Partie I des H-S sur les différents OCs de ma fanfiction. Vous pouvez tout-à-fait passer ces chapitres et aller directement à l'arc II !
CHAPITRE BONUS : NESS : LA FAIM
L'enfant de 5 ans vit son père partir, ce soir-là, par la fenêtre. Son père aussi l'avait vu. Et pourtant, il ne lui a pas dit au revoir. Pas fait de signe. Alors l'enfant de 5 ans comprit très bien.
Il avait compris que son père abandonnait sa mère malade.
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— Maman...
Il secoua sa mère un peu, puis frénétiquement. Elle ne voulait pas se lever de son lit, et il ne se rappelait plus depuis combien de jours il n'avait pas mangé.
— Maman, j'ai froid...
Ou depuis combien de jours il n'avait pas dormi dans le chaud. Il avait bien essayé d'allumer un feu, mais il s'était brûlé. Il avait essayé de cuisiner mais était tombé de la chaise en coupant des oignons.
— Maman, quand est-ce que Papa revient ?
— Jamais.
Les premiers mots depuis si longtemps. Ness sourit. En mentionnant son père, il pouvait la faire parler, elle s'intéressait enfin à lui !
— Où il est parti, Papa ?
Aucune réponse. Abattu, Ness baissa la tête.
— Dis, tu sais Maman ?
— J'en ai rien à faire de tes jérémiades ! Hurla la mère.
Ce n'était pas la première fois que la mère de Ness haussait la voix contre lui.
Mais c'était la première fois qu'elle le frappait.
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Ness ne vivait plus que pour que sa mère le remarque. Mais elle ne bougeait jamais, ne mangeait jamais, n'avait jamais froid, elle.
Lui, oui.
— J'ai faim, Maman...
Il soufflait, avait si faim. Et quand il parlait, sa mère s'énervait. Elle ne voulait pas entendre son erreur s'exprimer. Elle n'aurait jamais dû le faire naître, lui dit-elle un jour. S'il n'avait pas été là, son mari serait resté. Elle n'aurait pas eu d'accidents en essayant de le sauver de la noyade et elle n'aurait jamais perdu la mobilité de ses jambes.
— Tu me détestes, Maman ? Demanda un jour Ness.
— Oui, je te déteste.
Il volait régulièrement de la nourriture, qu'il répétait à l'odeur. Ness n'avait pas une bonne vue, et n'avait pas beaucoup de muscles, mais il avait un nez qui ne pouvait berner personne. Quand il eut compris qu'il ne pouvait compter que sur ce sens, il l'avait perfectionné.
Parce que Ness devait survivre. Parce qu'à 5 ans, il avait dû subvenir à ses besoins seul. Parce que personne ne lui avait appris à faire autrement.
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— Qu'est-ce que tu crois faire, gamin ?
Blamenco, commandant de la sixième division des pirates de Barbe-Blanche, toisait l'enfant de 14 ans qui avait essayé de lui piquer ses vivres. A côté d'eux, un petit mousse du même âge qui se tenait fermement un bras meurtri, un mince filet de sang s'échappant d'une plaie qu'il gardait bien gardée sous sa main. L'assaillant : Ness, son petit couteau tout tordu dans la main.
Blamenco avait un peu de mal à ne pas se moquer de ce gosse tout d'os constitué. C'était quoi, cette arme ? C'était quoi, ces tremblements frénétiques ? Comment avait-il trouvé l'homme qui avait les vivres parmi toute la bande qu'ils étaient ? Le commandant avait le col de l'enfant dans son poing et le souleva de sorte à ce qu'il ne puisse pas s'enfuir. Mais Ness ne semblait pas enclin à fuir, de toute façon. Juste apeuré, ses grands yeux braqués sur le sol comme pour éviter ceux de l'armoire à glace devant lui.
— Commandant, c'est pas grave ! S'exclama le mousse à côté de lui. C'est de ma faute, je n'ai pas su me protéger !
- Le rôle d'un commandant est de protéger ses camarades. Déclara Blamenco. Alors ne t'inquiète pas, Arthur.
Ness ouvrit doucement la bouche et Blamenco rappela le silence pour être sûr de pouvoir l'entendre :
— Donnez-moi juste... De quoi nourrir ma mère. Murmura l'enfant.
Blamenco fronça les sourcils. Il était si maigre et c'était de sa mère dont il se souciait ?
— Arthur, ramène le sac que tu gardes s'il te plait.
Le mousse obtempéra et déposa la nourriture aux pieds de son commandant, penaud. On lui avait déjà posé un bandage.
— Tiens.
Ness tomba sur le sol quand le pirate le relâcha. Il se releva vite, car être par terre signifiait ne pas pouvoir fuir. Blamenco, qui avait lui aussi vécu dans la faim, connaissait très bien les réflexes des jeunes ici, dans les ruelles de cette ville pourtant pas si pauvre. Alors qu'il observait le gamin mettre sa tête à l'intérieur du sac en toile, il s'enquit :
— Gamin, comment tu as fait pour savoir quel sac contenait la bouffe ?
Ledit gamin leva finalement la tête sur le commandant. Ness avait contracté une maladie des yeux, et Blamenco comprit quasiment instantanément qu'il ne pouvait évidemment pas voir.
— A l'odeur, msieur. Répondit Ness avec une grimace de haine. Les pirates et la nourriture ont des odeurs particulières. Je parie que vous partez demain en plus, non ? Les pirates achètent toujours le fromage en dernier... C'est ce qui se conserve le moins bien...
Blamenco loucha un peu sur le rictus maintenant mécontent du futur Nez d'Aigle, qui se passa un doigt paresseux sous le nez. Il passa le sac sur son épaule furtivement et partit devant la sixième division, un peu pantoise.
— Hey, gamin ! L'apostropha Blamenco de loin.
Ness se retourna dans sa course.
— Si jamais tu veux venir avec nous, nos portes sont ouvertes.
La dernière chose qu'entendit Ness fut les protestations des camarades du commandant.
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Comme un signe du destin, sa mère avait disparu le lendemain matin. Ness fixait ses miches de pain avec envie et soulagement. Oui, il était soulagé d'être libéré du poids de sa mère. Elle qui ne réagissait qu'à la mention de son père parti, il savait qu'elle serait mieux ailleurs qu'ici (peu importe où fut-ce.)
Les paroles du pirate qu'il avait croisé la veille lui revenaient.
— Trop bizarre celui-là... Bougonna-t-il.
Pourtant, il ne cessait de penser à eux... Et à la liberté et au confort qu'ils pourraient lui apporter.
Alors il prit le sac de toile. Puis son baluchon à lui. Enfourna quelques affaires, quelques habits.
Dont le bandana que ses parents lui avaient donné à sa naissance.
Et il courut rejoindre la sixième division.
