Salut mes petites noisettes ! :3
Comme promis, voici la suite des (més)aventures de notre chère petite Yiga avec notre coquin de héros. Ce chapitre se rapproche beaucoup plus de l'histoire originale du jeu que les précédents, dans le sens où il fait mention de la quête principale. D'ailleurs, j'ai fait le choix d'interpréter cette dernière librement, tout comme j'ai réaménagé le repaire des Yigas à ma convenance afin de rendre le récit plus vivant et moins... virtuels ? Bref, je vous laisse découvrir par vous même x)
Un grand merci à ceux qui lise cette petite histoire, en particulier à toi Kaneko-chan qui prend toujours le temps de donner ton avis, c'est adorable :3
J'espère que la suite vous plaira tout autant ! Précisons avant que l'univers de The legend of Zelda et ses personnages appartiennent entièrement à Nintendo, naturellement... et malheureusement x)
Bonne lecture ! ;)
Pris la main dans le sac
~ Une odeur envoûtante ~
L'endroit était plus que familier, puisqu'elle était chez elle. Se tenant au milieu de la grande salle, un genou à terre, la tête baissée, elle faisait face au grand Kohga, chef incontesté du peuple Yiga. Quelques torches permettaient d'éclairer les lieux, offrant une ambiance tamisée qui donnait un aspect doré aux murs de sable.
La situation, elle, commençait à le devenir car, pour la deuxième fois, elle subissait les sermons de son supérieur. Assis sur le rebord de son trône, ses mains crispées sur les accoudoirs, il répétait ces mêmes mots qu'il lui avait adressé le jour où il avait apprit qu'elle avait laissé filer l'ennemi juré de leur peuple.
Les ordres, en revanche, n'étaient pour une fois pas très clairs. Car, au milieu des réprimandes venaient s'intercaler des félicitations pour le succès de sa dernière mission, mêlant ainsi la déception et l'admiration que son chef éprouvait pour elle, créant un méli-mélo de mots qu'il lui était difficile de comprendre. Au final, était-il fâché ou content ?
Vraisemblablement, le Grand Kohga lui-même ne savait pas car, stoppant l'une de ses interminables phrases en plein milieu, il poussa un long soupir d'exaspération. Puis, se rasseyant correctement dans son siège, il appuya sa joue contre son poing et reprit d'une voix plus calme :
« - Comme toujours, tu me compliques bien la tâche, mon enfant. Tu es une guerrière redoutable, la quintessence même de notre peuple, et pourtant tu ne peux t'empêcher de me désobéir. »
Elle se mordit la lèvre inférieure, tâchant de faire taire la culpabilité qui enserrait son cœur, mais également l'injustice qui grondait en elle. Elle, désobéir ? Elle avait seulement omis la première fois sa rencontre avec le Prodige, et refusé l'aide de ses compagnons la seconde fois, préférant à la réussite de la mission l'assouvissement de sa revanche. Elle était une redoutable guerrière et, en tant que telle, elle n'avait besoin de personne d'autres que sa lame pour égorger ce petit prétentieux au sourire moqueur. Mais évidemment, cette pensée était égoïste aux yeux de son peuple pour lequel le nombre faisait la force.
Du coin de l'œil, elle chercha dans l'assemblée la silhouette d'une personne pour prendre sa défense. Évidemment, sa mère, première admiratrice de ses talents, n'était pas là, partie en mission aux abords du barrage de la Luterrane. En revanche, nombreux étaient ceux qui faisaient la queue pour se plaindre. Ainsi elle pouvait citer ses deux anciens partenaires d'exil, dont l'un avait la main bandée, qui ne cessaient de brailler qu'il fallait l'enfermer, qu'elle était l'unique responsable de leur échec, qu'elle était une honte pour le masque qu'elle arborait. Il y avait ensuite son père, un homme froid qui ne lui avait pas adressé le moindre regard depuis son arrivé et qui se contentait de la rabaisser à chaque compliment que faisait le Grand Kohga. Puis sa tante, version féminine de son père qui, ne pouvant faire de sa fille – une véritable empotée, comme elle la désignait elle-même - une officier, faisait tout ce qui était en son pouvoir pour qu'elle ne puisse pas non plus le devenir. Et enfin, ses nombreux camarades d'entraînement - et rivaux pour l'affection de leur chef - qui affichaient tous au moins une cicatrice causée par sa lame. Lorsque l'un commençait à lâcher quelque chose, tous lui emboîtaient le pas, créant d'authentiques raz-de-marées vocales insupportables à entendre. Au final, peut-être aurait-elle mieux fait de se laisser capturer pas les Gerudo...
Soupirant de nouveau, le Grand Kohga se massa la tempe de sa main libre. Apparemment, il avait autant envie d'être là qu'elle.
