Adrien était dans le garage et lavait les deux voitures de son père, la principale que conduisait normalement son chauffeur et la seconde qui servait pour les grandes occasions, lorsque Maître Fu se présenta devant lui.

«Il y a un problème, un akumatisé s'en prends à tes amis. Tu dois y aller.» l'avertie Maître Fu sans le saluer.

Adrien reculait déjà dans une cachette entre le mur de la résidence et le garage pour devenir un autre.

«Où sont-ils?» s'inquiéta aussitôt ChatNoir dès qu'il fut transformé.

«Dans le TGV sous la manche.»

«Vous avez une idée sur la manière donc je peux les retrouver?» réclama-t-il. Attendre le prochain train risquait de ne pas être très efficace.

Maître Fu hocha la tête. «Tu dois te rendre sur le toit de ton école. Ladybug t'y rejoindra en utilisant le miraculous du Voyage. Vous monterez ensuite à bord de cette façon.»

000

Lorsqu'Adrien revint de son combat qui les avaient amené jusqu'à Londres, il s'empressa de terminer de nettoyer les voitures.

«Adrien, je vous cherchais.» le réprimanda Nathalie peu après. Il eu peur de devoir se justifier pour son absence mais, elle lui reprocha seulement de ne pas déjà être à sa chambre.

Adrien en fut heureux. Il venait de passer à travers sa première attaque akuma avec sa nouvelle vie et il trouvait plutôt facile de s'évader pour aller combattre.


Adrien apercevait parfois Ladybug l'observant depuis les toits lorsqu'il travaillait à l'extérieur. Elle n'était plus revenu le voir dans sa chambre, par contre.

Il avait de nouveau rendu visite à Marinette quelques fois mais, la jeune femme continuait de lui demander de ne plus revenir et d'autre part, son père (ou Nathalie) lui trouvait de plus en plus de tâches éreintantes autour ou à l'intérieur de la maison.

Adrien finissait donc ses journées en ayant mal partout. Mais, après deux semaines dans sa nouvelle vie, il commençait à s'habituer et son sourire était revenu. De plus, il gardait ainsi la forme et gagnait en musculature. Il aimait plutôt l'idée.

Son père croisait de moins en moins son regard et lorsqu'il le faisait c'était toujours avec un air de déception. Il ne s'adressait presque plus à lui.

Parfois, par contre, Adrien se sentait surveillé et il se retournait pour trouver son père qui l'observait avec un regard d'aigle guettant sa proie.

Le jeune homme savait que son père n'avait pas dit son dernier mot et qu'il planifiait et préparait une vengeance ou un stratagème pour le pousser à lui obéir de nouveau.

Un soir où Adrien était sortit pour rendre visite à Marinette juste après avoir terminé le sandwich qui était désormais son dîner normal, il ne la trouva pas à sa chambre.

Dans la pénombre du couché du soleil, il parcourut les rues du quartier. Pour le plaisir et pour la retrouver. Pas chez Alya. Pas au Trocadéro en train de dessiner. Il se dit qu'elle devait être chez l'une de ses amies et donc, qu'elle allait retourner dormir chez elle bien après la tombée de la nuit.

Pour se lancer un défi, il décida d'essayer de la trouver et de la raccompagner ensuite chez elle. Ted était peut-être derrière les barreaux mais, il n'était pas le seul danger dans ces rues.

La ville avait beau avoir un taux de criminalité plutôt bas, Marinette restait Marinette. Merveilleuse mais maladroite et malchanceuse. Chaque aspérité du trottoir pouvait devenir un danger pour elle et une chance d'être son héros pour lui.

Il parcouru donc les ruelles de ce quartier, essayant de penser comme un agresseur à l'affût pour savoir ce qu'il devait contrôler. Quelle cachette aurait pu leur servir à se dissimuler en embuscade? Quelle ruelle échappait à la surveillance des habitants du quartier?

L'idée d'être un rôdeur de la nuit lui plaisait bien. Ce soir-là il était devenu un chat de ruelle!

Vagabondant dans les rues, il eut la grande surprise de tomber sur Ladybug. Il s'inquiéta d'abord parce qu'à sa connaissance sa partenaire utilisait ses pouvoirs principalement pour les urgences.

Lorsqu'il remarqua qu'elle s'était dissimulée pour observer quelque chose, il se rappela qu'il l'avait aussi vu roder en uniforme pour s'assurer qu'il allait bien dans la résidence de son père. Il en conclu qu'elle utilisait elle aussi ses pouvoirs pour veiller sur les gens.

