Tard ce soir-là, Marinette fixait l'écran de son ordinateur, très songeuse.

Durant la visite de la Tour Montparnasse, Alya et Nino s'étaient écartés des autres pour trouver un coin tranquille.

Cependant, la professeure avait rapidement su compter jusqu'à quatorze plutôt que seize élèves et toutes la classe avait dû rebrousser chemin dans leur visite guidée pour retrouver les personnes disparues dans une situation beaucoup plus compromettante que périlleuse.

Les moqueries, la gêne, la menace de la sanction pour leur comportement eurent raison du couple et ils avaient été akumatisés ensembles sous la forme d'Oblivio.

Marinette ne se rappelait que du début du combat, ChatNoir et elle avaient été touchés et avaient dû, selon toutes les apparences, combattre sans leur mémoire.

Elle n'avait aucun souvenir des événements qui avaient eu lieu durant cette attaque mais elle avait une preuve sous les yeux lui apprenant une vérité qu'elle avait nié depuis longtemps.

Ce qu'elle voyait était un baiser partagé par elle portant son masque et son partenaire de combat.

Cela n'avait rien de phénoménal en soit. Ils s'embrassaient à l'occasion. Plus que ça, leurs baisers étaient le plus souvent beaucoup moins chaste que celui-là. Et même si c'était la première fois que l'un de leur baiser filtrait sur le net depuis qu'ils étaient en couple, le secret de leur relation restait sauf.

L'histoire racontée par Alya et parlant de ce baiser était suffisamment détaillée pour que les gens sachent qu'ils s'étaient embrassé tout en étant amnésiques.

Et de l'avis général des gens, c'était très romantique qu'ils soient tombés amoureux si rapidement en l'espace d'une seule attaque.

Mais pour Marinette, cette photo lui apprenait autre chose. Elle n'avait jamais douté d'être assez attirée par son partenaire, physiquement et émotivement, pour l'embrasser. Elle le faisait déjà depuis le début du lycée lorsqu'elle avait été assez mure pour reconnaître qu'elle en avait envie et que ChatNoir restait quelqu'un de très séduisant.

La révélation qui la frappait sur cette photo était qu'elle avait toujours pensé qu'elle ne pourrait pas être heureuse sans être amoureuse d'Adrien. Pourtant durant l'attaque akuma, Adrien avait cessé d'exister pour elle et pourtant son cœur avait continué de battre.

Et Adrien avait tellement changé! Ce n'était pas qu'elle ne l'aimait plus, elle avait surtout l'impression qu'elle n'avait plus rien à lui apporter. D'où l'intérêt qu'elle avait vu durant l'avant-midi à donner son maximum pour réaliser son souhait en organisant une super journée de fête pour lui. Pour se prouver qu'il avait besoin d'elle plus que de Kagami.

Maintenant, cela avait moins d'importance de minute en minute. Elle devait réaliser qu'elle n'aurait jamais Adrien. Peu importe ce qu'elle ferait.

Tikki avait raison, elle était une égoïste. Elle avait déjà ChatNoir qui l'adorait et avait toujours voulu avoir Adrien en plus. Et maintenant qu'elle etait en train de les perdre tous les deux, elle n'arrivait pas à renoncer à Adrien même pour se contenter de ChatNoir.

Il fallait que cette situation change. Elle devait se comporter et réfléchir autrement. Et penser un peu aux autres pour changer. Elle n'était pas le centre du monde, tout de même!


Durant ce temps, à la résidence Agreste, Adrien était dans un toute autre genre de situation.

Loin d'être seul dans sa chambre à rêver au fait que Ladybug s'était laissé embrasser par lui pour une fois (selon ce qu'avait raconté Alya sur le chemin du retour vers l'école) il était confronté à un paternel intraitable.

Toute l'attitude de Gabriel Agreste disait qu'il était déçu de son fils et le fils en question se demandait s'il allait prononcer ces mots exacts qu'il répétait si souvent qu'ils prenaient toute la place dans leurs échanges. "Tu me déçois."

À côté de son père, Kagami se tenait aussi droite et fermée que lui, restant sans bouger dans le tailleur-pantalon chocolat qu'elle portait. Elle avait déjà le look pour devenir tout comme son père.

Coupé sur mesure comme tous les vêtements de sa nouvelle garde-robe qu'elle portait depuis qu'elle était au lycée, Adrien trouvait qu'elle avait vraiment la classe mais, l'aspect extérieur n'était pas tout dans une relation.

