Au matin, il était complètement de mauvaise humeur et ne voulait s'ouvrir ou socialiser avec personne même s'il savait qu'il y était forcé. Il n'en avait aucune envie. Il voulait juste rester enfermé dans son nuage de pensées grises.

Il se colla, malgré tout, sur le visage un faux sourire de mannequin et de prime abord, personne ne vit la différence avec son attitude habituelle. Personne ne vit le vrai lui souffrir sous son masque.

Personne sauf Marinette.

Après la soirée spéciale au concert et la rencontre du dimanche matin (et un peu de celle durant la nuit, elle devait bien l'admettre), elle avait réuni assez de courage pour lui avouer ses sentiments. Mais la rencontre de la nuit précédente la faisait aussi hésiter.

Elle avait un peu honte d'elle-même et elle était complètement mortifié d'avoir osé lui faire ça à lui. Mais qu'est-ce qui lui était passé par la tête? Avec le lever du jour, cela ressemblait totalement à une fausse bonne idée. Pourtant, si Adrien disait oui pour sortir avec elle, elle ne devrait pas avoir de problème de conscience, non?

Et si Adrien tombait amoureux de Ladybug? Et le jour où il découvrirait qui elle était sous le masque? S'il avait tellement honte d'elle qu'il la quittait?

Bref, Marinette se faisait encore tout un tas de scénarios dans sa tête. Elle s'en voulait également pour ce qu'Adrien lui avait dit dans le jardin. Comme quoi, il avait l'impression qu'il lui déplaisait d'une façon ou d'une autre.

Pourquoi se montrait-elle toujours si cruelle avec lui? C'était un réflexe si primaire qu'elle ne pouvait s'en empêcher. Elle le fuyait ou lui mentait effrontément pour se défiler.

Et Adrien ne semblait même pas euphorique de sa nuit avec l'héroïne de Paris. Aucune trace ne paraissait dans son expression fausse. Soit il n'avait pas aimé et regrettait, soit il était très bon acteur pour cacher son enthousiasme.

Pourquoi ne pouvait-elle pas s'empêcher d'être aussi méchante? En plus de son attitude, elle n'arrivait même pas à l'oublier ou simplement à devenir son amie comme il le réclamait souvent.

Et maintenant, pour ajouter à tout ce qu'elle lui faisait subir, elle le torturait en jouant avec ses sentiments. Pas étonnant qu'il cache ce qu'il ressentait sous un masque de jovialité. Il était malheureux par sa faute.

Mais, Alya voyant son amie hésiter malgré les progrès et les bonnes augures des derniers jours, la poussa vers l'avant dans la direction du bellâtre. Elles ne s'étaient pas levées si tôt pour rien! Il fallait que son coaching serve à quelque chose.

Marinette s'avança doucement vers Adrien et hésita encore lorsque son regard rencontra la mauvaise humeur cachée derrière son faux sourire de star. Alya ne sembla pas s'en rendre compte et donna une poussée sur l'épaule de Marinette en lui confiant: «Je veux des détails!» Puis, la brunette les laissa seuls.

«Sa-sa-sal- bonjour Adrien.» salua Marinette en bafouillant.

«Bon matin Marinette. Alya t'envoie me demander des détails sur l'attaque d'hier? Pourquoi ne vient-elle pas elle-même?» s'étonna-t-il en l'accueillant avec une sincère gentillesse.

Marinette ramena nerveusement ses mains entremêlées sur son cœur et secoua la tête: «No-non, c'est pas ça.»

Il lui indiqua la place près de lui sur le banc pour qu'elle s'y installe et une fois qu'elle se fut perchée du bout de fesses sur le rebord du banc avec beaucoup de nervosité, Adrien reprit.: «Je ne comprends ce genre de fille.» déplora-t-il avec perplexité en fixant Alya mais elle devina aussi une certaine colère sous-jacente.

«Quoi? Quelles filles?» se surprit-elle.

