Encore quelques mois plus tard, à la rentrée scolaire de première, la troisième rentrée d'Adrien au public...

Adrien n'avait pas vraiment eu mal lorsque Ladybug lui avait écrit certains mots bien précis qu'il aurait préféré ne jamais lire de toute sa vie.

Ce qu'il avait ressentit ce soir-là était plus proche d'une ecchymose que d'un coup de poignard. Plus proche d'un engourdissement qu'une douleur vive. Mais cela avait suffit à détruire quelque chose de fragile en lui. Quelque chose auquel sans le savoir, il tenait énormément.

Jusque là, Adrien se satisfaisait de sa vie. Il endurait la manipulation de son père comme il l'avait toujours fait. Se réjouissait de pouvoir aller à l'école et d'avoir réussit à retourner au lycée pour une nouvelle année et que la longue et pénible attente des vacances d'été soit enfin terminée. Il avait enfin pu retrouver un peu de normalité dans sa vie.

Il se défoulait en tant que ChatNoir. Collectant et appréciant et savourant chacun des moments que Ladybug lui accordait.

Il ignorait les frustrations qui brisaient chaque fois les fondations de son être lorsque l'une d'elles se présentait et il ne disait pas un mot de la douleur et de la tristesse qu'il ressentait.

Depuis qu'ils avaient fait le pacte pratiquement un an plus tôt avec Ladybug, leur relation n'avait pas beaucoup changée comparée à ce qu'elle était avant.

Elle acceptait simplement quelques rencontres en dehors des combats et ils se baladaient parfois main dans la main quand l'envie lui en prenait.

La seule chose qui était vraiment différente, leur seule habitude de couple, était les messages qu'ils s'envoyaient par e-mails sécurisés. Ils ne manquaient jamais de se contacter tous les soirs. Le premier des deux qui étaient prêt à dormir envoyait un message pour souhaiter bonne nuit à l'autre. Et parfois, le message devenait une conversation entière.

Et bien sûr, il arrivait à l'occasion, lorsque la situation s'y prêtait, qu'ils puissent s'embrasser. Et la rareté de ces baisers, n'en diminuait pas la qualité, au contraire!

À l'exception de cela, ils avaient davantage une relation d'amis que d'amoureux en pratique.

Elle le gardait toujours à distance sauf que maintenant, il avait le droit de lui déclarer son amour tant qu'il voulait dans les limites du raisonnable et de la discrétion nécessaire à leur situation.

Elle ne lui retournait pas ses sentiments, bien sûr, mais ne l'obligeait pas à arrêter de les déclarer et ne lui reprochait plus de la pousser pour qu'elle accepte d'être en couple parce qu'entre eux la question était réglée.

Elle le laissait simplement lui faire des compliments et les acceptait comme s'ils étaient amicaux et les retournait également en amie.

Et aussi, elle ne se privait pas de le toucher sans retenue, indifférente à ce qu'il ressentait pour ses contacts familiers ou bien en s'asseyant sur lui comme s'il était son coussin personnel.

Il y avait de pours, il y avait des contres, mais leur relation tenait bon. Ils étaient une équipe et égaux dans les combats. Ils étaient un couple inégal mais chacun y trouvait son compte.

Mais ce premier samedi soir de la nouvelle année scolaire, en arrivant à sa chambre, Adrien se laissa engloutir entre ses draps, comme pour mieux rêver à la superbe journée qu'il venait de vivre.

C'était une journée relativement normale à Paris sauf que Clara Rossignol avait décidé de donner un concert surprise en fin de journée.

Monsieur Agreste, mis au courant avant le reste de la population puisqu'il avait fournit le nouveau costume de scène, avait fait ajouter aux obligations d'Adrien qu'il le représente en se rendant dans la grande loge corporative réservée aux partenaires d'affaire et autres invités qui avaient reçus des billets gratuits.

Marinette, de son côté, avait personnellement reçue une invitation de la star pour cette même loge, ayant fait forte impression à la chanteuse lors du tournage de son dernier vidéo clip dont la chanson, Miraculous, serait incluse dans le programme de la soirée en tête d'affiche. Une sorte de compensation pour lui avoir retiré son rôle au final.

