Malheureusement, le jour suivant, l'humeur d'Adrien était toujours aussi vindicative, même s'il était plus calme et semblait libéré d'un poids. D'un autre côté, il semblait aussi plus renfermé et avoir envie de prendre ses distances avec les gens.

Il avait enfoncés des oreillettes Bluetooth dès son entrée dans l'école et avait dépassé rapidement toutes ses connaissances pour atteindre la classe. Il était aussi arrivé avant la plupart de ses amis pour se plonger dans ses travaux des écouteurs enfoncés dans les oreilles.

En représailles pour l'avoir repoussé devant tout le monde, Chloé s'était lancée dans une campagne d'intimidation durant la journée de la veille et elle effrayait toutes les personnes qui semblaient vouloir parler à Adrien, créant un vide autour de lui. Il le remarquait à peine. Ce n'était pas comme si beaucoup de gens tentaient de lui parler non plus.

Bien sûr, Lila tout comme Nino, Marinette ou Alya ne se laisseraient pas intimider mais cela semblait de toute façon plaire à Adrien et servir sa nouvelle attitude de rester seul.

Le plan de Chloé devenant inutile, elle décida plutôt de bouder et de priver Adrien de sa merveilleuse compagnie.

Marinette arriva à l'école en voulant glisser au garçon qu'elle aimait un sourire encourageant avant de le laisser tranquille, juste histoire de lui rappeler qu'elle était là s'il avait besoin de parler et qu'elle ne lui tenait pas rancœur de son attitude de la veille. Bon, ce n'était qu'une bonne intention parce que Marinette n'avait jamais réussit à l'approcher aussi calmement.

Et de plus, l'attention et les préoccupations de Marinette furent forcées de se tourner ailleurs.

Elle s'était aussi levée avec une vague inquiétude pour ChatNoir qui ne lui avait simplement pas écrit ni répondu depuis deux jours.

Cette inquiétude passa au deuxième plan en avisant Adrien et son humeur toujours aussi morose. C'était une chose tout à fait saine de vouloir prendre ses distances avec des comportements toxiques, c'en était une autre de changer de caractère du jour au lendemain. Bien sûr, à l'exception de son sourire et de quelques habitudes, rien n'avait vraiment changé en lui.

Puis les préoccupations de Marinette pour les deux blonds de sa vie furent reléguées à l'arrière-plan avec les événements du début de cette journée qui allaient bouleverser le quotidien de l'entourage de Marinette et Adrien encore plus que le retour de Lila et les menaces que celle-ci avaient amenées avec elle.

Ce jour-là, deux nouvelles personnes, un frère et une sœur, arrivèrent à leur lycée. La fille était dans leur classe, le garçon était plus vieux et en terminal.

Alya cru voir un fantôme lorsqu'elle aperçu la fille en entrant dans leur seconde classe aux côtés de Marinette.

«Jackie!» s'étrangla-t-elle presque.

La nouvelle élève avait une peau sans défaut d'une riche teinte de cacao foncé, de longs et soyeux cheveux coiffés en minuscules tresses et la silhouette que toutes les filles rêveraient d'avoir.

Alya la connaissait et ne l'aimait pas de toute évidence. Mais apparemment, on ne pouvait pas dire la même chose à propos de cette Jackie.

Elle couru pour étreindre Alya tout contre elle avec de petits sauts hystériques, des cris aiguës excités et des yeux humides et remplis d'étoiles.

«Al! Tu es ici! Je suis tellement contente! O.M.G. on va à la même école et O.M.G. dans la MÊME CLASSE EXACTEMENT!» cria-t-elle bien fort.

Avant qu'Alya, rendue muette, ne puisse à nouveau prononcer un mot, Marinette se présenta comme étant sa meilleure amie pour dissiper le malaise.

Comme Jackie se mit à s'exciter pour Marinette également en lui posant un tas de question sur elle-même, sur Alya et sur leur amitié, celle-ci les interrompit pour présenter avec malaise le reste de la bande mais en présentant Nino, elle ne le décrivit pas comme quelqu'un de spécial pour elle, juste comme un ami parmi tant d'autres.

Il n'en prit pas ombrage et toujours amical, proposa à Jackie de traîner avec eux après l'école. Il était souvent celui qui lançait le sujet.

Au cours de la journée, tous les amis d'Alya découvrirent qu'elle-même et Jackie (Jaqueline) et son frère Teddy (Théodore) étaient meilleurs amis avant que les Césaires emménagent à Paris.

Marinette et Nino étaient totalement amicaux pour Jackie et prirent le temps de l'accueillirent et de l'amener déjeuner avec leur groupe malgré l'alerte akuma qui les força tous à évacuer l'école en écourtant la journée et hypothéquant une bonne partie de l'après-midi des parisiens qui durent attendre à l'abri dans des cachettes durant des heures que les héros les protègent.

