À neuf heure le lendemain, Nathalie le retrouva comme tous les jours dans la cour pour le conduire aux cuisines. Sauf que ce matin-là, elle avait aussi une proposition pour lui.
«Votre père avait reçu une invitation pour assister au dévoilement d'une découverte archéologique au Louvre. Il m'a demandé de la décliner de sa part, parce qu'il n'a pas l'intention de s'y rendre mais, j'ai demandé en votre nom si vous pouviez y assister. Cela vous ferait quelques heures de salaire en plus et vous n'avez qu'à portez des vêtements de la marque et être présent.»
Adrien était d'humeur sombre. Il n'avait envie de parler à personne. Mais, il accepta simplement pour la normalité de l'événement. Travailler à l'extérieur lui avait fait du bien, peut-être que sortir d'entre les murs du manoir durant la journée, l'aiderait aussi.
Il remarqua que Marinette, Alya et Alix étaient présentes parmi les gens assistant à l'exposition. Mais, Adrien était pratiquement certain que Nathalie ne les avait pas remarqué. Elle semblait fascinée par la découverte faite par le musée.
Il fit donc semblant d'ignorer ses amies et pendant les discours, il demanda la permission d'aller aux toilettes. Comme espéré, Nathalie hocha la tête distraitement et il fila dans la direction où les filles étaient parties.
Elles avaient une intense discussion au sujet des porteurs. Comme toujours, cela restait le sujet préféré d'Alya.
Il resta caché et ne se montra qu'à Marinette. Heureusement, celle-ci comprit son manège. «Je reviens les filles, je vais en profiter pendant qu'on est près des toilettes.»
Elle se glissa derrière le mur où se dissimulait Adrien. Il la prit immédiatement dans ses bras en gardant tout de même une bonne distance. Mais, ses mains étaient sur sa taille et elle glissa naturellement les siennes sur ses épaules.
«Adrien?» soupira-t-elle, surprise de le voir et surprise qu'il veuille lui parler.
«Tu me manques.» lui déclara-t-il honnêtement. Il n'allait pas bien, elle pouvait le voir. Ses pupilles bougeaient trop vite et ses yeux étaient trop brillants.
«Toi aussi tu me manques.» souffla-t-elle émue avant de se reprendre et de se corriger. «Enfin, oui, tu nous manques à tous... dans la classe, voilà. Qu'est-ce qui t'es arrivé?» demanda-t-elle plus doucement. De près, elle avait pu remarquer l'écorchure que lui avait faite Lila près de l'œil.
Il l'avait camouflé sous du maquillage mais elle se voyait à moindre distance parce qu'elle était boursouflée.
«C'est rien, juste une écorchure. Mais, j'avoue que Lila aurait pu faire pire. Je l'ai échappé belle.» lui avoua-t-il.
«Lila?» s'inquiéta-t-elle en entendant le nom de son ennemie.
«Elle s'est glissée dans ma chambre et j'ai dû la sortir de force.» expliqua-t-il. Il attrapa la main qui écartait ses mèches pour examiner la marque et y déposa un baiser sur le poignet. «Est-ce que je peux?» lui réclama-t-il.
«Quoi?» demanda-t-elle un peu perdue et amenant encore plus de désir pour elle chez Adrien. Il la trouvait tellement délicieuse!
«T'embrasser?» soupira-t-il pour compléter.
Elle devint rouge et tendue à l'extrême mais, elle hocha la tête et aussitôt, il la coinça contre le mur, entre ses bras et également avec ses lèvres sur les siennes.
Ils étaient pressés, ils n'avaient pas de temps à perdre alors il força l'entrée de ses lèvres avec sa langue et écarta ses cuisses pour se rapprocher au maximum d'elle.
Mais, bien vite, elle se détendit à son contact et fondit contre son corps. Elle lui retourna son baiser, soupirant de bien-être contre sa bouche.
Resté à l'affût du moindre bruit, Adrien remarqua les voix d'Alya et Alix qui venaient chercher Marinette.
