Hello mes petites feuilles !

Eh oui, comme vous pouvez le voir, j'ai finalement décidé de faire une suite aux mésaventures de ma petite Yiga. L'idée m'est venue en me baladant dans les Hauteurs Gerudo où j'ai fait une drôle de rencontre XD J'ai donc attrapé une feuille et un stylo, et voilà ce que ça a donné. Au final, je me suis énormément attachée au duo que forment Link et la Yiga, si bien que j'ai décidé qu'il y aura deux autres chapitres après celui-ci :3

Je vous laisse donc découvrir cette seconde rencontre entre des deux là. Précisons avant que l'univers de The legend of Zelda et ses personnages appartiennent entièrement à Nintendo, naturellement... et malheureusement x)

Bonne lecture ! ;)


Retrouvailles dans le froid mordant

~ Une courbure fascinante ~

L'endroit n'avait rien d'idyllique. Situé à mi-chemin entre le plateau d'Irphas et celui de Zircot, au cœur des hauteurs Gerudo, ils étaient bien loin des dunes sableuses entourant le repaire de leur peuple, plus à l'ouest.

Leur situation était loin d'être enviable. Bien qu'abrité par les trois plateaux environnants, le vent frigorifique parvenait à se frayer un chemin jusqu'à leur campement, menaçant d'éteindre à tout instant les quelques flammes timides de leur foyer, unique source de chaleur dans ce désert de glace.

Les ordres, quant à eux, n'avaient rien de réjouissant. Ils devaient rester ici jusqu'à ce qu'un second ordre ne leur soit adressé, les affectant à une nouvelle mission. Malheureusement, ils devaient pour cela attendre que la colère de leur chef se dissipe, chose qui pouvait prendre un certain temps lorsque le chef en question était le Grand Kohga.

En résumé, ils étaient coincés ici, condamnés à cet enfer hiémal. Elle n'avait théoriquement rien contre la neige, trouvant au contraire ces paysages couverts d'un épais manteau nivéal magnifiques à observer. Mais il y avait une grande différence, une énorme même, entre contempler en de rares occasions les flocons tournoyer délicatement dans les airs et survivre quotidiennement aux basses températures. Le thermomètre ne dépassait jamais la barre du zéro sur les hauteurs, et les vents nocturnes ne faisaient qu'aggraver la chute des chiffres dans le négatif.

Revenant de sa patrouille aux abords du plateau d'Olpa, elle avançait difficilement dans les couches de neige qui lui arrivaient par moment au niveau de ses genoux. Fort heureusement, elle n'avait pas croisé d'ennemi sur le retour, pour le plus grand bien de sa précieuse cargaison, enveloppée dans un torchon suspendu à son arc en guise de baluchon. Le froid, mais également l'effort que lui demandait chaque mouvement, mettaient son corps au supplice, engourdissant ses membres qui lui donnaient l'impression de peser une tonne chacun. Ah, elle faisait peine à voir la fière guerrière Yiga ! Heureusement, elle avait encore assez de dignité pour ne pas courir lorsque, se dessinant à l'horizon, elle aperçu les contours familiers de son campement. Soupirant d'aise en songeant à la chaleur qui devait émanait du feu de camp, elle franchit donc les derniers mètres la séparant du repos promis.

Sur place, ses deux camarades l'attendaient, pelotés l'un contre l'autre dans un unique plaide duveteux sous la maigre toile leur servant d'abri. Une agréable odeur épicée s'élevait de la marmite posée sur le feu. Déposant sa charge à côté du corps grelottant de son compagnon, elle alla ensuite s'asseoir sur la souche d'arbre faisant office de banc et plaça ses mains gantées au-dessus des vapeurs odoriférantes. À la vue du ragoût de viande – de l'élan qu'elle avait chassé la veille - agrémenté de piments - dont la capacité à réchauffer un organisme n'était plus à prouver –, elle sentit ses papilles engourdies s'éveiller.