De son côté, Alya en était soulagée. Cette attaque lui donna une excuse pour s'enfuir dans les rues de Paris sous prétexte de s'occuper du ladyblog plutôt que de son ancienne amie. Jackie avait été reléguée au bureau directement derrière Alya, seule place de la classe encore disponible près Ivan, et Alya ne tenait plus en place si près d'elle.

Si Marinette et Nino avaient bien remarqué l'attitude moins amicale d'Alya pour Jackie, ils ne s'en formalisèrent pas tellement. Le retour de Jackie dans la vie d'Alya était un bouleversement. Et elles s'étaient peut-être quitté en mauvais terme. Mais une vraie amitié ne disparaissait pas si vite. Il suffisait qu'ils aient le temps d'en parler avec leur amie, elle n'avait pas pour habitude de garder rancune à ceux avec qui elle se disputait, elle avait simplement un tempérament passionné.

De bonne humeur ou non, en forme ou non, se sentant romantique ou désabusés, les héros n'eurent aucun moment pour flirter ou discuter durant leur rencontre de ce jour-là. Tenter de dompter et contenir une créature à sept têtes de la corpulence de la Tour Eiffel ne laissait pas place à la causette.

Dans la demi-minute qu'ils eurent pour se féliciter à la fin, Ladybug tenta de discerner si ChatNoir lui en voulait. Mais à ce stade, ce n'était plus vers elle spécifiquement que le ressentiment du héros se dirigeait, il en voulait simplement à la vie en générale. Et s'il se montra d'humeur plus sombre, oubliant le flirt et les manières théâtrales qu'il avait pour elle normalement, il n'était pas non plus froid ou renfrogné.

Il semblait simplement vouloir mettre plus de distance entre eux. Et lorsqu'elle fit un pas vers lui après qu'ils se soient félicités en cognant leurs points à bout de bras, de son côté, il fit un pas en arrière comme s'il était blessé.

D'optimiste, il était devenu pessimiste en quelques jours. Ou peut-être seulement réaliste mais perdu dans une vie qui était une vraie galère.

Elle en comprit qu'il avait besoin d'un peu d'espace autour de lui, ce jour-là et respecta son souhait. Elle résolu d'attendre un peu avant de le relancer.


Le jour suivant, Alya sortit de la classe pour aller déjeuner aussi vite qu'elle le pu. Elle ne voulait pas parler à Jackie et elle ne voulait pas la voir parler avec Nino ou Mari comme elle l'avait enduré la veille et toute cette avant-midi-là.

À cause de l'attaque akuma, les quatre amis n'avaient pas eu le temps de se rejoindre durant la soirée précédente sur leur conversation de messagerie habituelle comme Nino et Marinette l'avaient espéré. Marinette craignait de toutes façons, qu'Adrien décide de les repousser aussi comme il l'avait fait avec Chloé et Lila.

Durant les cours, il avait été égale à lui-même, calme, souriant et concentré. Mais, Mariette sentait bien qu'il était encore troublé.

Qu'il repousse la menteuse était plutôt pour plaire à Marinette. Elle comprenait qu'au départ, il ait voulu lui donner une chance de bien se comporter, Adrien était comme ça. Elle comprenait aussi qu'il ait finalement compris que Lila n'était pas une bonne personne et qu'elle ne changerait pas. De toute façon, il n'avait pas blessée Lila, il ne l'avait pas vraiment humiliée publiquement. Il lui avait simplement donné un avertissement en insinuant qu'il pouvait très facilement la discréditer.

Mais, qu'Adrien rejette Chloé de cette façon, était un signal d'alerte pour Marinette.

Juste avant les vacances, Chloé avait annoncé qu'elle partait vivre à New York avec sa mère avant que finalement l'affaire ne tombe à l'eau et que ce soit plutôt Madame Bourgeois qui revienne à Paris. Mais, Adrien avait été le seul à s'attrister de son départ présumé. S'il mettait fin à son amitié avec son amie d'enfance aussi radicalement, c'est que quelque chose avait amené Adrien à changer d'avis sur sa propre attitude envers les autres.

Parce que Chloé n'avait pas vraiment fait quelque chose de différent de l'ordinaire. Elle était simplement l'intimidatrice égale à elle-même que Marinette avait toujours connue. Si Adrien en avait eu assez d'elle, cela venait plus probablement de lui-même.

Mais, Marinette ne trouvait pas ce qui avait tant blessé Adrien. Elle n'avait rien remarqué depuis le poste d'observation limité où elle ne voyait qu'une partie de la vie d'Adrien.

Ça ne pouvait quand même pas être le fait qu'elle lui ait fait une gâterie qui l'ait rendu aussi maussade?