Changeant d'itinéraire pour se rapprocher d'elle, il monta sur un toit pour avoir une meilleure vue de l'ensemble de l'endroit afin de savoir ce qu'elle surveillait.

Il fut surprit de découvrir que la musique qu'il entendait ne provenait pas d'un radio mais, de Luka qui jouait en direct. Ladybug ainsi que tous ceux qui passaient par hasard avait droit à un concert gratuit de la part du musicien qui composait sur le pont du Liberté.

Luka avait-il des problèmes? Il n'en donnait pas l'impression. Mais encore, c'était quelque chose de possible. Lui-même avait caché ses problèmes familiaux pendant des années. Et d'un autre côté, Adrien avait été coupé de sa ligne de communication avec ses amis. Si par exemple, Juleka vivait de l'intimidation, Adrien n'avait aucun moyen de le savoir.

Il s'avança nerveusement presque effrayé par elle. Il l'évitait tout de même depuis deux mois et ne savait pas du tout quelle attitude elle aurait pour lui. Et si d'un côté, il préférait terminer une bonne fois pour toute ce qui devait se terminer, de l'autre, il avait toujours envie d'elle en tant que personne.

C'était difficile à expliquer mais il avait besoin qu'elle le regarde, qu'elle l'admire et qu'elle le complimente. Durant la première année où il l'avait connue, avant qu'ils décident d'appeler leur relation une relation de couple. Il ne vivait que pour les rares moments où elle le félicitait. Il s'y raccrochait d'autant plus à cause de l'attitude de son père qui n'avait jamais une bonne parole pour lui ou ses accomplissements.

«Ma Lady, je suis surpris d'avoir la rare occasion de te rencontrer ce soir.» salua-t-il.

«ChatNoir? Moi aussi je suis surprise de tomber sur toi. Besoin d'échapper à tes études peut-être?» l'accueillit-elle.

«Non, en fait, ce soir, je pratique mes techniques de chasseur pour m'améliorer.» lui apprit-il.

«Merveilleux! Tu vas pouvoir suivre les akumas à l'odeur!» s'amusa-t-elle.

«Je te rappelle que j'ai le miraculous du chat, pas celui du chien!» se montra-t-il offusqué, ce à quoi elle rigola doucement.

«Ce n'est pas le miraculous du chien qui donne le pouvoir de la chasse, c'est celui du tigre. Il donne le pouvoir de faire face à ses problèmes. D'aller au-devant d'eux avec courage.»

«Tu as l'air de bien connaître les pouvoirs de tous les kwamis...» remarqua-t-il intrigué.

Elle rougit fortement avant de répondre bizarrement: «C'est pour leur attribuer le bon porteur et savoir à quel pouvoir faire appel.» expliqua-t-elle. Il était certain qu'elle mentait pour lui cacher quelque chose.

Avec elle, trois possibilités. Parce qu'elle était embarrassée par le secret, ce qui avait peu de chance d'être le cas. Parce que ce secret n'était pas le sien, mais dans ce cas elle aurait répondu plus calmement. Et la troisième possibilité était pour le protéger de quelque chose qu'il n'aimerait pas.

Il avait peur de conclure à la troisième possibilité. Pourquoi cherchait-elle toujours à le ménager en pensant que ce serait moins douloureux pour lui d'apprendre les événements le plus tard possible? Surtout que maintenant, il allait simplement s'angoisser de la savoir nerveuse. Il devinait toujours lorsqu'elle n'allait pas bien. Il savait, par exemple, qu'elle avait de l'appréhension ces temps-ci pour une perspective future qu'elle n'aimait pas.

Il ne chercha pas à la faire parler directement du mensonge parce qu'il savait qu'elle n'avouerait pas tant qu'elle se serait pas prête, elle allait juste éluder.

«As-tu déjà un porteur en tête pour tous les miraculous?» s'amusa-t-il en fixant son regard vers le bateau où habitait également sa camarade de classe. Son ancienne camarade de classe.

«Non.» répondit-elle lentement. «Je n'y avais pas pensée avant mais tu as raison. Juleka serait parfaite pour le miraculous de l'audace.»

«Parce qu'elle est déjà courageuse?» demanda ChatNoir qui cherchait à savoir comment les porteurs étaient choisis.

Ladybug secoua la tête pour dire non. «Parce que le courage et combattre ses peurs est le combat intérieur que doit mener Juleka dans son cheminement personnel.»

