Plusieurs mois passèrent...
Depuis qu'il avait intégré l'école publique, Adrien retournait tous les lundis à l'école en écoutant avec un sourire attendrit les autres élèves se plaindre du retour en classe trop matinal et du peu de surprises que les cours leurs offraient.
Lui était plutôt soulagé de revenir à la routine et d'ainsi échapper aux montagnes russes stressantes qu'était le reste de sa vie.
Entre les formations supplémentaires, les séances photo, les événements médiatiques où il représentait son père, sans compter les sorties des nouvelles collections plusieurs fois par année, il fallait l'expertise de Nathalie qui gérait scrupuleusement le tout sur un agenda électronique pour s'y retrouver.
En comparaison, les cours le calmaient. Surtout que même assis sur un banc d'école, il ne savait jamais ce que la vie quotidienne du lycée lui réserverait. Assister au lancement d'une nouvelle ligne de cosmétique Gabriel était beaucoup moins intéressant en comparaison.
Mais inévitablement, tous les lundis venait ce moment où l'un de ses camarades de classe faisait un commentaire sur leurs activités de la fin de semaine et Adrien sentait une boule se former dans sa gorge.
Parce qu'en plus d'être des adolescents français normaux qui avaient le droit d'avoir des loisirs, dans la classe d'Adrien, les élèves avaient quelque chose qui les unissaient tous ensembles: pratiquement chacun d'entre eux avait été possédé par un akuma dans un moment de détresse.
Ces événements les avaient beaucoup rapprochés les uns des autres, plus que dans beaucoup d'autres classes comparable à travers le pays et ils se réunissaient ainsi bien souvent tous ensembles en dehors des cours. Comme si inconsciemment, ils s'organisaient pour que le drame ne se reproduise plus et qu'ils prenaient soin les uns des autres.
Il semblait que même la direction de l'école avait remarqué cet état de fait et ait décidé de garder les mêmes groupe-classe lorsque Paris avait entamé une nouvelle année scolaire en devant toujours compter avec l'ombre du Papillon planant toujours sur la ville.
Loin de rejeter Adrien et Marinette qui n'avaient pas subit ce baptême du feu, leur soutien et leur compagnie étaient toujours les bienvenues. La bande allait jusqu'à accepter Chloé que plusieurs d'entre eux n'appréciaient pas exactement.
Mais Adrien n'allait jamais à ces sorties de groupe ou alors, il n'y faisait qu'une très courte apparition.
Parce que, si son père avait consentie à le laisser assister aux cours en public, il ne lui avait pas accordé sa liberté pour autant.
Que ce soit des rencontres impromptues en soirée pour passer le temps ou faire les travaux, des sorties scolaires qui lui étaient interdites, car déclarées inutiles, et jusqu'à l'heure de lunch qu'il était forcé de prendre à domicile, il était ainsi forcé de manquer bien souvent des tranches de vie étudiante.
Parce qu'il avait beau demander des autorisations de sorties, son père ou son assistante trouvaient des raisons pour qu'Adrien n'y participe pas. Ce qui était, au début, plus subtil était devenu une réalité impossible à ignorer pour Adrien.
Il paraissait libre, paraissait heureux aux yeux du monde, mais de plus en plus en se comparant aux autres adolescents, et comme son père devenait plus sévère avec le temps qui passait, Adrien sentait parfois que sa vie n'était que faux espoirs et apparences. Surtout le lundi matin.
Bien sûr, il avait les rendez-vous galants avec sa Lady où il avait l'occasion de s'évader de l'atmosphère de deuil de sa résidence mais, ça, il ne pouvait pas en parler avec les autres, c'était son secret.
Et donc, tous les lundis matins et plusieurs fois dans la semaine, il écoutait silencieusement ses camarades raconter leurs vies en dehors des cours et tentait de se faire oublier. Essayant de son mieux qu'ils ne réalisent pas qu'il ne s'était vu accorder pratiquement aucun moment de liberté en dehors de chez lui ou de l'école de toute l'année scolaire qui s'achevait.
En se joignant à la vie publique l'année précédente, à la rentrée de troisième et en rencontrant de nouveaux amis, il avait d'abord essayé de parler de ses propres activités. Toutes ses obligations n'étaient pas désagréables.
Parfois il y rencontrait des adultes intéressants et il lui arrivait aussi de faire des découvertes culturelles. Il arrivait même que ses camarades de classe soient présents à l'événement et il avait alors l'occasion de les voir de loin et aussi de partager les conversations du lundi.