Le reste de leur groupe et plusieurs autres amis et professeurs avait reçu des places au premier rang près de la scène puisqu'ils avaient fait partie du vidéo-clip également. Mais, heureusement, Chloé, qui n'avait pas participé au tournage et qui avait même essayé de l'empêcher se trouvait séparée des autres dans sa propre petite loge privée.

Marinette avait proposé à ses amies de rester avec elles mais comme Adrien était coincé dans la loge corporative, Alya avait poussé sa meilleure amie à aller lui tenir compagnie.

La demoiselle était ravie de l'idée même si elle en était aussi paniquée. Elle n'avait plus revue Adrien en tête à tête depuis son anniversaire au milieu de l'été. Et il était aussi miraculeusement toujours célibataire malgré les craintes de Marinette d'apprendre qu'il s'était peut-être rapproché de Kagami durant les grandes vacances.

Puisque Alya, Nino, Adrien et Marinette se rendaient à la même salle de spectacle, Adrien avait demandé à son chauffeur de faire un détour par la boulangerie pour aller chercher ses amis à la fin de sa longue journée bien remplie de cours particuliers et de rendez-vous au salon de beauté.

Tous les quatre avaient donc passée la journée séparés physiquement jusqu'à l'heure du concert, vacant chacun à leurs obligations respectives. Mais, ils avaient par contre participé durant toute la journée à la conversation qu'ils partageaient activement sur leurs téléphones depuis le début des vacances.

Adrien adorait son nouvel appareil. Pas uniquement parce que c'était une petite merveille de technologie mais parce qu'il pouvait y retrouver les contacts de tous ses amis. Ceux de sa classe (la même bande que l'année de la 3e), ceux qui n'y étaient pas (comme Kagami, Wayhem, Matt du cours d'escrime et Luka), ses trois plus proches amis dans leur chat privé: Nino, Alya et Marinette et surtout, sa très chère Ladybug via l'application de sécurité.

La fin d'après-midi avait été un vrai succès. Tout le groupe qui avait participé au vidéo-clip de Clara au printemps précédent avait été invité à monter sur scène pour ce concert qui marquait la fin de la tournée.

Loin des autres et confinés à la loge avec les VIP, Adrien avait invité Marinette à danser sur cette chanson et aussi quelques autres pour leur propre fiesta personnelle dans un coin tranquille puisque le reste des gens de la loge n'y avaient pas trouvé à redire et préféraient discuter gros-sous entre eux plutôt que de suivre vraiment le concert.

Étant de sages adolescents, tous étaient ensuite rentrés à la maison directement après le spectacle. Ils étaient peut-être en première maintenant mais, ils se comportaient toujours avec obéissance et respectaient les couvre-feux et les grandes vacances étaient terminées après tout.

Mais Adrien était si heureux de sa soirée, qu'il avait attrapé son téléphone pour en parler à sa Lady et lui souhaiter une bonne nuit comme il ne se privait pas de le faire chaque soir. Et ce, même s'il venait juste de la quitter.

Et devinez quoi? Elle était également au spectacle! Ils avaient été au même endroit au même moment!

...Elle y avait même passé une magnifique soirée seule à seul avec le garçon qu'elle aimait…

Marinette n'était pas certaine que c'était une bonne idée de mentionner ce détail à ChatNoir. Elle avait peur de sa réaction. Elle regarda son écran en mordillant son pouce de nervosité, attendant anxieusement sa réponse. Elle ne voulait pas non plus lui cacher ce détail important.

ChatNoir n'avait jamais démontré de jalousie depuis qu'ils étaient en couple. Il lui avait toujours semblé se contenter qu'elle soit avec lui et pas toute à lui. Après tout, il savait qu'elle côtoyait quotidiennement le garçon qu'elle aimait, il n'y avait pas vraiment de différence, non?

De son côté de l'écran, Adrien prit la nouvelle avec légèreté tout d'abord. Il relisait encore et encore le message pour tenter de lire entre les lignes et elle semblait heureuse et il était heureux qu'elle le soit. Ce fut sa première réaction. Il s'oublia pour mettre l'importance sur son bonheur à elle.

Ils étaient peut-être secrètement ensembles de nom depuis onze mois mais elle ne lui appartenait pas. C'est lui qui lui appartenait. Selon le pacte, elle avait le droit d'aller à des rendez-vous avec un autre tant qu'elle restait en couple avec lui. Il avait toujours su que ça pouvait arriver un jour.

