Enjoy !


CHAPITRE 11 : NEZ D'ELFE


Ness détestait ce monde.

Ness détestait sa vie.

Ness détestait Rin.

- POURQUOI JE DOIS ME LA COLTINER ?!

- LA FERME TOI !

Elle lui envoya parfaitement sa première chaussure en plein dans la gueule, alors qu'elle était de l'autre côté du pont. Il fulmina, bouillonnant, comme si le volcan à l'intérieur de lui n'avait pas le pouvoir de se calmer.

- Je la déteste… Siffla-t-il entre les dents.

- Désolée, hein.

Elle était apparue derrière lui, lui fichant la peur de sa vie. Son bond le fit décoller d'au moins trois mètres au-dessus du sol et il aperçut finalement les yeux sévères de sa camarade.

Il allait passer un sale quart d'heure.

- Si tu as quelque chose à me dire, dis-le-moi tout de suite.

Elle souriait. Cruellement.

Mauvais signe.

Il rigola nerveusement, essayant vainement de se justifier à coup de grattage de nuque gêné.

Depuis qu'elle s'était réveillée de sa sorte de coma d'épuisement, elle était revenue encore plus stricte et intransigeante que d'habitude -un trait qu'elle avait sans doute hérité d'Amaya. Ses soucis de santé étaient connus de tous -ni elle ni Hajime n'essayaient de le cacher, surtout que l'infirmière en cheffe la suivait partout en lui tendant des cachets que la pirate ne voulait absolument pas prendre par égo mais surtout par bêtise. Elle avait aussi commencé une thérapie avec l'infirmière qui apprenait la psychologie en même temps que l'empathie.

- On arrête tout ! S'écria Bittle.

Sa sœur tourna la tête vers lui, laissant du répit à Ness. Le cartographe était à l'étage supérieur et s'accouda nonchalamment à la balustrade en les voyant.

- Vous partez en mission.

- En mission ? Répéta Ness. Tu veux dire, nous deux ?

- … Oui, pourquoi ?

C'était la fin du monde.

.

- Okay, j'ose espérer que tu connais Tiryor, Rin.

- Nope.

- Niquel, on vient de loin. Soupira son comparse.

Le navigateur se plaignait tout le temps, mais c'était normal qu'elle ne connaisse pas ce nom, puisqu'elle n'avait pas eu à faire avec lui. Il était simplement déjà fatigué des problèmes qu'elle allait engendrer en faisant équipe avec, certes, le meilleur traqueur de la deuxième division, mais surtout le matelot le plus têtu de l'équipage : Ness.

Rin avait été transférée de la quatrième à la seconde division, puisqu'elle commençait à avoir besoin d'indépendance. Satch l'avait remarqué avant tout le monde et avait donc exigé à ce qu'elle parte dans la fameuse division fantôme, où elle n'aurait pas à suivre les ordres d'un Commandant. La deuxième division était un stock que les autres divisions utilisaient de temps en temps, en l'absence de leur commandant : Oden.

- C'est un petit con, cracha Bittle. Il a essayé d'instaurer une mutinerie au sein même d'une flotte de Père pour se faire un peu de fric. Depuis, il a été exilé. Faut vraiment avoir du temps à perdre pour avoir fait tout ce chemin pour faire chier Père.

- Viens-en aux faits, Frère. Le rappela Rin.

Bittle fronça les sourcils et une bataille de regards s'agença entre la fratrie. Leur mauvaise humeur faisait un cocktail d'agacement qui les contaminait tous les deux. Ils s'insultèrent un peu en langue des signes, sous le regard ahuri de Ness.

- Mais il continue de menacer Père, continua-t-il, et ça commence à nous casser les noix.

- Il faut que je le trouve ?

- Et que tu lui montres ce qu'il en coûte de se frotter aux pirates de Barbe-Blanche.

Le sourire féroce de Rin refit surface, faisant frissonner Ness.