Certaines histoire provoquaient de l'admiration et de la jalousie parmi les autres élèves, et d'autres lui attiraient la pitié de la part de ses paires.
Donc, il ne racontait plus trop d'anecdotes pour éviter de créer des malaises et il se sentait mieux.
Adrien menait selon lui une belle vie. Du moins l'appréciait-il. Il y avait des bons et des mauvais côtés mais, malgré toutes les limites qui lui étaient imposées et qui le faisaient se sentir à part des autres, plus que tout, il était reconnaissant pour toutes ces choses que ses amis prenaient pour acquises et qu'il était heureux d'avoir aussi maintenant.
Et pour tout ce qu'il n'avait pas encore, il attendait et espérait. Peut-être son père réaliserait-il un jour qu'il ne pouvait pas redessiner le monde avec uniquement son point de vue.
Alors, même s'il avait parfois l'impression d'être aussi invisible aux yeux de ses amis qu'un fantôme, il était reconnaissant de pouvoir hanté un endroit peuplé plutôt que de se languir dans son triste manoir abandonné avec un téléviseur pour seule fenêtre sur l'humanité.
Tout était beaucoup mieux qu'avant et sa vie aurait pu être bien pire.
Maintenant, si seulement Ladybug voulait bien accepter de le traiter comme s'il était réel...
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Un lundi matin en particulier de la fin du mois de juin, une minute avant l'arrivée habituelle de la professeure pour être exact, Marinette Dupain-Cheng traversa la porte comme un boulet de canon et se glissa avec un dérapage acrobatique jusqu'à son bureau et en interrompant la discussion matinale qu'Adrien avait avec Alya et Nino.
Alya, Nino et Adrien qui attendaient le début du cours, se tournèrent vers elle avec un mélange de stupéfaction, d'admiration et d'un peu d'amusement.
Marinette avait encore des marques d'oreiller sur le visage et clignait furieusement des yeux pour qu'ils restent ouverts.
«Laisse-moi deviner... Tu as trop dormis c'est ça?» taquina Alya assise à côté de Marinette.
«Mon cadran a réussit à me réveiller il y a moins de quinze minutes. Mais je ne dirais pas que j'ai trop dormis, j'ai fait de la couture jusqu'à 1h du matin. Je voulais terminer la veste de ton nouveau tailleur pour pouvoir commencer la robe qu'on veut offrir à Rose pour son anniversaire dès ce soir.»
Cette conversation pouvait paraître anodine mais elle soulevait tellement d'émotions chez Adrien.
D'abord, Marinette était adorable avec cette expression endormie et ses joues rouges. Elle n'avait même pas pris le temps de se coiffer en plus et sa chevelure tombait souple comme une soie liquide sur ses épaules.
Adrien en avait l'eau à la bouche. Il ne savait pas exactement ce qu'il désirait mais, il éprouvait une attirance indéniable pour sa camarade de classe. Si elle était une pâtisserie, il souhaiterait la savourer chaque matin au petit-déjeuner. Si elle était une histoire, il voudrait qu'on la lui raconte chaque pour l'aider à s'endormir.
Il était déçu aussi. Parce qu'elle n'avait pas eu besoin qu'il la rattrape lorsqu'elle avait glissé. Il aurait adoré être son héros. Même juste un peu, pour qu'elle le remarque.
Ensuite, il y avait aussi l'envie pour tout ce qu'elle avait révélé en si peu de phrase. Qu'elle venait à peine de se lever alors qu'il était debout depuis six heures du matin comme tous les jours (fins de semaine comprises.)
Qu'elle s'était permis de rester éveillée très tard malgré les cours du matin. Et qu'elle l'avait fait non seulement pour se consacrer à sa passion mais en plus, pour avoir la chance d'utiliser ses propres talents de façon concrète pour faire plaisir aux autres et les aider à réaliser leurs rêves.
Il savait déjà, pour avoir entendu une précédente conversation, (Il n'espionnait pas. Seulement, les gens avaient tendance à parler devant lui comme s'il n'était pas là.) que cette veste de tailleur était destinée aux apparitions officielles de journalisme d'Alya, pour qu'elle paraisse plus professionnelle.
Quand à la robe de Rose, c'était Alya qui avait fourni l'argent pour les matériaux et Marinette qui la fabriquait. C'était quelque chose qui les unissait, un projet qu'elles partageaient.