«Mademoiselle Tsurugi ici présente, m'a apprit qu'elle t'avait à deux reprises déjà, invité à entamer des fréquentations entre vous et que tu aurais décliné. Est-ce que c'est vrai?» l'accusa son père.

«Oui» fit Adrien incrédule. «Je ne souhaite pas entamer de relation romantique avec Kagami, même si je trouve que tu es une charmante personne.» complimenta-t-il poliment directement pour elle.

«Merci de me l'avouer, Adrien.» répondit-elle aussi polie que lui mais encore qu'elle était aussi immobile que pouvait l'être Nathalie sans être aussi blasée.

Elle venait de s'adresser à son père pour lui forcer la main, exactement comme l'aurait fait Chloé. Mais elle avait cette même expression sur le visage. Elle aussi était déçue par lui.

Et bien, il était désolée d'avoir à le lui apprendre, mais il ne lui devait rien. Surtout qu'elle venait de le trahir. S'il y avait quoi que ce soit, c'était à lui de se sentir déçu par elle.

«Il suffit!» trancha Monsieur Agreste qui retomba ensuite dans le silence que les deux plus jeunes observèrent.

«Adrien, tu me déçois. Et tu me déçois souvent.» Tiens, ça c'était nouveau. Cet air d'épuisement sur le visage de son père. «J'ai été patient avec toi. Je t'ai donné tout ce dont tu avais besoin pour devenir un véritable Agreste. Tu as eu toutes tes chances.»

«Sauf, ce que je voulais vraiment.» dit prudemment Adrien d'une voix calme et timide, la plus émotive qu'il pouvait se permettre avec son père. «J'ai été gardé enfermé sans véritables amis, cela fait des années que je dois prendre un rendez-vous avec vous pour attirer votre attention. Je n'ai pas eu ce sur quoi la plupart des adolescents et aussi des enfants peuvent compter pour grandir.»

«Tu fais erreur Adrien. Encore. Et c'est en cela que tu me déçois. Je pensais qu'après tout ce temps, tu aurais compris que tu n'es pas comme les autres. Que tu dois t'élever au-dessus des masses. Tu n'as pas reçu ces choses dont les basses catégories ont besoin parce que tu es différent d'eux. Et encore et toujours, je te regarde échouer à prendre ta place dans la société.»

'Quel malade!' pensa Adrien. 'Pensait-il vraiment que j'avais envie de devenir comme lui?'

«Tu pensais vraiment que je ne découvrirais jamais que tu avais déjà une relation avec une autre jeune femme? Elle n'est pas de bonne famille, si je peux en déduire par ta décision de me la cacher?» reprocha encore Gabriel.

Adrien sentit un nouveau coup au ventre. Ainsi donc, Kagami ne lui avait pas uniquement forcé la main en passant par son père, elle avait carrément dénoncé le secret qu'il lui avait confié.

«Je pense que c'est ce que vous diriez de sa famille. Mais, c'est vraiment quelqu'un d'exceptionnel et elle est célèbre. Selon vos propres critères, elle n'entacherait pas le nom des Agrestes.» contra-t-il sans laisser voir son sentiment de trahison.

Adrien n'avait aucune idée de l'identité de la famille de Ladybug mais, elle parlait de son entourage avec chaleur et rien ne lui avait jamais laissé penser qu'elle subissait une éducation snob comme la sienne. Donc, peu importe qui ils étaient, même riches ou ancestrales, Monsieur Agreste les regarderait de haut.

«Peu importe la célébrité. La popularité n'est qu'un feu de paille.» écarta son père. «Même si les vedettes font de bonnes clientes, elles ne font pas de bonnes épouses. Je suis certain que Mademoiselle Tsurugi le comprends. Elle a opté une addition valable au patrimoine de sa famille en te choisissant et sa demande est légitime. Je te donne donc un ultimatum, Adrien. Soit, tu romps dès maintenant toutes relations avec cette autre personne, tu te rends à ce dîner et tu te comportes dorénavant tel que ton rang social te le dicte, soit je chercherai un autre successeur pour la compagnie et pour la fortune de la famille.»

«Tu vas me mettre à la rue?» questionna Adrien cachant autant que possible le raz-de-marée d'espoir qui l'envahissait.