« - Alors ? Demanda l'un de ses partenaires en étudiant son paquet

- Regarde par toi-même, souffla-t-elle, créant un panache de fumée. Les buissons ne semblent guère vouloir donner plus de deux baies à chaque fois. Mais par chance, en faisant un petit détour, j'ai croisé une bande de Lézalfos de glace qui disposaient d'un stock généreux.

- Ces lézards mangeant ce genre de chose ?

- Pourquoi pas ? Répondit-elle en haussant les épaules. La nourriture est tellement rare ici que cela ne serait pas étonnant. »

La simple évocation du mot nourriture suffit à éveiller son estomac qui, depuis l'aube, n'avait rien reçu de plus que des litres de remèdes pimentés et quelques lanières de viande séchée. Aussi, ne se fit-elle pas prier davantage pour attraper un bol et verser plusieurs louches de ragoût dedans.

« - Dans ce cas, nous pourrons bientôt rentrer, non ? Demanda le second homme, une joie soudaine teintant sa voix »

Le regard carmin de son frère croisa celui noisette de l'aventurière. Bientôt rentrer ? Elle soupira de nouveau. Non, l'heure de leur retour au repaire était loin d'avoir sonné. Le Grand Kohga était encore bien trop en colère pour leur accorder le pardon. Ils avaient été dénoncés, tous les trois, pour ne pas avoir obéi au code d'honneur de leur peuple et aux ordres de leur chef. Les deux frères pour avoir perdu une précieuse cargaison de bananes en plein désert, ayant préféré fuir face à une escouade de soldats Gerudo plutôt que de sauver le fruit vénéré de leur peuple. Elle pour ne pas avoir prévenu les siens qu'elle avait croisé le chemin de leur pire ennemi. La sentence dans les deux cas ? Se rendre dans les hauteurs Gerudo, dans le froid mordant continue, véritable torture pour eux habitués à la chaleur parfois insupportable du désert, afin de récolter des baies dont raffolait en ce moment le Grand Kohga. Bien moins que les bananes, certes, mais les petits fruits rosés avaient cette capacité rafraîchissant que ne possédait pas leur fruit sacré.

Se reconcentrant sur son repas, elle porta une première cuillerée à sa bouche. Le liquide était brûlant contre ses lèvres gercées, mais l'effet pimenté fut presque instantané lorsqu'il coula le long de son œsophage. La chaleur se répandit ainsi dans tout son organisme, gagnant d'abord son tronc pour diffuser ensuite vers la périphérie que gants et bottes ne suffisaient plus à protéger. Elle en soupira d'aise avant d'avaler une seconde gorgée.

« - C'est de la torture de rester ici, maugréa le premier qui avait parlait en donnant un coup de botte dans la neige. On se caille trop les bananes ici !

- La lâcheté n'est pas monnaie courante au sein de notre peuple, murmura-t-elle entre deux cuillerées.

- Dixit celle qui a filé la queue entre les pattes face à un grotesque Prodige. »

Stoppant la course de son couvert à mi-chemin entre son bol et ses lèvres, elle lui jeta un regard noir, accentué par les cernes accumulés ces derniers jours. Elle ? Avoir fui ? Baliverne ! Elle avait vaillamment combattu l'ennemi, usant de toutes les techniques qu'elle connaissait. Malheureusement, son adversaire avait été plus fort et plus malin qu'elle, réduisant ses maigres chances de le vaincre – après tout, il s'agissait d'une légende ! - en poussière. Depuis ce fameux jour, elle aspirait en secret à une revanche, raison pour laquelle elle n'avait pas divulgué sa rencontre avec le blondinet car, la nouvelle répandue au sein de son peuple, nombreux auraient été ceux qui auraient tenté leur chance de faire prisonnier leur ennemi juré. Et c'était exactement ce qui s'était passé lorsqu'un soir, l'une de ses congénères avait lâché l'information dans la grande salle. De fil en aiguille, ses semblables avaient ensuite fait le lien avec sa récente défaite et l'avaient alors jugé coupable.