Il l'admirait d'avoir un talent, des rêves et des espoirs pour le futur. Lui-même n'avait pas d'autre talent que d'être travaillant, (comme s'il avait d'autres choix!) n'avait pas vraiment de projets d'avenir, (sauf d'avoir envie de rester ChatNoir le plus longtemps possible et il aimait étudier.) et avait peu de chance que son père lui permette de choisir lui-même un avenir sans le manipuler vers ce qu'il voulait qu'Adrien fasse.
À tout le moins, Monsieur Agreste ne paierait jamais des études à son fils dans un domaine qu'il n'approuverait pas.
Juste à ce moment-là, Sabrina poussa une exclamation effrayée en voyant une dame assise sur un tapis volant passer juste devant les fenêtres de la classe.
Adrien avait déjà sauté sur ses pieds bien avant qu'elle ait disparue et en passant sous le bras de la professeure qui entrait dans la classe il s'exclama: «Je n'ai pas pris le bon manuel, je vais le chercher!» alors même qu'il dérapait sur le seuil de la porte.
L'akumatisée se promenait en flottant lentement au-dessus de la ville habillée d'un costume inspiré des milles et une nuits d'Arabie. Elle repérait les jolies jeunes femmes sur les trottoirs et les transformait en statues de sel.
Ladybug, arrivée avant lui, observait attentivement l'akumatisée qui elle-même surveillait les gens qui disparaissaient des trottoirs.
Le coeur du jeune homme fit un bon en l'apercevant. Il lui semblait qu'il respirait mieux lorsqu'elle était dans son champs de vision. Elle était tellement vivante, tellement magnifique et fascinante. Il l'adorait pour tout ce qui était normalement un défaut mais qui, chez elle, devenait une qualité. Son entêtement, sa fierté, même son côté contrôlant. Elle était si adorable!
«Tu t'inquiètes pour la concurrence, ma Lady? Pourtant tu ne devrais pas!» souffla-t-il en s'accroupissant près d'elle dans sa cachette.
Ladybug cacha une grimace à son partenaire. Depuis une semaine, depuis qu'Adrien lui avait demandé conseil pour inviter Kagami et qu'ils étaient allés à la patinoire avec elle et Luka, elle faisait, des cauchemars où Adrien lui vantait la beauté et les qualités de Kagami jusqu'à ce que sa voix prenne un niveau assourdissant. Le commentaire de ChatNoir ne faisait que lui rappeler ses mauvais rêves.
Adrien n'avait pas parlé de cette sortie à quatre comme d'un rendez-vous galant mais la façon dont il avait été admiratif pour sa collège d'escrime, laissait présager le pire à la jeune femme.
Elle ravala ses mauvaises idées noires et sans une salutation, avec un sourire malicieux sur les lèvres, elle se retourna et poussa sur l'épaule de ChatNoir pour créer une distance entre eux et retrouver son espace personnel. En équilibre précaire comme il l'était, il se retrouva sur le derrière.
«Je m'inquiète surtout que toutes ces jolies demoiselles en détresse ne réveillent tes hormones de matou en rûte qui perd son temps à flirter. Je n'ai rien trouvé de très intéressant comme excuse pour mon absence alors, je dois y retourner très vite pour éviter les réprimandes.» l'informa-t-elle.
«Tout pour plaire à ma Lady!» jura-t-il en sautant pour retrouver une position stable sur un genoux, un pied et une main au sol. Son bâton dans l'autre main, il s'élança immédiatement vers la vilaine et attira son attention, à la grande horreur de Ladybug qui fut prise au dépourvu.
«Pardonnez-moi, ravissante dame?» appela-t-il.
«TOI! Donne-moi ton miraculous!» ordonna-t-elle en arrêtant son tapis devant l'endroit où il se tenait en équilibre sur un pied posé sur la pointe de son bâton.
«Non.» répondit-il calmement. «Puis-je connaître votre nom mademoiselle? Je m'appelle ChatNoir et comme mon nom le laisse penser, je suis curieux de savoir pourquoi vous vous en prenez à ces jeunes femmes lorsque visiblement, vous n'avez rien à leur envier.» fit-il avec beaucoup de politesse.
Pendant ce temps, Ladybug, complètement paniquée et incrédule, le regardait faire la causette avec une super-vilaine. Mais, lorsqu'elle entendit la dame lui répondre plutôt que de le changer directement en statue qui serait allée se dématérialiser au sol, elle invoqua son Lucky Charme en profitant de sa cachette.