«Évidemment que non!» s'emporta Gabriel Agreste avec le plus grand découragement que son fils ne lui ait jamais vu. «On te trouvera un poste subalterne dans l'entreprise où tu ne causeras pas de problème et une épouse de qualité capable de prendre ma relève à la tête de la famille. Et espérer réussir à élever la prochaine génération avec plus de succès!»

'Oui, je deviendrai un géniteur en somme.' Avec un rôle de soutien pour fonction. Pensa Adrien. Il n'était pas contre l'idée en principe mais restait convaincu de ne pas vouloir remettre les décisions de son avenir entre les mains de son maniaque de père.

«Et cette fois, on ne mettra pas tous nos espoirs dans un seul héritier!» poursuivit ce dernier. «Ce serait beaucoup trop risqué. J'ai voulu évité la débâcle que nous avons encourue due à la gémellité de ta mère mais c'est le problème inverse qui s'est présenté. Alors, ta réponse?»

Adrien aurait aimé pouvoir envoyer son père battre la campagne avec sa proposition. Il n'avait aucune intention de rester dans le giron de la famille Agreste en tant qu'héritier une fois adulte. Il préférait fuir dès qu'il le pourrait et espérait simplement avoir son diplôme de terminal et sa majorité en poche avant de le faire.

Et encore, il n'était pas certain que cela en valait la peine, c'était simplement qu'il avait tenu jusque là et qu'il avait d'excellentes notes. S'il en trouvait la motivation, il pourrait même prétendre à une bourse d'étude... sous un nom d'emprunt... dans un pays sans traité d'extradition.

Mais, ce n'était qu'un dîner et il n'était pas certain que tant d'émoi en valait la peine. Et ainsi il pourrait parler avec Kagami. Il avait coupé les ponts avec Chloé et Lila mais, il leur avait bien laissé une chance alors qu'elles savaient parfaitement ce qu'elles faisaient. Et si au fond, Kagami ne savait pas du tout comment elle l'avait blessé?

«Ok!» lança-t-il en se tassant ensuite les épaules, effrayé par son propre éclat de voix. Il était conditionné à craindre une réprimande s'il parlait trop fort. «J'irai à ce rendez-vous avec Kagami.» déclara-t-il, laissant penser à son père qu'il avait gagné.

Adrien raccompagna même Kagami à sa voiture avec la plus hypocrite des bonnes manières.

Mais, en repassant dans le hall d'entrée pour aller vers sa chambre, son père l'attendait dans l'encadrement de la porte de son bureau.

«Je te conseille de bien profiter de ce repas. Dorénavant, tu ne sortiras de cette maison que pour les obligations et les apprentissages que je t'aurai choisis. Tu es retiré de l'école définitivement.»

«Je tiendrai ma promesse, Père, j'irai à ce rendez-vous. Pas besoin de mettre votre menace à exécution!» protesta-t-il avec humeur.

«Il s'agit d'autre chose. Je te retire de l'école parce que tu es allé à une sortie scolaire sans mon autorisation. Tu devais bien te douter que je ne t'autoriserais pas à aller dans un endroit aussi dangereux et que je découvrirais ta présence là-bas.»

«Il s'agit d'une tour à bureau, père. Des centaines de travailleurs s'y rendent tous les jours sans problème.» lui rappela Adrien avec un peu d'exaspération et d'incrédulité.

«Sauf aujourd'hui. Il y a eu une alerte akuma, des amis à toi si je ne m'abuse. C'est pourquoi je te retire de cette école. Ils sont tous infréquentables.» statua le snob millionnaire.


Alya, Marinette, Luka, Juleka, Mylène, Ivan, Alix et Rose étaient tous réunis sur les marches du lycée très tôt le lendemain matin. Ensemble, ils révisaient toutes les étapes du plan et divisaient les rôles. Depuis l'avant-midi de la veille, ils prévoyaient d'offrir une journée de congé à Adrien, comme il le souhaitait.

Ils étaient tous inquiets pour lui et si de ne plus avoir son père et ses manies sur le dos pendant une journée pouvait lui faire du bien, leur ami méritait bien qu'ils s'activent et travaillent un peu pour lui.

Ils lui avaient trouvé un hamac au fond d'une court discrète pour faire une longue sieste, Marinette avait préparé un panier repas. Ils avaient une quantité d'excuses pour son absence de l'école et pour tromper Nathalie et le chauffeur d'Adrien. Les filles avaient même préparé toutes sortes de petites attentions pour lui.

