Partie I des H-S sur les différents OCs de ma fanfiction. Vous pouvez tout-à-fait passer ces chapitres et aller directement à l'arc II !
CHAPITRE BONUS : BITTLE, LA MEMOIRE
Il détestait ce bateau ! Il voulait partir ! Ca faisait mal au ventre, il était tout le temps mouillé, et il n'aimait pas le cri des goélands. Son petit corps s'agitait au rythme de ses sanglots, devant une horde d'adultes faisant le triple de sa taille.
— Tu vivras avec nous désormais !
Son oncle avait toujours été un homme qu'il admirait. Mais la fraîcheur de sa blessure, celle infligée par la mort de son père, faisait couler ses larmes avec plus de ferveur qu'il n'aurait voulu.
— Laisse-moi passer, Hugh.
Le petit fut envoyé voler dans le ciel, par un homme à la touffe dorée.
— Tu es maintenant un de nos Frères !
C'était sa première rencontre avec Marco, le premier commandant des flottes de Barbe-Blanche. Et il réussit à lui arracher un soupir, puis un sourire.
Puis un rire.
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Quand son oncle était mort, Bittle était plus grand. Mais pas tant que ça. Un gamin de 13 ans, qui avait affronté la vie comme on affronte un mur : avec plus de violence que n'importe quoi.
— Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Hurlait-il aux hommes qui étaient revenus. Dites-moi !
Ses camarades baissaient la tête, pleurant ou essayant de garder la face. Leur commandant, Joz, posa sa main sur la tête de l'enfant.
— C'est ça, la vie de pirate, gamin. La seule chose qu'on puisse faire maintenant, c'est lui rendre hommage et le pleurer.
Certaines personnes craquèrent et se laissèrent aller aux larmes en écoutant les sages paroles de leur supérieur. Mais Bittle, lui, ne comprenait pas encore. Comment osaient-ils pleurer alors qu'ils avaient laissé mourir leur camarade ? Comment ne pas leur en vouloir ?
Ce souvenir le hantait et la haine l'alimenta.
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— Le gamin de Punk ?
Punk, le nom de son oncle, releva la tête de Bittle qui s'était casé dans un coin de la petite bibliothèque du Moby Dick. Un espace exigu dans lequel il pouvait lire sans qu'on ne lui adresse la parole.
Il savait pertinemment que l'homme qui l'avait interpellé était le commandant de la première division et qu'à ce titre il aurait dû au moins renvoyer la salutation mais il retourna à sa ligne aussi vite qu'il put, ignorant parfaitement Marco qui soupira d'amusement.
— Marrant que vos caractères soient aussi éloignés, ajouta le Phénix, il était si bavard et toi... aussi muet qu'une tombe.
La haine de Bittle revint au galop et il envoya le livre dans la tête du commandant (qui se le prit en plein visage) :
— Arrêtez de parler de choses que vous ne connaissez pas ! Ne parlez pas de mon oncle comme si vous le connaissiez !
Marco attrapa le chenapan par l'épaule et délogea le roman toujours devant ses yeux. En quelques phrases, il put comprendre de quoi parlait l'ouvrage. Et si ce gamin savait lire pareille oeuvre... Alors il était un génie.
— Je comprends que la mort de ton oncle t'attriste. Mais ne va pas rejeter la faute sur les autres. Nos Frères ont tout fait pour le sauver, mais il a décidé lui-même de sauter dans la bataille. Pour les sauver. Tu dois penser qu'on t'a arraché à ta famille... Mais nous sommes aussi ta famille.
Bittle n'en avait que faire. Si les paroles firent mouche, il décida de les envoyer valser. Son oncle avait été son monde. Il avait été bavard, jovial, sans tact, tactile, bourrin...
— Pourquoi tu retiens tes larmes ?
Marco s'installe à côté du gamin.
— Tout le monde a pleuré. T'es le seul qui n'a pas laissé tomber une larme. Pourquoi tu te retiens autant ?
Bittle sentait qu'il craquerait dans peu de temps. Il avait contenu toute sa peine parce que ça l'avait énervé que tout le monde pleure. Il était fort et grand, il n'allait pas faire comme tout le monde. C'était son oncle, il ne ferait pas comme les autres...
— Ça te fera du bien. Maintenant qu'il n'est plus là, la seule chose qu'on puisse faire c'est d'essayer d'aller mieux.
Sans savoir pourquoi, cette phrase l'écrasa de culpabilité. C'était ça : il culpabilisait. Il n'était pas mort à sa place. C'était lui et pas quelqu'un d'autre qui était mort et il en voulait à la terre entière et surtout à lui-même.
Et les larmes foisonnèrent enfin.
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Trois ans plus tard, il rencontrerait Rin. Les débuts sont difficiles mais ils deviennent une vraie fratrie. Sa haine s'est tarie, mais reste présente. Bittle est rancunier et sa mémoire ne lui fait jamais défaut.
— Tu sais, Bittle.
Encore une fois, elle s'était infiltrée dans sa petite cabine et était en boule dans un coin de la pièce. Une faible lumière, celle de la lanterne, éclairait les environs pendant que Bittle grattait à l'encre sur sa carte.
— Je me demande. Qu'est-ce qui est le pire. La culpabilité de voir son ami mourir par sa faute ou la souffrance de ne jamais voir son être aimé revenir.
— Si tu as laissé ton ami mourir, c'est de ta faute. Répondit calmement un Bittle concentré.
Il leva les yeux sur sa Soeur.
Pour voir la larme silencieuse sur son visage impassible.
Et Bittle comprit.
La douleur n'était pas à hiérarchiser.
Rin lui avait appris qu'il devait pardonner à ses camarades.