Entre eux, la confiance était complète, ils remettaient leur vie entre les mains de leur partenaire à chaque affrontement. Et au fond, ce qui était le plus important pour eux était que leur relation dure toujours sous une forme ou sous une autre, aucun des deux n'avait jamais douté de cette certitude ou des sentiments de l'autre sur le sujet. Ils en faisaient leur priorité avant le reste.

Et de toute façon, ChatNoir avait un côté risque-tout, leur entente n'avait jamais soulever aucune crainte chez lui. Pourquoi aurait-il commencé à redouter qu'elle l'abandonne dans sa solitude même si elle était avec un autre?

En fait, il savait depuis le début de leur couple qu'elle aimait quelqu'un d'autre que lui et qu'il était la raison pour laquelle, elle l'avait repoussé pendant si longtemps.

Mais ce gars n'avait jamais louché sur sa Lady avant pour ce qu'il en savait alors, il était satisfait de l'arrangement et n'avait pas peur qu'elle lui réclame sa liberté. Jusqu'à maintenant.

Elle ne le quitterait pas directement, bien sûr, mais, avait-il le droit de l'empêcher de mettre fin à la relation? De la retenir de force?

Ce serait comme d'abuser de leur confiance mutuelle, comme de l'enfermer. Il connaissait bien ce sentiment, il détestait et ne voulait pas lui faire vivre la même chose.

Si elle voulait sortir seulement avec ce garçon, et ne pas le tromper avec son partenaire, qui était-il pour l'empêcher de vivre une histoire d'amour normale et heureuse?

Qu'importe s'il restait malheureux et seul, il ne voulait pas l'obliger à se sentir prisonnière comme lui.

Sur le moment, il ne ressentie qu'une légère décharge vite oubliée, rien de grave. Il ne remarqua pas immédiatement que son cœur s'était mis à saigner.

Il s'évanouit de sommeil peu après avoir chaleureusement souhaité bonne nuit à sa Lady selon ses habitudes. Bien plus vite et plus tôt qu'il ne l'aurait fait en général.

Même Plagg s'inquiéta un instant quand le bruit qu'il fit accidentellement ne réveilla pas son porteur qui dormait trop profondément.

Mais la première pensée qu'eut Adrien en se levant le dimanche matin et en se rappelant ces paroles fut: L'amour, ça craint!

Surtout aux alentours de six heures, avant le levé du soleil, alors qu'on est seul dans le lit froid d'une chambre immense et qu'on a mal dormit tellement on se sent abandonné par l'univers et rejeté de tous.

Adrien se leva de son matelas pour s'installer encore en vêtement de nuit devant quelques devoirs pour l'école pendant que son kwami ronflait à ses côtés. Ne trouvant pas la motivation de faire son résumé de lecture malgré l'obligation de le compléter pour le lendemain, il passa sous la douche avant de réessayer.

Il commençait finalement à se concentrer sur son travail lorsqu'il reçu le message texte lui indiquant que son assiette avait été livrée à la salle à dîner.

Adrien soupira. En pratique, il n'était pas contre l'idée d'avoir un chef cuisiner se déplaçant pour faire les repas de la résidence. (C'était toujours une personne de plus qui avait un emploi) Mais, le mauvais côté était qu'il ne pouvait jamais manger au moment où il l'avait décidé ni choisir ce dont il avait envie.

Et il avait toujours l'impression qu'on le traitait en enfant parce que du haut de ses 16 ans, on l'empêchait d'apprendre comment se faire cuire un œuf par lui-même.

Selon, le strict horaire établi par Nathalie, après son petit-déjeuner (auquel il devait consacrer exactement dix-sept minutes ni plus, ni moins) il avait une heure pour réviser les notions de son cours de chinois.

Il fut ensuite transporté vers un petit jardin chinois semi-privé pour une séance-photo. Mais, alors qu'il posait, portant les premières pièces de la nouvelle collection de son Père, maquillé et coiffé, il eut la surprise de voir arriver Marinette et Madame Dupain-Cheng.

Elles portaient des vêtements traditionnels et Marinette semblait en être mortifiée. Pourtant Adrien trouvait Marinette adorable dans cette robe rose tendre.