«Je suis Jézabelle et je dois m'assurer qu'aucune autre fille ne prenne ma place de participante à la télé-réalité "couple en vedette." On m'a sortie des auditions pour garder cette fille qui n'a vraiment rien de spéciale en disant qu'elle était plus jolie que moi.» expliqua-t-elle tristement.
«Oooo!» se désola ChatNoir avec une expression navrée.
«Alors, donne-moi ton miraculous! Si je l'offre à Papillon, il m'a promis une place sur l'émission!» ordonna-t-elle de nouveau.
«Comment?» s'intéressa le héros. Papillon avait-il mentit où avait-il vraiment la possibilité de récompenser ses laquais? «Est-ce qu'il est l'un des juges ou bien est-ce qu'il peut trafiquer le vote du public?» questionna-t-il sérieusement.
«Euh, en fait... Ni l'un ni l'autre je pense.» hésita la femme alors que le tapis allait flotter plus bas. ChatNoir descendit pour être à sa hauteur. «Mais, il me l'a promis!» reprit l'akumatisée en plongeant sur ChatNoir qui l'évita et plongea dans un trou entre deux cheminée pour qu'elle le perde de vue.
Ladybug le rejoignit discrètement et lui dit en lui montrant son lucky charme qui était une enveloppe avec un nom à l'intérieur: «Allons sur le plateau de l'émission. On va lui préparer un piège.»
Arrivant rapidement dans le quartier de la station, les héros se glissèrent parmi les immeubles décorés de bannières annonçant la télé-réalité qui prendrait les ondes dans quelques jours et d'écrans publicitaires présentant les auditions en direct.
«C'est dommage que toi et moi on ne participe pas à cette émission ma Lady!» ronronna ChatNoir de façon juvénile alors qu'ils arrivaient sur le toit. «En tant que couple le mieux assortie du siècle on ferait un vrai malheur ensemble.»
Ladybug leva les yeux au ciel, ce garçon cherchait vraiment à prendre des coups! «Dois-je te rappeler, encore une fois, que même si on sort ensemble, mon véritable amour, ce n'est pas toi? On est loin d'être bien assortis.» lui asséna-t-elle.
'Comme si elle me laissait l'oublier!' pensa-t-il. Elle ne manquait jamais une occasion de le lui redire depuis qu'elle le lui avait révélé. Et elle le faisait d'autant plus hautainement parce qu'ils étaient ensembles. Comme si elle voulait créer une distance entre eux puisqu'il y aurait toujours cet autre garçon qui se dresserait sur sa route pour l'empêcher d'atteindre la fille de ses rêves.
«Tu es cruelle ma Lady!» blagua-t-il dramatiquement. «Je n'arrive simplement pas à concevoir que toi et moi, on ne soit pas félin pour l'autre. C'est impossible! On est si complices, si proches, si miaou tous les deux.» s'enthousiasma-t-il en secouant la tête.
Sur ce point, elle ne pouvait pas lui donner tort. C'est pour cela qu'elle avait accepté de le laisser voir leur relation comme une relation de couple.
Ils étaient une paire, un duo indissociable. Peu importe le nom avec lequel ils définissaient leur relation. Au fond, le plus important pour l'un comme pour l'autre, était que cette relation fonctionne. Que ChatNoir s'amuse à appeler leur relation un couple lorsqu'ils étaient entre eux alors qu'elle y croyait si peu, n'était qu'au fond un simple jeu dans leur relation.
«Est-ce que ça veut dire que je dois commencer à avoir honte des jeux de mots horribles que tu fais comme si j'en étais responsable?» se pinça-t-elle un peu de dégoût en franchissant un corridor à toute vitesse.
«Tu es définitivement la muse de mon esprit créatif ma Lady! Est-ce que seulement ce garçon peut faire d'aussi bons mots d'esprit que moi?» fit-il prétentieusement.
«Définitivement pas et c'est ce que j'apprécie le plus chez lui!» répondit Ladybug en rigolant.
«Ok, mais, a-t-il mes jolies boucles blondes et ces merveilleux biceps?» joua-t-il en passant la main dans ses mèches pour détourner sa peine.
«Bien, en fait...» débuta Ladybug embarrassée avant de s'interrompre pour faire état de la situation avec les gens de l'émission. Elle leur demanda de rappeler la candidate évincée dont le nom se trouvait dans l'enveloppe pour qu'elle les rejoigne sur le plateaux avec une seconde chance d'y participer.