Comme il fronçait les sourcils d'incompréhension, elle expliqua: «Rena rouge est une personne qui cherche la vérité à tous prix dans sa vie quotidienne. Avec le renard, elle apprend à accepter qu'un peu d'illusion peu avoir du bon. Carapace a trop souvent reçu le reproche qu'il n'était pas capable de protéger les autres, (ce que je trouve ridicule) mais, il a besoin de se le prouver. Vipérion est hanté par les faux-pas qu'il commet et n'aspire qu'à avoir de nouvelles chances de faire mieux.»

«Donc, pour toi, tu manques d'imagination?» fronça ChatNoir incrédule.

«Oh contraire! J'en ai trop plutôt!» s'amusa-t-elle. «Mais je manque désespérément de chance. Je suis certaine que si je n'étais pas devenu la porteuse de la coccinelle, je serais tombée dans une plaque d'égout ouverte ou que bien, j'aurais mis le pied sur une peau de banane en visitant la Tour Eiffel et, et, que j'aurais eu besoin de secours pour être décrochée de la hampe du drapeau où je me serais retrouvée suspendue entre la vie et la mort ou quelque chose de ridicule dans ce genre.»

Il rigola de la description si opposée à la Ladybug qu'il connaissait mais se calma bien vite, perdu dans ses pensées.

«Chaton?» l'appela-t-elle en se rapprochant pour placer ses mains sur ses épaules. «Tu es dans la lune?» se moqua-t-elle tendrement.

«Non, je me demandais juste ce que ça signifiait pour moi qu'on m'ait attribuer le miraculous de la destruction et de la malchance. C'est peut-être un retour du karma parce que j'avais trop de chance, tu crois?»

«Je ne peux pas m'imaginer que tu ais pu faire quelque chose de mal au point où ton karma devienne mauvais.» sourit-elle. «Est-ce que tu ressent un besoin compulsif de créer?» s'amusa-t-elle.

«Non, mais, c'est vrai que... » débuta-t-il en détournant le regard. «Avant de devenir ChatNoir, j'étais quelqu'un de très obéissant et on exigeait de moi de ne jamais rien briser. Pas le droit de courir dans la maison et ce genre de truc. Interdiction de me salir ou de déchirer mes vêtements du plus loin que je me rappelle. L'explication vivante de "sage comme une image." Mais, que tu expliques les choses de cette manière ce soir, donne un autre sens à certaines choses que Plagg m'a dites. Pas que j'aurais dû écouter les conseils qu'il m'a donnés, mais sur le fond du message. J'aurais peut-être dû me rebeller il y a longtemps. Parfois, c'est mieux de s'indigner et de détruire ce qui nous oppresse. Comme, comme le mur de Berlin, tu vois et ce genre de chose.»

«Oui, je vois. Je comprend très bien le rôle des ChatNoirs à travers l'histoire. Je ne serais pas étonnée d'apprendre que plusieurs ont été expédiés en territoire ennemi pour y semer le chaos. Et je ne condamne pas unilatéralement l'idée qu'un peu de bêtises peu encore être bénéfique. Pour moi, tu as toujours été le porteur idéal pour Plagg parce que tu sais très bien quand ne pas utiliser ton pouvoir ou même un côté destructeur. Mais, si tu veux travailler sur toi-même pour être capable de remarquer des occasions où il serait bénéfique que tu les utilises plus souvent, tu as tout mon soutien.» déclara-t-elle très solennellement amenant des frissons à tous les deux.

Après un instant de silence, elle eu un nouveau petit frisson et reprit: «Justement, je voulais te parler de quelque chose.»

«Hop non, je n'ai plus le temps là, il faut que je me remette en chasse pour ne pas perdre ma proie!» éluda-t-il avec un manque flagrant de bonne volonté. «Ce sera pour la prochaine fois!»

Elle secoua la tête de découragement et observa ses déplacements sur son gps pour s'assurer qu'elle pouvait rentrer chez elle sans qu'il ne la voit.

Finalement, ChatNoir ne savait pas comment il avait rater Marinette lorsqu'elle était rentrée de chez Mylène mais, il profita de la liberté que lui offrait sa nouvelle vie pour dormir quelques heures dans son lit avec elle. Uniquement profiter de sa chaleur était merveilleux.


Un samedi après-midi, Kagami se fit déposer par la voiture intelligente de sa mère à Françoise-Dupont. Elle avait mentit en prétendant que Monsieur Agreste avait accordé une période de pratique d'escrime à son fils qui s'était bien comporté.