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Marinette s'avançait lentement dans ses petites sandales sur les trottoir parisiens. Elle était toute rouge et voulait faire demi-tour. Elle hésitait souvent dans ses démarches pour se déclarer à Adrien. Bien souvent, elle se retrouvait à faire des détours pour retarder l'instant où elle n'aurait plus le choix de se retrouver devant lui. Avant de carrément faire demi-tour. Mais, avec sa mère à ses côtés, elle ne pouvait pas. Elle devait la suivre.

Dès qu'elle avait informé sa mère qu'elle se rendait à une des séances photo d'Adrien à ce jardin, elle n'avait plus été capable de la dissuader sur aucune de ses idées traditionalistes.

Sabine avait décidé de l'accompagner dans un genre de sortie mère-fille et que toutes deux porteraient des vêtements traditionnels pour cette visite même si elles étaient en plein Paris! Les mettant ainsi en retard pour le début de la séance photo.

Sa mère avait même évoqué en plaisantant la nécessité de sa présence si le but de l'expédition était de faire des démarches auprès d'Adrien. Traditionnellement, c'était son rôle de jouer les chaperons.

En plus d'être gênée par la comédie de sa mère qui normalement, ne s'investissait pas autant dans leur culture ancestrale, Marinette se sentait bizarre en portant un costume traditionnels pour aller dans un jardin chinois. Elle avait peut-être des origines chinoises, mais elle avait grandit en France et se trouvait complètement nulle concernant la culture de sa mère. Elle n'y connaissait rien parce qu'elle n'y comprenait rien.

Elle ne parlait pas chinois, ne savait pas verser le thé de la bonne façon et ne connaissait rien du tout à la religion et tous les métiers l'entourant. Elle savait juste qu'il y avait des moines et des prêtres selon ce qu'elle avait vu dans les mangas et les animes.

Donc, lorsque cet homme, également en vêtements traditionnels, les accueilli en disant que l'endroit avait été réservé pour une séance-photo privée, elle voulu s'enfuir à toutes jambes jusque dans sa chambre, surtout qu'elle avait remarqué qu'Adrien l'avait remarquée.

Elle se tassa sur elle-même et souhaita disparaître de la surface de la terre en le voyant les approcher.

«Pardonnez-moi, ces dames sont mes invitées.» intervint-il très poliment. «Mademoiselle est mon amie.» précisa-t-il en passant le bras autour de la taille de Marinette. Un puissant frisson parcouru son dos et Adrien s'écarta en le sentant, ne voulant pas la mettre mal à l'aise.

Sabine et Adrien remercièrent l'hôte qui les laissa et Sabine remercia encore Adrien.

«Oh, c'est naturel.» fit aimablement Adrien, sa paume se logeant sur sa nuque. «J'ai accordé une invitation plus ou moins permanente à Marinette pour toutes mes séances photos où j'ai le droit d'avoir de la compagnie.»

L'équipe termina la première série de photographies et Adrien alla ensuite se changer. En mannequin expérimenté, cela lui prit moins de temps qu'aux techniciens qui changeaient l'éclairage et ajustaient l'angle des équipements.

C'était son travail de patienter de toute façon, ce n'était pas sa place de faire attendre le photographe. Mais, cela lui fournit une occasion d'aller rejoindre Marinette.

Sa mère était allé discuter depuis un moment avec l'homme qui les avait accueillit et il s'approcha d'elle avec l'espoir qu'elle le laisse s'approcher.

Ce n'était pas la première fois qu'il sentait ce même espoir en lui. Il se rappelait très clairement que peu après que Ladybug lui ait apprit pour la première fois qu'elle aimait un autre garçon, avant qu'ils décident de faire ce pacte, il avait plus ou moins profiter d'une escapade rocambolesque à travers les rues de la ville pour tenter sa chance en invitant Marinette à sortir avec lui.

Sans parler de cette occasion où il lui avait clairement demandé si il l'intéressait mais, à sa première tentative comme à sa deuxième, elle l'avait repoussé.

Adrien avait des doutes par contre. Pendant longtemps, en étant perplexe face aux réactions des filles à son égard, il n'avait pas compris leurs comportements. Il avait donc dû les étudier longuement.

Il y avait les comportements des filles en général, comme Alya, Alix, Mylène qui le voyaient comme un camarade de classe sans qu'il en doute. Il y avait le comportement des arrivistes qui voulait lui prendre quelque chose sans rien lui donner en retour comme Chloé et Lila.