Évidemment, comment une personne aussi lâche que cet homme pouvait comprendre cela ?

Les deux frères déglutirent simultanément, se souvenant soudainement de la réputation qui suivait leur camarade d'infortune. Elle était forte, bien plus que les jeunes de son âge, personnage adorée du Grand Kohga – du moins, avant sa faute. Elle était même en bonne voie de devenir officier, un poste convoité par bon nombre de sous-fifres mais atteint uniquement par une poignée de prodigieux guerriers, l'unique raison l'empêchant étant, selon les rumeurs, son âge beaucoup trop jeune et, par conséquent, son manque d'expérience.

« - B-Bien évidemment, il plaisantait ! Rit le second en secouant nerveusement ses mains devant lui, comme pour chasser la mauvaise humeur de la demoiselle »

Puis, il se mit à échanger des mots à voix basse avec son frère, comme pour le gronder d'avoir dit une chose pareille. De son côté, elle reprit calmement sa dégustation, savourant le goût juteux de la viande tendre contre son palet. Cependant, alors qu'elle allait prendre une autre bouchée, le couvert fut de nouveau stoppé en pleine course. Instinctivement, son regard dévia sur la gauche. Un bruit de pas feutrés dans la neige, le cliquetis du métal.

« - Quelqu'un, lâcha-t-elle simplement en posant son bol à côté d'elle.

- Dans un endroit pareil ?

- Par où ? Demandèrent simultanément les deux frères en se redressant aussitôt »

Leur faisant signe de se taire, elle se releva souplement, la fatigue ayant par automatisme quitté son organisme. Ses yeux guettant l'horizon, elle attrapa ensuite son précieux arc à double encoche. D'un même mouvement, ils l'imitèrent et, parfaitement synchrones, les trois silhouettes joignirent leurs mains pour activer leurs parchemins, faisant apparaître sur leur corps l'emblématique combinaison carmin des Yigas, leur masque blanc décoré d'un œil rouge pleurant à l'envers venant s'apposer sur leur visage. Ils se mirent ensuite en formation triangulaire autour de leur campement. Puis, d'autres mantra avec leurs doigts et ils activèrent leur camouflage, se recouvrant d'un manteau illusoire renvoyant l'image du manteau nivéal.

Ils attendirent ainsi, arc bandé et flèches encochées, plusieurs minutes durant. Des minutes qui leur parurent durer des heures. Le froid mordant parvenait aisément à s'infiltrer dans leur combinaison aérée qui, certes était pratique pour résister à la chaleur désertique, mais ne parvenait pas à repousser le vent frigorifiant. Fort heureusement, le ragoût épicé faisait encore de l'effet, empêchant ses doigts de trembler et ses dents de claquer. Ils leur fallait rester immobiles et silencieux s'ils souhaitaient que l'illusion soit parfaite. Le temps défila ainsi, si bien qu'elle crut un instant avoir imaginé le bruit. Jusqu'à finalement percevoir de nouveau le bruit de pas. Un sourire perfide se dessina instantanément sur ses lèvres. Chouette ! Enfin un peu de distraction ! Car, il fallait l'avouer, ses deux partenaires d'exil étaient loin d'être les plus attractifs, se plaignant à longueur de journée des basses températures et se lamentant du sort qu'était le leur. Jubilant d'anticipation, elle sentit le picotement familier de l'action au bout de ses doigts, l'adrénaline se frayer un chemin dans ses vaisseaux, ses oreilles filtrer le moindre son, ses iris fouiller le désert blanc, rendu flou par la nouvelle averse de flocons, à la recherche de la moindre forme.

C'est alors qu'elle la vie, une silhouette se dirigeant d'un pas lent dans leur direction. La détaillant de bas en haut, elle reconnut sans peine les vêtements duveteux typiques du peuple Piaf. Seulement, au vu des bottes qu'arborait l'inconnu, il ne s'agissait pas d'un volatile. Elle ne pouvait cependant rien distinguer d'autre, ses traits étant camouflés sous une épaisse cape pour le protéger de la pluie glacée. Elle fronça les sourcils, perplexe. Qu'est-ce qu'une personne pouvait bien faire, par un temps pareil, sur les hauteurs Gerudo ?