Ailleurs dans la ville, l'akumatisée sur son tapis volant passa devant un autre écran géant qui diffusait l'émission et se dirigea vers le plateau de tournage en entendant son nom.
Les boucles d'oreille de Ladybug se mirent à biper juste comme elle finissait d'expliquer son plan aux gens de la station. Il ne lui restait plus beaucoup de temps. Deux petites minutes pour faire tout un combat se serait juste. Au moins, la plupart des gens quittaient l'endroit.
«Tu sais où se trouve son akuma?» demanda ChatNoir avec inquiétude.
«Non et toi, tu l'as repéré?» s'inquiéta-t-elle aussi.
«Non plus. Ça va se jouer serré. Et si tu nourrissais ta kwami? Ton lucky charme nous a conduit ici, il a donc fait son travail.»
«D'accord» décida Ladybug en se cachant dans la petite séparation entre deux décors pendant que ChatNoir montait la garde.
«Donc» reprit ChatNoir qui se cachait avec elle sur le côté du plateau «Serais-je en fait pile poil ton type de garçon par hasard, Bugginette?» demanda-t-il un étincelle au cœur.
«Arrête de m'appeler Bugginette!» ordonna-t-elle à travers ses dents serrées. «Et pour ton info, non, tu n'es pas mon type de garçon. Parce que mon type, c'est les garçons tendres, sensibles et humbles qui ne flirtent pas avec toutes les filles. Je n'attache aucune importance au physique. C'est un pur hasard si vous êtes tous deux blonds et athlétiques.»
«Oh! Mais, c'est tout moi sans mon masque ça!» s'exclama-t-il «Qu'est-ce qui te dit que je ne suis pas secrètement ton béguin?»
«Parce que tu auras beau essayer pendant des années, Chaton, tu n'auras jamais autant de classe que lui!» fit-elle hautainement presque en se moquant.
«Tu es d'un cruelle ma Lady! Et ça ne s'améliore pas avec le temps qui passe. Tu ferais mieux de l'oublier et de rester avec moi. Parce que moi, je t'aime de tout mon cœur tel que tu es.» lui affirma-t-il avec son sens théâtrale du dramatique.
Dans sa cachette, Marinette serrait les dents. «Si tu arrêtes un peu tes mauvaises blagues, on aura un rendez-vous la fin de semaine prochaine.» lui proposa-t-elle en échange d'un peu de paix.
«Il y aura des macarons en prime?» s'illumina-t-il. Il n'en avait pas goûté depuis la Saint-Valentin! Et ils s'étaient à peine vue durant les trois dernières semaines.
«Tu sais que tu enlèves littéralement le pain de la bouche de ma kwami en réclamant des macarons?» s'amusa-t-elle. «Quel chaton gourmand tu fais!»
«Il faut bien que je mérite à mon titre de félin! Nous ne sommes peut-être pas parfaits mais les avantages de m'avoir près de toi dépassent largement les inconvénients!» fanfaronna-t-il.
«Ok. Faisons ça!» s'esclaffa Ladybug. «Je fournis le pique-nique mais j'entends bien avoir les avantages dont tu parles en retou-»
«Elle arrive.» la coupa ChatNoir qui avait entendue l'akumatisée dans les couloirs grâce à ses sens développés.
«Tikki, transforme-moi.» demanda sa partenaire avant de ressortir de sa cachette.
Quand les portes du studio explosèrent ChatNoir protégeait déjà ceux qui étaient toujours dans le studio et qui tentait de faire l'émission sans les gens qui avaient quitté. De son côté, Ladybug appela aussitôt le lucky charme.
Elle rejoint son partenaire une paire de ciseau à la main.
«C'est moi! Je suis celle qui va gagner!» lança la dame sur son tapis volant en faisant des looping dans le studio.
«Bien sûr! Si tu en trouves la preuve!» lui répondit ChatNoir en envoyant alors toute la pile de petites enveloppes dorées qui contenaient les noms des gagnants voler partout dans les airs. Son œil tilta en les regardant en même temps qu'une chaleur de satisfaction naissait dans sa poitrine. Il détacha son regard des enveloppes avec un mouvement forcé et se demanda pourquoi d'avoir causé un tel désordre amenait-il de la joie dans son cœur.