«Ces soi-disant meilleures amies. Comme Alya qui ne respecte pas ta vie privée ou ce qu'on se dit entre nous.» répondit-il avec dédain.

Marinette était surprise. Elle avait toujours vu la douceur incarnée et la gentillesse chez Adrien. Il acceptait chacun tel qu'il était pour peu qu'il ne blesse personne d'autre et même là, ce qu'il réprouvait normalement c'était l'action et non la personne.

«Celles qui diminuent leurs amies, qui ne les respectent pas.» Expliqua-t-il avant de réaliser quelque chose et de lui demander en panique. : «Tu gardes les secrets que je t'ai confiés, n'est-ce-pas?» Il détestait cette habitude qu'avait Alya d'essayer de faire en sorte que Marinette lui raconte tout.

«Absolument!» répondit-elle vivement. Elle n'avait jamais trahis aucune confidence. «C'est vrai qu'Alya a beaucoup de talent pour deviner ce que je pense, mais je n'ai aucun problème à garder un secret dont elle ne soupçonne rien.»

«Merci.» fit-il, soulagé. Ce n'était pas tant pour les secrets d'Adrien qu'il s'inquiétait que pour ceux qu'il lui avait confiés en tant que ChatNoir. «C'est pour ça que tu es ma confidente Marinette. J'ai toujours su qu'à toi, je pouvais te faire confiance.» complimenta-t-il en serrant un instant ses doigts avant de relâcher sa main.

Plus loin, Alya qui jouait trop innocemment sur son téléphone pour ne pas être en train de les filmer fit presque discrètement un pouce en l'air pour sa best.

«Mais, tu vois de quoi je parle au sujet d'Alya?» reprit Adrien. «Elle est comme cette fille d'hier. Est-ce que tu les as vu ou est-ce que tu étais déjà partie quand elles sont venues me parler?» reprit-il la conversation.

«Je n'ai pas entendu ce qui s'est passé.» trancha-t-elle. Elle était trop loin pour suivre la conversation et qu'Adrien pense qu'elle avait déjà quitté les jardins servait sa double vie.

«Il y avait une dizaine de filles qui ont poussé l'une de leur amie à venir me faire une déclaration d'amour. La pauvre! Ça a dû être tellement humiliant pour elle. Comme si j'étais en position de dire oui! Elles sont incroyables! Je ne comprend pas pourquoi d'autres filles acceptent ce comportement. Avec Nino, ça ne se passerait jamais comme ça. Mais, bon, j'admets que je n'ai peut-être pas encore assez d'expérience avec les gens de mon âge pour tout comprendre.»

La sonnerie du début des cours marqua le début de la journée et Marinette le suivit sans un mot, ce n'était définitivement pas la bonne journée pour se déclarer.

Impression confirmée par les regards sombres qu'il jeta à Alya et les réponses avec une fausse joie forcée qu'il faisait à Nino lorsque leurs amis les rejoignirent dans le corridor vers la classe. Ce n'était vraiment pas un bon jour pour Adrien et Marinette voulait très certainement se préoccuper entièrement de lui pour essayer de comprendre pourquoi plutôt que d'envenimer la situation.

La première période de la journée étant consacrée à la vie communautaire de l'école, les élèves avançaient sans stress dans les corridors. De loin, Adrien vit Chloé s'en prendre à une collégienne qui était au bord des larmes. «J'espère que tu as compris cette fois!» la menaça la blonde héritière.

Adrien leva les yeux au plafond et laissa tomber son faux sourire. Lorsque Chloé l'aperçu et se jeta sur lui en bousculant Marinette, il ne fit que se dégager beaucoup plus efficacement que d'ordinaire et la planta sur place sans un mot pour aller relever son amie.

«Adrichou, mais, qu'est-ce que tu fais? Tu n'as pas vu que c'était moi?» roucoula Chloé.