« - Je pourrais te condamner à vingt coups de fouet afin de m'assurer que tu ne recommenceras pas, déclara-t-il, et ses mots furent approuvés par un concert d'exclamations. Cependant, cela reviendrait à nier ton implication dans l'obtention de ce fabuleux trésor. »
Disant cela, il tourna la tête vers l'une des tables sur laquelle reposait un petit couffin bordeaux. Et dessus, l'objet de sa dernière mission, une étrange coiffe en or massif sertie de joyaux. « Le Masque du Tonnerre », tel était le nom que lui donnait le peuple du désert, un masque capable de protéger complètement son porteur des décharges électriques, qu'elles fussent de source naturelle ou non. C'était pour se rendre dans la cité Gerudo et dérober ce fameux trésor qu'on lui avait donné l'ordre de revenir des hauteurs gelées. La tâche fut plus simple qu'elle ne l'avait cru, la citée matriarcale manquant cruellement de gardes qui, visiblement, devaient gérer un tout ordre problème : Vah'Naboris. Cette petite chipie faisait encore des siennes, rôdant aux abords des milieux peuplés, créant des tempêtes de sable incessantes. Elle l'avait vu un jour de près, se souvenant parfaitement de ses rouages que la corruption de leur Seigneur parvenait à contrôler. Elle avait cependant dû s'abstenir d'approcher, la Créature Divine ne distinguant pas ses alliés de ses ennemis.
« - Peut-être qu'en te privant simplement de sortie... songea à voix haute le Grand Kohga en caressant sa barbichette. Qu'en pensez-vous très cher ? Ajouta-t-il ensuite en se tournant vers son père
- Eh bien, je ne saurais contester le jugement de notre chef. Cela dit, par deux fois déjà, mon enfant a déshonoré son clan. Un déshonneur mineur, certes, mais qui ne doit pas rester impunis. »
Elle se retint de ne pas contester, se contentant de lever les yeux au ciel. Geste qu'elle espéra être discret. En vain.
« - Et toi? Reprit leur chef en repérant en effet son mouvement oculaire. Qu'en penses-tu, mon enfant ? »
Redressant enfin la tête, surprise d'être ainsi conviée au débat car, depuis le début, elle subissait mais n'avait pas le droit de protester, elle entrouvrit légèrement la bouche. Ce qu'elle en pensait ? Honnêtement ? Tout ceci était ridicule ! Plutôt que de s'entraîner pour devenir plus forte, elle devait rester là à écouter ces balivernes qui, pour la grande majorité, n'étaient même pas objectifs...
Elle se mordit de nouveau la lèvre. Non, elle ne pouvait pas dire cela. Du moins, pas de cette manière.
« - J'admets avoir fauté, débuta-t-elle, jaugeant chacun de ses mots pour être sûr qu'ils ne soient pas par la suite déformés par ces mauvaises langues. Ma faute fut de vouloir démontrer mes capacités à mon clan et d'honorer les lois établis par nos ancêtres. Les Yigas sont des guerriers, des guerriers fiers et, malheureusement, cette fierté s'est perdu au cours des générations. »
L'assemblée commença à s'agiter, signe que ses mots déplaisaient à plus d'une personne. Chouette ! Cela signifiait que plus d'une mauvaise langue se sentait viser. Le Grand Kohga, au contraire, ne pipait mot, conservant un regard pétillant d'intérêt sur elle.
« - Depuis trop longtemps, nous ne comptons que sur le nombre pour triompher. Mais il fut une époque où notre force était notre fierté. Ces mêmes guerriers, qui se battaient sans trembler à un contre dix, et qui ont vaillamment affronté les armées royales, sont ceux qui ont battit notre clan. Qu'en est-il de ceux qui, aujourd'hui, se jettent à dix contre un unique homme ? Oh ! Je sais ! Ils se terrent dans le désert !
- Il suffit ! Rugit sa tante en sortant sa serpe de son fourreau »
Mais un geste de son supérieur et deux gardes la menacèrent de leur lance. Elle, dût se retenir de ne pas exploser de rire à la vue des traits déformés par la colère. Mais sa bonne humeur s'effaça rapidement lorsqu'elle vit le Grand Kohga se redresser dans son siège. C'était un homme de petite taille, et plutôt rondouillé, si bien que sa carrure n'avait rien d'impressionnante. Pourtant, personne n'aurait jamais prit le risque de se moquer, pas même elle. Car, derrière ses yeux grenat légèrement bridés et son sourire de façade, se cachait un redoutable combattant qui plaçait son peuple haut dans ses intérêts, juste en-dessous des bananes.
Se redressant sur ses jambes, il profita de la hauteur qu'offrait l'estrade sur laquelle était installé son fauteuil pour observer de haut la salle tout entière. Comme pour faire taire tout autre intervention non autorisée. Ici, dans la grande salle, à l'heure du jugement, on ne parlait que lorsque l'on en avait reçu l'ordre. Car, oui, il s'agissait d'un ordre et non d'une autorisation. Puis, posant de nouveau son attention sur elle, il déclara d'une tonalité plus douce qu'à son accoutumé.
« - Je dois admettre que tes paroles sont sages, mon enfant. Définitivement, je pense que tu as toutes les qualités requises pour devenir officier. Bien évidemment, rajouta-t-il en sentant l'assemblée s'agiter à cette annonce, il faut encore que j'en discute avec le conseil. »
Il descendit une première marche.
« - Tu ne seras pas punis pour ta faute, car tes mots ont suffi à me convaincre qu'elle n'en était pas une. »
Il descendit une seconde marche.