Et maintenant qu'il avait seize ans et que son garde du corps avait pour tâche de le protéger et non plus de le couver, Adrien comprenait l'attitude fébrile des admiratrices qui l'approchaient.

Et il y avait l'attitude de Marinette. Elle était fébrile comme une fan, acharnée comme une opportuniste et en même temps, elle le fuyait et l'évitait et le repoussait chaque fois qu'il voulait l'aborder.

Adrien ne savait pas quoi penser de Marinette. Et peu importe combien il s'était posé la question, il ignorait toujours ce qu'il ressentait pour elle. Était-ce de l'amour ou de l'amitié? De la passion, du désir ou la personne la plus apte à combler le vide créé en lui par la solitude.

Tout ce qu'il savait, c'était que chaque fois que sa Lady le blessait, il avait envie de prendre Marinette dans ses bras comme si elle était sa peluche préférée et de verser des larmes sur sa poitrine.

Mais bien sûr, elle ne le laisserait probablement jamais faire.

«C'est gentil à vous d'être venu. J'adore toujours retrouver des gens que j'apprécie durant mes séances photos.» la remercia-t-il poliment gardant tous ses sentiments à l'intérieur.

«Oh! Tu sais» minimisa Marinette «Dès que j'ai mentionné à ma mère que tu faisais une séance photo ici, elle n'a plus démordu de l'idée de venir faire une visite. Avec le travail à la boulangerie, elle ne prend pas suffisamment de temps pour rester en contact avec la communauté chinoise de la ville.»

«C'est bien dommage pour elle.» s'ému Adrien. «Tu ne t'inclue pas dans ce cas par contre?» remarqua-t-il.

«Je ne suis jamais sortie de Paris. Je n'ai pas d'autre appartenance à la culture chinoise que les recettes familiales de mon oncle et les préférences de ma mère en matière de thé!» expliqua-t-elle. «Même cette tenue ne me correspond pas. J'ai l'impression d'être costumée.»

Adrien sourit légèrement mais s'attristait en même temps de remarquer qu'elle n'avait pas une seule fois croisé son regard.

«Marinette, je me demandais... si tu serais d'accord pour passer un peu plus de temps avec moi.» s'empourpra-t-il.

«Tu as besoin que je reste un peu après la séance photo?» demanda-t-elle perplexe et en relevant la tête mais, toujours en évitant délibérément de croiser directement son regard.

«No-on» fit-il très embarrassé, il n'aurait pas le temps de rester ensuite, même si cela aurait été une agréable idée.

«Je pensais plutôt à d'autres occasions.» Frénétiquement, il repassait en tête son horaire de la semaine et réalisait que de l'inviter pour une sortie entre 18h et 19h jeudi soir n'était pas se montrer très disponible.

«Et, et, et se poire pour faire quoi? Se poire pour quel pois? Non, pas. Je veux dire: Enfin, pour quel raison tu me demandes ça à moi?» rougit-elle en cachant la moitié de son visage dans ses mains et sous le petit sac à fleur de cerisier qu'elle tenait dans sa paume.

«Et bien parce que tu es une amie très chère et que j'adore ta compagnie.» répondit honnêtement Adrien malgré ses joues rouges. «Mais, c'est un peu ridicule avec mon horaire chargée. Oublie ce que j'ai dit.»

«Une amie, hein?» murmura tristement Marinette.

«Oui.» s'effraya Adrien. Est-ce qu'elle avait honte d'être vu à ses côtés? «Tu sais Marinette, parfois, j'ai peur.» lui confia-t-il. «Je viens de passer un autre été éloigné de vous et j'ai été angoissé durant tout ce temps à l'idée que vous m'oubliez.»

«Mais moi, je suis là pour toi Adrien!» s'exclama-t-elle presque offusquée. Elle était venue aujourd'hui, non? Et elle travaillait tellement fort pour être capable de lui parler, est-ce qu'il ne le voyait pas cet ingrat? Est-ce qu'il ne l'avait véritablement jamais vue?

«Et je t'en remercie infiniment. D'autant plus que, je sais qu'il y a quelque chose en moi que tu n'aimes pas Marinette mais, si tu me dis ce que c'est, je pourrais peut-être faire plus attention ou changer. Est-ce que c'est quelque chose que j'ai fait? Ou mon parfum?» lui répondit-il.