Sa mère avait passé un autre de ses commentaires sarcastiques qui sous-entendaient qu'elle désapprouvait que Kagami perde son temps avec Adrien. Selon elle, Adrien était amoureux d'une autre et Kagami était une idiote si elle pensait que le séduire lui serait profitable.

Elle déplorait de toute façon que sa fille ait choisit un petit-ami potentiel qui était la marionnette fragile de Gabriel Agreste. Elle aurait préféré que sa fille choisisse un homme plus fort, avec une colonne et capable de lui faire honneur.

Kagami refusait d'écouter sa mère. Elle détestait que cette vieille aveugle la sous-estime et sous-estime ses capacités.

Elle n'entra bien sûr pas dans l'établissement scolaire, cette histoire n'était qu'un prétexte. Elle orienta plutôt ses pas vers la boulangerie de l'autre côté de la rue.

Cependant, sur le trottoir face à cette rue passante, une fillette se tenait au passage piétonnier et semblait effrayée. Kagami l'observa attentivement et remarqua que la petite semblait seule.

Kagami n'avait pas une grande expérience avec les enfants plus jeunes. Elle n'avait fait qu'en croiser certains dans les écoles ou elle avait étudier pour ses cours particuliers. Elle avait tout de même l'impression que celle-ci était un peu jeune pour se promener en ville sans accompagnateur.

Par contre, elle remarqua aussi qu'elle était la seule à s'être aperçu du problème. Tous les adultes autour d'elles étaient distraits par une chose ou une autre.

Kagami détestait les gens manquant de sens de l'observation. Ils étaient faibles. Elle détestait également les gens qui s'obstinait à nier l'évidence. Elle savait que sa haine était une réaction à la cécité de sa mère mais devait encore travailler pour contrôler ses émotions sur le sujet.

Elle n'avait cependant aucune envie de rester plus longtemps sans réagir à l'attitude d'Adrien.

Il était clair qu'il éprouvait des sentiments pour Marinette. Même en ne se fiant qu'à la façon dont il prononçait son prénom, c'était un fait plutôt flagrant. Il retenait un soupir d'admiration pratiquement à chaque occasion où il parlait de la jeune franco-chinoise aspirante dessinatrice et fille de boulangers qui avait suivit les mêmes formations publiques que lui-même.

Ce qui laissait deux possibilités. La première, ils étaient secrètement plus impliqués qu'il ne le laissait entendre et ne réalisaient pas que tous les gens de leur entourage n'étaient pas dupe.

La seconde, que tous deux ignoraient totalement les sentiments qu'ils éprouvaient respectivement l'un pour l'autre.

Si cette seconde possibilité était la bonne, il serait facile pour Kagami de les éloigner et de se glisser entre eux.

Si c'était la première éventualité qui se vérifiait, il s'agirait pour la japonaise de travailler plus fort vers le même objectif. Et en aucun cas, elle n'avait l'intention d'échouer.

Lorsque le feu indiqua aux piétons de traverser, Kagami se retourna subitement vers la fillette qui n'avait pas bouger et la regarda en fronçant les sourcils. «Il est temps de traverser. Qu'attends-tu?» lui reprocha-t-elle froidement.

Les yeux bruns de la fillette s'agrandirent démesurément et elle s'enfuit dans la direction de l'arrière de l'école.

Kagami haussa les épaules et traversa en hâte en essayant d'oublier cette histoire et le malaise qu'elle créait en elle.

Elle entra dans la boulangerie et se plaça dans la file d'attente. Arrivée au comptoir, elle demanda poliment à la dame qui répondait à la clientèle si elle pouvait rencontrer Marinette.

«Oh, je suis désolée, elle n'est pas à la maison. Tu es une de ses amies?» demanda la vendeuse avec un sourire.

«En effet.» mentit Kagami. C'était un mensonge mais il faisait partie d'un plan beaucoup plus élaborer que le simple fait de venir rencontrer sa rivale.

Lorsqu'Adrien l'avait repoussée, Kagami avait décidé d'utiliser une stratégie militaire pour parvenir à ses fins. Puisqu'Adrien affirmait que Marinette était son amie, elle ferait la même chose et deviendrait l'amie de l'amie d'Adrien.

En créant ce lien d'amitié avec Marinette, celle-ci ne se méfierait pas et accepterait plus facilement d'écouter les arguments de Kagami. Elle s'écarterait ainsi pour laisser la place à la personne la plus apte à rendre Adrien heureux.