Mais ce n'était pas le moment d'y penser. Jezabelle flottait autour du studio avec son tapis pour les attraper et lorsqu'elle passa près d'elle, l'héroïne donna un coup de ciseaux et le tapis se défila. Ensembles, les héros tirèrent tous les deux sur la corde à pleine vitesse pour qu'il se détruise plus vite.
D'autre bulle de bonheur pétillèrent dans la poitrine du chat noir. Franchement, sa vie sans masque était loin d'être aussi sensationnelle et elle ne lui apportait que trop peu d'adrénaline.
L'akumatisée tomba au sol et les héros trouvèrent simultanément l'endroit où s'était logé l'akuma. Lorsque l'alliance qui était installée sur une chaîne autour de son cou sortie de sous ses voilages à cause du choc de sa chute.
ChatNoir s'aventura avant sa partenaire pour le récupérer en utilisant son cataclysme pendant que Ladybug entrait en action et lançait sa magie.
Appuyée nonchalamment et familièrement avec son coude sur l'épaule de son petit ami comme Ladybug se le permettait depuis qu'ils étaient ensembles, les héros reçurent ensuite les remerciement du producteur de l'émission.
Les héros saluèrent l'équipe qui repartait aider les collèges avant de se reculer et de se retourner l'un vers l'autre: «Bien joué!» lancèrent-ils d'une même voix pour célébrer la victoire.
Comme ils étaient alors plutôt seuls dans le coin du studio, Ladybug s'approcha de lui et déposa un baiser réconfortant sur sa joue. «Tu trouveras un jour une fille faite pour toi, Chaton. Ton match parfait. Tu es quelqu'un de bien.» lui souffla-t-elle avant de partir à toute vitesse.
Dans un coin sombre sur les toits de Paris, ChatNoir faisait un massage sur les mollets de Ladybug qui en ricanait. «Tu es certain que les massages sont représentatifs des avantages d'avoir un chat comme animal de compagnie?»
«Absolument!» lui affirma très sérieusement ChatNoir, (Sérieux à sa façon bien sûr!) Et pour prouver son point, il se mit à malaxer ses jambes alternativement d'une main à l'autre à la manière d'un chat qui se prépare un coin douillet pour faire une sieste.
Ladybug n'en rigola que davantage. «Tu sais que la plupart des gens n'apprécient pas nécessairement un tel traitement?» s'amusa-t-elle.
«C'est ton opinion ou tu as fais un sondage?» plaisanta-t-il.
«Est-ce qu'au moins, tu as déjà eu un véritable chat comme animal de compagnie?» demanda-t-elle en utilisant son bras droit pour se redresser et rencontrer son regard.
«Non» fit-il avec une moue boudeuse. «Plagg me voit comme les chats voient leurs maîtres, (avec supériorité (et attachement.) Il pense aussi que je suis un chat comme les autres et ne comprends pas que je n'aime pas les mêmes choses que lui. Et de vivre avec lui m'éclaire beaucoup sur leur mentalité mais, je ne sais pas ce que ressentent véritablement les gens qui ont des animaux de compagnie. Je n'ai jamais eu le droit d'en avoir. Pourtant, ça aurait beaucoup aidé contre la solitude dans laquelle j'ai grandit.» conclu-t-il en y songeant.
«J'ai encore du mal à ne pas te voir comme le bouffon du groupe qui démarre la fiesta dans toutes les activités!» sourit-elle tendrement en s'installant sur lui pour regarder les lumières de la nuit.
«Je suis très loin de ça.» remarqua-t-il «J'ai passé tellement de temps sans avoir d'amis qu'aujourd'hui j'ai des problèmes de communication. Je n'arrive pas à trouver ma place parmi un groupe. Une sublime beauté hors du commun comme la mienne et l'admiration des gens sont parfois des malédictions. Les gens nous placent sur un piédestal et on finit seul au milieu de la foule.»
«Est-ce qu'un jour tu crois que tu arrêteras de fanfaronner?» se découragea-t-elle.
ChatNoir ne répondit pas. Il ne pouvait pas lui prouver sa sincérité en lui révélant son secret. Mais, depuis le jour où elle s'était disputé devant lui avec Lila Rossi. Depuis qu'elle avait juré en criant qu'elle détestait les mensonges et les menteurs, il se sentait incapable de lui mentir.
Pas qu'il le faisait avant. Un jour où il avait dû lui prouver qu'il était bien le vrai ChatNoir, cette honnêteté qu'il avait toujours gardé vis-à-vis d'elle avait servit à vaincre l'akuma.