« - Cependant, je ne peux pas non plus te laisser gambader et prendre le risque que tu désobéisses une troisième fois. »
Il se stoppa sur la troisième marche, celle où il conservait encore une hauteur plus imposante que celle de ses gardes personnels, d'authentiques colosses de muscles.
« - C'est pourquoi, j'ai fait mon choix. Voici mon verdict. Tu seras consignée à domicile et suivras les enseignements pour devenir officier. »
L'annonce fut une véritable bombe. S'ensuivit un long et interminable silence durant lequel seuls le crépitement des flammes et le grincement des plumes sur le papier des scripts furent permis.
Ah...
Finalement, peut-être aurait-elle préféré les coups de fouet.
Après quoi, elle fut renvoyée dans sa chambre, escortée – s'il vous plaît ! - non pas par un, ni par deux, mais par trois soldats afin de s'assurer qu'elle arriverait à bond port. Lorsqu'elle était sortie de la grande salle, les complaintes de l'auditoire avaient repris, remettant dangereusement en question le jugement du Grand Kohga. Pour le plus grand bien de ses oreilles, le repaire était parfaitement insonorisé car, il ne faisait aucun doute que bientôt débuterait là-bas une bataille de cordes vocales. Louez en fut le Seigneur Ganon !
« - Racontes-moi tout ! L'accueillit sa camarade de chambre, qui n'était autre que sa cousine – vous savez, la fameuse empotée – lorsque les gardes eurent refermé le rideau derrière elle. »
En réalité, elle n'avait rien d'une empotée, faisant simplement exprès de gâcher ses examens afin de ne pas devenir officier comme le voudrait sa mère. Une manière comme une autre de défier l'autorité parentale, sans doute.
Alors, elle lui raconta tout, car, dans un sens, elle le lui devait bien. Sa cousine l'ignorait mais, en réalité, c'était grâce à elle en quelque sorte qu'elle avait rencontré le Prodige la première fois. Elle était trop jeune à l'époque pour réaliser une mission seule et sa cousine, de deux ans son aînée, n'avait pas forcément envie de rejoindre les landes sauvages pour dépouiller de pauvres innocents. Aussi s'était-elle fait passée pour malade, lui offrant la possibilité de prendre sa place.
Alors qu'elle lui rapporta la séance, prenant des voix différentes pour redonner vie au débat, sa cousine s'empara d'une brosse et commença à dénouer ses longs cheveux pour les brosser. Tout comme ceux de son père et de sa tante, ils arboraient une teinte blanche, témoignage de leur ancienne affiliation avec les Sheikah. Ceux de sa cousine, au contraire, tout comme ceux du Grand Kohga et de la grande majorité des Yigas, étaient d'un noir de jais.
« - Tu te rends compte, quand même ? Lâcha sa coiffeuse autoproclamée alors qu'elle achevait son récit. Toi, officier ! Ma mère devait être rouge de colère. Ou peut-être verte de jalousie, rajouta-t-elle en riant.
- Plutôt un mélange des deux, pouffa-t-elle à son tour. »
Puis, elle se remémora les dernières paroles du Grand Kohga, et ce qu'elles signifiaient pour son avenir. Son sourire s'effaça aussitôt et, soupirant, elle laissa sa tête tomber en arrière, contre le ventre de sa confidente.
« - Je ne suis pas sûre de vouloir ce poste.
- Quoi ? S'exclama sa cousine en stoppant le mouvement de ses doigts dans ses cheveux. Mais enfin, c'est ton rêve depuis toujours. Devenir officier ! Tu pourras manier le légendaire sabre Tranche-Vent, partir seule en mission où et quand tu voudras, ne recevoir d'ordres que du Grand Kohga.
- Certes mais... »
Mais ce n'était pas ce qu'elle voulait. Du moins, plus maintenant. Elle ignorait la nature de ce sentiment qui grandissait en elle, la détachant peu à peu de son peuple. Autrefois, elle aurait tout donné pour demeurer auprès des siens. À présent, elle ne rêvait que d'une seule chose : s'échapper de ces terres arides pour rejoindre les landes sauvages, là où elle se sentait réellement libre. Et puis, elle devait prendre sa revanche. Les enseignements pour devenir officier étaient rudes, mais plus encore ils étaient chronophages. Combien de jours, de mois ou même d'années devrait-elle sacrifier pour atteindre ce poste ? Combien de temps devrait-elle attendre pour espérer revoir l'insupportable et adorable minois du Prodige ?
« - Oublions cela pour ce soir, proposa sa cousine en achevant la natte, sentant les réflexions naître dans l'esprit de sa parente. Il se fait tard, nous devrions aller nous coucher. »
Elle approuva d'un hochement de tête, songeuse. Puis, abandonnant sa combinaison carmin pour une chemise de nuit blanche, qui se confondait presque avec la pâleur de ses mèches et de sa chair, elle se glissa dans sa couche. Bien que les nuits étaient glacées dans le désert, la localisation souterraine du repaire permettait de conserver les chambres à une température optimale pour le sommeil. Raison pour laquelle elle ne se couvrit que d'un drap. Après avoir soufflé sur la bougie, sa cousine l'imita, lui souhaitant bonne nuit. Quelques minutes plus tard, seuls les faibles ronflements de son aînée emplissaient la chambre, ainsi que ses propres soupirs. Elle l'avait toujours enviée pour cette capacité qu'elle avait de s'endormir à l'instant même où elle fermait les yeux. Dans son cas, deux heures en moyenne étaient nécessaires. Malgré tout, elle ferma ses paupières, tâchant de rejoindre les songes, se concentrant sur les bruits environnants :
les expirations sonores régulières de sa cousine,
les rondes régulières des soldats dans le couloir,
les battements réguliers de son cœur,
des pas feutrés presque inaudibles non loin de la chambre...