Elle attendit qu'il s'approche davantage. Sans doute avait-il été appâté par l'alléchante odeur du ragoût car, s'infiltrant sans gêne dans le campement, il s'approcha à grand pas de la marmite. Ce fut ce qu'elle espérait. Le signal retentit alors pour les trois voleurs qui, bondissant de leur cachette d'un même mouvement, rirent en cœur avant de décocher leurs flèches en direction de l'intrus. Les six carreaux allèrent se planter dans le bois tendre d'un bouclier, brandi par réflexe devant le visage de la cible. « Pas mal ! » songea-t-elle en posant pieds à terre, ne pouvant s'empêcher de sourire face à la dextérité de son adversaire. Sourire qui s'effaça lorsque leur victime abaissa sa protection pour révéler les traits fins et gracieux d'un Hylien. Sourire qui revint finalement en force lorsqu'elle reconnut sans grande peine les deux perles céruléennes qui se posaient alternativement sur la silhouette des trois Yigas, sans doute pour jauger la situation. Le froid avait donné quelques couleurs à sa peau, faisant rosir ses pommettes, accentuant ce côté adorable que renvoyait son aspect juvénile. Et dire, comme elle eut l'occasion de l'apprendre après leur première rencontre, qu'il avait plus de cent ans ! Accroché derrière son oreille pointue gauche, un rubis surmonté d'une plume en acier décorait ses cheveux blonds. Elle connaissait le pouvoir de cette gemme, censée emmagasiner la chaleur solaire pour protéger son porteur des basses températures. Et, voyant ses vêtements chaudement rembourrés de duvet, elle ne put s'empêcher de l'envier. Pourquoi ne le saluerait-elle pas d'une accolade chaleureuse, histoire de se réchauffer ? Du genre : « Eh ! Tu te souviens de moi ? Je t'ai sauté à la gorge l'autre jour alors que tu tentais de m'aider et, pour te venger, tu m'as volé mes précieuses bananes. Ça te tente une étreinte goronienne ? ». Elle se gifla mentalement. Non, elle ne pouvait pas.

De un, comme le disait si bien sa mère, pas de contact physique avant la troisième rencontre.

De deux, parce qu'il ne devait sans doute pas se souvenir d'elle. Difficile d'enregistrer un visage lorsque la personne en face se dissimule soit derrière une illusion, soit derrière un masque. D'autant qu'il avait sans nul doute dû croiser bon nombre de ses semblables depuis leur rencontre.

De trois, il faudrait qu'elle trouve ensuite un moyen d'expliquer son comportement à ses collègues. Racontars comme ils étaient, nul doute qu'ils rapporteraient tout au Grand Kohga pour gagner ses faveurs et se sortir de cet enfer givré. Elle ferait la même chose à leur place. Or, cela reviendrait à devoir de nouveau faire face aux regards réprobateurs de ses parents, à leur déception et à celle de son chef qui la voyait déjà devenir l'une de ses meilleurs officiers.

Et enfin, de quatre... Il avait mangé l'une de ses précieuses bananes sans son accord, se jouant de son orgueil et, accessoirement de sa vue, dans le seul but de se venger. Un véritable salaud qui méritait pour seul accueil qu'on lui morde les mollets. Violent mais efficace.

« - Si tu es là pour voler nos bananes, tu peux faire une croix dessus, voyageur ! S'écria l'un de ses compagnons en brandissant son arc à double encoche. »

Bien que menacé, ledit voyageur leva un sourcil. Elle, n'avait qu'une envie, se frapper le front du plat de sa main. Bien évidemment que non qu'il n'était pas là pour ça. Qui penserait se rendre dans l'une des régions les plus froides et les plus hostiles du royaume pour venir dérober à des voleurs leur stock de bananes ?