Mais, ce jour là, celui où ses convictions profondes avaient causé l'apparition de Volpina, et où ils avaient eu l'un de leurs quelques vrais contacts alors qu'il ne portait pas son masque, c'était comme si elle lui avait jeté un sort de vérité. Il était incapable de lui mentir, le mieux qu'il pouvait faire était de la laisser croire qu'il blaguait. Il aurait beaucoup trop honte de lui-même s'il lui mentait.
Et il ne savait pas pourquoi mais, ce sort était si puissant qu'il s'étendait jusqu'à Marinette. Probablement parce qu'elles avaient des âmes semblables et qu'il les respectait tout autant l'une que l'autre.
C'était une jolie histoire mais, il pensait surtout que c'était parce que les deux filles avaient toutes deux besoin de garder le contrôle de leur environnement et qu'elles basaient donc la confiance qu'elles plaçaient chez les gens d'après la façon dont elles pouvaient se fier à eux. Et lui ne voulait pas les décevoir. Mais, c'était parfois si difficile.
Un regard beaucoup plus mélancolique de la part de ChatNoir dériva vers les lumières des foyers. «Parfois, j'ai l'impression de porter un masque en permanence. Comme s'il y avait si longtemps que je n'avais plus été moi-même qui je ne saurais plus qui je suis. Et peut-être qu'en fait, tout cela n'est qu'un rêve.»
Il rencontra son regard septique entrelacé d'incompréhension avant de poursuivre: «Quand on y pense, ce n'est pas très réaliste de courir sur les toits de Paris pour capturer une sirène ou pour mettre fin à des cauchemars devenus réalité.»
Elle sourit encore en y réfléchissant et son regard se voila de nouveau lorsqu'il poursuivit: «Peut-être que je suis sur le lit de ma chambre, dans un coma et relié à une machine qui me garde en vie. Personne ne vient jamais me voir parce que le peu de gens que je connaissais avant d'être ChatNoir m'ont oublié ou abandonné. Peut-être qu'heure après heure, je rêve de toi et que je nous invente des scénarios catastrophes pour passer le temps.»
«J'ai tout de même aussi du mal à te voir comme quelqu'un avec autant d'imagination.» pointa-t-elle en frottant le bout de ses doigts sous son menton comme il aimait pour le sortir de cette passe de spleen. «Pas que tu n'ais pas d'originalité mais, à ce point? Non!» Tout à coup, elle se demanda si le vrai lui était souvent déprimé.
Il lui fit un rictus. «Même si je pense que beaucoup trop de gens sous-estime ma créativité, je dois reconnaître que même moi j'ai trop de goût pour avoir eu l'idée des costumes du Bulleur et de Réflekta. Je ne suis pas un cas si désespéré question mode!» plaisanta-t-il.
«Si je me fie à tes jeux de mots, Chat, je ne parierais pas sur ton sens du goût.» soupira-t-elle. «Au moins merci de m'avoir apporté une souris en porte-clés plutôt qu'une pauvre petite chose à qui j'aurais dû donner le coup de grâce.» dit-elle en montrant le porte-clés qu'il lui avait offert.
C'était devenu un rituel en eux. Chaque fois qu'il savait qu'il allait la voir en dehors des alertes akuma, il lui apportait un petit présent. Parfois, un petit jouet, une figurine les représentant, un bijoux bon marché ou simplement une fleur. Et si avant qu'elle soit en couple avec lui, elle refusait toujours ses cadeaux, depuis qu'elle était officiellement, même secrètement, sa petite amie, elle les acceptait toujours.
Elle le faisait avec indifférence par contre, elle les plaçait bien souvent directement dans son yoyo en leur jetant à peine un regard. Mais, il continuait de le faire comme une pulsion instinctive et elle continuait de les accepter.
«Alors, qu'y a-t-il d'autre comme avantage à avoir un chat?» demanda-t-elle après un temps de calme.
«La chaleur et les ronronnements!» s'exclama-t-il beaucoup plus joyeux en l'entourant de ses bras pour la coller notre son torse.
Elle éclata de rire, chatouillée par ses ronronnements si puissants qu'ils étaient certainement exagérés par jeux. Elle en était d'autant plus hilare qu'il frottait sa joue sous sa gorge.
«Arrête, Chat, arrête!» protesta-t-elle sans réelle conviction entre deux éclats de rire. Et ils se retrouvèrent au sol.