Marinette se doutait que ce genre de choses trop féminines n'intéresseraient pas Adrien mais, il apprécierait peut-être encore le geste si une partie de lui était encore l'ancien lui.

Ils pensaient tous qu'Adrien restait une bonne personne même s'il sentait le besoin de s'isoler. Ils espéraient que ce qu'ils faisaient pour lui, lui montrerait que ses amis tenaient à lui et que cela l'aiderait à aller mieux.

Alya s'apprêtait à envoyer le message à la secrétaire de l'école depuis une adresse e-mail presque identique à celle de Nathalie, lorsque Nino arriva pour l'en empêcher.

Tout le groupe remarqua alors la mine défaite de Nino.

«Adrien ne viendra pas aujourd'hui.» dit-il la mine sombre. «Son père le retire de l'école définitivement.»

Ils furent tous très choqués. Ils sentaient qu'ils avaient échoué. Qu'ils étaient arrivés trop tard pour sauver leur ami de son malheur.

Avant même qu'ils puissent protester, en parler, se fâcher ou discuter d'une solution, la voix de Chloé les interrompit en les faisant sursauter.: «Vous voyez Madame, ils sont ici, je vous avais bien dit qu'ils préparaient un mauvais coup.»

«Que faites-vous tous réunis ici jeune gens?» demanda Mme Mendeleiev.

«Depuis quand est-ce qu'on a plus le droit de se réunir?» demanda Alix incrédule sous l'injustice.

«Nous ne sommes pas en train de préparer une bêtise, Madame.» intervint tristement Alya qui commençait sérieusement à s'inquiéter pour son camarade de classe. «Nous venons juste d'apprendre qu'Adrien ne reviendrait plus à l'école. Son père l'a punit.»

«Est-ce qu'on sait pourquoi?» demanda Marc qui arrivait avec Nathaniel.

«Parce qu'il est venu à la sortie à la Tour Montparnasse hier.» leur apprit Nino.

Un sentiment de consternation générale couvrit le groupe. Même Chloé, Sabrina et la professeure de science.

Chloé resta de méchante humeur durant toute la journée de cours. Elle criait, tempêtait, snobait tout le groupe.

Mais, elle n'était pas la seule, la plupart des élèves ressentaient de la peine pour Adrien et aussi de la honte. Ils avaient le sentiment de l'avoir laissé tomber.

Entre la bande d'amis, les spéculations s'échangeaient vivement sur l'heure du déjeuner. Alya avait lancé le bal et pensait qu'il leur fallait absolument trouvé pourquoi Adrien avait changé.

Elle pensait qu'ils devaient trouvé une solution à ses problèmes à sa place parce du fond de sa prison, il ne pouvait plus agir pour se libérer.

Il y avait donc deux niveaux à son problème ou peut-être deux problèmes séparés. Du mieux qu'ils en savaient, Adrien devait se sentir surmené puisqu'il avait avoué à Marinette qu'il souhaitait par dessus tout avoir une journée de congé.

L'autre problème ne faisait aucun mystère. C'était le fait qu'il ait été retiré de l'école bien sûr. Sauf que la solution pour le ramener était toute aussi peu évidente.

Marinette était mise à contribution pour fournir des réponses parce qu'elle restait celle qui avait le plus discuté avec lui.

D'autre part, elle était celle qui normalement fournissait les idées et poussaient les autres à agir. Mais pas ce jour-là.

Marinette repensa à combien Adrien avait changé depuis le début de l'année scolaire. Elle savait des choses sur lui que personne ne savait. Malheureusement, c'était également des choses qu'elle ne pouvait pas raconter.

Mais, elle se demandait si finalement, ce n'était que du surmenage. Elle abondait plus facilement avec la théorie qu'Alya lui avait soufflé.

Peut-être n'était-il pas suicidaire mais, peut-être était-il dépressif.

Et si c'était le cas, comment pouvaient-ils intervenir? Et si c'était l'école qui l'avait rendu comme ça? Ils manquaient surtout d'information.

Malheureusement, Adrien ne répondait pas à leurs messages.

«Vous être tous trop nuls.» leur lança Chloé en s'approchant d'eux suivie par Sabrina. «Vous ne comprenez pas que Gabriel a retiré Adrien de l'école parce que vous le dégoûtez.»

Chloé avait déjà fait pleurer Rose et Jackie durant l'avant-midi. Il n'était pas question que Marinette la laisse poursuivre.

