.

Mais ce n'était pas Isaac. C'était Satch.

- Rin, ce n'est pas très gentil de faire ça... dit-il, gêné, se massant le cou, gêné.

Ne sachant comment réagir, la jeune fille garda une bouche béate, sûre qu'elle allait se faire punir par le pirate. Mais quand il leva la main, ce n'était pas pour lui rendre la pareille, mais bien pour lui caresser les cheveux.

- Je suis désolé de t'avoir effrayée.

- En vérité il te déteste, susurra Isaac.

- Que regardais-tu comme ça ?

- Il ne s'intéresse pas à toi.

- C'est beau l'océan, non ?

- Il te trouve pathétique, c'est tout.

Satch se tourna vers sa protégée, muette. Elle avait porté ses mains à son visage pour le cacher, désespérée par les mots d'Isaac.

- Rin ?

- Laisse-moi seule s'il te plaît…

Avec un sourire contrit, il la prit par les épaules, doucement, pour déposer contre sa tempe un baiser de bonne nuit. Il ne pouvait faire que ça pour elle, et il s'en alla comme elle l'avait demandé.

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- Teach, j'ai un service à te demander.

Il se tourna vers l'adolescente qui le regardait sévèrement. Il était dans sa chambre, avec plein d'autres matelots qui étaient bien plus occupés à parler entre eux qu'à être intéressés par ce qu'une fillette racontait.

- Je t'écoute, lança-t-il légèrement.

- J'aimerais que tu m'amènes à l'Île des Hommes-Poisson aussi.

- Tu t'y intéresses enfin ?

- Ouais…

Heureux que la petite soit enfin curieuse, il allait émettre un rire bruyant qu'elle empêcha :

- Mais Marco m'a dit qu'il fallait que je reste là parce que sinon je risque de faire capoter la mission, je me demande pourquoi…

Teach savait très bien pourquoi : c'était une mission diplomatique. Et il voyait déjà Rin dire au Roi Neptune qu'elle le tuerait s'il touchait au Phénix. C'est pour ça qu'elle n'avait jamais participé à des missions diplomatiques, même si elle remplissait extrêmement bien son rôle dans toutes autres genres de missions. Son taux de réussite était sans doute le plus haut de la quatrième division -sans compter le capitaine, bien sûr. Elle avait changé de division après l'incident Shanks, sous requête directe de Satch.

- Ça marche. Mais il faut que tu sois rentrée le soir, pour le dîner. Et il ne faut pas que tu fasses de bêtises, sinon on va encore entendre parler de toi.

- Encore ?!

Barbe-Noire la défia : si elle osait lever le ton, il ne l'emmènerait pas. Elle frappa sa langue contre son palais. Oui, Rin faisait du grabuge. Elle n'hésitait pas à écraser les autres pour arriver à ses fins, puisque la loyauté était toute donnée à son équipage et que tout le reste n'avait pas d'importance.

- Ça marche…

- Bien ! Apparemment, on débarque dans vingt minutes, ça te donne le temps de préparer quelques affaires. Je te mettrai dans un sac, t'en dis quoi ?

Encore une fois, elle allait protester : elle, dans un sac ?! Et puis quoi encore ?! -Mais elle se ravisa.

- D'accord… Souffla-t-elle, fulminante.

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Dans son sac, elle étouffait quelque peu. Elle ne savait pas si c'était intentionnel ou non, mais Teach la faisait valdinguer dans tous les sens. Quand ils rentreraient tous sur le bateau-mère, elle lui en ferait baver, au moins autant qu'elle maintenant.

Ils débarquaient dans le bâtiment qui irait à l'Île des Hommes-Poisson. Il était contre productif d'y aller avec le Moby Dick, aussi avaient-ils opté pour y aller sur les navires de la première et deuxième division. Dans ce bâtiment, Marco, Teach et Bittle. Les autres commandants étaient restés au QG, car ceux-ci suffisaient amplement pour une mission de diplomatie.