Surtout qu'immédiatement après, il en était plutôt satisfait.

Mais, toujours, Marinette n'avait qu'une vision limitée de la vie d'Adrien, il gardait énormément de secret pour lui. L'idée que ces secrets soit de la maltraitance n'avait jamais effleuré Marinette avant parce qu'Adrien était quelqu'un de foncièrement joyeux et ouvert aux gens et aux expériences de la vie. Mais, et si cela avait été une façade qu'il avait maintenue avec expertise jusque là?

Revenons à Alya. Lorsqu'elle arriva le lendemain midi à l'aire de restauration de l'école, elle fut agrippée fermement par derrière par deux bras musclés.

Surprise, elle essaya par réflexe de plonger son coude dans l'estomac de son assaillant mais sans résultat. Alors, elle avertie à voix plutôt claire: «Lâche-moi, Salaud. Lâche-moi immédiatement!» en essayant toujours de se libérer et d'attirer l'attention des élèves sur eux.

«Arrête de bouger, poupée. C'est juste moi.» ricana l'agresseur.

«Teddy?» blanchie Alya. Elle avait presque oublié que le problème qu'était Jackie ne venait pas seul. Surtout que Teddy était trop âgé pour assister aux cours de lycée. Il avait probablement dû rater son diplôme s'il était là pour refaire sa terminale.

Elle raffermit son courage et cria encore, ne s'inquiétant pas de créer une scène: «Lâche-moi Teddy. Je ne veux pas que tu me tiennes dans tes bras!» affirma-t-elle haut et clair.

Elle essaya d'écraser son pied sur le siens mais il la souleva au-dessus du sol pour l'en empêcher. Elle était sur le point de lui donner un coup de talon dans le tibia mais Luka arriva en courant pour les séparer.

Il dégagea aisément Alya en tirant un bon coup et ils reculèrent ensemble d'une bonne distance parmi la foule qui faisait maintenant cercle autour d'eux.

Parmi ce groupe qui se formait, il y avait le directeur de l'école et Nino qui prit Alya contre lui. Marinette arriva aussi et se plaça aux côtés de Luka.

«Hey, pourquoi tu l'as attrapée, l'ami?» demanda pour tous Luka un peu perdu.

Ce n'était pas le genre de scène qu'on voyait si souvent à cette école. Ni même généralement dans Paris depuis l'apparition des akumas qui mettaient tout le monde sur un pied d'alerte au moindre cri. Mais, c'était encore plus vrai dans cette école en particulier qui était la plus touchée jusque là avec une bonne soixante d'attaques directes (Où l'un des élèves s'était transformé) ou indirectes (Où un akumatisé s'était approché trop près de l'école et où on avait dû procéder à une évacuation.)

«Tu connais ce garçon, Luka?» demanda doucement Marinette qui était toujours un peu proche de lui depuis leur rencontre l'année précédente.

«Même groupe de base. Il est nouveau.» précisa le musicien.

«Oh, ne vous inquiétez pas, vous tous.» rigola le nouveau. «Alya et moi sommes de très vieux amis. Ça ne la dérange pas que je fasse ce genre de chose.»

Ce Teddy était plutôt grand, le teint foncé mais beaucoup moins que sa sœur, musclé mais sans être découpé, un peu mollasson par endroit. Il avait également un début de barbe au menton. Ses cheveux crépus étaient tressés contre son crâne.

«Non, je ne veux pas! Teddy, t'es pas quelqu'un de bien et je te veux pas dans ma vie! Tiens-toi loin de moi.» rejeta fermement Alya presque en crachant.

«Oh, Al! Tu me blesses! Je sais que je t'ai fait des trucs pas terribles, mais j'ai changé. Je suis un tout nouveau Teddy!» flirta-t-il.

«Ben, ça ne change rien au problème. Ne m'attaque plus et reste loin de moi.» ordonna Alya.

«Mais, poupée, je veux être ton ami comme avant…» supplia-t-il.

«Et alors? Moi, je ne veux pas!» asséna Alya. «J'ai avancé et je suis passée par-dessus ce que tu as fait mais j'ai de nouveaux amis maintenant et je n'ai pas besoin de quelqu'un comme toi dans ma vie.» s'exclama-t-elle.

«Mais, j'ai changé...» plaida encore le nouvel arrivant très gentiment et en souriant.

L'échange rendait le directeur perplexe et il ne savait pas du tout comment réagir. Devait-il punir un élève pour son enthousiasme?

«Je. m'en. Fous!» asséna Alya sans fléchir, essayant toujours de faire passer le message à cette tête de mule même si elle risquait de passer pour la méchante. Elle avait beaucoup trop peur de lui et les autres élèves le voyaient, surtout qu'il avait commencé par la bousculer.

Et quand Alya Césaire avait peur, tout ceux qui la connaissaient commençaient à se méfier.