«Marinette est en ce moment dans le petit parc de l'autre côté de la rue. Tu peux certainement la retrouver là-bas.» proposa la commerçante.

«Je vous remercie, Madame. Passez une bonne journée.» énonça Kagami toujours avec ce simple sourire qu'elle gardait sur ses lèvres en présence de d'autres personnes.

Il y avait un genre de spectacle musical au parc situé tout près de la boulangerie mais Kagami trouva facilement celle qu'elle cherchait.

Marinette était accompagnée de quatre élèves de sa classe et ils étaient parmi l'assistance qui observait le guitariste.

La musique était agréable mais comme il s'agissait de musique populaire, Kagami n'en teint pas compte.

La présentation se termina rapidement sous les applaudissements généreux des spectateurs et l'une des amies de Marinette s'élança au cou du guitariste aux cheveux noirs et colorés.

Deux des élèves que Kagami identifia comme étant tous deux très proches d'Adrien, ceux qui se nommaient Alya et Nino selon ce qu'elle avait découvert, saluèrent les autres et quittèrent l'endroit.

Kagami décida alors de s'avancer vers sa cible juste au moment où le musicien du parc la devança et passa son bras autour des épaules de Marinette.

Kagami opéra un changement stratégique de direction et se dirigea plutôt derrière des passants qui s'étaient arrêtés pour discuter pour qu'ils la cachent aux regards des amis d'Adrien.

Elle reconnu alors le garçon qui avait accompagné Marinette lors de cette fameuse sortie à quatre où Adrien l'avait invité à la patinoire, celui dont elle était proche. Elle ne lui avait pas porté attention plus tôt parce qu'il ne lui était d'aucune utilité et qu'il n'était pas une menace.

Mais, sa présence aux cotés de Marinette changeait bien des choses. Leur attitude familière l'un avec l'autre indiquait un certain degré d'implication dans une relation personnelle.

Si c'était le cas, cela éliminait la possibilité d'une relation secrète entre Marinette et Adrien et cela facilitait grandement les choses pour Kagami. Elle avait lu dans les recherches sur l'amitié qu'elle avait consultée depuis qu'elle formulait son plan que les amies filles s'entraidaient parfois pour former des couples.

Il ne restait plus à Kagami qu'à mener à bien la première phase de son plan en devenant amie avec Marinette. Elle n'aurait ensuite qu'à la convaincre au nom de leur amitié de l'aider à séduire Adrien.

Luka n'était pas le seul à avoir apporté sa propre guitare pour la rencontre. D'autres musiciens arrivèrent bientôt et donnèrent eux aussi un concert impromptu.

Pas aussi bon que celui de Luka selon l'avis de Marinette mais tout de même intéressants. Finalement, une petite équipe se présenta avec la vedette de l'événement. La légende du rock français des années '80 et '90 : Billy Libbo.

Il n'était pas du tout comme Marinette se l'imaginait, elle s'attendait à quelqu'un ressemblant à Jagged Stone mais, c'est plutôt un sympathique grand-père en tailleur-chemise et chaîne en or au cou qui se présenta et serra les mains de ses fans enthousiastes réunis pour l'occasion.

Marinette connaissait sa musique, comme tous les parisiens. Ses chansons faisaient partie de l'histoire musicale récente et jouaient encore parfois dans les stations radio.

Mais, comme elle était trop jeune pour avoir connu cet homme à l'époque où il avait sortie des albums et fait des concerts, elle ignorait tout de son apparence.

Assez rapidement, l'équipe qui l'accompagnait termina d'installer toute une série de guitare sur des pieds et Billy Libbo était prêt à commencer sa présentation lorsque Jagged Stone lui-même se présenta.

Les deux hommes, manifestement de grands amis se saluèrent chaleureusement et Jagged présenta Penny.

Les fans étaient ravis de voir deux de leurs idoles interagirent. Et Marinette fut parfaitement intimidée lorsqu'au milieu de toute cette conversation, Jagged interrompit son histoire sur un concert qu'il avait donné avec Billy pour saluer Marinette et la présenter directement à l'ancienne vedette.

«Cette fille est géniale! Elle a le chic pour créer les costumes de scène les plus déments! Si jamais tu veux faire ton come-back, Bill, c'est la fille qu'il faut connaître!» complimenta la vedette.