Elle rouvrit soudainement les yeux. Des pas feutrés ? Se redressant dans sa couche, elle tendit l'oreille. Le murmure suivait le sens opposé à celui emprunté par les rondes. Et il ne faisait aucun doute qu'il n'appartenait pas à un Yiga, faisant beaucoup trop attention à ne pas faire de bruit pour en être un. Piquée par sa curiosité, et parce que de toute façon elle ne parvenait pas à dormir, elle se glissa hors du lit, attrapant sur la table de nuit son masque et sa serpe dont elle ne se séparait jamais, puis en dehors de la chambre. Le couloir était plongé dans la pénombre totale, mais elle n'avait pas besoin de voir pour s'orienter dans le dédale qu'étaient les couloirs du repaire. Il lui suffisait simplement de tendre l'oreille et de se laisser guider. Lorsqu'elle était enfant, sa mère l'emmenait souvent chasser les morses de sable, des créatures à l'ouïe extrêmement développée dont elle s'était fortement inspirée pour ses traques, à la différence qu'elle n'était pas la proie mais le prédateur.
Très vite, elle rencontra une patrouille, repérable à la lueur de leurs torches, qui l'obligea à se plaquer contre un mur pour ne pas être vu. Une excitation soudaine naquit alors au fond d'elle. Il fallait qu'elle retrouve le maraudeur sans se faire prendre, pimentant davantage le jeu. Puis, poursuivant son chemin, elle manqua de peu de s'étaler sur le sol en se prenant les pieds dans quelque chose. Des soldats évanouis lui révéla son toucher. Ou plus exactement, des soldats assommés. Ainsi, elle était sur la bonne piste. Et si elle se référait au chemin que semblait prendre l'intrus, alors elle savait où elle pourrait le coincer. Changeant de stratégie, elle oublia donc complètement la piste auditive pour se fier uniquement à son sens de l'orientation, tournant ici et là pour quitter le quartier résidentiel du repaire et rejoindre la partie centrale, là où se trouvait la grande salle, mais également les quartiers du Grand Kohga et la salle aux trésors. Lorsqu'elle arriva à proximité de cette dernière, non sans mal car nombreuses étaient les rondes dans ce secteur, elle ralentit enfin le pas. Et, se plaquant contre un mur, tendit l'oreille à la recherche de ce fameux son. Rien, le silence complet. Intriguée, elle fronça les sourcils et se pencha sur le côté pour observer le couloir adjacent, là où se trouvaient les portes de la salle. S'était-elle trompée sur les intentions du voleur ?
« - J'aurais dû parier que c'était toi, susurra alors une voix au creux de son oreille. »
Sursautant, elle se retourna aussitôt. Mais se retrouva plaquée contre le mur, une main posée sur son masque au niveau de ses lèvres. Elle ne voyait absolument rien, si ce n'étaient deux perles célestes luisant dans l'obscurité tels deux Rumy dans un champ nocturne. Elle pouvait sentir un corps, plus grand et plus large, pressé contre le sien, la bloquant contre le sable mural. Il y avait également une douce odeur florale qu'elle connaissait parfaitement, un parfum de fleurs silencio.
« - Chut, fit son geôlier. »
Et il ne lui fallut pas bien longtemps pour comprendre la raison car elle pouvait déjà entendre les pas d'une nouvelle ronde. Ils restèrent donc ainsi immobiles, blottis l'un contre l'autre, attendant que les soldats passent à quelques centimètres d'eux. Elle profita de la lueur qu'offrirent leurs torches pour étudier le visage du voleur, confirmant l'hypothèse qu'elle s'était faite à la vue des perles malicieuses. Il s'agissait bel et bien du Prodige et, si elle n'avait pas connu par cœur les moindres traits de son visage, elle aurait eut beaucoup de mal à le reconnaître. Ses cheveux dorés étaient tirés en arrière, formant un chignon dans lequel venaient se loger deux baguettes. Un col, tout aussi sombre que sa tenue, était remonté sur son nez, camouflant le bas de son visage. L'œil des Sheikah, dont elle devinait les triangles pressés contre sa poitrine, était peint sur son torse. Ainsi, c'était comme cela qu'il s'était infiltré dans le repaire, profitant de la furtivité offerte par sa tenue pour passer outre la garde des nombreux soldats.
Il attendit que la lueur disparaisse au coin d'un couloir pour enfin se détacher d'elle, conservant tout de même une proximité. Comme s'il avait peur de la voir s'enfuir. Comme si cela était possible. Ils conservèrent le silence un moment, lui détaillant de ses iris perçantes la silhouette de la demoiselle. Elle ne portait pas sa combinaison et, dans sa précipitation, avait oublié ses parchemins. Aussi elle se révélait à lui pour la première fois sous sa véritable apparence. Pourquoi avait-il fallu que ce soit en chemise de nuit ? Gênée, elle croisa instinctivement ses mains sur sa poitrine, comme pour se protéger de ce regard. Le prédateur était devenu proie. Fort heureusement, elle avait pensé à prendre son masque derrière lequel elle pouvait camoufler son visage. Et ses joues sur lesquelles elle sentait éclore des rougeurs de plus en plus nombreuses.