Alya, Nino et Marinette trouvèrent ensuite un endroit un peu isolé de la cafétéria, précisément celui où Marinette leur avait parlé la semaine précédente de ce qu'elle savait sur Lila. Leur but était de parler et déjeuner calmement pendant que la foule se dispersait.

«Alors, tu t'expliques, babe?» demanda Nino

Même si Alya et Nino n'étaient pas sérieusement un couple, ils passaient toujours leur temps ensembles. Ils dormaient même sur des matelas d'appoint dans la chambre de l'autre à l'occasion. Ils étaient très proches même s'ils n'étaient jamais allés à un vrai rencart seul à seule et ne s'étaient jamais embrassés. Du moins, pour ce que Marinette en savait. Mais, tout le monde les voyait comme une paire de toute façon.

Nino et Marinette étaient les personnes les plus proches d'Alya et pourtant, ils ne savaient pas à quoi rimait cette histoire. Elle n'en avait jamais parlé.

«Là où j'habitais avant, il n'y avait pas beaucoup de jeunes. C'était une station balnéaire où ma mère travaillait comme chef aux cuisines et mon père travaillait à la réserve naturelle tout près. Mais il n'y avait pratiquement que des adultes et des personnes âgées qui y venaient en vacance.

Leur mère y était infirmière depuis la petite enfance de Jackie. Nous sommes arrivées là-bas à la naissance des jumelles. Je suis d'abord devenue amie avec Teddy et Jackie s'est mise à nous suivre partout qu'on le veuille ou non. Elle essayait toujours de m'imiter ou de me voler ce que j'avais ou ce dont j'avais envie. Elle est même sortie avec le premier gars pour qui j'ai eu un béguin avant que je ne puisse l'inviter. Elle n'est pas si mauvaise, elle me suit juste d'un peu trop près. C'est juste qu'elle en vient désagréable et qu'elle ne décolle plus.

Mais Teddy, c'est une autre histoire. Je ne l'ai toujours vu que comme un ami, rien de romantique. Mais il voulait plus. Il a essayé toutes sortes de trucs louches pour m'embrasser ou m'obliger à sortir avec lui. Quand j'ai cessé de le traiter comme un ami, il est même devenu encore plus entreprenant.

En plus, avec le recule, une fois que je suis arrivée ici et que j'ai repensé à des trucs que j'avais pris comme tout à fait normal sur le coup, je ne suis dis qu'il n'était peut-être pas si clair. Je ne sais pas ce qu'il a magouillé avec les touristes mais pas certaine que tout était légal.»

La voix résignée et sans éclat d'Alya leur raconta toute cette histoire d'un trait monotone avant de laisser place autour de la table à un silence lourd.

Comme ils retournaient en classe, Adrien ne répondit pas à leurs salutations parce qu'il avait, de nouveau, enfoncé ses écouteurs dans ses oreilles pour rester dans une bulle de solitude en revenant de son déjeuner qu'il avait toujours pris chez lui depuis son arrivé au collège.

Alya se refermait déjà pour affronter l'arrivée de Jackie qui avait déjeuné avec Rose, Juleka, Mylène et Ivan. Tandis que Nino et Marinette échangeaient un coup d'œil inquiet. Est-ce qu'ils pouvaient maintenant compter deux personnes de leur cercle avec des ennuis?

Marinette en profita pour observer attentivement Adrien et remarqua que ses épaules s'étaient plus affaissées qu'à l'ordinaire. Il ne souriait pas et il portait du maquillage sous les yeux. Il fixait un manuel de textes en chinois mais elle ne le vit même pas tourner une seule page.


Toujours aussi acharné, le vendredi soir, Adrien décida de faire une nouvelle tentative pour garder Ladybug pour lui.

Depuis tout ce temps qu'ils étaient en couple, peut-être avait-il trop pris pour acquis qu'elle ne le quitterait pas. Il fallait vraiment qu'il en fasse plus. Il s'était déjà déclaré et l'avait protégé avec acharnement du mieux qu'il pouvait depuis le début de leur relation, améliorant ses capacités de combattant et tenant son rôle dans leur duo de son mieux. Il était temps d'utiliser une autre stratégie.

Il était temps qu'il apprenne à connaître l'adversaire invisible qui se trouvait en face de lui.

Après un court repas de quelques minutes partagé avec son père, il se retira dans sa chambre mais en sortie ensuite pour acheter un bouquet de fleur, une bouteille avec des bulles sans alcool et des chocolats fins. Il amena le tout avec une couverture dans un espace vert qui offrait des balades en canot.

Il aurait voulu en faire plus, sortir le grand jeu mais, elle n'aimait pas exactement qu'il le fasse. Moins il en faisait, plus elle le laissait faire normalement.