- Ça marche frérot. J'y vais de ce pas.

Elle attrapa Ness par le col pour le jeter dans les chambres, qu'il fasse ses affaires. Elle écouta attentivement les informations que Namur avait à lui donner concernant la mission et, bientôt, Ness et Rin étaient partis en direction d'une île hivernale.

- Apparemment, Tiryor n'est pas seul. Expliqua brièvement la pirate à son camarade. Il serait accompagné de deux-trois loubards, donc ça devrait aller très vite. A part s'il a réussi à trouver des hommes de main. Ah oui, et il a mangé le fruit du démon du marais. Donc on peut le jeter à l'eau, il ne devrait y avoir aucun souci.

Ness n'était pas rassuré. Pour trois raisons : premièrement, il ne savait pas se battre plus que ça. Deuxièmement, il était en compagnie de la pirate la plus imprévisible de la 2nde flotte. Et en troisième…

- Comment ça, tu n'as pas pris de vivres ? S'étouffa-t-il.

- Bien sûr que non. Ça nous aurait ralentis. Nous serons arrivés à l'aube.

Une journée entière sans manger.

- Qu'est-ce que t'as ? Souffla-t-elle en le voyant découragé.

- TU VEUX SAVOIR CE QU'IL Y A ?!

- Yes.

- J'AI FAIM BORDEL !

Le silence de Rin était assez équivoque pour qu'il cesse lui-même ses jérémiades.

- A l'aube, répéta-t-elle du même souffle agacé.

Mais Ness ne pourrait pas tenir l'aube. Ness avait assez attendu l'aube. Mais il ne voulait pas lui donner raison, alors il essaya au mieux de se calmer pendant qu'elle regardait les vagues. Mais son angoisse gonflait et gonflait les minutes passant.

Ils n'étaient même pas accompagnés, se dit-il en paniquant. Ils seraient attaqués avant que la deuxième division n'arrive, c'était sûr. Ness n'était pas fort, et même si Rin avait la réputation de réussir toutes ses missions, il n'avait pas confiance en elle. Une fille si petite, d'à peine 15 ans, avec des bras et des jambes juste un peu plus gros qu'une ficelle. En plus, elle était malade. Il avait une malade avec lui ! Et ça lui donnait envie de vomir.

Il détestait les personnes malades.

.

- T'as un plan ? Demanda-t-il.

- Nope.

- Tu sais où il est exactement ?

- Nope.

- Dis-moi que tu sais une seule chose…

- Tiryor aime le fric et est fliqué par Barbe-Blanche et la Marine. Il va essayer de se faire des amis vilains et de gagner un max de pognon. On le trouve, ou il nous trouvera.

- C'est tout ?!

La nuit était tombée et Ness commençait à ressentir avec agacement ce grondement dans son estomac. Ness détestait avoir faim. Il détestait cette sensation qui lui rappelait son enfance. Alors il se concentrait pour ne pas avoir à regarder sa mère en face, dans ses souvenirs qui remontaient de plus en plus.

- Ça va ?

Rin ne s'était même pas tournée vers lui, aussi il ne répondit pas. Pourtant, elle n'insista pas, ce dont il fut reconnaissant. Il était déjà étrange qu'elle lui demande comment il se portait, comme si elle avait fait une bêtise. Oui, elle ne lui avait pas demandé son avis, elle l'avait ballotté de droite à gauche, et maintenant elle s'inquiétait ? Il aurait fallu y penser avant, se dit-il en essayant de calmer ses tremblements.

- On arrive bientôt. Dors, et je te promets qu'une fois arrivés, les vivres seront là.

Ness ne pleurerait pas. Parce que ça demandait une énergie qu'il ne voulait pas dépenser. Mais cette seule phrase le mit dans un tel émoi qu'il fut obligé de cacher son visage. Ce qui ne servait à rien parce que sa camarade lui tournait le dos. Mais il savait qu'elle l'avait senti.