Il la relâcha en vitesse et la poussa au-devant des filles qui éclatèrent de rire devant sa coiffure où il avait glissé les mains, sa veste de travers et son maquillage où il avait laissé des traces.
«Tu n'avais pas à te presser autant Mari.» rigola Alix en la pointant du doigt.
«Viens on va t'aider à te refaire une beauté.» proposa Alya en l'entraînant vers le corridor des toilettes d'où Marinette arrivait. Elles ne voyaient dans tout cela que le résultat d'une autre mésaventure de la maladroite Marinette.
«Non!» paniqua légèrement celle-ci craignant qu'elles aperçoivent Adrien. Mais, celui-ci avait disparu dans le salle de bain pour homme.
«Tu ne voudrais pas qu'Adrien t'aperçoive toute échevelée n'est-ce pas?» fit amicalement Alya l'entraînant pas la main.
Si elle savait!
En revenant de chez Maître Fu à qui elle était allée rapporter les théories d'Alya après le déjeuner pris avec ses parents, Marinette remonta à sa chambre et s'installa sur son lit, son téléphone en main. Elle ouvrit sa conversation qu'elle partageait avec ChatNoir et la fit remonter très loin en arrière.
Depuis quelques mois, depuis que l'humeur de son partenaire avait changée, leur conversation aussi avait changée.
Avant, ils ne manquaient jamais de se souhaiter bonne nuit tous les soirs par messagerie. ChatNoir ne lui répondant plus, elle avait un peu délaissé cette habitude.
Leur messagerie était à l'image de leur relation. Avant, ils étaient constants et affectueux et il y avait eu un problème et tout était parti en vrille.
ChatNoir ne lui souhaitait plus bonne nuit, il ne faisait que l'inonder à l'occasion de messages ridicules et harcelants lorsque l'envie lui en prenait. Elle était même certaine qu'il ne lisait même plus ce qu'elle lui écrivait.
ChatNoir allait mal.
Elle en avait longtemps cherché la cause en essayant de la deviner du mieux qu'elle pouvait quand il la visitait chez elle. Mais, elle n'y avait pas mis beaucoup d'effort, se disant qu'elle ne devait pas trop chercher de peur de découvrir son identité. Elle s'était contenté d'essayer de l'aider à aller mieux.
Mais, si elle avait eu tout faux? Et si ChatNoir l'aimait véritablement et qu'elle avait un véritable impact sur lui?
Et si en fait, elle était responsable de son état?
Il ne cessait de dire que sa famille ne lui donnait pas d'amour. Mais, au fond, la famille, ce sont ceux que vous aimez non?
Et si en fait, elle était sa famille?
Au départ, lorsqu'ils avaient passé le pacte, ils s'étaient mis d'accord sur le fait qu'il lui appartenait et qu'elle ne lui appartenait pas. Elle avait tenue à faire cette spécification parce qu'elle voulait avoir encore le droit d'essayer de sortir avec Adrien et une idée en entraînant une autre, elle avait même déjà pensé qu'elle pourrait rendre ChatNoir jaloux si ça ne marchait pas avec Adrien et ainsi faire de ChatNoir un amoureux passionné qui ne flirtait pas avec les autres filles. Mais, elle n'avait même pas commencé à essayer véritablement et déjà, ça ne se passait pas bien.
Retrouvant leur conversation au soir du concert de Clara Rossignol à la rentrée scolaire, elle raviva ses souvenirs de cet instant.
Durant ces journées, elle avait été passablement occupée par un millier de soucis. D'abord, c'était la rentrée scolaire, qu'elle détestait toujours autant. Chloé était encore une fois dans sa classe et Lila était de retour, quelque chose clochait avec Adrien et Jackie s'était ensuite jointe à eux peu après.
Aussi, Marinette avait-elle manqué les subtils indices qui auraient pu lui signaler que son petit-ami n'allait pas bien. Il ne s'était pas présenté à l'alerte akuma, mais, elle avait résolu le problème en moins de deux minutes alors, rien de significatif à son absence.
Mais, le premier soir où il ne lui avait pas souhaité bonne nuit était le dimanche soir, le lendemain du concert. Et il y avait ces mots.