Il envoya alors un messages à sa presque-petite-amie sur son téléphone et attendit qu'elle réponde durant cinq minutes.

Matou : «Bonsoir, merveilleuse dame. Me feriez-vous l'honneur de me retrouver pour discuter?»

FemmeRouge : «Désolée Chaton. Je suis en mission de sauvetage. C'est une urgence où ça peut attendre après mon dîner?»

Matou : «Je vais t'attendre. Toute la nuit s'il le faut!»

FemmeRouge : «Est-ce que tu crois que tu deviendras un jour sérieux?»

Matou : «Aucun risque!»

Et donc, ChatNoir attendit. Il était prêt à attendre toute la nuit s'il le fallait. Quitte à dormir sur place pour être capable de remplir ses obligations du lendemain.

De son côté, Marinette était chez Alya et regardait celle-ci alimenter le nuage de mauvaise humeur qui s'accumulait au-dessus de sa tête.

Elle faisait ce qu'elle pouvait pour arrondir les angles. Blaguant avec les petites sœurs pour qu'elles ne sautent pas sur les meubles et qu'elles ne crient pas. Détournant l'attention de Jackie qui accaparait Marléna Césaire sinon. Ne lâchait pas Alya d'une semelle pour que Teddy ne s'en approche pas. Et ne pas la lâcher d'une semelle, ce n'était pas vraiment une figure de style, elles étaient pratiquement collées par la hanche!

Jackie et son frère ayant emménagé à Paris avec leur mère, il était normale que Marléna Césaire les invite tous les trois à sa table. Mais, ce n'était pas au goût d'Alya qui les avait supporté toute la semaine.

Surtout que Jackie avait aussi ses habitudes avec Marléna. Pour qui regardait bien, on aurait pu croire que Jackie n'avait pas de maman et qu'elle se considérait comme la cinquième fille de la mère d'Alya.

Elle l'accaparait et lui parlait constamment durant toute la préparation du repas et le repas lui-même. Elle racontait simplement sa vie et monopolisait la conversation.

Chose encore plus décourageante pour Marinette et Alya, même si Otto, Nora, la mère de Jackie et Teddy n'étaient pas intéressés par la conversation, personne ne se formalisait du comportement de Jackie.

Ils la laissaient parler encore et encore et raconter sa semaine à l'école comme si elle parlait à la place d'Alya. Elle s'était même vanter d'avoir fait un bon coup qu'Alya avait elle-même réussi.

Lorsque Marinette avait voulu la reprendre, Alya l'en avait empêché, lui faisant signe que ce n'était pas la peine.

Heureusement, les trois nouveaux parisiens repartirent tôt et le père d'Alya s'occupa lui-même des deux plus jeunes pour le reste de la soirée. Marinette pu donc enfin changer les idées d'Alya avec de la musique et des plaisanteries. Et aussi avec son truc le plus efficace: la faire parler des héros et de son blogue.

Même s'il s'agissait d'écouter les théories les plus délirantes sur son propre compte et celui de son partenaire, Marinette supportait pour faire plaisir à Alya.

Vers 22h, elle fit finalement semblant que son taxi était arrivé et souhaita bonne soirée à la famille Césaire.

À la tombée de la nuit, le parc avait fermé ses portes et ChatNoir s'était installé sur le toit de la cabane de location des canots pour passé inaperçu pendant que les employés nettoyaient les lieux et vidaient les poubelles.

Lorsque Ladybug le retrouva, il s'était endormit sur place.

Un peu insultée, elle pensa à rentrer directement chez elle, mais songea qu'elle devrait au moins, le réveiller et lui dire qu'elle s'était véritablement présentée au rendez-vous.

«Bonsoir ma merveilleuse Lady.» ronronna-t-il en se réveillant. «Je suis ravie que tu ais accepté de te joindre à moi.»

«Tu as de la chance que j'ai fait l'effort de venir jusqu'ici. On est plutôt loin de notre arrondissement non?» lui reprocha-t-elle.

«Oui, mais je voulais t'inviter à faire une balade romantique sur le lac. Tu veux bien m'accompagner?» lui réclama-t-il, lui présentant le bouquet de fleur.

«Si tu veux...» soupira-t-elle «Puisque je suis là.»

ChatNoir tira la bouteille qu'il avait laissé à refroidir dans l'eau du lac et en servit une coupe à sa Lady avant d'attraper les rames et d'orienter le canot pour faire lentement le tour du lac.

«Alors, tu voulais me parler de quelque chose, tu disais?» fit-elle après avoir pris un morceau de chocolat.

«L'autre jour, tu m'as dit que tu avais passé la soirée avec ton crush. Est-ce qu'il s'est passé quelque chose de spécial ce soir-là avec lui?» demanda-t-il en gardant ses émotions pour lui.