«Non!» s'opposa-t-elle. Mais il ne la cru pas du tout. Même à ses propres oreilles, elle-même doutait de la légitimité de sa réponse. Pourquoi sa voix la trahissait-elle autant?

«Oh! Je vais encore changer de parfum alors, s'il te dérange autant. Ça doit être pénible d'avoir une odeur que tu n'aimes pas juste sous ton nez toute la journée.» s'embarrassa-t-il.

«Ce n'est pas du tout ça Adrien!» le détrompa-t-elle avec des gestes frénétiques de ses mains.

«Ah bon? Alors, dis-moi, s'il-te-plaît. Je déteste vraiment te déplaire de la sorte.» supplia-t-il presque. Il avait passé tellement de temps à se demander pourquoi elle le fuyait encore.

Mais, elle ne répondit pas. Elle resta silencieuse. Le secret de ses sentiments coincés dans sa gorge.

Après un long silence, il voulu placer sa main sur son épaule pour la rassurer. Mais, juste à ce moment-là, l'assistante du photographe le rappela.

Adrien parti faire la deuxième partie de la séance et au changement suivant, Marinette ne se trouvait plus dans la cour.

Au milieu de la troisième partie, un large groupe de filles entra dans le sanctuaire. Il y en avait en tout une dizaine et l'une d'entre elles en poussaient une autre vers lui.

Le photographe, dérangé dans son travail par leurs rires et le bruit de leurs pas sur le sentier, s'interrompit pour les regarder venir vers l'équipe qui était maintenant plus loin de l'entrée principale.

Des employés du jardin s'avancèrent aussi vers elles en les encerclant en quelque sorte.

«Mesdemoiselles» intervint l'assistante du photographe «Cet endroit à été privatisé pour l'avant-midi. Veuillez nous laisser travailler.»

«Oh mais, nous n'en avons pas pour longtemps!» l'écarta la grande brune en mini-short qui poussait une petite timide aux cheveux raides et en robe à fleur devant elle jusqu'à ce qu'elle soit devant Adrien. «Vas-y. C'est la chance de ta vie. Donne tout ce que tu as.» l'encouragea-t-elle.

Voyant bien ce qui se préparait, Adrien s'avança jusqu'au sentier et la petite qui avait probablement un an de moins que lui mais qui faisait facilement une tête de moins, leva un instant les yeux très haut pour rencontrer son regard avant de subitement le fixer sur ses chaussures.

«Adrien, je te trouve vraiment mignon. Et j'ai des sentiments pour toi. Et-» fit-elle d'une toute petite voix.

«Attends» la coupa-t-il gentiment. Il ne voulait pas la laisser s'humilier pour rien. Il leva la main vers son épaule mais ne voulait pas l'envahir alors il arrêta son geste. «Je te trouve très mignonne aussi mais, je ne te connais pas. Et je ne souhaite pas sortir avec une inconnue. Tu pourrais peut-être regarder autour de toi et choisir un garçon que tu aimerais pour qui il est vraiment plutôt qu'une célébrité que tu connais uniquement au travers des médias?»

Elle hocha timidement la tête et releva le visage pour rencontrer le regard d'Adrien du coin de l'œil. Il lui sourit de la façon la plus encourageante possible et recula jusqu'au rocher où il se réinstalla.

Par contre, les filles qui avaient contenu leurs ricanements pendant ce temps reprirent leur bavardage pendant qu'elles retournaient en direction de la sortie en coupant par les pelouses pour être plus directes.

De loin, Adrien aperçu la jeune fille le visage tout rouge. La plus grande passait un bras autour de ses épaules et lui parlait constamment avec un large sourire méprisant malgré son état.

Adrien sentit un mauvais présentement se nouer en lui. Il encouragea le photographe à terminer rapidement. Il ne voulait pas avoir à remettre cette séance photo à son horaire déjà chargé.

Ils eurent dix minutes.

Après cela, une furie en robe faite de fragment de miroir se précipita dans les jardins en passant par dessus les hauts murs de briques. Une horde de contrôlées (toutes des femmes et pour la plupart des filles du groupe venu plus tôt) passèrent aussi les portes pour la suivre.

Adrien se précipita à l'intérieur des bâtiments situés vers le côté opposé.