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Sur l'Île, un Homme-Poisson venait aussi d'arriver dans son pays natal. Après des années sur les mers, il était étrange pour lui de revenir sur ces lieux chargés d'histoire et de remords. Était-ce ici qu'Otohime avait été tuée ? On lui indiqua la direction de sa sépulture. Il devait aller à une réunion des plus importantes, mais il devait d'abord saluer sa Reine comme il fallait. Il ne se serait pas pardonné autrement.

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Teach l'avait laissée dans ce même sac, mais il était parti. Où ça ? On l'avait appelé juste après qu'il soit rentré dans ses quartiers et avait décidé de balancer sa besace dans un coin de la pièce. Maintenant, Rin était sûre qu'il faisait exprès de la maltraiter. Il revint au bout de longues minutes, durant lesquelles elle n'osait esquisser un geste de peur d'être découverte, ce qui aurait fait échouer toute sa fuite.

Elle attendit donc, même pas bercée par les vagues. Au moins, celles-ci auraient été d'un certain réconfort, mais il n'y avait qu'un courant légèrement bruyant.

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Enfin devant la sépulture, l'Homme-Poisson se pencha pour déposer les fleurs qu'il avait achetées peut-être trois jours auparavant. Il les avait gardés dans ses affaires personnelles, les regardait chaque jour. Elles lui rappelaient la douceur de la reine, de sa figure si importante pour tous les habitants de l'Île, lui compris. Elles étaient un peu flétries, mais restaient les préférées de la Reine.

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Quand elle fut sûre et certaine que Teach ne reviendrait pas la sauver, elle décida de sortir elle-même du sac. Sortir un œil. Le deuxième. La tête entière. Aucune présence dans les parages.

Personne.

Persuadée de ne pas être embêtée, elle débarqua sur le pont. Même pas désœuvrée par le paysage inconnu, Rin sauta par-dessus la balustrade d'un coup de hanche. C'est bon, elle pouvait partir sans problèmes. Alors elle se mit à courir.

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Il paya ses respects à sa reine. Versa du saké dans une petite coupelle en terre cuite. S'assit tranquillement face à la sépulture. Regarda à droite, à gauche.

Personne.

Persuadé de ne pas être embêté, il commença à parler à la pierre comme s'il s'agissait d'une amie. Une précieuse amie, une femme respectable, qu'il déplorait de tout son cœur.

Il ne pleurait pas, car ça n'en valait pas la peine : il s'inquiétait davantage pour l'avenir de ces terres. Enfermé dans ses esprits, il ne vit pas la jeune fille arriver vers lui.

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Elle s'arrêta finalement quand elle faillit rentrer dans quelqu'un. Son attention se tenant dans les éventuels pourchasseurs derrière elle, elle avait esquivé de justesse l'Homme-Poisson assis dans l'herbe. Déséquilibrée, elle se reprit à temps en se reprenant sur une stèle.

Voulant reprendre le plus vite possible son chemin, elle fut interrompue par une voix. Celle de l'homme qu'elle avait bousculé :

- Excusez-vous.

Enervée, elle le méprisa du regard :

- Quoi ?

- Excusez-vous envers la reine.

- Qu'est-ce que tu racontes, toi ?

- La pierre que tu touches. Elle est notre reine.

Rin regarda la pierre et la caressa légèrement.

Elle ne connaissait pas le concept de tombe. Bien sûr, elle en avait déjà vu, mais jamais elle n'avait fait attention à la signification qu'elle pouvait avoir. Rin enleva sa main et fit volte-face.

- Excusez-vous. Répéta l'Homme-Poisson.

- Je ne dois rien à cette femme.

- Tu lui dois le respect, comme tous les êtres du monde.

La pirate s'avança vers lui, prête à lui sauter à la gorge.

- Me casse pas les couilles, tu veux. Je n'ai pas que ça à faire.

Et alors qu'elle se retournait, il lui lança sa coupe en plein dans la gueule.

Il releva les yeux sur elle, alors que le saké s'étalait sur le visage de Rin.

- J'ai tout mon temps, moi.

Il se releva, observant le regard meurtrier de l'enfant.

- T'es qui toi ?

- Je m'appelle Jinbei.