«On ne s'est pas embrassé, si c'est ta question. Et si c'était effectivement ta question, je la trouve déplacée.» souligna-t-elle.

«Non, ce n'était pas ma question. Je me demandais juste si tu lui avais dit... enfin, ce que tu penses de lui ou, …lui as-tu parlé de tes sentiments?» demanda-t-il avec malaise.

«Non, je n'en ai pas encore trouvé l'occasion.» soupira-t-elle.

Lui aussi soupira intérieurement: 'Une autre fausse alarme.' se dit-il. Combien y en avait-il eu depuis qu'il était avec elle ou même depuis qu'il la connaissait? Elle le gardait constamment en alerte. Il n'était jamais sûr de ce qu'elle allait faire de lui.

«Au concert» élabora-t-elle. «C'était tout de même assez difficile de parler et les événements se sont enchaînés toute la semaine. Je suis exténuée. Encore ce soir, il a fallu que j'aille chez une amie pour la soutenir. J'ai bataillé toute la soirée pour lui éviter d'éclater de colère.»

«Tu en fais beaucoup pour tes amis.» remarqua-t-il. «Tu leur consacres beaucoup de ton temps. Je trouve ça admirable.» la complimenta-t-il.

«J'imagine que c'est le cas, oui.» sourit-elle. «Mais, je ne le fais pas juste par pur dévouement. Il y a aussi une part de lâcheté derrière tout ça. Je n'avais pas spécialement envie d'assister à ce repas, je ne suis même pas certaine d'avoir été utile pendant. Elle aurait pu m'appeler ensuite et on aurait discuter. Mais, je ne voulais pas prendre de risque. J'avais encore moins envie de combattre Rena Rage que de me retrouver au milieu de ce cirque!»

«Tu es secrètement amie avec Rena Rouge?» se surprit-il.

«En dehors des masques, oui, je la connais. Elle ne sait pas que je suis Ladybug.» lui confia-t-elle avec un sourire amusé.

«Ça explique certaines choses.» s'amusa-t-il.

Il rama en silence pendant qu'elle observait les étoiles et lorsqu'il la sentit plus détendue, il demanda encore: «Si tu avais eu l'occasion de parler à ton béguin, qu'est-ce que tu lui aurais demandé? D'être en couple avec toi?»

«Non, ça je ne le peux pas. Je suis déjà en couple avec toi. Je pense que je lui dirais simplement ce que j'aime chez lui dans un premier temps.» fit-elle dans une voix rêveuse et douce comme de la soie qui poussa la ceinture qui tenait lieux de queue de chat au héros à vibrer furieusement d'agacement.

«J'irais peut-être jusqu'à lui dire que je suis amoureuse de lui si une autre occasion se présente encore ensuite. Je ne pense pas avoir les nerfs assez solides pour tout lui dire en une fois. Ça, c'est s'il n'éclate pas carrément de rire à la première discussion et qu'il accepte encore de me parler après.»

«Il est si méchant que ça?» se surprit ChatNoir en arrêtant de ramer.

«Non, au contraire. C'est le garçon le plus gentil du monde. C'est moi qui suis, enfin, tu vois.» s'expliqua-t-elle.

«Non, je ne vois pas.» répondit-il honnêtement.

Elle éclata légèrement de rire. «C'est vrai. J'oublie parfois qu'on ne se connaît pas. C'est normal que tu ne comprennes pas puisque tu ne connais que mon masque! Mais, tu comprendrais mieux mes hésitations si tu savais qui je suis. Pour résumer, sans mon masque, je ne suis pas très... intéressante? Je n'ai rien de... ce qui plaît aux garçons.»

ChatNoir n'avait toujours pas recommencé à ramer. Il était si incrédule d'entendre sa Lady se décrire de cette façon qu'il en aurait pleurer. Sous son uniforme, sa peau se mit à vibrer d'inconfort.

«Et est-ce que tu doutes encore de mon amour pour toi?» fit-il presque blessé. Il avait travaillé si fort pour la rassurer sur le sujet. Instinctivement, il se passa la main dans les cheveux pour se peigner et calmer le chatouillement de son cuir chevelu. Surtout derrière ses fausses oreilles, c'était le pire.

«Ah non!» l'assura-t-elle. «Ne t'inquiète pas, le message est bien compris! Tu n'as pas besoin d'en faire plus.» s'effraya-t-elle.

«Mais tu doutes à ce point qu'un autre puisse te voir comme je te vois?» demanda-t-il en recommençant à ramer pour chasser son malaise.

«Évidemment. Toi, tu connais Ladybug mais pour le reste des gens qui me connaissent, celle qu'ils voient, c'est mon autre identité. Ils voient la fille maladroite et bizarre. La bonne copine, mignonne et naïve qui ne réussira jamais à s'améliorer. Celle qui est l'éternelle amie et jamais l'héroïne du jour.»