Bon, peut-être qu'elle, elle l'aurait fait.

Tout comme ses acolytes d'ailleurs.

Et ses parents.

Et toutes les personnes de son peuple...

Ouai, en fait non, ce type n'était pas normal. Et c'était justement parce qu'il n'était pas comme les autres qu'elle côtoyait tous les jours qu'elle ressentait une certaine attirance envers lui. Ce genre d'attirance qui donnait l'envie de s'occuper personnellement de son cas.

De quelle manière ? Elle aviserait sur le moment.

Avait-elle une chance ? Au vu de leur dernier affrontement, bien sûr que non !

Le savait-elle ? Oh que oui !

« - Il est pour moi ! Déclara-t-elle ainsi en s'interposant entre ses alliés et sa proie qui, loin d'avoir l'apparence d'une biche, ouvrir des yeux presque aussi grands que ceux de l'animal. »

Et, sans prévenir, elle décocha deux flèches qui allèrent se planter dans la neige derrière lui, frôlant chacune une joue au passage sur la chair desquelles elles tracèrent une zébrure rougit. Il ne broncha pas d'un millimètre, restant parfaitement stoïque. Elle esquissa un sourire derrière son masque. Oh oui, elle allait se le faire !

« - Pas vrai, Prodige ? Acheva-t-elle, appuyant sur le dernier mot avec toute l'ironie dont elle était capable. »

Ce fut au tour de ses partenaires d'être surpris, du moins le devina-t-elle aux exclamations qu'ils émirent. Lui se contenta d'armer sa main gauche de son épée, la fameuse Lame Purificatrice dont l'éclat argenté semblait scintiller dans ce décor nivéal. Prenant ce geste comme une réponse favorable à son invitation, elle rit franchement, de ce rire si caractéristique à son peuple, en faisant tournoyer son arc entre ses doigts. Puis, joignant les mains, elle activa son parchemin de téléportation qui la mena à se trouver en un instant dans les airs, derrière sa proie. Légère, presque en suspension tel un flocon de neige ralentit, elle profita de sa hauteur momentanée pour attaquer. Les flèches fusèrent, au ralenti à ses yeux. Un coup d'épée et elles atterrirent tranchées en deux dans la neige. « Vraiment pas mal » songea-t-elle en mettant souplement genou à terre. Lui conservait son calme et, si elle n'avait pas vu la rotation de son poignet, elle aurait pu croire qu'il n'avait pas bougé. Ses iris azurés l'observaient constamment, étudiant le moindre de ses mouvements. Elle appréciait cette sensation, de sentir le regard aussi aiguisé que son épée posé sur elle. Elle savait ses compagnons faire de même, jugeant sans doute de son comportement incompréhensible – ils avaient la possibilité d'abattre le légendaire ennemi, d'user du nombre pour contre-balancer la différence de force – qu'elle-même ne parvenait pas à expliquer. Son orgueil avait, une fois de plus, prit le pas sur sa raison, créant cette émotion sibylline qui la mena à se saisir de sa serpe coupe-gorge pour aller au corps-à-corps. Là où se révélait tout le potentiel de son adversaire. Leur lame s'entrechoqua, se saluant d'un grincement métallique, tandis qu'il fixait ses perles célestes sur elle, sur son masque et même, elle en avait l'impression, dans les siennes. Un pas de côté, et elle tenta de le frapper au revers mais fut bloquée par le bouclier. Un signe de la main et elle se téléporta derrière lui. Mais, d'un mouvement de poignet, il brandit sa lame dans son dos et para de nouveau l'attaque. Nom d'une banane empaillée, ce type, en plus d'être un excellent attaquant comme il lui avait démontré lors de leur première rencontre, était tout aussi doué en défense ! Mais cela ne se passerait pas comme ça. S'accroupissant, elle tendit la jambe pour frapper les siennes, réussissant enfin à lui faire quitter son carré de neige. Cela ne suffit pas à le déstabiliser, mais à le déconcentrer oui. D'un mouvement précis et rapide, elle sectionna le cordon retenant sa cape qui, emportée par le vent, dévoila complètement l'armure Piaf cachée en dessous. Elle donna ensuite un puissant coup de pied dans son bouclier dont le bois, fragilisé par le froid, se craquela dangereusement. Puis, prenant de l'élan avec son bras, abattit sa lame en direction du cou adverse. Du moins, tel était son plan avant qu'une main ne vienne enserrer son poignet et ne bloque son geste. La serpe se retrouva alors sous la gorge de l'ennemi, son acier caressant sa chair, reflétant les iris céruléens qui continuaient de la fixer, mais la prise l'empêchait de réaliser le moindre mouvement. Elle était si proche de lui qu'elle pouvait presque sentir le parfum forestier qui émanait de ses vêtements chauds. Soudain, la prenant de court, il esquissa un sourire en coin. Un faible sourire, mais un sourire bien réel qui manqua de peu de lui faire lâcher prise sur son arme.