Le représentante de classe quitta son siège pour faire face à Chloé: «As-tu déjà seulement une fois pensé qu'Adrien avait pu changé par ta faute Chloé? Après tout, la première chose vraiment étrange qu'il a fait était de refuser de poursuivre son amitié avec toi. Il a dit qu'il s'était montré patient mais qu'il n'en pouvait plus. Comment peux-tu être certaine que tout n'est pas ta faute, hein?»

«Ce n'est pas moi qui a été akumatisé hier!» lança la blonde avant de partir en frappant du talon.

«Ha! Alors tout serait de la faute d'Alya et Nino?» se moqua méchamment Kim.

«La ferme! C'est de ta faute, s'ils ont été akumatisés.» lui rappela flatement Alix d'une voix exaspérée.

Loin de ramener Chloé à la raison, lorsque Marinette lui avait retourné l'accusation, la blonde n'avait fait qu'être de plus méchante humeur. Marinette lui avait rappeler un terrible moment en plus de créer un doute en elle. Et s'il y avait une part de vérité dans ce que Marinette avait dit?

Chloé n'en fut que deux fois plus méprisante envers tous ceux qu'elle croisait. Elle voulait changer le monde à sa façon. En criant sur tous et tout jusqu'à ce qu'ils lui obéissent.

Durant ce temps, après l'échange avec Chloé, Marinette avait relativisé.

Elle se rendait compte qu'elle venait d'utiliser exactement le comportement qu'Adrien lui avait toujours reproché. Elle s'était opposé à Chloé œil pour œil, dent pour dent et l'avait humiliée en public.

Tout le contraire de ce qu'il avait toujours encouragé. Être au dessus d'actions aussi basse. Réfléchir avec son cœur. Se mettre à la place de l'autre pour essayer de comprendre ses actes et traité la racine du mal plutôt que les symptômes.

Donc, lorsque tous les autres commencèrent à se blâmer eux-mêmes ou entre eux pour ce qui arrivait à Adrien, Marinette intervint encore pour changer leur attitude.

Plutôt que de chercher un coupable, ils feraient mieux de trouver une solution. «Nous sommes tous un peu responsables parce que nous n'avons pas vu les problèmes qu'avait Adrien avant tout cela et nous ne l'avons pas aidé. Ça vie n'a pas changé du jour au lendemain. C'est simplement qu'avant il avait espoir qu'on l'aide et un jour, il a cessé d'espérer.»

«C'est peut-être même pour ça qu'il est venu à l'école au départ.» avança Nino. «Il voulait se faire des amis. Mais peut-être avait-il désespérément besoin de se faire des amis parce qu'il était en train de sombrer doucement et qu'il appelait à l'aide.»

«Il n'était pas malheureux lorsqu'il est arrivé parmi nous.» pointa Kim.

«Si tu étais coincé avec uniquement Chloé pour amie et que tu devais compter sur elle pour avoir des contacts avec l'extérieur, tu serais vraiment heureux?» pointa Nino pour le sportif.

Plus tard, à la sortie des cours, Marinette vit Chloé s'en prendre encore à des élèves, cette fois, elle était sur le cas d'Aurore Boréal.

Marchant avec détermination, Marinette chercha à dénouer la situation. Sans colère, sans haine, juste avec avec gentillesse et des idées. Mais, pour seul résultat, elle obtint une nouvelle akumatisée à combattre, ou plutôt une ancienne en la personne de Climatika qui fit un retour remarqué.

Dans la voiture qui conduisait Kagami et Adrien vers le restaurant, il resta silencieux et le visage tourné vers la rue. Kagami resta aussi silencieuse, le regard toujours tourné vers l'avant.

Le repas avait déjà été commandé par Nathalie lorsqu'elle avait fait la réservation et ils mangèrent en silence les entrées.

Lorsqu'on desservit le plat principal, Adrien avait une question importante à poser à Kagami et il voulait le faire le plus vite possible parce qu'il avait l'impression qu'ils seraient renvoyés chacun de leur côté très bientôt.

«Pourquoi veux-tu être avec moi Kagami? Nous n'avons rien à nous dire et j'en aime une autre.» brisa-t-il le silence inconfortable.

«Cela peut sembler être une quantité insuffisante d'échanges pour toi, mais tu es la seule personne avec qui je réussi à communiquer même si nous échangeons peu de mots.» répondit calmement Kagami.