Il baissa sur elle un visage souriant pour rencontrer ses yeux brillants d'amusement.
Elle en profita pour capturer ses lèvres des siennes, créant une énorme surprise chez lui.
Ils s'embrassaient rarement mais, ce n'était pas non plus la première fois qu'ils s'embrassaient depuis qu'ils étaient ensembles. Cependant, même s'il aurait aimé l'embrasser sans arrêt. Elle ne le lui permettait pas. Il devait attendre qu'elle en ait envie et qu'elle l'embrasse elle-même. C'était une de ses consignes.
Mais lorsqu'elle se décidait à l'embrasser, c'était le signal lui indiquant qu'il pouvait l'embrasser en retour autant qu'il lui plaisait et encore une fois, il ne s'en priva pas.
Les lèvres du garçons répondirent au baiser avec autant d'ardeur sinon plus qu'elle. Mais sous l'enthousiasme de cette réponse, elle ne tarda pas à se réchauffer et bien vite, ce fut un combat amoureux où tous les coups bas étaient permis pour faire succomber l'autre au désir de continuer l'échange.
Lentement, ChatNoir aventura sa main parmi les mèches de sa partenaire. Alors qu'il poursuivait la caresse de ses lèvres, l'autre main prit la direction du sud et trouva sa hanche.
Les ronronnements n'avaient alors plus rien de forcés, ils avaient tout de naturel.
Ladybug était enchantée de toutes ces attentions. Parce que si elle pouvait dire quoi que ce soit au sujet de sa relation avec son partenaire, c'était qu'il embrassait très bien. Trop bien pour sa santé mentale peut-être mais, elle se laissait prendre à tous les coups.
Il suffisait qu'elle regarde ses lèvres un peu trop intensément, elle avait alors envie de l'embrasser et même si elle se promettait toujours que ce ne serait qu'un simple baiser très chaste, dès qu'il y répondait avec toute sa passion, elle en perdait le sens de la réalité.
Elle se rappelait évidemment ensuite qu'elle aimait Adrien, bien qu'elle l'ait oublié sur le moment. Mais elle n'avait pas vraiment honte d'embrasser son ami.
Adrien était le garçon qu'elle aimait et ChatNoir était uniquement le petit ami avec qui elle s'amusait pendant qu'elle était encore adolescente. Ils étaient ensembles pour le plaisir. Elle ne se voyait pas être en couple et habiter avec ChatNoir plus tard, pas plus qu'elle ne se voyait être Ladybug 24h par jour. Elle ne le voyait toujours pas comme le genre de garçon sur qui on peut compter dans un foyer. Il ne lui manquait même pas lorsqu'il n'était pas près d'elle et elle était souvent soulagée de se débarrasser de lui à la fin d'une rencontre.
Tout à coup, sa main qui se trouvait sur sa cuisse glissa sous son genoux et il la souleva pour la transporter contre un mur. Il se fit une place entre ses jambes et se rapprocha d'elle jusqu'à ce que plus aucun espace ne les sépare.
Elle perdit alors le fil de ses pensées pour se laisser entraîner vers un monde bien à eux.
'S'il pouvait toujours en être ainsi...' pensa-t-il.
Sa vie n'avait rien de parfait. Elle avait des côtés sombres et des grands passages magnifiquement lumineux. Mais, il avait surtout espoir qu'elle pouvait toujours s'améliorer. Il n'avait qu'à attendre.
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N.A. Pendant l'écriture de cette histoire, je suis tombée sur un page de citation d'un magasine et j'ai trouvé qu'elles correspondaient toutes à Adrien en général et à ce qu'il vit dans cette histoire en particulier. Je vous les ajoute donc ici pour vous donner un aperçu de l'ambiance générale du reste de l'histoire. Je n'ai rien changer, c'est la retranscription mot pour mot.
Tout le monde à droit au bonheur, à la liberté, à la santé, à l'éducation et aux leçons de guitare. - Bonni Raitt, musicienne.
L'amour est une catastrophe magnifique: savoir que l'on fonce dans un mur, et accélérer quand même. - Frédéric Beigbeder, écrivain.
Une fête sans gâteau n'est qu'une réunion. - Julie Child, chef cuisinière.
La plupart des gens sont heureux dans la mesure où ils ont décidé de l'être. - Abraham Lincoln, homme politique.
Rien n'est plus pénible que de voir les autres décider ce qui est bon pour vous. - Michael Lonsdale, acteur (1931-2020).