« - Peu mieux faire, susurra-t-il alors d'une voix si basse qu'elle fut presque certaine de l'imaginer. »

Elle ouvrit la bouche, s'apprêtant à répondre, à demander le sens de ses mots. Cependant, au même instant, un son sur sa gauche attira son attention. Un son caractéristique, celui d'une corde se détendant. Du coin de l'œil, elle vit alors deux projectiles se diriger dans leur direction. Ou plutôt droit sur le garçon. Elle s'entendit alors crier un « non ! » tandis qu'elle poussa le corps adverse pour l'éloigner de la trajectoire, devenant à son tour cible potentielle pour les flèches dont le sifflement se rapprochait de plus en plus. Puis, tout se passa rapidement. Elle sentit les doigts raffermir leur prise sur son poignet, la tractant en avant avant que sa poitrine n'entre en contact avec un torse plus large que le sien. Puis, se sentant chavirer en avant, elle ferma par automatisme les yeux, se cramponnant à ce qui lui venait sous la main.

Elle sentit le froid de la neige mordre ses flancs, mais plus encore l'étouffante chaleur qui l'étreignait.

Elle perçut les exclamations d'indignations de ses partenaires, mais plus encore les battements frénétiques d'un cœur, de son propre cœur.

Lentement, elle rouvrit les paupières, plongeant immédiatement dans un océan insondable. Elle se rendit alors compte. Elle était là, allongée sur le corps de son ennemi dont les mèches blondes s'étalaient sur le manteau blanc, les mains guerrières ayant lâché les armes pour s'enrouler autour de sa taille. Sa propre lame reposait à coté du cou offert où une fine entaille pleurait quelques larmes de sang. D'une main tremblante, elle vint caresser la blessure.

« - Il semblerait que tu as finalement réussi, murmura-t-il alors et elle sentit son cœur louper un battement.

- C-Comment ? Lâcha-t-elle en retirant sa main »

Cependant, il ne répondit pas, se contentant d'afficher ce même sourire moqueur qu'il avait affiché avant de dévorer sa précieuse banane. Non, était-ce possible qu'il... se souvenait d'elle ? Elle se remémora alors les mots qu'elle avait prononcés ce jour-là :

« Pouvez-vous me laisser vous trancher la gorge ? »

C'était impossible, invraisemblable. Vêtue de sa combinaison et de son masque, elle ressemblait à n'importe quel Yiga. Elle n'était tout de même pas la seule de son clan à sauter au cou du jeune homme à chaque fois que leur route se croisait, si ?

« - Bon sang, mais qu'est-ce que tu fabriques ?! S'écria rageusement l'un de ses compagnons »

Et elle comprenait aisément la raison de sa colère. Sans son intervention, au moins l'une des deux flèches aurait atteint sa cible. Cependant, ce ne fut pas le cas.

Car elle avait agi.

Car elle lui avait sauvé la vie.

Tout comme lui l'avait fait avec elle.