« - On ne t'as jamais appris à ne pas détailler une dame de la sorte, Héros ? Protesta-t-elle au bout d'un moment, lorsqu'elle fut certaine que chaque centimètre carré de sa peau avait gagné une teinte plus écarlate.
- Je me faisais juste une réflexion, murmura-t-il simplement. »
Elle lui offrit quelques minutes de silence, patientant en espérant entendre ladite réflexion. Seulement, rien ne vint. Comble de la chose, il profita de ce mutisme pour s'éloigner complètement d'elle et rejoindre le couloir adjacent, se dirigeant avec agilité et discrétion jusqu'aux portes. Oh le filou ! S'il croyait pouvoir s'en sortir comme ça ! Ni une, ni deux, elle se lança à sa poursuite, retenant la porte en bronze qu'il était parvenu à crocheter lorsqu'elle manqua de se refermer devant elle, s'assurant qu'elle ne fasse aucun bruit derrière elle en jetant un regard réprobateur au voleur. Évidemment, il ne prêta pas attention à ses mouvements, balayant la pièce de ses iris experts, cherchant ce qu'il était venu chaparder. La salle aux trésors était une vaste pièce, rivalisant en surface avec la grande salle. Ici, embellis par l'éclat des quelques torches qui brûlaient au mur, le jaune prédominait, que ce fut celui de l'or ou bien celui des bananes. Aussi paraissaient-ils tout deux bien terne dans ce paysage, elle silhouette entièrement blanche et lui ombre grisâtre.
« - Ne me dis pas que tu as fait tout ce chemin pour des bananes ! Déclara-t-elle d'une voix basse, et enfin il lui accorda un regard »
Un regard certes dépité mais qui avait le don d'exister. Visiblement non, comprit-elle par ce geste, il n'était pas là pour dérober le fruit sacré de son peuple. Voyant qu'il se détournait déjà pour retourner à ses affaires, elle sentit l'offuscation gonfler dans sa poitrine et ses joues. Avait-il besoin qu'on lui rappelle les bonnes manières, à savoir qu'on n'ignorait pas de la sorte une dame ? Avait-il besoin qu'elle lui rappelle qui elle était ? Elle était une guerrière redoutable.
Une guerrière certes en chemise de nuit, mais qui conservait tout de même sa dextérité dans ses poignets.
Une guerrière qui n'avait besoin ni d'une heure moins tardive ni d'une combinaison de combat pour lui trancher sa si délicate gorge.
Une guerrière qui détestait par-dessus tout qu'on l'ignore, notamment lorsqu'il s'agissait de ce sombre idiot.
Une guerrière qui, tout simplement, désirait connaître le fond de sa réflexion.
« - Quoi que tu es venu dérober, maugréa-t-elle en s'emparant de sa serpe camouflée dans son vêtement, je ne te laisserais pas faire. »
De nouveau, alors qu'elle prenait une posture offensive, elle sentit le regard azuré se posait sur sa silhouette, la détaillant des pieds à la tête. Comme jugeant des paroles qu'elle venait de prononcer. Comme jugeant de sa tenue sans aucun doute inappropriée pour un combat. Et lorsqu'elle vit un sourire moqueur, ce même sourire insupportable qu'il lui avait adressé de nombreuses fois, se dessiner derrière son col, elle sentit son sang s'échauffer davantage. Aussi, rugissant comme une lionne, et oubliant complètement l'aspect discrétion de sa mission, elle se propulsa dans sa direction, sa lame brandit devant elle. Il allait regretter, elle allait lui faire payer.
Agile, le guerrier bloqua son attaque en saisissant son poignet. Soulevant son jupon de sa main libre, elle lui donna alors un puissant coup de pied dans le thorax, du moins le voulut-elle avant que sa cheville ne soit attrapée par la seconde main.
« - Pas mal, lâcha-t-il et, sentant toute l'ironie de ces mots, elle sentit sa rage décupler davantage.
- On verra si ton discours est le même lorsque je t'aurais arraché la tête. »
Prenant appuie sur les membres maintenant les siens, elle souleva sa jambe libre et se hissa sur les épaules de l'Hylien. Là, elle enroula son mollet contre la gorge masculine et serra tant qu'elle put. Par réflexe, il relâcha donc poignet et cheville, tirant sur le muscle pour l'empêcher d'écraser sa trachée. Puis, voyant que cela ne servait à rien, car elle avait déjà ajouté sa deuxième jambe, il amorça une roulade avant qui fit perdre l'équilibre à sa bourreau autoproclamée. Elle manqua alors de peu de s'étaler sur le sol, se faisant rattraper de justesse par deux bras qui la cueillir telle une princesse. Ou plus exactement, tel un sac à patates. Tête en bas, un bras était en effet enroulé autour de son fessier tandis que le second maintenait son buste. La main guerrière posée là où les battements de son cœur s'affolaient au travers du tissu. Non pas parce qu'elle avait failli s'assommer le front contre le sol dur. Mais parce que la main était posée là, à cet endroit, sur une courbure parfaitement féminine.