«Il n'en tiens qu'à toi de rencontrer d'autres personnes. Je ne t'ai jamais vu discuter avec l'un des autres membres de l'équipe d'escrime. Certains sont célibataires, tu sais.» se moqua-t-il légèrement.

«Ils ne sont pas assez bien pour moi, ils n'ont pas ton excellence au combat.» répliqua-t-elle énonçant un simple fait dont elle ne doutait pas.

«Pourquoi bases-tu les relations que tu veux avoir sur ce seul critère? Les gens pourraient te surprendre si tu apprenais à les connaître.» conseilla-t-il.

«Je suis d'avis qu'il n'y a que peu de différences entre la nature profonde d'une personne et ce qu'elle en laisse deviner.» contra-t-elle.

Adrien retomba sur le dossier de son siège. «Si tu savais ce qu'il y a au fond de moi, tu ne voudrais pas être avec moi.» dit-il lentement.

«Tu as une apparence extérieure parfaitement soignées. Tu diversifies les apprentissages parmi les disciplines du corps, de l'esprit et de la culture. Ta nature généreuse facilite tes relations sociales. Tes succès scolaires sont un gage de son intelligence et tes talents à l'escrime m'indique que tu as une nature combative qui se révélera utile lorsque tu occuperas un poste de gestionnaire. Contrairement à ton père, je trouve que c'est une bonne chose que tu saches aussi t'amuser et créer des liens sociaux. C'est une capacité que je n'ai pas encore maîtrisé malheureusement.» développa-t-elle.

Adrien se pencha au-dessus de la table et lui souffla avec un sourire parfaitement contradictoire à ses propos: «Je préférerais mourir plutôt que de rester la personne que tu décris pendant encore plusieurs années. Je préfère que mon père me déshérite plutôt que de sortir avec une fille qu'il m'imposerait. Tu es tout en bas de la liste des personnes que j'estime maintenant que tu as trahi mon secret et tu n'as pas ce qu'il faut pour t'occuper de moi.»

La simple idée de s'imaginer en gestionnaire de compagnie et d'avoir des gens à ses ordres le rendait malade de panique et d'aversion. Il n'avait pas peur d'être responsable de protéger la vie des gens mais devenir comme son père et imposer ne serait-ce que les prochaines tendances de la mode lui donnait des sueurs froides.

«Sans ma petite amie actuelle, je serais une lavette, un torchon bon qu'à essuyer le plancher, à des années-lumières de la personne que tu souhaites à tes côtés.» ajouta-t-il sur un ton peu charitable pour lui-même.

Il ne savait plus s'il parlait de Ladybug en énonçant ces paroles. Peut-être parlait-il de Marinette ou bien des deux filles à la fois mais, il se sentait encore irrémédiablement attiré par sa Lady alors même qu'elle lui arrachait le cœur de la poitrine pour le piétiner si souvent.

Il y avait vraiment quelque chose qui ne tournait pas rond chez lui et il lui semblait que Kagami préférait les choses normales. Parfaitement et supérieurement normales.

Et il en était arrivé à la conclusion que même si Kagami était capable de lui offrir la correction qui l'exciterait sexuellement, elle n'avait pas la passion nécessaire pour qu'il trouve le geste plaisant. Autant utiliser une machine.

Un lourd silence retomba sur la table. C'est Kagami qui le brisa, Adrien était prêt à ne plus lui parler du tout.

«Je peux concevoir que tu penses actuellement que je t'ai trahi mais, tu sembles ne pas avoir réalisé une donnée essentielle à mon sujet. C'était pourtant évident, je suis surprise que tu n'ai pas remarqué.» s'amusa-t-elle (à sa façon.)

Comme il ne participait plus à la conversation et se consacrait plutôt à l'assiette de fruits qu'on venait de déposer devant lui, elle fournit avec la certitude qu'il ne refuserait pas son offre absolument généreuse: «Si tu acceptes de devenir mon amant, je te laisserai entretenir un lien d'amitié avec Marinette. Je ne le révélerai pas à ton père. Naturellement, tu ne devras pas avoir de contacts physiques avec elle. Mais ne t'en fait pas, contrairement à ce que tu penses, je serai aussi câline que tu le voudras au lit. Je ne transformerai pas cela en compétition.»