«Totalement. Mais, je n'avais aucune envie de te parler.» expliqua-t-il en entrant en classe. «Je t'ai déjà avertie que si tu continuais d'intimider les autres élèves, je ne pourrais pas rester ami avec toi. Je n'approuve pas tes comportements. Alors, dorénavant, je ne te considère plus comme l'une de mes amies. J'ai été trrrèès patient avec toi au nom de ce que nous avons partagé dans notre enfance mais, tu as épuisé toute mes réserves.»

Toute la classe était choquée et sans mot en regardant Adrien prendre place.

«Ah, enfin! Puisque tu ne me considères plus comme une amie, on va pouvoir passer aux choses sérieuses et sortir ensembles comme deux personnes matures qui se respectent!» jubila méchamment Chloé avec un sourire carnassier.

«Je ne suis pas attiré par les blondes.» statua-t-il simplement en sortant sa tablette et son stylet pour le cours. «À cause de toi, justement.» ajouta-t-il pour enfoncer le clou.

«Mais qu'est-ce que tu racontes?!» s'indigna-t-elle. «Ce que tu dis est ridicule! Nous allons être ensemble, un point c'est tout! Toute autre conclusion serait impossible à envisager!»

«Je dis simplement que je suis si peu attiré par ta personne sensuellement parlant que mon sentiment s'étend à toutes les blondes en général. De toute façon, je ne sortirais jamais avec une fille qui n'est pas avant toutes choses mon amie!» expliqua Adrien affreusement sérieux et ne tenant aucun compte de l'émotion de Chloé. «Pourquoi est-ce que je voudrais être en couple avec quelqu'un dont je n'apprécie pas la compagnie?»

Marinette fixa Adrien assis devant elle. Il n'était ni froid ni méchant, il ne faisait que se défendre avec émotion comme s'il était blessé mais, il n'y avait pas dans son geste la gentillesse qu'il offrait avec générosité dans chacun de ses échanges avec les gens.

Elle réalisa soudain, qu'il cherchait probablement en permanence à être accepté et aimé des gens et qu'il aimait et acceptait toujours les gens pour que leur attitude devienne réciproque envers lui.

Elle réalisait que s'il ne le faisait pas avec Chloé à ce moment-là, c'était qu'il ne recherchait plus ni son approbation ni sa fréquentation. Il était très sincère dans sa déclaration de vouloir rompre tous les liens avec elle.

Elle trouvait triste qu'Adrien perde l'amitié de Chloé mais encore plus triste de réaliser qu'Adrien avait cherché à attirer l'attention de tous les gens à qui elle l'avait vu parler depuis qu'elle le connaissait sans avoir réalisé plus tôt son besoin d'acceptation. Elle n'était vraiment pas une bonne personne (amie ou autre) pour lui.

«Ça n'en restera certainement pas là!» assura Chloé.

«Et je te déconseille vraiment d'appeler mon père pour te plaindre aujourd'hui. Il est furax à cause de ce qui est paru dans les médias sociaux hier.» conclu Adrien cette fois avec fougue pour la bloquer dans son élan.

Pendant qu'Alya s'était déjà jetée sur son téléphone, Chloé grinça des dents et laissa sortir sa frustration à grands cris frustrés dignes des enfants les plus capricieux. Elle ne gérait pas bien les refus et la patience n'était pas son fort.

Un malaise planait dans le reste de la classe silencieuse. Autant ils auraient tous aimé en temps normal de voir Chloé être remise à sa place, autant quelque chose les dérangeait dans tout cela sans pouvoir préciser de quoi il s'agissait.

Il y aurait certainement un changement dans la dynamique et la routine de la classe sans Adrien pour calmer Chloé.

Le malaise se dissipa peu à peu durant la première période avec beaucoup de travail de la part de Mlle Bustier. Mais Adrien n'en avait pas terminé avec le ménage qu'il faisait autour de lui.

Lui aussi se calmait. Il était de retour à l'école et essayait de ne pas penser à sa désastreuse fin de semaine. Il était aussi soulagé que Lila ne se soit pas présente ce matin-là.