«Vous m'accordez beaucoup trop d'importance Monsieur Stone!» protesta Marinette en remarquant que plusieurs aspirantes vedettes autour d'elle avait noté le conseil. «Bonjour Penny. Contente de vous voir.» termina de saluer Marinette.

«Bonjour Marinette contente de te voir, également.» fit doucement la manager de sa voix amicale.

«Je vais te laisser la popularité, Jag'» ricana Billy «Mais, si tu veux bien me prêter le devant de la scène, j'aimerais bien poursuivre avec la présentation d'aujourd'hui.»

«Sure! Je suis venu pour l'entendre également.» accepta facilement le Rockeur.

Billy Libbo s'avança vers les guitares et commença à les décrire de la plus vieille à la plus récente. Il parla de leurs histoires, des anciens propriétaires, des particularités sonores de chacune des pièces de sa collection. Marinette trouva tout cela fascinant.

Elle avait l'impression qu'une page de l'histoire venait de s'ouvrir devant elle et les idées coulaient d'elles-mêmes dans sa tête. Elle avait sortie son carnet et dessinait furieusement les premiers traits de chacune de ses idées de mode.

Luka se plaça tout près d'elle et tout en suivant aussi intensément que le reste des amateurs le discours de la grande vedette, il glissa une main sous le carnet de dessin de Marinette pour l'aider.

La jeune femme s'arrêta un instant et rencontra le regard de Luka. Tous deux sourirent et rougirent avant de détourner un regard gêné.

À la fin de la présentation, toutes les personnes présentes applaudirent avec enthousiasme, impressionnées par tout cela pour plusieurs raisons.

Luka s'approcha de l'ancienne vedette ainsi que d'autres spectateurs. Les guitares devaient être mises en vente ce jour-là.

Rose et Juleka s'avancèrent vers Marinette. Juleka pour regarder avec un intérêt silencieux les créations de Marinette et Rose pour commenter la situation.

«Est-ce que c'est un genre de rendez-vous pour toi et Luka, Marinette? Vous pourriez aller vous balader se serait tellement romantique!»

«Je ne crois pas, Rose.» fit Marinette pas tout à fait convaincue. Elle se répéta aussitôt à elle-même qu'elle ne le pouvait pas parce qu'elle était avec ChatNoir.

Mais en reprenant plus lentement les esquisses qu'elle avait commencées pour les compléter une à une pendant qu'elles étaient encore fraîches à son esprit, elle repensait aussi à sa relation avec ChatNoir.

Elle devait bien se l'avouer à elle-même, depuis qu'Adrien lui avait dit qu'il en aimait une autre, l'idée de rompre avec ChatNoir pour sortir avec Luka l'avait hantée.

Mais voulait-elle vraiment sortir avec Luka? Luka était un garçon bien, formidable même. Mais, ChatNoir aussi.

Elle était déjà en couple avec une personne fantastique et qui l'aimait tellement! Et il était clairement intéressé par ses deux personnalités. Elle se demandait encore s'il voyait aussi quelqu'un d'autre en plus de ses deux personnalités ou s'il se promenait uniquement entre les deux filles qu'elle était.

Mais, chose certaine, elle ne manquait pas d'amour. Entre Adrien qui était proche d'elle, Luka qui lui avait dit qu'il voulait être en couple avec elle et ChatNoir qui lui réclamait toujours plus d'attention, elle se sentait véritablement bien entourée.

Elle n'avait simplement aucune certitude. Adrien se détournerait-il un jour de cette autre fille pour l'aimer si elle attendait? ChatNoir pourrait-il se contenter uniquement d'elle? Ses propres sentiments pour Luka pouvaient-ils se développés suffisamment pour qu'elle continue de se sentir comblée si elle se concentrait sur lui?

Elle en était là de ses réflexions lorsqu'un grand cri s'éleva d'une ruelle près du parc. Sans une hésitation, elle plaça son carnet dans la main de Juleka et couru dans la direction du cri. Mais, une autre personne l'avait battu de vitesse et Marinette vit Kagami entrer dans la ruelle juste avant elle.

Le cri était celui d'une petite fille portant une petite robe d'été et de longues nattes brunes. Elle était au sol, contre le mur de brique du bâtiment, une boule de poil entre les bras et un molosse qui grognait contre elle et la menaçait.

Sans hésiter, Kagami avait attrapé un vieux balai et s'avança contre le grand chien.

«Recule!» lui ordonna-t-elle.

Marinette s'avançait déjà vers la petite mais, le chien lança un avertissement et Marinette changea de direction. «Attend Kagami! Tu lui fais peur!» Elle se plaça devant la japonaise les mains basses sur les côtés.