Parlant sans aucune émotion, il la détrompa: «Rien de tout cela n'est en lien avec Marinette, ça me concerne moi. Et elle n'est pas ma petite-amie. D'autre part, je ne peux pas être ton amant puisque je ne cherche pas à toucher les femmes, je ne fait que les regarder. Les seules relations physiques que j'ai eu, sont avec d'autres hommes. Et je déteste encore plus les femmes qui me traitent comme un objet précisément comme tu le fais présentement. » lui apprit-il espérant la faire changer d'avis sur lui-même.

Il ne voulait pas que cela reste tel quel mais, c'était malheureusement sa triste réalité.

Il se releva, lança sa serviette sur la table et se plaça près de Kagami en lui offrant son bras. «Je crois que ce rendez-vous a suffisamment duré.»

En la raccompagnant à la porte de sa résidence, Kagami lui glissa à l'oreille: «Fais-moi signe si un jour tu changes d'avis et que tu réalises ce à quoi tu as dit non.»

«Ce n'est pas impossible.» lui expliqua-t-il en soupirant. «Il y a quelque chose en toi qui m'intéresse. Mais si on en vient là, la relation que je voudrais avoir avec toi, n'aura rien à voir avec celle que tu m'as décrites. Et il y a autre chose.»

Il se recula d'un pas pour la regarder bien en face. «Au risque de te déplaire, je me dois de t'informer que tu n'es pas mon premier choix. Et donc, si tu n'aimes pas cette idée, sens-toi complètement libre d'oublier l'éventualité d'être avec moi pour choisir quelqu'un d'autre.»


Adrien avait passé le jour de son anniversaire en shooting photo et à combattre un akuma et la torture avait été suspendue uniquement pour lui permettre de se rendre au rendez-vous avec Kagami.

En revenant à sa chambre en fin de soirée, il était si fatigué qu'il ne répondit pas aux nombreux messages qu'il avait reçu. Il vit que tous ses amis lui avaient écrit à quel point ils étaient tristes qu'il ait perdu quelque chose qui lui tenait à cœur. Il avait l'impression que de manière générale, ils étaient d'avis qu'il traversait une mauvaise passe et qu'ils auraient aimé pouvoir l'aider. Ils respectaient cependant qu'il ait besoin d'espace et ils promettaient d'être là pour lui dès qu'il aurait besoin d'eux. Ils étaient tous si merveilleux comparé à lui. Lui, il avait laissé tomber. Il avait l'impression que sans ses pouvoirs, il n'aurait plus la force de se battre pour les défendre.

Leur gentillesse était malheureusement plus douloureuse que réconfortante pour lui. Il avait l'impression de les abandonner. Mais, il n'arrivait plus à trouver la force de faire changer les choses. Il voulait juste réussir à dormir et tout oublier.

De toutes façons, si son père continuait de le faire travailler à ce rythme, même ses pouvoirs ne seraient plus suffisants pour le sortir du lit.

Sa vie était un tel désordre! Celle sans masque pesait un tel poids! Mais maintenant qu'il n'irait plus à l'école avec ses amis, il se disait que ce n'était peut-être pas une mauvaise chose. D'un côté, oui, il avait mal mais de l'autre, sa vie ne polluait plus les leurs. Il n'y aurait plus de menace de la part de son père contre eux s'il n'était plus lié à eux. Moins de fans akumatisés ou qui se permettraient de le tripoter en public.

Il sentait qu'un grand fardeau avait été retiré de ses épaules. Il n'avait plus à faire autant d'effort pour leur cacher qu'il ne réussirait jamais à être celui qu'ils voyaient tous en lui.

Le lendemain soir, après une autre journée de shooting qui avait finalement trouvé sa conclusion quand l'équipe de travail sonna l'heure du départ, Adrien dépensait le peu d'énergie qui lui restait sur le jeu vidéo que Max lui avait recommandé.

Il voulait s'épuiser comme la veille pour dormir profondément. Il n'avait aucune envie de sortir se promener sur les toits cette nuit-là.

Et au final, ce jeu lui plaisait assez. Il avait découvert en croisant un autre joueur qu'une catégorie de personnages avait la capacité de prendre la forme d'un gros chat sauvage ou d'une panthère et de rester sous cette forme.

Il avait créer un personnage de ce type pour essayer de faire de même et maintenant il adorait gardé son avatar sous cette apparence le plus souvent et le plus longtemps possible.