Fronçant les sourcils, elle pencha la tête sur le côté. Cet homme était vraiment... particulier. Sauver la vie de celle qui, l'instant d'avant, tenter de l'égorger.

« - Pourquoi ? Demanda-t-elle alors à voix haute

- Pourquoi ? Reprit l'archer qui crut à une réponse, tandis que les iris azur continuaient de la fixer. Mais enfin, tu l'as toi-même dis ! C'est le Prodige de la légende ! Notre ennemi juré ! »

Exact. Il était leur ennemi. Mais alors, pourquoi l'avait-elle sauvé ? « Parce que c'est à toi que doit revenir l'honneur » lui cria son orgueil, tentant de camoufler les mots que murmurait sa raison, mais également son cœur. Oui, cela était vrai. Il était sa proie. Et pour le bien de sa revanche, il devait survivre.

« - J'ai dis qu'il était à moi, prononça-t-elle lentement en tournant son regard en direction des frères, insistant sur chaque mot pour être sûr qu'ils soient compris.

- Ne sois pas stupide, répliqua cependant l'attaquant en armant deux nouvelles flèches sur son arc. Si on ramène sa tête au Grand Kohga, nous serons pardonnés et nous... »

Il acheva sa phrase dans un cri de douleur. Un carreau venait de se planter dans sa main, l'obligeant à lâcher prise. Du sang coulait à grosses gouttes de sa plaie, entachant la neige à ses pieds. Surprise, la jeune femme tourna la tête pour voir le héros redressé brandissant devant lui un arc. Le blessé tomba à genoux, ses gémissements emplissant rapidement le campement. À ses côtés, son frère secouait nerveusement les mains, ne sachant comment l'aider.

« - Tout ça, c'est de ta faute ! Cria-t-il alors en attrapant une dague à sa ceinture et en se jetant sur le blond. »

Agile, ce dernier resserra sa prise autour de la taille féminine et, comme si elle ne pesait rien, la souleva pour se redresser sur ses jambes. Puis, récupérant son épée, il para l'attaque avant d'assommer le Yiga d'un coup de pommeau derrière la tête. La lâchant, il se propulsa ensuite en direction du blessé, ses mouvements nullement entravés par l'épaisse couche de neige, et réitéra le geste afin de faire taire les hurlements. Ainsi, le silence retomba et seul le crépitement du feu résonnait dans le désert glacé. Le voyant se tourner ensuite lentement dans sa direction, elle sentit un frisson remonter le long de sa colonne vertébrale. Son regard était dur, authentiques prunelles d'un guerrier ayant survécu à d'innombrables batailles, à l'opposé même de la malice qu'il lui avait offert quelques minutes plus tôt. Alors, poussée par son instinct de survie, elle récupéra sa serpe dans la neige et se mit en position de défense. Il ne s'était jamais vraiment montré agressif envers elle, se contentant de parer ses attaques ou de lui affliger des blessures mineurs afin de la faire battre en retraite, si bien qu'elle avait cru un instant qu'il était incapable de faire du mal à qui que ce soit. Mais, après ce qu'elle venait de voir, elle n'en était plus si sûr.

La voyant faire cependant, il s'esclaffa légèrement comme pour se moquer de son mouvement. Comme s'il trouvait risible de la voir ainsi, penchée en avant, sa lame brandit devant son masque. Avec dextérité, sa précieuse épée fendit l'air avant de regagner son fourreau. Puis, lui tournant sans vergogne le dos, il se dirigea vers la marmite dans laquelle il trempa le doigt pour goûter. Le ragoût dut déplaire à ses papilles puisque, s'assaillent sur la souche d'arbre, il attrapa un cristal de sel et quelques herbes qu'il jeta dans le potage avant de remuer le mélange. Il goûta de nouveau puis, satisfait, attrapa un bol pour se servir quelques cuillerées. Elle l'observa ainsi, immobile dans son coin, de longues minutes durant. Et elle serait certainement restée là à le contempler vider la marmite si, se servant un deuxième bol, il ne s'était pas tourné vers elle pour le lui tendre. Son orgueil avait rugi dans son esprit – non mais quel toupet ! Le type venait d'assommer ses deux partenaires et maintenant il dévorait leurs provisions ! -, mais pour une fois, ce ne fut pas lui qui l'emporta car, désireuse de faire taire les gargouillements de son ventre que l'alléchante odeur avait de nouveau éveillée, elle accepta prudemment le bol. Leurs doigts se frôlèrent, leurs iris se croisèrent et son cœur, stupide organe, s'affola.