La jeune fille était revenue de son soi-disant tour du monde avec le retour en classe pour la nouvelle année scolaire et n'avait cessé d'exercer ses talents pour la discorde sur le groupe.

Les nerfs de Marinette était à fleur de peau en sa présence et Adrien culpabilisait de ne pas pouvoir l'aider plus malgré l'accord qu'ils avaient passé le jour de la rentrée.

Depuis que la douce princesse avait clamé spontanément ses sentiments pour son chevalier ChatNoir et qu'il avait dû la repousser malgré ses propres sentiments pour elle, il se sentait responsable d'elle d'une certaine façon, encore plus qu'avant.

Quand Lila était revenue dans la groupe tout de suite après cette triste histoire entre Marinette et ChatNoir qui avait eu lieu à la fin des vacances, il avait passé un pacte avec Marinette. Il voulait qu'elle se tourne vers lui si elle était en détresse et qu'Alya était trop occupée à tourner autour de Lila pour s'occuper de sa BFF. Il ne voulait pas qu'elle reste seule avec sa peine alors que le rejet de ChatNoir était encore si frais.

Il connaissait trop bien la douleur de n'avoir personne à qui se confier.

L'autre raison par laquelle Adrien était d'autant plus ravi de l'absence de Lila en ce lundi matin, c'est qu'elle semblait s'être fixé comme objectif de sortir avec lui.

Comme il aurait souhaité pouvoir s'afficher avec Ladybug et avoir enfin la paix! Il y avait subitement beaucoup trop de filles qui s'intéressaient à Adrien.

Mais jusque là, les subtils indices qu'il avait fournis à Lila n'avait pas semblé faire le travail pas plus que le rejet de toutes ses tentatives qu'il s'efforçait de couper dès le départ.

Lorsqu'il la vit entrer en classe à la première pause maquillée et resplendissante dans une nouvelle tenue et prétextant une visite médicale chez "sa lergologue" (n.a.) pour expliquer son absence de la première période, toute envie de prendre des gants avec elle le quitta subitement.

La jeune italienne racontait à Rose et Juleka la soirée qu'elle avait passée dans la loge corporative au concert de Clara Rossignol parmi les VIP. Ce même salon où il avait lui-même passé la soirée avec Marinette qui savait donc elle aussi sans aucun doute possible que tout était faux.

Lila était-elle si mal informée ou bien comptait-elle sur eux pour ne rien dire? Lui-même passait encore mais comment Lila pouvait-elle compter sur le silence de Marinette? Était-elle au courant de leur entente de ne pas la dénoncer et avait-elle décidé d'en profiter?

«Alors, Marinette qu'as-tu fais toi de fabuleux durant la fin de semaine?» demanda directement Lila à la franco-chinoise. «J'ai fait une aller-retour à Londres hier, il y avait un fantastique défilé pour la nouvelle collection Louis Vutton. Tu as regardé la vidéo j'imagine? Mais, je t'assure que tu as manqué quelque chose de fantastique! Kate Middleton y était et elle a même pris le temps de me saluer!»

Marinette retenait en elle sa mauvaise humeur, elle aurait tellement voulu exposer les mensonges de cette pimbêche. Parce que oui, elle avait regardé le reportage sur le défilé Louis Vutton et savait très bien que Kate Middleton n'y était pas.

Mais, en même temps, elle ne pouvait pas dénoncer Lila, elle savait qu'elle perdrait l'amitié d'Alya si elle disait ses quatre vérités à Lila. Si ce n'était à cause des mensonges que lui raconterait alors Lila sur elle-même, ce serait de sa propre faute en effrayant Alya loin d'elle avec la colère qu'elle gardait bien cachée en elle.

Pour Alya, pour Adrien, pour le reste de leurs amis et pour ses parents, Marinette était une fille candide et complaisante qui avait simplement un problème bien compréhensible avec Chloé. Faire une colère en public contre Lila qui semblait aimable et gentille au premier regard, s'éloignait trop du caractère normal qu'ils lui connaissaient.