Alors il s'endormit. Et comme promis, il retrouva un petit déjeuner devant lui à son réveil.

Rin, en tailleur devant lui, lui présenta les mets comme si elle était fière de la trouvaille.

C'est comme ça qu'elle s'excusait, pensa-t-il. C'est comme ça qu'elle lui disait pardon, et qu'elle lui montrait qu'elle veillait sur lui.

Mais comme elle ne disait rien, lui non plus ne dirait rien. Pas un « merci », pas un « désolée. » En guise de reconnaissance, il dégusta les victuailles avec le plus grand plaisir.

.

- Ness, que sent votre nez d'elfe ?

- Nez d'elfe ?

- Une phrase que j'ai lu dans un livre. C'était "vos yeux d'elfe" à la base, je trouvais ça stylé.

Ness dut cligner plusieurs fois des yeux pour se remettre de la claque. Rin était une enfant de 15 ans, mais ça ne voulait pas dire qu'elle agissait comme telle la plupart du temps. Il avait souvent l'impression de se retrouver devant le commandant Joz en lui parlant. Imprenable, inébranlable, et surtout inaccessible. Maintenant qu'il se retrouvait en tête à tête avec elle, il pouvait mieux comprendre qu'on la prenne pour une mascotte.

- Blague à part, si t'as la moindre info, tu me la files direct.

Il déglutit en voyant les yeux acérés de sa camarade. Il acquiesça vite, et ils partirent vers le gîte qui leur offrirait un toit pour cette nuit. Quand ils y arrivèrent, Ness déplora qu'il n'y ait qu'une seule chambre, et qu'il faille qu'ils dorment ensemble. Il aimait avoir son espace vital, et il n'était pas encore assez proche de Rin pour qu'elle puisse y rentrer comme bon lui semble. Il déposa ses affaires dans un coin, prit son temps pour les ranger. Un temps où Rin paya la chambre et quelques informations au personnel. Quand elle revint, il était sur son lit, broyant du noir.

Contrairement à lui, Rin n'avait pas besoin de grand chose.

- Tu n'as rien emporté, fit-il donc remarquer.

- On n'a pas besoin de beaucoup quand on sait qu'on va repartir vite. Moins on prend, moins on est gêné.

- On n'est pas confortable, ici ! Soupira-t-il. Pourquoi je suis obligé de dormir dans une baraque pareille ? Y'a des cafards partout, les lits grincent et y'a même pas de toilettes !

- Si, y'en a. Elles sont dehors.

- C'est ça le problème !

- Le problème, Nez d'Elfe, c'est que t'en demandes trop. C'est pour ça que tu t'es retrouvé dans la deuxième division.

La deuxième division avait la réputation d'être un fourre-merde, même si elle était en vérité une simple pépite.

Le nez de Ness était un outil prisé par l'ensemble des divisions. Il était arrivé dans la deuxième division un peu par hasard, après qu'Oden soit rentré auprès des siens. La division, dépourvue de commandant, récoltait un nombre incroyable de jeunes talents -entraînés pour la plupart par Marco ou Joz- dans l'espoir qu'Oden revienne un jour et reprenne la place qui lui était due. Ness faisait partie de ces talents, que le nez n'enviait en rien le haki de l'observation. Il était entré dans l'équipage quand il avait suivi à la trace pendant des jours un régiment de la sixième division. Blamenco, leur commandant, l'avait arrêté et lui avait demandé des explications. Depuis, il faisait partie de l'équipage. D'abord sous les ordres de Blamenco, puis il était entré dans la deuxième division puisqu'il était à la limite de l'insubordination tellement ses troubles alimentaires et sa tête brûlée étaient importants.