« - Ne crois pas que j'en ai fini avec toi ! Lâcha-t-elle alors pour cacher sa gêne, tirant brusquement sur le récipient »

Elle se laissa ensuite tomber sur le second tronc, de l'autre côté du feu, et, les yeux plongés dans son potage, dos tourné et masque légèrement soulevé pour révéler ses lèvres, reprit son repas là où le héros l'avait interrompu par son arrivée. Elle retrouva ainsi le goût agréable du piment, rehaussé par le sel ajouté, et son agréable chaleur, bien différente de celle l'ayant étreint plus tôt. Et c'est dans ce silence tranquille, et étrangement apaisant, qu'ils achevèrent le repas, et par la même occasion le contenu de la marmite – ce type mangeait pour quatre !.

Repus, les deux adversaires laissèrent entendre un même soupir d'aise. Se redressant ensuite, le Prodige étira ses bras au-dessus de sa tête en bâillant mollement. Décidément, il baissait beaucoup trop sa garde en sa présence, comme s'il ne la croyait pas capable de l'attaquer. Comme s'il se moquait ouvertement de sa force. Elle était une redoutable guerrière ! Une redoutable guerrière en pleine pause postprandiale, certes, mais une guerrière quand même.

« - Eh ! L'interpella-t-elle alors, tandis qu'il réajustait son équipement dans son dos. Je dois encore te trancher la gorge, alors ne pars pas tout de suite. »

De nouveau, il lui offrit ce sourire moqueur.

« - Une prochaine fois, peut-être. »

Et, sur ces mots, il lui tourna le dos avant de reprendre sa route, quittant le campement comme il était arrivé, disparaissant rapidement dans les étendus blancs du plateau Gerudo. Elle resta là longuement, à contempler sa silhouette se confondre avec les flocons de neige, à revisualiser dans sa tête tout ce qui venait de se passer. Elle était rentrée de patrouille, le Prodige les avait attaqués – même si c'était plutôt eux qui lui avaient sauté dessus -, elle lui avait sauvé la vie, il lui avait sauvé la vie, puis il avait assommé ses deux partenaires avant de partager un repas, son repas, avec elle et de repartir comme si de rien n'était... Ce type était vraiment étrange. Et pourtant, elle ne regrettait en rien ce qui venait de se passer.

Certes, il faudrait qu'elle trouve un moyen de se justifier auprès de ses compagnons et même, s'ils colportaient la nouvelle, auprès du Grand Kohga.

Certes, elle serait certainement réprimandée pour avoir laissé filer une seconde fois l'ennemi juré de son peuple.

Certes, elle décevrait une fois de plus ses parents et verrait son rêve de devenir officier une fois encore repoussé.

Mais malgré tout, elle ne regrettait rien. Car ce repas, bien qu'elle ne l'avouerait jamais de vive voix, avait été le plus savoureux qu'elle n'avait jamais mangé. Et puis, comble du bonheur, il n'avait même pas touché au stock de bananes, soigneusement conservées dans une caisse sous l'abri. Bon, il lui devait toujours une revanche, ainsi qu'un repas à présent. Ce qui signifiait qu'elle croiserait sans aucun doute sa route de nouveau...

À cette simple pensée, un sourire étira ses lèvres. Décidément, ce guerrier était une petite merveille. Presque aussi fascinant que la courbure si caractéristique des bananes.


Et voilou !

N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé ! On se retrouve dans deux semaines pour la suite des aventures de ces deux-là :3

Prenez soins de vous !

Chu ~