Adrien ne voulait pas avoir à exposer Lila, il savait que ce n'était pas la bonne façon pour l'inciter à changer. Mais, en voyant la souffrance de Marinette quand Lila s'attaquait directement à elle pour l'humilier, il ne pouvait pas rester sans rien faire.

Il ne trouvait pas normal que Marinette souffre, c'était quelque chose qui ne fonctionnait pas avec sa propre réalité. Que lui-même souffre ou soit triste et coincé, c'était normal. Qu'il prenne les coups, c'était normal. Pas que Marinette soit brimée ou rabaissée.

Donc, il se plaça entre les deux et attira la rancune d'une deuxième personne sur lui, ce matin-là.

«Wow, Lila, ça te fait tout un week-end!» complimenta-t-il. «Entre ta rencontre avec un membre de la famille royale et cette invitation dans la loge VIP par Clara, tu es vraiment bien entourée! Est-ce qu'elle t'a offert l'un des bikinis qu'elle a commandé spécialement à mon père pour que ses invités les plus prestigieux puisse profiter du super jacuzzi de la loge?»

Lila ne comprenait pas pourquoi Adrien lui tendait cette perche mais, répondant toujours mécaniquement ce que les gens voulaient entendre, elle embarqua dans l'histoire.

«Bien sûr! Elle est même venue nous rejoindre après le concert. Il était trop agréable ce jacuzzi. Mais, je n'ai pas gardé le bikini ensuite, évidemment.»

«Quel dommage, il devait si bien t'aller ce vert émeraude qu'ils ont choisit pour les confections! C'est vraiment ta couleur, on jurerait qu'ils l'ont choisit juste pour te mettre en valeur.» fit Adrien affectant d'être déçu.

«En fait, c'est de la routine pour moi. Quand on fait de bonnes actions charitables, les grands du monde reconnaissent nos efforts. Bien sûr, ils nous offrent parfois quelques cadeaux comme cette paire de talons que m'a offerte ton père ou cette boite de maquillage de la part des salons de beauté Aphrodite, mais, je ne les garde jamais. J'offre toujours tout ce que je reçois.»

Marinette le regardait bizarrement, où voulait-il en venir? Avec un petit coup d'œil pour elle, il fournit la réponse à sa question: «Mais, est-ce que tu trouves que c'était vraiment approprié de te balader dans ces minuscules bouts de tissus sous le nez de tous ces hommes d'affaire grisonnants qui se trouvait dans la loge VIP?» demanda-t-il à Lila.

«Euh, ben, je, j'ai juste suivis la tendance.» bafouilla Lila qui voyait le piège qu'Adrien lui avait tendu. «Je veux dire que quand tous les autres jeunes présents dans la loge en ont profité, j'y suis allé aussi.»

«Tu es certaine?» se surprit Adrien «Tu dois faire erreur, parce que je pense bien que Marinette et moi étions les seuls autres jeunes présents. Et nous avons passé la soirée à danser avec Marinette dans cette loge.»

«Et je ne suis pas allée dans le jacuzzi!» précisa Marinette. «Personne ne m'a offert de bikini à moi!»

«On ne s'est pas quitté de la soirée. D'ailleurs, au beau milieu, notre image est restée quelques instants sur le grand écran de la scène. Et nous étions complètement habillés, je tiens à te le préciser. Même si tout le monde ici est déjà au courant puisque... tout le monde ici était au concert. Et toi?» approuva Adrien.

Marinette n'avait effectivement rien dit au sujet d'une baignade à Alya. Celle-ci fronça les sourcils à quoi rimait cette histoire?

Adrien ne voulait pas exposer Lila mais seulement lui donner un avertissement. Et il voulait compulsivement qu'elle s'attaque à lui plutôt qu'à Marinette. C'était un simple instinct de protection de faire voir à Lila qu'il pouvait être dangereux.