Bittle l'avait compris en les envoyant en mission, mais Barbe-Blanche souhaitait que Rin entraîne à la dure Ness et qu'elle gagne son respect pour qu'il devienne un membre à part entière de cet équipage. Ness n'était pas le plus apprécié de ses camarades, loin de là, puisqu'il n'hésitait pas à aller à contre-courant de la bienséance, voire à être complètement exécrable. Maintenant, il ne restait plus qu'à savoir : qui l'était le plus entre Rin et Ness et qui gagnerait au jeu de la patience ?

.

Il faisait très froid. Ness grelottait, et heureusement il avait réussi à réquisitionner les couettes en plus dans les placards, ce que Rin ne lui avait reproché. Le soir, ils avaient fait un tour du quartier, lui flairant une piste et elle observant tout ce qui pouvait les mener à Tyrior. Ils étaient rentrés bredouille de cette première journée éreintante. Souvent, les commandants prenaient en compte le voyage effectué vers l'île et accordaient une journée de repos à leur camarade. Mais Rin était différente, parce qu'elle était beaucoup plus endurante que les autres. Elle était envoyée sur des missions de traques, d'espionnage ou de règlements de compte. Autrement dit : il fallait être rapide et précis. Tous les matelots qui avaient travaillé avec elle le disaient : elle était terriblement efficace mais aussi terriblement intransigeante et fatigante.

Ness ne put s'empêcher de choir sur son lit quand ils furent rentrés. Rin partit chercher leur repas de ce soir et il faillit s'endormir avant de manger. Son angoisse était remplacée par une fatigue immense, à un tel point qu'il s'était senti partir un nombre incalculable de fois. Et Ness n'était pas sujet aux malaises.

- Nez d'Elfe, à la bouffe.

Apparemment, la spécialité ici étaient les bouchés à la viande. Ils mangèrent sur la petite table en bois qui devait servir de bureau, encore habillés de leurs grands manteaux d'hiver.

Rin trichait vigoureusement. Satch avait mis au point des boules végétales comestibles, qui avaient terrible goût mais étaient ultra-vitaminées. Si personne ne voulait en manger, c'était l'exact opposé pour Rin, qui copiait en boucle la nourriture.

Son fruit du démon marchait ainsi : elle pouvait tout copier. Avec sa voix, elle recopiait les voix, les sons, des choses qu'elle touchait. Et si elle avait la bonne matière, elle pouvait recopier des matériaux, de la nourriture, voire même des lettres et des chiffres sur du papier. C'est pour ça qu'elle pouvait recopier des bouchés à la viande, tant qu'elle avait les boules immondes de Satch. L'apparence et le goût étaient les mêmes, allant jusqu'à copier la chaleur du plat.

Ness s'en donnait à cœur joie et remercia même sa camarade, quand bien même elle était à l'origine de sa fatigue lancinante.

.

Au quatrième jour, il trouva le visage de Rin particulièrement rouge. Il se rappela de ce qu'Amaya avait dit à la deuxième division, AKA "ne la laissez pas en faire trop." Zut, pensa Ness. Il aurait à confronter l'infirmière quand ils reviendraient.

- Tu devrais te reposer, lui dit-il alors qu'elle se changeait.

Il lui tournait le dos et devait être bien plus rouge qu'elle en ce moment. Il ne la considérait plus du tout comme une jeune femme, simplement comme une camarade, mais il était aussi pudique qu'un adolescent.

- Pas le temps, rétorqua-t-elle. Tyrior ne devrait pas être loin et ce n'est qu'une question de temps avant qu'il ne nous retrouve.

- Mais, commandan-

En se reprenant, il se rendit compte de sa bêtise. Non, Rin n'était pas sa commandante. Et Rin n'était pas plus sa supérieure, d'ailleurs. Il avait plus d'ancienneté qu'elle. Mais il comprenait que la place de la jeune fille dans son cœur avait changé. Elle n'était plus une gamine débile, elle était devenue celle qui le protégeait et qui veillait sur lui, tout en le poussant.

Elle était devenue sa commandante.

- Tu devrais vraiment rester ici, je vais y aller à ta place. Se décida-t-il.

