Mars. Le temps des cerises. Partie I des H-S sur les différents OCs de ma fanfiction. Vous pouvez tout-à-fait passer ces chapitres et aller directement à l'arc II !
CHAPITRE BONUS : JUDITH, LA COLERE
— C'est une promesse ?
— C'est une promesse.
— Une promesse !
La petite fille balança son petit doigt en chœur avec ses amis. Elias, elle le connait depuis qu'elle est née, dans ce bidonville. Sa peau noire, ses yeux d'argent, son nez aquilin, elle connaît tout par coeur. Mais autant que lui connaît ses boucles rousses, ses taches châtaines sur ses joues nacrées et ses yeux verts.
La promesse qu'ils ont faite, c'est de ne plus rien regretter. De sauver tous ceux qui ont autant souffert qu'eux.
Et la troisième personne avec eux, le troisième auriculaire du lot, c'est celui de Melis. Leur ancre, leur voile, leur guide.
Toujours avec son long manteau, son sourire où une dent manque, ses cheveux en désordre et ses yeux noirs pétillants.
Judith et Elias ont choisi de suivre leur ami depuis qu'il les avait sauvés d'adultes un peu trop ivres. Judith avait beau avoir 6 ans et Elias 10, il était récurrent qu'ils se fassent attaquer -pour X ou Y raison.
Lui non plus n'a pas de famille, puisqu'elle était morte l'année passée. Même en faisant de son mieux, son père n'avait pas réussi à contrer la maladie qui l'avait emporté.
Les trois amis n'avaient qu'eux comme famille en ce monde.
C'est pour cela que le sentiment de trahison n'en était que plus grand quand Melis commença à partir en vrille.
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— Pourquoi t'as fait ça ?! Éclata Judith en envoyant le pistolet sur le sol.
Ce matin-là, Melis était revenu en sang, une arme à la main. Dès que Judith l'avait envoyée valser, il avait levé les bras en signe de pacifisme.
— J'ai rien fait Judith, lui dit-il. J'avais pas le choix, de toute façon.
Elias se dressa devant son ami. Si Melis n'avait pas beaucoup grandi, il en était autrement pour Elias qui faisait quasiment le double de sa taille.
— Tu l'as refait ? Demanda-t-il en serrant les dents.
Melis jeta un regard froid sur son ami, sous l'air dubitatif de Judith qui s'exclama :
— De quoi tu parles, Elias ?! Qu'est-ce que Mélis a fait ?
— Je ne vois pas ce que vous me reprochez, pouffa le brun. Faudrait arrêter de mettre tout le tort sur moi.
— C'était pour qui, cette fois ? Continua Elias.
Melis lui secoua un peu le bras en jetant une œillade à Judith, paniquée.
— Parlons de ça autre part, tu veux bien ?
— Pourquoi ? Lança Elias. Elle a le droit de savoir, aussi.
— Elle est trop jeune !
Cette simple phrase avait fait exploser la colère à l'intérieur du cœur de la fillette. Melis lui avait toujours dit qu'il ne la prendrait pas pour une gamine, et voilà qu'il se justifiait en utilisant cet argument.
— De toute façon, vous ne comprendriez rien ! S'énerva Melis en poussant Elias qui ne broncha pas. Je fais ça pour vous et vous n'êtes pas contents ! J'y crois pas !
— Tu ne fais pas ça pour nous ! Aboya Elias qui se replia sur lui-même. Tu fais ça pour l'argent ! Pour le pouvoir !
— Je les ai sauvés, ces enfants ! Grâce à ce pouvoir que j'ai acquis ! Se justifia Melis.
Judith commençait à comprendre. Et Melis lut le dégoût, la déception…
Et la peur.
Sur le visage de son amie.
Alors il la frappa.
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Judith courait. Si elle s'arrêtait maintenant, qui sait ce qu'il adviendrait d'elle.
"Trouvez-la !", "elle est rousse, une gosse d'une dizaine d'années !" : ses assaillants étaient à ses trousses et chaque goulée d'air était un danger.
Elle avait vite deviné ce qu'il s'était passé. Melis l'avait vendue. Elle savait que ça arriverait.
Depuis qu'il avait levé la main sur elle, il n'avait fait que continuer. Et voilà qu'il se servait d'elle pour se faire de l'argent...
Mais elle était intelligente. Et agile. Il était certain qu'elle arriverait à les semer…
— C'est ici que tu te cachais.
Des yeux d'un noir profond se trouvaient à seulement quelques centimètres des siens. Judith était paralysée. Tout ce qu'elle sentait était la sueur froide dans son dos et le souffle de l'homme devant elle. Il rigola. Mais les oreilles de la rousse n'entendirent bientôt plus qu'un son continu.
Elle se débattit, bien sûr, lorsqu'il l'attrapa. Elle le mordit, le blessa, le gronda. Mais jamais il ne lâcha prise et elle vit défiler devant ses yeux toutes ces minutes de libertés qui lui manquaient déjà.
Quand on la balança avec tous les autres enfants, son espoir mourut.
Quand elle vit Elias auprès de Melis, son espoir grandit.
Elias n'avait jamais eu un visage si empli de haine.
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Elle se libéra des années plus tard, évidemment. Elias n'avait eu de cesse de lui envoyer des signaux. Ils étaient alliés, c'était sûr.
Judith avait vécu la même chose que Rin et Ren, que tous les esclaves -elle était juste chanceuse d'être humaine et pas une triton. Le mauvais traitement, la malnutrition, les maîtres qui te frappent, l'exploitation physique, et si elle avait été plus grande (ou si ses maîtres avaient été de plus grandes ordures) l'exploitation sexuelle.
Ses journées, vêtue de haillons, étaient rythmées par le son des cloches qui l'appelaient et celles qui sonnaient le coucher.
La cicatrice dans son dos la faisait encore souffrir. Elle ne s'enlèvera jamais et lui rappellera éternellement qu'une partie de sa vie ne lui avait pas appartenu. Peut-être même qu'on la reconnaitrait grâce à cette marque.
La seule chose qui nourrissait sa volonté, flamme dans le fond de sa pupille, c'était les messages d'Elias, faisant partie d'une des branches de la résistance contre l'esclavage. Et ses camarades.
Certains moururent dès les premiers jours de travail. Mais les enfants se serraient les coudes. Ils n'étaient pas seuls.
— Je vous libérerai tous…
Noah, Éric et Fab. Ses plus fidèles amis. Ils avaient confiance en elle. En sa détermination. Sa férocité. Son intelligence. Son honnêteté…
— Je vous en fais la promesse.
Ils croyaient à chaque mot qu'elle prononçait, alors ils hochèrent la tête.
Et quand elle quitta enfin les cages de sa prison, Elias fut le premier à l'accueillir.
— On l'aura. A deux.
Judith n'arrivait même pas à pleurer de soulagement.
Elle pleurerait de joie uniquement quand Melis serait entre les barreaux.
Autant qu'elle l'avait été.