« - L-Lâche-moi ! S'écria-t-elle alors, le visage aussi rouge que sa fidèle tenue de combat, se débattant autant qu'elle pouvait dans la prise ferme.
- Pour que tu me sautes à nouveau dessus ? Maugréa-t-il.
- Espèce de rustre ! Continua-t-elle de vociférer. Lâche-moi ! Malotru ! »
Plus ça allait, et plus elle criait fort, oubliant complètement l'heure tardive, la salle des coffres et la ronde des gardes. Du moins, ce fut le cas jusqu'à ce qu'elle se sente lentement posée par terre et qu'une main ne se presse sur sa bouche. Non pas sur son masque comme la première fois, mais bel et bien sur la chair de ses lèvres. Le son de son visage factice tombant sur le sol résonna alors à son oreille. Tel un cri d'alerte. Aussitôt, elle se figea. Elle était à quatre pattes, la tête penchée en avant. Dans son dos, elle pouvait sentir le thorax du jeune homme, son front reposant entre ses omoplates. L'une de ses mains conservait une prise autour de ses hanches tandis que l'autre continuait de chatouiller ses lèvres. Partie de son corps qu'elle n'aurait jamais dû rencontrer. Il ne fallait pas qu'il voie son visage. Non, personne, hormis les membres de sa famille, n'avait le droit.
Elle sentit des larmes lui mordre les paupières, menaçant de couler sur ses joues à tout moment. Non, il ne fallait pas qu'elle pleure. Sans son masque, il le saurait. Elle était une guerrière redoutable, aucun de ses ennemis ne devait connaître cet aspect de son être. Alors, conservant son visage baissé, elle tendit désespérément sa main en direction de son masque, reposant à quelques centimètres devant elle. Tentant vainement de lutter contre la prise de son geôlier. Désireuse de retrouver l'apaisant camouflage qu'offrait la toile blanche sur laquelle était peinte l'œil de son peuple. Semblant comprendre ce qu'elle voulait, l'Hylien desserra son étreinte, retirant sa main de sa bouche, décollant son torse de son dos. Aussitôt, elle stoppa tout mouvement.
« - Ne regarde pas, ordonna-t-elle, ordre qui sonna malheureusement plus comme une supplication. »
Seul un soupir lui répondit. Et alors qu'elle s'attendait presque à le voir se pencher de nouveau sur elle pour faire l'inverse de ce qu'elle souhaitait, elle sentit quelque chose de moue et chaud tomber sur ses épaules. Une écharpe, constata-t-elle en voyant le tissu tomber le long de ses bras. L'écharpe de son ennemi. Ne cherchant pas plus à comprendre, elle emmitoufla aussitôt son visage à l'intérieur. Se sentant enfin en sécurité, un soupir d'aise lui échappa alors. Avant qu'elle ne sente une odeur particulière lui chatouiller les narines. Ce même parfum forestier qu'elle avait sentit lors de leur rapprochement sur les hauteurs Gerudo, souligné d'un effluve de fleur silencio.
« - Je suis navré, murmura une voix devant elle. »
Créant une faible visière entre les pans de l'écharpe, elle croisa alors les iris célestes du Prodige. Et elle compris que ses mots étaient sincères. Mais également qu'ils étaient encore plus magnifiques vus sans le filtre de son masque. Masque qui se trouvait à présent entre les doigts bandés du guerrier, tendu dans la direction de ses mains. Sans lâcher son regard, qui bon sang l'hypnotisait, elle récupéra son bien, sa chair frôlant celle de son ennemi. Un frisson remonta le long de son bras, tout comme ce jour-là lorsqu'elle s'était saisi du bol de ragoût offert.
Lâchant l'objet, il se redressa ensuite sur ses jambes et, lui tournant le dos, reprit ses fouilles comme si de rien n'était. Mais, contrairement à la première fois, elle ne s'offusqua pas, comprenant par ce geste qu'il souhaitait lui offrir un peu d'intimité. Elle laissa plusieurs minutes s'écouler avant de se décider à décoller enfin son nez de l'écharpe, de cette odeur si particulière, pour retrouver les traits réconfortants de son masque sur son visage. Puis, se redressant sur ses jambes, elle se tourna dans sa direction, le vêtement pressé contre sa poitrine. Visiblement, il avait trouvé ce qu'il cherchait, enfouissant un objet dans sa sacoche imprégnée du pouvoir sylvestre des Korogu.
« - Promis, ce n'est pas une banane, déclara-t-il en sentant sans doute son regard peser sur sa silhouette.
- Je sais, répondit-elle. Tu es venu chercher le Masque du Tonnerre. »
Et ces simples mots suffirent à attirer les prunelles célestes sur elle.
« - Comptes-tu m'en empêcher ? Demanda-t-il sur le ton du défi »
Ces simples mots, et le message qu'ils véhiculaient, suffirent à effacer la gêne qui s'était installée entre eux l'instant auparavant. Si bien, qu'elle ne put retenir un rire. Un rire doux, cristallin, bien loin de celui caractérisant son espèce. Un rire qui sembla momentanément perturber le Prodige dont les iris la détaillèrent de nouveau dans son intégralité. Décidément, cela devenait une habitude !