- T'as changé, Nez d'Elfe. Pouffa Rin en ouvrant la porte. Aller, on y va. Je ne vais pas te laisser faire tout le boulot, quand même.

.

Le cinquième jour, leurs camarades les rejoignirent. Ne plus être seul avec Rin avait un côté déroutant, puisqu'il avait appris à faire avec la présence de la jeune fille. Tous ensemble, ils embarquèrent pour une île pas si lointaine, et Rin leur avait avoué vouloir partir devant pour retrouver Tiryor le plus vite possible. La deuxième division avait refusé, et c'est ainsi qu'ils s'étaient retrouvés à festoyer sur le pont, tous ensemble.

Ness avait initié la plupart des matelots à l'appeler "commandante", et elle les défonçait tous -les blagues ne l'atteignaient par vraiment. Si Amaya n'était pas venue avec eux -elle restait l'infirmière en cheffe chargée du capitaine, elle avait chargé un mousse, Kazuki, de donner à Rin tous les médicaments dont elle avait besoin. Parce que, et c'était sûr, la jeune fille ne les avait pas pris avec elle.

- On arrive à Water Seven, Commandante !

- Pour la énième fois, je ne suis pas votre commandante…

Tiryor voulait sans doute récupérer un navire et des équipiers sur la fameuse île de Water Seven. Après tout, elle était l'île connue pour avoir construit l'Oro Jackson, le bâtiment de Gol. D. Roger.

Rin l'avait appris avec Jinbei. Ce dernier semblait porter de l'affection pour le Roi des Pirates, mais la jeune fille n'en avait rien à faire. Ce n'était pas le Roi des Pirates qui l'avait fait monter sur un bateau.

C'était son père, même si elle n'avait pas envie de l'avouer.

Leur père les avait abandonnés, elle, son frère et ses mères. S'il avait été là, rien de tout ça ne serait arrivé… Et pourtant, au fond d'elle, Rin savait que toute la tragédie d'Inochi était sa faute. Même si son père avait été là, Isaac aurait mis le village à feu et à sang.

- Commandante, j'ai quelque chose à vous dire concernant les dock.

Kazuki venait de Grand Line, et Rin ne mit pas longtemps avant de deviner qu'il venait plus précisément de Water Seven. Il voulait devenir coiffeur mais son talent résidait dans la mécanique. Il avait donc voulu les mettre au même niveau et avait quitté l'île avant de rencontrer Satch. Il avait été recruté et mis dans le fameux fourre-merde.

- Je t'écoute.

- Ils sont gardés par la Franky Family. Quand j'étais petit, j'ai eu à faire à eux et… Vaut mieux éviter. Ils désossent les bateaux, peu importe lesquels et volent toutes les personnes qui se baladent avec un peu d'argent.

- Parfait, alors.

Rin sourit cruellement, effrayant ses camarades.

- Tiryor va sûrement essayer de s'allier avec la Franky Family.

Tiryor est un hors-la-loi qui ne ferait confiance à personne, à part ceux avec qui il a un but commun. La Franky Family voulait simplement de l'argent, tout comme Tiryor qui ne souhaitait que les trésors que renferment les cales de Barbe-Blanche. S'ils rentraient en contact, il était sûr qu'ils trouveraient un terrain d'entente, surtout sachant que Water Seven était au centre de l'attention gouvernementale. Les pirates de toute région venaient ici réparer ou construire leurs bateaux, et la surveillance militaire y était importante, même si un accord tacite accordaient aux pirates de venir là-bas s'ils n'emmerdaient personne.

Tiryor voudrait sans doute renflouer ses caisses, qu'il n'avait pas pu remplir sur le Moby Dick, tout en se fabriquant un navire et un équipage en échappant à la vigilance de la Marine.

La Franky Family était parfaite pour ça.