Ces mots étaient plutôt innocents. Elle avait simplement dit qu'elle avait passée la soirée seule à seul avec son béguin et ChatNoir lui avait dit qu'il était content qu'elle se soit amusée autant que lui puis, il lui avait souhaité bonne nuit.
Dans ces mots imprimés sur l'écran, rien ne clochait. C'était dans l'heure affichée avant la réponse de ChatNoir qu'il y avait un problème. Il s'était passé cinq bonnes minutes avant qu'il ne trouve quoi lui répondre.
Là était la jalousie de ChatNoir. Toute discrète et presque invisible. Comme s'il avait mal mais, qu'il ne voulait pas la déranger avec sa blessure. Il gardait tout pour lui.
S'il était maltraité dans sa famille, il ne devait pas savoir comment demander de l'aide si c'était lui qui était en détresse.
De toute évidence, le soir où il lui avait rendu visite le jour suivant le combat contre Désespérata, il était affamé. Mais, il ne lui avait rien demandé. Seulement remercié avec émotion lorsqu'elle lui avait trouvé ce qu'il avait besoin pour se rassasier.
Et, elle le savait, il n'était pas quelqu'un de vraiment jaloux. Lui, ce qu'il voulait, c'était ne pas être oublié ou négligé. Il n'avait pas de mal à partager, contrairement à elle qui supportait à peine de voir Rena Rouge lui adresser la parole alors qu'une romance entre eux était complètement irréaliste.
ChatNoir avait peur d'être abandonné. Comme un Chaton.
Et si en fait, sans le savoir, il tenait beaucoup plus du chat qu'ils ne l'avaient pensé? Si au-delà de toutes ces plaisanteries qu'ils partageaient, si au milieu de tous ses jeux de mots sur les félins, il y avait une part de vérité?
«Ça va Marinette?» lui demanda Tikki.
«Oui, Tikki, ne t'en fait pas.» lui répondit-elle.
«Tu penses à ChatNoir? Tu es inquiète pour lui?» s'informa la kwami.
«En fait, je me demandais ce que je pouvais faire pour l'aider.» soupira-t-elle.
Marinette délaissa l'écran de son téléphone et demanda à sa kwami.: «Est-ce que tu penses que de porter nos miraculous puisse avoir ajouté des traits de caractères spécifiques à nos vrais personnalités? Il a mentionné l'autre jour, qu'il s'amusait à chasser.» réfléchit Marinette. «Il a même dit qu'il préférait que les filles lui opposent un certain challenge avant de se laisser attraper. Que les filles qui se jetaient à son cou étaient une vraie déception pour lui. Et ce n'est qu'un des exemples qui me font penser qu'il devient peu à peu un vrai chat.» ajouta-elle.
«Marinette, les miraculous ne fonctionnent pas de cette manière.» lui rappela gentiment Tikki. «Ils ne vous ajoutent pas des traits de caractère que vous n'aviez pas déjà. Si tu remarques des ressemblances entre ChatNoir et les félins, ce n'est pas à cause du miraculous. Tout comme les traits de coccinelle que je remarque chez toi, tout est une question de destin. Est-ce que tu es créative parce que tu portes mon miraculous? Non. Est-ce que tu portes mon miraculous plutôt qu'un autre parce que tu es créative? Oui.»
«J'ai des tendances de coccinelle?» sursauta Marinette.
Tikki éclata de rire. «Marinette, tu vis dans un petit nid douillet perché en hauteur près d'une source de chaleur constante! Inconsciemment, tu as un besoin maladif de réunir et garder tout un groupe de tes semblables autour de toi. Et n'oublie pas ce qu'Alya t'a expliqué lorsqu'elle l'a écrit sur son blogue. Les coccinelles portent bonheur aux amoureux et favorisent leur union. Tu les as bien enfermés elle et Nino dans une cage pour les rapprocher n'est-ce pas? Et Mylène avec Ivan et Rose avec le Prince Ali, et tu as réconcilié Chloé et Sabrina. Et je pourrais continuer encore longtemps à te lister tes tendances de coccinelle mais, j'ai peur de te gêner si j'entre dans les détails sur la reproduction avant que tu ne sois prête à en parler.»