Merci à son agilité de super-héros, ChatNoir quitta son siège, se releva pour aller vers elle et réussit à l'installer sur ses cuisses sans perdre les rames ou faire tanguer le canot.

«Tu ne sais pas encore que je suis amoureux de toi pour la lady derrière le masque?» souffla-t-il à son oreille avec une grande sincérité. «Celle qui est bornée et entêtée. Celle qui fond devant les bébés mais qui se sent perdue devant les enfants. Celle qui m'envoie son yoyo derrière la tête par maladresse mais qui prétend que c'était volontaire et pour me corriger? Celle qui est parfois exténuée et qui veut juste retourner cacher son visage dans ses oreillers et oublier que le poids du monde repose sur ses épaules? C'est de cette fille dont je suis amoureux. Pas de la glorieuse héroïne. Je ne suis pas amoureux de toi pour te remercier de nous avoir tous sauvés aussi souvent.»

«Chat. Je voudrais partir, s'il-te-plaît.» fit-elle d'une toute petite voix pleine d'émotions.

Il la reposa près de lui et reprit sa place et ses rames. «On est encore loin de notre point de départ mais on peut changer de sujet en attendant que je te débarrasse de ma présence.»

«Pourquoi tu conclues automatiquement que je pense que tu es le problème?» se fâcha-t-elle, maintenant en larme. «Peut-être que j'ai seulement honte de moi? Honte de réagir comme ça et que je me sens coupable de ne pas pouvoir te retourner tes sentiments!»

«Mais tu n'as pas à te sentir coupable!» répondit-il sans hésitation. «Je ne t'ai jamais demandé de m'aimer en retour. Évidemment, ça me ferait plaisir mais, ce n'est pas ce que je te demande. Pas de la façon dont tu le sous-entend.»

«Alors, explique-toi parce que je te comprends pas. Tu es trop compliqué pour que je saisisse ce que tu attends de moi. Tu es le type de plus bizarre que je connaisse!» s'emporta-t-elle.

«Je suis désolé d'être comme ça.» s'excusa-t-il sincèrement. «Je n'ai pas eu une enfance et une éducation traditionnelles. Mes parents m'ont élevé selon leur propres principes et j'ai toujours l'impression de ne pas être prêt pour la vraie vie à cause de leurs méthodes.»

«Je suis désolée de m'être emportée.» fit-elle d'une toute petite voix. «Je vois bien que tu fais des efforts, Chaton. Je suis vraiment désolée.»

Elle servit une nouvelle coupe de breuvage et lui retira une des rames pour qu'il la prenne, lui permettant une pause au milieu du lac.

«Je t'écoute. S'il-te-plaît, dis-moi ce que tu attend de moi, alors.» souffla-t-elle tendrement.

«Je voudrais que tu me regardes. Parce que quand tu ne me regardes pas, j'ai l'impression de ne pas exister.» avoua-t-il du fond du cœur incapable de trouver son regard. «Je n'ai jamais voulu te posséder. Je suis tout le contraire d'un flirt, je ne veux pas t'avoir et te laisser tomber ensuite. Je veux au contraire être à toi et que tu me laisses t'aimer. Je veux te donner mon amour et non pas te prendre quelque chose auquel tu tiens.

C'est vrai, tu es la première personne que j'ai rencontré en sortant de la prison où j'avais grandit. C'est vrai, j'ai eu le coup de foudre pour toi. Et quand tu regardes la façon dont je suis tombé amoureux de toi, ça peut sembler manquer de sincérité mais, pour moi, c'est toute ma réalité.

Et ça n'en est pas moins légitime ou moins réel que l'amour d'un autre homme pour toi. Tu es tout ce à quoi j'ai toujours rêvé depuis toujours. Les héroïnes de mon enfance, la princesse de mon conte de fée. Tu es si intelligente, tu me reverses. Tu as le cœur le plus grand qui soit parce que tu aimes toute l'humanité. Et même pour ceux que tu n'aimes pas, tu es prête à te dévouer. Tu parles en terme d'équité et non de loi ou de vengeance. Tu as une capacité exceptionnelle pour discerner le bien du mal.

Et ce que je te dis maintenant peut paraître contradictoire avec ce que je t'ai dit tout à l'heure mais tout est vrai. Parce que je ne suis pas tombé amoureux de toi parce que tu es forte ou pour la fragilité que j'ai découvert en toi. Je suis tombé amoureux en voyant une timide jeune femme se relever et devenir forte sous mes yeux pour faire face à ce qui terrifiait toute une ville.»

«C'est toi qui m'a inspiré et qui m'a donné ma force, ce jour-là.» raconta-t-elle sachant très bien qu'il parlait de l'apparition du Papillon.