«Ça devait être dans une autre loge dans ce cas...» tenta Lila.

Mais, sans laisser personne réfléchir en profondeur à cette histoire, Adrien reprit: «Au fait, Lila, tu ne devineras jamais qui j'ai croisé hier!» changea-t-il lui-même de sujet. Mais, c'était de la tirer d'un embarra pour mieux la plonger dans un autre. «Ta grande amie Ladybug!» ironisa-t-il. «Tu devrais vraiment la rappeler! Pense-y. Tellement de mois sans revenir à Paris et sans la voir et lorsque tu reviens, tu l'ignores de la sorte? À ta place, j'aurais honte.»

Lila serrait les dents.

«C'est vrai ça.» en profita Marinette. «On ne vous voit jamais ensemble, sauf lorsque tu es akumatisée comme la semaine dernière.» précisa-t-elle puisque Lila venait d'être akumatisée en Caméléon et qu'effectivement, il y avait eu des photographies d'elles et ChatNoir sur la Tour Eiffel qui avaient circulées.

«Mais, c'est une question de sécurité voyons.» fit Lila du mieux qu'elle pu. «Elle a peur qu'on s'en prenne à moi pour l'atteindre!»

«Vous avez quoi comme loisirs communs, dans ce cas? Est-ce qu'elle va aussi aux défilés de mode? Sous son identité sans masque peut-être?» chercha Marinette.

«Oh non, elle ne s'y intéresse pas du tout!» affirma Lila pour se défendre.

«Tu es sure?» fronça Marinette. «Ce n'est pas du tout l'impression que j'en ai eu quand je l'ai rencontré. Elle s'y connaît tellement sur l'histoire de la mode pourtant!»

Adrien eu un petit sourire en apprenant ce détail. D'une certaine façon, il sentait qu'il pouvait se fier à la parole de Marinette sur le sujet. L'avait-elle déjà surprise utilisant ses pouvoirs pour se faufiler dans des coulisses ? Ou les deux filles avaient-elles discuté d'une passion commune un soir de pleine lune sur le balcon de la boulangerie?

«Si tu le dis Marinette. Peut-être que c'est une nouvelle passion pour elle.» se défendit Lila en haussant les épaules. «Mais, je pense tout de même connaître ma BFF mieux que toi. Qu'est-ce que tu en dis Adrien, et si tu nous invitais toutes les deux Ladybug et moi? Tu dois avoir des contacts dans le milieu. On pourrait ainsi trouver le vrai du faux.»

«Toi, Ladybug et moi à une même sortie? Tu rêves Lila! Jamais! On t'enverra plutôt un selfie ensemble, elle et moi!» se moqua presque Adrien face à la perspective invraisemblable.

«Mais Adrien» pleura presque Lila en amenant des larmes dans ses yeux brillants. «Pourquoi vouloir m'exclure de la sorte?»

«Parce que tu viens de dire que c'était dangereux. De toute façon, même si tu dis que vous êtes meilleures amies, j'ai l'impression que ce n'est pas qu'une question de sécurité vu comment vous vous disputer lorsque vous êtes réunies. Et entre vous deux, je la choisie elle et de très loin.» affirma-t-il lentement mais avec assurance.

Non, définitivement pas le bon jour pour se déclarer à Adrien avec cette humeur vive! statua Marinette.

Par contre, si Marinette ne ressentait aucun courage pour ouvrir son cœur à l'homme qu'elle aimait, son côté Ladybug, celui qui était courageux et celui où pendait la bourse où se cachait Tikki, la poussait à aller vers lui.

Elle se devait de découvrir ce qui lui était arrivé et de s'assurer qu'il ne serait pas akumatisé. Elle aurait pu jurer avant ce jour-là que c'était impossible, Adrien se présentait comme quelqu'un pétris de sentiments positif. Mais, dans l'état actuelle des choses, ce n'était plus impossible lui semblait-il.