Lorsqu'il vit les fans détruire en petits morceaux la porte de bois par laquelle il venait de passer, il ouvrit une fenêtre du rez-de-chaussée et s'évada dans la rue parisienne.

Il eut à peine fait cent pas que les cris de peur provoqués par l'apparition de l'akumatisée commencèrent un peu partout autour de lui.

Il retint une grossièreté entre ses dents. Il n'avait toujours pas trouvé de cachette pour se transformer. Il y avait moins de ruelles dans ce quartier et il était coincé entre la palissade des jardins et les voitures qui roulaient trop vite dans la rue.

La femme aux miroirs fut sur lui en deux secondes. Et le captura dans les replis coupant de sa robe pour le serrer contre elle.

La douleur de fines coupures cruelles se mélangea au malaise de sentir des mains enserrer son derrière et également à la sensation désagréable d'être prisonnier dans un objet dur qui l'empêchait de bouger. Ses mains étaient plaquées contre ses côtés, ses pieds flottaient au-dessus du sol et Adrien commençait à voir des étoiles et à faire une crise de panique.

Il ferma les yeux d'angoisse, il se sentait fébrile et la tête lui tournait.

Il entendit alors le bruit distinctif du verre qui se brisait. L'emprise sur son corps se relâcha un peu et Adrien ouvrit les yeux pour voir Ladybug qui fracassait la robe miroir à coups de yoyo.

Il voulu s'enfuir et se transformer dès qu'il fut libre, mais pendant qu'il cherchait de gauche à droite de quel côté s'enfuir, la victime du Papillon fut renversée au sol et Ladybug provoquait la panique chez le petit papillon noir en rayant une plaque noire sur la poitrine de l'akunatisée avec un petit objet qu'elle tenait à la main.

Alors, que Ladybug surplombait son adversaire, l'akuma maléfique s'envola et l'héroïne le rattrapa.

Ladybug se releva pour laisser la jeune fille redevenir elle-même sur le trottoir.

«Wow! Quel vitesse Ladybug!» s'enthousiasma Adrien. «ChatNoir n'a même pas eu le temps de se joindre à l'action.»

«Hé! Il n'est pas le seul à être capable de casser des trucs. J'ai mon propre don personnel pour ça. C'est un de mes talents cachés.» s'amusa-t-elle. «Elle a eu le temps de te faire de sacrés dégâts par contre.» pointa-t-elle.

Adrien regarda son corps. Des épaules aux genoux, les vêtements de la collection étaient couverts de petites ouvertures par lesquelles une multitude de coupures superficielles saignaient.

«Oh! Ça aurait pu être bien pire si tu n'avais pas fait aussi vite.» complimenta-t-il d'une voix un peu tremblante.

«J'ai eu de la chance. Même si son objet corrompu était protégé par sa robe, la partie qui le recouvrait était transparente plutôt qu'en miroir. Cet akuma a été plus dommageable pour toi qu'une réelle menace pour moi. Laisse-moi t'arranger ça. Miraculous Ladybug!» cria-t-elle en lançant une bague surmonter d'un diamant rouge vers le ciel.

Les coccinelles entourèrent Adrien avant de se diriger vers le jardin asiatique.

Le regard bleu et si intensément chaud de l'héroïne se perdit un instant dans celui d'Adrien et elle s'enfuit ensuite avec un au revoir tout simple.

Adrien se pencha pour aider la victime à se relever et lui conseilla: «Tu ne devrais pas acheter tout ce que te dit ton amie sans protéger ton cœur. Elle t'a rabaissé, non?»

«C'est vrai.» reconnu la jeune femme.

Adrien lui conseilla de rentrer chez elle sans attendre les autres et il repartit pour trouver son garde-du-corps qui l'attendait.

L'adolescent profita ensuite de la moitié du créneau horaire de son déjeuner qui lui restait avant d'être bousculé vers son cours de chinois, son cours de piano et finalement un ajustement pour les modèles de la prochaine collection que son père préparait déjà.


N. A.: Tout au long de l'histoire, vous vous direz probablement: Mais pourquoi est-ce qu'ils ne se reconnaissent pas? C'est tellement évident!

La réponse est que pour eux, une accumulation de circonstances n'est pas une preuve irréfutable, juste une possibilité et une ressemblance.