- Tiryor va sans doute se cacher le plus possible, il sait qu'il est poursuivi. S'il vient à notre rencontre, on s'en occupe. Faites attention, son fruit du démon est dangereux. Laissez-moi faire, et surtout faites gaffe à vos culs. Vous êtes prêts pour la chasse au traître ?

Les pirates scandèrent la réponse. Bien sûr, qu'ils étaient prêts à botter les fesses de ce satané Tiryor.

- Elle commence maintenant !

.

A la seconde où ils étaient arrivés, on les avait attaqués. Enfin, pas vraiment eux, mais plutôt le bateau. Et quand elle avait (tabassé) demandé aux assaillants pourquoi ils avaient fait de charmants trous dans leur coque, ils avaient répondu être au service de Tiryor. Rin les avait emmené faire un tour dans la cale du petit navire.

- C'est génial, maintenant on est bloqués ici pour quelques jours. Souffla-t-elle en se pinçant l'arête du nez.

- Ne vous inquiétez pas, commandante, ici je suis sûre qu'on va pouvoir repartir ce soir ! Fit un pirate.

Rin soupira. Okay, mais ça faisait quand même du travail à faire. Heureusement, elle avait déjà les présences de Tiryor et Franky en visuel. C'était facile quand on débarquait sur la côte où se trouvait le QG ennemi.

.

- Boss, c'est les Chaines Vengeresses !

- Qu'est-ce qu'elle fait avec les pirates de Barbe-Blanche ?

- Sa prime est de 450 000 berries !

Les voix partaient dans tous les sens. C'était qui, cette pirate ? Avec une telle somme sur sa tête, il n'en avait jamais entendu parler ? Il ouvrit sa main robotique pour sortir des longues-vues.

La tête dans ses jumelles télescopiques, le boss de la Franky Family le vit.

La jeune fille le regarder dans les yeux. Et lui dresser le plus beau doigt d'honneur qu'il n'ait jamais vu.

Franky eut un mouvement de recul, mais son sourire de défi l'empêcha de perdre la face.

- C'est un beau pactole, ça. Je suis sûr qu'ils ont bien plus à l'intérieur de leur bateau.

- Oui, beaucoup plus !

Franky, Kiwi et Mozu se tournèrent vers Tiryor, qui suait un peu et qui passa une main sur son front.

- Cette fille fait partie de la deuxième division, et c'est la réserve de Barbe-Blanche !

- Intéressant !

Franky jeta les jumelles sur la table qui se tenait à côté de lui. Aujourd'hui, lui et sa Family allaient pouvoir festoyer. Une petite fille de son gabarit, 450 mille berries ? Il y avait des choses sur lesquelles il ne fallait pas rire. Il était impossible qu'ils perdent contre une fillett-

.

- C'est toi, Franky ?

Face contre terre, Franky tremblait de rage contre ladite fillette qui l'avait mise à terre. Derrière elle, la seconde division qui observait tranquillement, même pas angoissée.

Ils les avaient trouvés bien avant eux et avaient pénétré leur QG comme s'il s'agissait d'un moulin. En deux frappes, Franky s'était retrouvé contre le plancher, ses deux bras droits hurlant :

- BOSS ! S'exclamèrent Kiwi et Mozu en chœur.

Zambai attaqua Rin, qui ne fit qu'esquiver de façon désinvolte avant de l'envoyer valser comme elle l'avait fait avec son chef.

Pour Franky, c'en était trop. Ses camarades n'étaient pas des objets qu'elle pouvait trimbaler de gauche à droite. Il se leva, expulsant la gamine qui se tenait toujours debout sur lui, gamine qui se dressa entre lui et la deuxième division.

- Si vous nous remettez Tiryor, je serai gentille. Dit-elle en regardant les deux femmes aux afros aider Zambai à se relever.

- Tu vas plutôt nous donner ton pognon ouais, répondit Franky avec un sourire.

- Quel argent ?

Elle se tourna vers Ness qui secoua vivement la tête en haussant les épaules.