«À cette grosse bête?» se surprit la combattante.

«Bien sûr! Il te voit comme un adversaire.» expliqua Marinette, adaptant l'image de son langage pour que l'autre la comprenne.

«Prends plutôt la petite dans tes bras et recule lentement vers l'entrée de la ruelle.»

Kagami sentait la fillette se raidir dans ses bras pendant qu'elles reculaient. De son côté, Marinette fit calmement face au gros chien, les bras toujours baisés mais paumes ouvertes près d'elle.

Le chien finit par baisser la tête et reculer. Il se détourna et ramassa un os où pendait un morceau de viande qui traînait dans la poussière. Marinette remarqua alors les mamelles gonflées sous le ventre de l'animal et elle distingua les minuscules pleures de plusieurs chiots venant de derrière la grosse poubelle où la chienne partie se cacher.

Elle retourna auprès de Kagami qui déposait la petite au sol.

«Tu es blessée?» demanda Marinette alors que de grosses larmes coulaient toujours sur les joues de la petite fille.

Sans un mot elle pointa une série d'égratignures peu profondes sur son bras. Mais, ensuite elle expliqua: «Le gros chien, il a blessé Peluche.» Du sang perlait sur l'oreille de son petit chien mais il n'y avait rien de grave. Pour elle non plus semblait-il.

«Tu ne devrais pas pleurer pour ça.» lui dit sèchement Kagami. «Même si ce chien te fait peur. Ça ne sert à rien de pleurer. Ça ne sers à rien de regretter ce qui est fait et tu ne résoudra pas les problèmes en versant des larmes.»

Marinette fronçait les sourcils et allait protester de la dureté de Kagami mais la petite sécha bravement ses larmes et hocha la tête acceptant la leçon que venait de lui offrir la combattante.

«Tu veux qu'on te ramène chez toi?» offrit plutôt Marinette. «Ta blessure n'est pas grave mais, il faut la nettoyer. Et on va faire pareille avec celle de Peluche. Sinon, on peut aussi aller chez moi et appeler tes parents.»

La fillette ne fit que la regarder sans savoir comment décider mais, Kagami repoussa l'idée de Marinette. «Il est préférable que tu la raccompagnes toi-même.»

«Bien sûr.» la rassura Marinette. «J'imagine que tu es attendue quelque part, ne t'inquiète pas je m'en occupe.»

«À vrai dire, j'étais venue pour te parler.» corrigea Kagami. «J'étais venue te demander si tu serais d'accord pour devenir mon amie?»

Marinette resta stupéfaite pendant une seconde par la demande de sa rivale. Mais, elle se rappela ensuite qu'Adrien lui avait expliqué que, tout comme lui deux ans plus tôt, Kagami avait désespérément besoin de tisser des liens avec les gens, qu'elle n'avait personne sur qui elle pouvait compter.

Un sourire étira lentement ses lèvres et elle offrit plutôt.: «Dans ce cas, on peut raccompagner cette fillette chez elle, toutes les deux.»

Ce fut au tour de Kagami d'être stupéfaite, bien que ce soit très discret dans son expression. «Moi?»

«Oui. Tu as déjà développé un lien entre vous.» expliqua Marinette en se relevant.

Elle tendit la main vers la petite. «Tu me laisses transporter Peluche pour toi?»

La petite lui tendit le chien qu'elle tenait toujours serré contre sa poitrine. Il portait un collier et une médaille mais pas de laisse. Ce n'était plus un chiot mais, il ne paraissait pas complètement adulte non plus et il était minuscule.

«Tu nous montres de quel côté on doit allé d'accord? Tu veux donner la main à mon amie?» demanda Marinette comme elles arrivaient à un coin de rue.

Kagami et la petite se regardèrent devant la demande étrange mais, Kagami offrit tout de même sa main.

Quelques rues plus loin, ils trouvèrent l'appartement de la fille qui entra en tapant un code sur une porte extérieur ouvrant sur un escalier montant sur deux étages.

Marinette soigna la petite, puis le chien en s'étonnant de l'absence de supervision parentale.

«Tu es toute seule ici?» s'inquiéta-t-elle.

«Maman est partie travailler et papa n'est pas encore rentré.» expliqua l'autre.