« - J'ai bien compris que je n'aurais pas ma chance ce soir, déclara-t-elle en le rejoignant pour se poster devant lui. »
Du bout de son ongle, elle vint ensuite tirer sur le col sombre, révélant ce sourire qu'il dissimulait depuis le début, ce sourire moqueur qui lui avait manqué plus que de raison.
« - Mais il se peut que je crie, rajouta-t-elle. »
Et la moquerie labiale se transforma en pur amusement, lui offrant un tout nouveau joyau, serti de dents parfaitement blanches, à contempler. À préserver dans sa mémoire. Elle sentit son cœur, organe idiot, louper un battement dans sa poitrine. Puis un second lorsque son interlocuteur lui répondit :
« - Il arrive que je produise cet effet. »
Oh... Inconsciemment, elle resserra sa prise sur l'écharpe. Quand soudain, un bruit se fit entendre dans le couloir. Sursautant, elle se retourna donc en direction de la porte, imitée par son ennemi. Des soldats se rapprochaient et, au bruit anarchique de leurs pas, elle devina qu'il ne s'agissait pas d'une simple ronde. Visiblement, ses cris avaient fini par alerter son peuple. L'angoisse grimpa alors en flèche. Que penseraient les siens s'ils la voyaient, là, dans la salle aux trésors en compagnie du Prodige ?
Par deux fois déjà, elle avait désobéi à cause de lui.
Par deux fois déjà, le Grand Kohga l'avait gracié.
Mais la troisième, elle, lui serait irrémédiablement fatale.
Elle échangea un regard avec son camarade d'infortune. Visiblement, lui prenait bien la chose, ne semblant nullement alerté par ce qui se tramait en dehors de la salle, par ce qui se passerait rapidement à l'intérieur. Dans un sens, elle détestait cette part de lui, ce calme saisissant qu'il était capable d'afficher dans le feu de l'action, là où elle ne pouvait qu'angoisser. Raison sans doute pour laquelle il fut le premier à réagir. Attrapant son poignet, il la guida jusqu'au tas de bananes qui s'amoncelaient sur un grand meuble en bois précieux pour se dissimuler derrière, dans l'espace restreint qui le séparait du mur. Juste à temps avant qu'une armada de sous-fifres et quelques officiers ne pénètrent à l'intérieur, éblouissant la salle de leurs torches là où celles murales se contentaient simplement d'éclairer faiblement. Fort heureusement, leur cachette était parfaite, les conservant dans l'ombre.
« - Je vous assure que les cris venaient de là, déclara une voix, sans doute celle d'un garde. C'était des cris féminins, des cris de détresse. »
Elle sentit le regard du héros peser sur sa personne. « Bien joué ! » put-elle y lire en redressant la tête. Oh le chenapan ! Oubliait-il pourquoi elle avait crié ? Oubliait-il qui des deux avait attenté à la pudeur de l'autre sans même, vraisemblablement, s'en rendre compte ?
« - Vous, fouillez toute la salle, ordonna une voix plus grave – un officier, devina-t-elle. Et vous, visitez les salles voisines. Si un voleur s'est introduit, il ne doit pas être bien loin. »
Ben voyons ! S'il avait souhaité, le voleur en question aurait déjà pu à cette heure être sur le retour vers la cité Gerudo. Le temps de réaction des soldats laissait terriblement à désirer. Peut-être devrait-elle en toucher un mot au Grand Kohga lorsque ces hommes auraient mis la main sur eux, car visiblement ils étaient déterminés à suivre les ordres de leur supérieur au mot prêt. « Oh Seigneur Ganon » se mit-elle alors mentalement à prier en resserrant l'écharpe contre elle, tel un chapelet de prière, « faites qu'ils ne nous trouvent pas ».
Les minutes défilèrent, chaque seconde représentant une éternité pour la guerrière qui enviait de plus en plus la capacité du héros à rester détendu. À première vue, il n'avait pas d'armes sur lui. Ni épée, ni bouclier, ni arc. Rien, si ce n'étaient ces deux ridicules baguettes dans son chignon. Baguettes qu'il avait utilisées pour crocheter la serrure de la salle. Peut-être était-ce cela finalement son arme. Discrète pour ne pas gâcher sa discrétion, légère pour ne pas gêner son infiltration.
Souvent, des sous-fifres passaient non loin de leur position, l'obligeant à chaque fois à retenir sa respiration. Visiblement, aucun n'avait la fugace idée de regarder derrière le meuble, pour le bien de leur salue à tous les deux. Ainsi, après avoir fouillé la salle de font en comble – hormis leur cachette, comme quoi personne n'était infaillible -, la petite troupe rebroussa ensuite chemin, les ordres des officiers résonnant dans le couloir où s'éloignèrent les bruits de pas. Ils attendirent plusieurs minutes, par pure précaution, avant de finalement s'extirper de leur planque. Ses articulations grincèrent, protestant d'être restés trop longtemps dans la même position, et elle grimaça en sentant des fourmillements s'installer dans ses membres inférieurs.