«Alors, c'est un autre bon point pour notre histoire d'amour.» sourit-il. Mais, elle ne partageait pas sa joie.

«Chat. Et si ce n'était pas du tout moi? Et si ce n'était que de la magie. Je suis loin d'être infaillible lorsque je n'ai pas le costume. Au contraire, j'échoue beaucoup de choses et je provoque des catastrophes. Et si en imaginant nos costumes, on avait aussi imaginé des traits de caractères nécessaires pour être de bons héros? Est-ce que tu es un flirt sans ton masque?»

«Je ne suis pas certain d'en être capable. Peut-être en m'imitant moi-même...» sourit-il à l'idée.

«Mais, dans ton esprit, il est logique que le sauveur de la veuve et de l'orphelin soit un maître du flirt, n'est-ce pas? C'est l'image d'un héros idéal que tu as?»

«Oui» admit-il malgré lui après y avoir songé.

«Et si au départ, j'avais été cette fille maladroite que je suis sous le costume et que lorsque tu m'as dit que tu avais confiance en moi, tu avais juste réveillée la fonction du courage qui venait avec mon costume et que c'était de ça dont tu étais tombé amoureux?» frissonna-t-elle.

«J'ai peut-être été élevé par les dramas de la télévision» avoua-t-il «mais, je pense que tous les couples ont vécu de petits moments moins glorieux dans les premiers temps. Et même si mon coup de foudre, le moment où j'ai compris que je t'aimais, n'avait été créer que par la magie, cela ne remettrait pas en question toute l'intégralité de mon amour pour toi. Je suis tombé amoureux de toi des dizaines de petites fois en plus de mon coup de foudre, qui n'était pas, soit dit en passant, la première fois où je suis tombé amoureux de toi.»

«Vraiment? C'était quand alors?» se surprit-elle. Ce n'était pas logique, ils venaient tout juste de se rencontrer.

«Je n'ai réalisé la signification de mes sentiments que plus tard, et oui, ils étaient moins précis que mon coup de foudre mais cet instant où j'ai compris l'ingéniosité de ton plan pour pousser Coeur-de-pierre à relâcher sa main au stade. Je suis devenu complètement admiratif de toi. Ce n'était pas encore de l'amour. Mais, je peux certainement dire que la première chose qui a pincé mon cœur pour toi, c'est ta créativité.»

Il reprit son exercice les ramenant cette fois vers leur point de départ.

«Au moins, ce n'était rien se rapportant à mon physique...» commenta Ladybug parmi sa rêverie un peu après.

«Oui. Tu vois que je ne suis pas si superficiel que tu aimes à le penser.» blagua-t-il.

«Non, c'est vrai. Tu as énormément de qualités.» admit-elle. «Je n'ai jamais pensé le contraire. Tu es remarquables, courageux, fort émotivement, incroyablement intelligent et efficace au combat. Si je n'étais pas aussi épuisée émotivement, je suis certaine que je pourrais en dire davantage encore sur toi.»

«Dans ce cas... puisque tu penses tout ça de moi... Et s'il t'en reste encore la force... est-ce que tu voudrais répondre à ma question et me dire pourquoi tu le choisies lui et pas moi?» demanda-t-il avec hésitation.

«J'ai peur de te blesser.» l'avertit-elle.

«J'ai besoin de savoir.» lui expliqua-t-il.

«Parce qu'il a le cœur le plus doux que je connaisse. Parce qu'il a un tempérament très calme. Parce qu'il est mon complément, la partie de moi que je n'ai pas. Parce que je suis la partie de lui qu'il n'a pas. Il est fort là où je suis faible et il est tout ce que j'attends de la vie. Je suis avec toi maintenant parce que maintenant, je suis Ladybug mais, je ne le resterai pas toute ma vie. Il est mon après. Tu sais, au quotidien, lorsque j'ai du temps pour moi, je fais, à une plus petite échelle, ce que je voudrais faire comme métier plus tard. Et j'espère sincèrement que je vais pouvoir partager ces rêves avec lui. Il mérite tellement d'être aimé...» conclu-t-elle en soupirant.

Le regard de ChatNoir se noya dans la noirceur du lac. «Je me permet rarement de penser à après.» avoua-t-il d'une voix glacée comme s'il se parlait à lui-même et qu'il était seul. «Je ne sais pas si je survivrai à ces combats ou si ma vie sans le masque finira par avoir raison de moi, mais entre les deux, parfois, je me demande si j'atteindrai ma majorité. Sans Plagg, je ne sais même pas si je serais encore en aussi bon état.» conclu-t-il avec émotion.

Très lentement et sans un mot, elle alla s'installer auprès de lui sur la banquette. Elle effleura sa joue de ses lèvres et lui prit une des rames pour qu'ils travaillent ensemble pour rentrer.