Une voisine monta difficilement les marches par le même escalier : «Pourquoi tu n'étais plus dans la ruelle Anaïs? Tu sais que tu dois rester là où je peux te surveiller!» reprocha-t-elle. «Bonjour.» s'adressa-t-elle ensuite à Marinette et Kagami. «Tu es la fille des Dupain-Cheng n'est-ce pas?»

«Oui. Nous avons trouvé Anaïs et Peluche du côté de la place des Vosges.» répondit-elle en la descendant au sol.

«Peluche est sorti de la ruelle!» se défendit la petite.

«Il faudrait peut-être le garder en laisse lorsque tu joues dehors alors.» conseilla Marinette.

Elle aurait voulu faire des reproches à cette dame de laisser la petite seule. Elle voyait bien que cette dame était âgée mais, justement, si elle était trop âgée pour rester près d'Anaïs en permanence, elle était peut-être trop âgée pour prendre adéquatement soin d'elle.

Elle ne dit rien pourtant, voulant rester polie. Et ça ne concernait pas la fille des boulangers. Elle se promit par contre, de jeter plus souvent un œil sur Anaïs en tant que Ladybug. C'était l'utilité de la surveillance de quartier.

Les deux adolescentes repartirent ensuite et Kagami ouvrit sur un autre sujet pendant qu'elles retournaient vers le parc. «Puisque nous sommes amies, est-ce que ce serait possible pour moi de te demander un service, Marinette?»

«Évidemment!» lui assura l'autre, ravie que Kagami lui fasse déjà confiance.

«Je voulais te demander des conseils pour sortir avec Adrien.» lâcha-t-elle sans avertissement, secouant Marinette jusque dans ses fondations.

«Je pensais que vous étiez déjà en couple?» s'étonna Marinette.

«Pratiquement.» convint Kagami. «Mais, Adrien est encore un peu réticent.»

Se souvenant de ce qu'Adrien lui avait confié sur le fait d'être amoureux d'une autre et considérant que Kagami n'avait assurément aucun problème pour se déclarer comme elle-même pouvait en avoir, Marinette ne voyait pas trop ce qu'elle pouvait faire. «Je ne comprends pas où tu éprouves des difficultés. Je suis certaine qu'Adrien t'apprécies et tu n'as certainement aucun problème pour lui parler.»

Ravie de savoir que Marinette pensait qu'il était possible qu'Adrien sorte avec elle, Kagami poursuivit: «Le problème, c'est que comme toi et moi ne nous entendons pas bien, Adrien hésite. Il se méfie de moi.»

Kagami pouvait tout à fait voir pourquoi Adrien disait que Marinette pouvait lui offrir quelque chose qu'elle-même ne pouvait pas lui offrir. Elle était charmante, courageuse, protectrice, rationnelle, elle inspirait la confiance des gens. Elle avait gagné la confiance de deux chiens, une fillette et une vieille dame du premier coup, juste devant ses yeux.

Kagami réalisait que ce n'était pas seulement contre Marinette qu'elle devait se battre. C'était contre une idée, un espoir. L'espoir qu'Adrien avait d'être avec quelqu'un aussi agréable que Marinette.

Elle n'avait pas uniquement besoin de se faire bien voir d'Adrien pour sortir avec lui. Elle devait aussi écarter Marinette ou la rendre indisponible pour Adrien.

«Je sais bien qu'Adrien et moi avons tout pour être heureux ensemble. Nous sommes fait l'un pour l'autre. Nous nous comprenons et nous aimons les mêmes activités. Mais, tu restes une amie importante pour lui et ton opinion à de la valeur à ses yeux. S'il continue de penser que tu ne m'apprécie pas, il ne voudra pas être avec moi. Ce qui pourrait être vraiment dommage aussi bien pour moi que pour lui.»

«Je-» hésita Marinette. «Je pourrais peut-être lui parler pour toi.» Elle détestait absolument l'idée et sentait quelque chose se briser en elle. Mais si Adrien était amoureux de Kagami, Marinette ne voulait pas nuire à leur bonheur par ses hésitations. Elle avait déjà accepté l'idée qu'Adrien ne la voyait pas autrement que comme une amie, elle ne pouvait pas s'accrocher au fantôme qu'une relation qui n'existerait jamais.

«Tu ferais ça pour moi?» demanda Kagami avec le premier vrai sourire que Marinette la voyait faire. «Tu es vraiment une très grande amie!»

«Oui, je ne veux pas qu'Adrien soit triste à cause de moi. Jamais!» dit fermement Marinette. «Et-et, toi non plus d'ailleurs.» se corrigea-t-elle.