- Commandante, on est partis avec approximativement rien- Commença à sermonner Ness sous un ton de reproche.

- Ah, oui oui, c'est bon, j'ai compris. S'agaça Rin. Et ne m'appelle pas Commandante, c'est chiant.

Et la Franky Family se rendit compte. Franky s'énerva. De un, parce que Tiryor avait omis de leur dire que la gamine devant eux était une commandante, mais aussi parce qu'elle avait l'air de se foutre des ennemis devant elle.

Et pour cause, quand la Family se précipita sur elle, elle les éclata tous un par un à une vitesse folle.

Elle se craqua les phalanges, et emprunta le sourire de défi que Franky venait de perdre.

- A qui le tour ? Nous on veut juste le pleureur derrière.

Tiryor n'en menait pas large. Il avait promis un trésor qui n'existait pas et ses alliés se faisaient rétamer. La suite était logique : Franky le prit par le col et l'envoya à la jeune fille qui le réceptionna en lui enfonçant son poing dans le torse. Si Tiryor avait commencé à se changer en boue, la frappe de Rin lui atteint quand même le plexus et il tomba par terre, à moitié inconscient. Encore une fois, il essaya de se changer en boue mais la jambe de Rin, sous les yeux effarés de tous, devint noire et frappa le traître qui tomba dans l'inconscience.

Après un soupir, elle souleva Tiryor par le col et le donna à Ness pour qu'il le porte sur son épaule.

- Vous n'avez pas choisi le meilleur allié, se moqua Rin en fixant Franky dans les yeux.

Il allait répliquer quand elle se dirigea vers Kiwi et Mozu. Franky fit barrière de son corps, sous l'air interloqué de la pirate.

- La porte est derrière elles, fit remarquer Rin en la pointant.

La Family se décala pour laisser passer la deuxième division.

- Oh, au fait.

Franky se prépara à une dernière confrontation quand Rin se tourna vers lui.

- Tu ne saurais pas où on peut réparer notre bateau, par hasard ?

.

- Commandante, je crois que vous en avez trop fait. Chuchota Kazuki en voyant Franky les regarder partir. Et s'ils reviennent ?

- Tu penses vraiment qu'on va perdre ? Rigola Ness à côté du mousse. Bien sûr que non !

- Maintenant faut aller voir un certain Iceberg… Pensa tout fort la pseudo commandante. Kazuki, toi et les autres clampins, vous retournez au bateau avec Tirocul.

Les pirates rigolèrent au surnom qu'elle venait d'affubler Tiryor, avant de se reprendre quand elle leur dit qu'elle irait voir Iceberg toute seule.

- Je vous confie le navire et les prisonniers, les gars. Et je suis pas votre commandante.

Emus aux larmes, ils pleurèrent un peu avant de se faire rouspéter -qu'ils pouvaient être lourds parfois !

Elle les regarda partir avec Tiryor enfermé dans de lourdes menottes en granit marin. Quand elle fut sûre qu'ils étaient en sécurité, elle entra à l'intérieur de la ville. On essaya de lui louer un Yagara Bull, une sorte de poisson qui transportait des gens sur son dos.

- Non merci.

Elle ne savait pas nager, elle n'allait pas se mettre en danger inutilement.

D'abord, elle visita la ville. Elle savait que son équipage aurait à faire aux prisonniers endormis, mais elle savait aussi qu'ils étaient assez puissants pour leur foutre une baffe et les faire taire. D'ailleurs, ils savaient très bien ce qu'il fallait faire avec eux. Elle pouvait donc prendre son temps et analyser son terrain.

Quand elle eut fini de réunir toutes les informations qu'elle voulait sur cette île, elle découvrit les docks et toute la bande de charpentiers qui l'accompagnait.

Un jeune homme -Rin lui donnait la moitié de l'âge de Ness : fin de la vingtaine, aux cheveux violets, semblait concentré sur un énorme bout de bois et elle l'apostropha.