Ça avait déjà été suffisamment terrible de combattre Alya, son cœur se briserait si elle devait maintenant affronter Adrien. Et en plus, cette fois, elle ne serait pas certaine de vaincre. Elle était d'avis qu'Adrien n'avait pas besoin de pouvoirs pour être un adversaire de taille alors, avec des pouvoirs...

Donc, même si elle était terrifiée à l'idée d'aller lui parler et de faire les frais de sa mauvaise humeur, elle n'avait pas le choix, c'était son devoir.

Elle l'approcha donc dans les vestiaires à la sortie des cours.

«Adrien» fit-elle de loin avec le regard d'une biche devant un fauve.

L'adolescent musela un soupir pour l'écouter. Il n'avait aucune envie de vivre cette situation. Il était irrité et épuisé émotivement. Les insinuations bouillantes et glaciales de Marinette qui chaviraient toujours Adrien n'étaient pas les bienvenus en cet instant précis.

«Je, pouvais te penser... Je veux dire. Je voulais te demander. Si tu souriais bien. Euh, non, ce n'est pas ça. Parce que je sais déjà que tu souris bien. Pas que la question m'intéresse mais c'était juste- tu n'es pas comme d'habitude.» bafouilla-t-elle.

«Ne le prends pas mal, Marinette. Mais, pourquoi te préoccupes-tu de ce qui m'arrive? J'essaie de devenir un ami plus proche de toi depuis deux ans et tu n'as pas cessé de me fuir. Comment peux-tu savoir ce que je ressens aujourd'hui?» lui reprocha-t-il avec une grande tristesse.

Il s'avança vers la sortie de la pièce mais, s'arrêta un peu avant la porte.: «Je ne me connais même pas moi-même. Comment quelqu'un qui refuse que je l'approche pourrait démêler le vrai du faux dans le labyrinthe de faussetés qu'est ma vie? Je ne te reproche rien, vraiment, mais-» Il soupira avant de conclure: «C'est pas grave, oublie ce que j'ai dit. Je ne devrais pas me plaindre. J'ai... beaucoup de chance...» soupira-t-il.

Marinette était soucieuse et silencieuse lorsqu'elle arriva à sa chambre. Tikki sortit de sa bourse que Marinette n'avait même pas pris la peine de retirer avant de se carrer sur le bout de son divan sans plus rien faire d'autre.

«Pourquoi est-ce qu'il s'en ait prit à moi aussi?» se désola Marinette. «Je ne lui ai pourtant rien fait et j'ai essayé de ne pas l'envahir avec ma présence. Si seulement, je n'avais pas bafouillé.»

«Moi, je trouve au contraire qu'Adrien a été très doux avec toi.» lui répondit gentiment la kwami.

«Tu trouves?» fit Marinette haussant un sourcils.

«Peut-être qu'Adrien a gardé en lui trop d'émotions pour ne pas blesser les gens et qu'il avait besoin de les laisser parler. De la même façon qu'une personne harcelée a le droit de dire "stop", une personne qui ressens une douleur émotionnelle a aussi le droit de se défendre.» s'expliqua Tikki.

«Tu penses que je lui ai fait mal?» sursauta Marinette avec honte.

«Non!» s'amusa Tikki. «Je dirais plutôt qu'il t'a demandé un compromis dans votre relation. Tu aurais le droit de faire la même chose tu sais. Tu pourrais lui expliquer par exemple que tu n'aimes pas lorsqu'il dit que tu es une amie pour lui.»

Marinette sursauta davantage. «Mais si je fais ça il voudra savoir pourquoi et je devrai lui avouer que je l'aime!»

«Et ce serait si mal?» s'amusa Tikki.

«Mais, tu sais bien que je ne suis pas prête!» protesta Marinette.

«Oui, je le vois bien que tu n'es pas prête.» la rassura Tikki. «Je n'ai simplement jamais compris ce que tu attends pour te déclarer prête. N'as-tu jamais remarqué toute la quantité de tristesse qu'Adrien cache sous ses sourires?»