« - On l'a échappé belle, murmura-t-elle en les secouant pour faire disparaître la désagréable sensation. »
Lui, de son côté, étira ses bras devant lui, amorçant un faible bâillement. Bâillement qu'elle ne put s'empêcher, l'observant du coin de l'œil, de trouver adorable. Et qu'elle partagea bien vite, sous le rire moqueur de son ennemi, ou plutôt de son sauveur. Décidément, la frontière entre les deux était bien floue lorsqu'il s'agissait de ce redoutable blond.
« - Les demoiselles devraient déjà être couchées à cette heure, déclara-t-il en lui tendant la main. »
Elle aurait voulu répliquer, lui dire de se mêler de ses fesses, mais elle n'avait plus la force. La fatigue l'emportant sur la redoutable guerrière. Aussi, elle accepta sans protester la main lui étant tendue, se laissant ensuite guidée en dehors de la salle aux trésors, puis dans les dédales du repaire en esquivant avec dextérité les rondes, afin de rejoindre sa chambre. Ce n'est qu'arrivés devant le rideau orangé que leurs doigts, s'étant entremêlé au cours de leur excursion nocturne, se décrochèrent. Puis, ils restèrent là un instant, immobiles et silencieux, se contentant de se fixer. Avant que le jeune homme ne demande d'une voix tendre, attrapant une mèche blanche s'étant détaché dans la bataille entre son pouce et son index :
« - Me laisseras-tu un jour voir ton visage ? »
Elle entrouvrit légèrement les lèvres, étonnée par sa requête. Et par la mélancolie que véhiculaient ces simples mots. La mèche s'enroula autour de son doigt taquin. Alors, croyant à une plaisanterie comme il aimait tant en faire, elle laissa un sourire en coin décorer ses traits et demanda à son tour, sur un ton beaucoup plus jovial :
« - Me laisseras-tu un jour te trancher la gorge ? »
Il rit. Et, replaçant la mèche derrière son oreille, répondit, la mélancolie ayant fait place à ce timbre moqueur qu'elle détestait, mais qu'au final elle adorait plus que tout :
« - Tu es plutôt dure en affaire. »
Puis, s'éloignant enfin d'elle, il lui adressa un dernier sourire qu'il dissimula derrière son col, ne laissant de visible que ses perles célestes. Ses perles dont elle avait apprit à aduler la teinte, ou plutôt les teintes, variables suivant l'éclairage du lieu et le sentiment habitant leur propriétaire. Telle une ombre, il disparut ensuite sans un bruit dans les couloirs, la laissant seule devant le rideau de sa chambre. Elle resta là, immobile, quelques minutes, scrutant la pénombre comme si elle espérait le voir faire demi-tour. Puis, se résonnant enfin, elle s'engouffra à l'intérieur de la chambre. Là, les ronflements de sa cousine l'accueillir, la ramenant à la réalité. Comme si toute cette aventure n'avait était qu'un rêve, un songe agréable. Mais elle savait qu'il n'en était rien.
Se laissant tomber sur le rebord de son lit, elle retira lentement son masque. Puis contempla l'œil carmin peint dessus. Lui laisser voir son visage avait-il demandé ? Peut-être un jour le pourrait-elle.
Lorsqu'elle aurait eu sa revanche.
Lorsqu'ils ne seraient plus ennemis.
Lorsqu'elle aurait enfin mis un mot sur ce sentiment sibyllin qui enserrait sa poitrine à chaque fois qu'elle pensait à cet idiot de Prodige.
Mais en attendant, cela devait rester ainsi. Posant son visage factice et sa serpe sur sa table de chevet, elle s'allongea au milieu des draps. Se remémorant en détail ce qui venait de se passer.
Quand soudain, arrivée au bout de son récit, deux choses lui vinrent à l'esprit.
Une question : comment avait-il su où se trouvait sa chambre ?
Un constat : elle tenait toujours entre ses bras l'écharpe qu'il lui avait confiée.
Si elle mit rapidement la première de côté, elle ne put en revanche oublier le second. Et, pressant son museau contre le vêtement parfumé, les yeux clos, elle se remémora l'étreinte chaleureuse de son ennemi. De son sauveur. Bref, de son rival.
Ainsi que de son odeur qui émanait encore de son vêtement. Une odeur plus envoûtante encore que celles, elle ne pouvait que l'avouer, de ses bananes adorées.
Tidoum !
Oui, bon d'accord, je vous l'accorde, ça devient de plus en plus fleur bleue mais c'est ce dont j'ai besoin en ce moment x) Pour ceux qui ont joué au jeu et qui se demandent « Mais pour récupérer le masque, Link n'est pas censé... ? » (je coupe pour pas spoiler), bien évidemment que si. Mais ça, ce sera le sujet du prochain chapitre ;)
D'ailleurs, je tiens à rectifier ce que j'ai dis dans le précédent. Je me suis penchée sur mon fil directeur afin d'écrire la suite et... ça tiendra jamais en quatre chapitres comme je le prévoyais initialement. Du coup, je pars pour six : cinq plus une sorte d'épilogue.
Sur ce, je vous dis à dans deux semaines pour la suite :3 Prenez soin de vous !
Chu ~