- Excusez-moi, vous sauriez où je peux trouver Iceberg ?

L'homme se tourna vers elle et se releva, son marteau contre l'épaule.

- C'est moi, qui l'envoie ?

Il faisait beaucoup plus grand maintenant qu'il était débout, se dit Rin en envoyant une œillade au marteau qui bougeait au rythme des mains d'Iceberg.

- Un certain Franky m'a gentiment donné votre nom, fit Rin.

- Je ne veux pas.

Rin sortit de sa torpeur et fixa l'homme qui se nettoyait l'oreille avec son petit doigt.

- Pardon ?

- Je ne veux pas ?

Elle soupira, sa patience commençant à manquer et fit volte-face.

- Ça marche. Je vais aller ailleurs, alors.

- Qu'est-ce qu'il vous a dit, ce Franky ?

- Pas grand chose, souffla-t-elle. Il m'a dit "c'est le meilleur charpentier de cette île."

Le marteau passa à quelques millimètres de la tête de Rin, qui se tourna enfin vers son interlocuteur.

- Franky ne dirait jamais ce genre de choses. Qu'est-ce que vous avez fait ?

- Ah, un ami ? Se moqua Rin. Personnellement, j'ai jamais rien fait. C'est lui qui s'est allié avec un ennemi de Barbe-Blanche et qui a rameuté la deuxième division.

Iceberg comprenait enfin la situation et rattrapa le marteau que Rin venait de lui renvoyer.

- Je vais le réparer, votre rafiot. Enfin, je promets rien. En échange, faites table rase de ce qu'il vient de se passer.

Rin lui promit qu'il n'y aurait pas grand-chose à faire, puisque les parties les importantes du bateau étaient indemnes. Iceberg était assez étonné qu'elle s'y connaisse en bateau, mais elle lui dit qu'elle s'y était intéressé car son maître les aimait.

Ils parlèrent de leurs maîtres respectifs. Tous les deux des Hommes-Poissons, tous les deux un rapport avec la piraterie. Ils s'entendaient si bien qu'ils finirent par festoyer sur les côtes le soir même.

Ils parlèrent plus en profondeur de leurs maîtres, et de ce que Tom avait créé ici.

- Je suis sûre qu'il est fier de toi, dit Rin au détour d'une chope de jus de fruit -elle était trop jeune pour boire. Vous avez réparé notre navire si vite, après tout ! Rigola-t-elle. Si Jinbei me voyait faire ça, il serait tellement bluffé qu'il en perdrait ses dents, c'est sûr !

Iceberg éclata de rire, et Ness confirma les propos de sa camarade qui lui envoya son récipient dans la tronche.

- C'est au maître de guider l'élève dans le droit chemin, chuchota Rin en regardant les étoiles. Jinbei m'a appris à contenir ma peur en apprenant, je suis sûre que Tom t'as appris beaucoup de choses, et à ce Franky aussi.

Iceberg était surpris qu'elle le mentionne maintenant.

- Le deuxième apprenti dont tu parles depuis tout à l'heure, c'est lui, non ?

Il se retrouvait un peu con devant elle, maintenant. Il avait cherché à le cacher pour ne pas la vexer, mais elle ne semblait pas le moins du monde gênée.

- Commandante !

- Pour la centième fois- Commença Rin.

- Regardez-moi ça !

L'affiche apparut si près du visage de la jeune fille qu'elle dut pousser Kazuki pour voir ce qu'il y avait marqué dessus.

- Pas de commandante ? Mikito ? Hein ?

Iceberg était aussi confus qu'elle, à vrai dire. Rin savait que son nom était encore "Mikito" partout, mais ce qui était déroutant était autre chose.

"MIKITO, LES CHAÎNES VENGERESSES

500,000,000 BERRIES

ALIVE ONLY."

- Toi, on dirait que le gouvernement veut te demander quelque chose. Commenta Iceberg.

Et Rin se gratta le haut de la tête.