Il jouait encore dans la lumière tamisée de la pièce lorsque Ladybug se percha sur la fenêtre ouverte et frappa contre la vitre près d'elle.

«Je peux entrer?» demanda-t-elle.

Il la regarda sans répondre et sans émotion. Il n'éprouvait plus que du malaise en pensant à elle, mais en la voyant ce soir-là, il la trouva plus belle que jamais.

Elle était à la fois, l'héroïne fière et forte de Paris mais aussi détendue pour une fois, presque intimidée. Elle était calme. Elle ne souriait pas mais elle semblait ouverte d'esprit et inquiète pour lui. Il émanait d'elle une fragilité qu'il lui avait rarement vu mais qu'il trouvait très séduisante.

Elle prit son coup d'œil pour une invitation et entra dans la pièce pour aller s'asseoir sur le divan dans l'angle et être à sa hauteur.

«Tes amis s'inquiètent pour toi.» souffla-t-elle. «J'ai appris que ton père avait décidé de te garder ici?»

«J'ai envoyé un message à mes amis. Je vais bien, je leur ai dit. Mais, s'il s'inquiètent encore de moi, tu n'as qu'à leur dire toi-même que je vais bien.» Il ne la regardait même plus pendant qu'il parlait. Il fixait son écran et déplaçait son personnage qui courait dans une forêt sous sa forme de gros chat. Il ne voulait plus croiser son regard.

«Tu as envoyé un message au groupe mais tu ne réponds plus à la conversation que tu partages avec Marinette, Nino et Alya.» pointa-t-elle. Cette conversation s'était interrompue avec la dispute entre Alya et Nino et Adrien avait été heureux qu'elle reprenne. Pendant la journée de retour à la normale du lundi.

«Mon père m'a simplement retiré de l'école mais, il en profite pour que je rattrape le retard dans les shooting photos. J'ai été trop occupé pour répondre. Ça ne durera pas.» la rassura-t-il voulant aussi s'en convaincre.

«Adrien, j'ai remarqué que tu avais changé ces derniers temps. Est-ce que ton père, ou quelqu'un d'autre, te maltraite, abuse de toi ou te menace? Tu sais qu'à moi tu peux tout me confier.»

«Je joue sur la dernière console à la mode, dans une énorme chambre d'un manoir de luxe situé à Paris. Ma douche à elle-seule est plus grande que la plupart des salles de bain de la ville. Ma garde-robe ne contient que des vêtements haute-couture et je vais recevoir la meilleure éducation privée disponible sur le marché. Je suis riche, connu et j'ai des quantités de fans. Je serais mal placé pour me plaindre.» répondit-il amèrement.

«La maltraitance ne s'arrête pas à une classe sociale, une nationalité ou un niveau d'instruction et elle peut prendre plusieurs formes. Est-ce que tu as suffisamment à manger pour le niveau d'énergie que tu dépenses quotidiennement? Est-ce que ta sécurité physique est menacée? Est-ce qu'on te fait des insultes verbales et humiliantes?»

«Je vais bien.» soupira-t-il en tournant son regard vers elle. «J'ai simplement repris la vie que j'avais avant. Et personne ne s'est jamais inquiété de moi à l'époque. J'imagine que de l'avis général, tout est bon.»

Ladybug soupira tout bas. Elle savait qu'elle n'obtiendrait rien de lui ce soir-là. Il n'était pas prêt à parler.

Elle se releva et s'approcha de la fenêtre.

«Dans ce cas, je vais te souhaiter bonne nuit et une bonne prochaine année puisqu'il est inutile de te souhaité un bon anniversaire. Et quand on y pense, ce serait aussi bien mieux de n'être malheureux qu'une journée par an en fait.» plaisanta-t-elle avec une fausse expression songeuse.

«Ladybug» l'arrêta-t-il après une seconde de silence.

«Oui?» l'encouragea-t-elle.

«C'est quand, ton anniversaire?» demanda-t-il sans émotion, sans la regarder et en arrêtant de jouer.

«En juillet» répondit-elle vaguement en croisant les bras pour s'appuyer très détendue contre la fenêtre.

«Et celui de ChatNoir?» demanda-t-il les yeux vers le sol.

«Je ne sais pas.» avoua-t-elle.

«C'est dommage.» commenta Adrien.

Elle pinça les lèvres et sortie. Il avait raison, elle ne connaissait pas suffisamment de chose au sujet de son partenaire et petit-ami et c'était bien dommage.