«Bien sûr!» l'assura Marinette.

«Mais, tu ne fais rien pour l'aider? Tu aides tes amis à réaliser leurs rêves ou à surmonter leurs peurs. Mais, Adrien n'a pas droit à ce privilège? Peut-être que lorsqu'il te demande d'être son ami, il est envieux des autres. Il ne sait pas lui, qu'un jour tu as l'intention de te déclarer. Comment veux-tu qu'il t'attende?»

«Donc, tu penses vraiment que je lui ai fait du mal?» s'attrista Marinette le cœur plus froid.

«Je pense qu'il croit en se qu'il t'a dit. Ce que j'ai vu aujourd'hui moi, c'est qu'Adrien a parlé de façon très directe à la fille qui l'est toujours beaucoup trop, qu'il a inventé une histoire pour la menteuse et qu'il a ouvert son cœur à la fille qui réfléchit avec ses émotions.»

«Tu penses qu'il a raison et que je devrais en savoir plus sur lui? Pourtant j'ai l'impression que si je l'espionne juste un peu plus, je serai véritablement une fan inquiétante.» demanda encore la jeune étudiante.

«Je ne pense pas que ce soit une question de quantité. Je pense que c'est surtout la manière. Je pense tout bonnement que c'est très simple en fait. Adrien t'ouvres son cœur plus qu'il ne le fait pour personne d'autre. Est-ce que tu écoutes ce qu'il a à te dire? Ou est-ce que tu cherches à lui prendre quelque chose?» élabora Tikki de sa petite voix flûtée.

«Et lorsqu'on donne, c'est de l'amour n'est-ce pas? Donc, si je cherche à prendre quelque chose de lui, ce n'est pas de l'amour. Donc, il pense que je ne l'aime pas?» chercha la jeune femme.

«Tu vois! Tu connais déjà tout ça!» la félicita Tikki en s'illuminant et en s'élevant un peu.

«Tikki?» demanda Marinette avec un brin de malice «Toi, tu l'as observé aussi Adrien n'est-ce pas? Comme tu le fais avec tous mes amis?»

«Oui, vous les humains, vous me fascinez!» s'enthousiasma Tikki.

«Et si je descend à la boulangerie chercher, disons, une douzaine de macarons à la fraise, tu me parlerais encore de ce que tu as observé à son sujet avec ta ô combien grande sagesse?»

Tikki se mit à rigoler de l'attitude de sa porteuse. «Non.» refusa-t-elle le pot-de-vin «Mais, on peut discuter encore de ce que toi, tu sais à son sujet, si tu le souhaites.»


N.A. Un ou une allergologue est un médecin spécialisé dans les questions d'allergie.

À propos du titre de cette histoire. Il a plus d'une signification.

D'abord du côté de Marinette, il est assez simple. Bien sûr, elle est dévouée, généreuse, héroïque mais, elle a aussi tendance à être cruelle. Elle blesse ChatNoir (et Adrien) sans le savoir. La vérité et la réalité peuvent aussi être douloureusement cruelles. Elle doit simplement encore apprendre à se mettre à la place des autres parfois et comprendre leurs points de vu. Comme la peur de ne pas être aimée chez Chloé et le besoin vital d'attention de Lila.

Du côté d'Adrien, le thème est plus développé. En gros, chez lui, ce sont ses tendances qui sont cruelles avec lui. Il a des tendances à plonger sans regarder, des tendances à aimer la souffrance, et je voulais aussi ajouter des pulsions auto-destructrices mais je ne leur ai pas trouvé beaucoup de place dans cette histoire. J'ai laissé plus de place pour la tendance à la déprime. Et surtout, le sujet principal dans cette histoire, c'est cette tendance qu'il a de se prendre pour un chat. Cela pourrait être d'abord vu comme une malédiction pour n'importe qui d'autre mais, dans sa situation, elle devient sa façon de survivre et de passer à travers les autres épreuves. C'est son refuge.