«Oui, je préfère éviter en effet.» rougit Marinette. Elle n'était peut-être plus exactement sans expérience, mais, elle n'était pas prête à en discuter si ouvertement.
«De toutes façons, maintenant, je dois réfléchir à un moyen d'aider ChatNoir. Il est plus que temps que je m'occupe de lui et que je répare les erreurs de parcours dans notre relation. Je n'ai aucun problème à te parler de mes émotions, de mes inquiétudes pour Alya et Nino ou de mes sentiments pour Adrien. Mais, ChatNoir, j'ai envie qu'il soit mon jardin privé, qu'il fasse partie de mes secrets.»
«Oh! Marinette! C'est tellement romantique!» s'enthousiasma la kwami. «Tu vas lui parler plus sérieusement alors?»
«Oui, c'est quelque chose que je lui dois à lui. Il mérite que je me creuse la tête pour trouver la solution par moi-même et il mérite vraiment que je lui donne plus d'amour. Je l'ai négligé trop longtemps.» se désola-t-elle avec culpabilité.
«Je suis absolument d'accord avec toi, Marinette. Vous formeriez un très beau couple si vous en étiez un vraiment unis, c'est ce que tu veux vraiment n'est-ce pas? Tu te démènes pour lui et c'est vraiment gentil. C'est comme lorsque tu fabriques toi-même un cadeau au lieu d'aller l'acheter. Je suis heureuse de voir que tu attaches de l'importance à ses sentiments maintenant.»
«Merci Tikki.»
Marinette ferma les yeux et laissa toute la place à son imagination débordante de ses fantaisies amoureuses habituelles.
«Adrien» disait-elle dans sa tête s'adressant à un Adrien magnifique avec sa chevelure d'or seule avec elle dans sa chambre. «En fait, ce que tu m'as demandé l'autre jour. Je t'aime. Pour vrai. Je ne sais pas pourquoi je bafouille tout le temps et peut-être que tu n'as pas tout compris ou peut-être que c'est ma faute. Mais, je veux être avec toi. En couple avec toi. Et t'embrasser autant que tu le souhaites.»
«Marinette, je- Tu me couples le souffle. Je ne pensais pas que quelqu'un pouvait m'aimer pour moi-même. Je t'adore aussi.» rougit-il. «Et en y réfléchissant, on est parfaitement bien assortis! Comme deux pièces de vêtements qui forme la plus belle des tenues!» plaisanta-t-il.
Et des bulles de bonheur continuaient de monter du ventre de Marinette vers son cœur.
«Sans compter que je t'apprécie aussi question... intimité.» souffla-t-il comme s'il y avait quelqu'un près d'eux qui pouvait les surprendre.
«Al-Alors, tu acceptes vraiment de sortir avec moi?» espéra Marinette qui avait besoin d'entendre ses mots.
«Bien sûr! Laisse-moi vérifier mon agenda voyons voir. Que dirais-tu d'aller visiter l'aquarium disons... le lendemain de ma graduation de l'Université? Je suis disponible ce jour-là. Et on aura qu'à se marier à mon jour de congé suivant. Qu'est-ce que tu en dis?»
La bulle rose de Marinette explosa effaçant son rêve comme un dessin tracé à la craie sur un tableau noir.
Définitivement, ChatNoir était un meilleur choix.
Durant la nuit, Maître Fu se glissa dans la chambre des porteurs et subtilisa leurs miraculous. Avec une grande détermination, Adrien sortit de sa chambre et du manoir pour partir à la recherche de Plagg.
Il n'allait pas laisser qui que ce soit les séparer sans rien faire, il l'avait promis à Plagg. De toute façon, il n'avait plus rien à perdre. Plagg était tout ce qui lui restait dans la vie.
Il en voulait au Maître et à Ladybug de toujours prendre les décisions sans le consulter comme si sa propre vie ne lui appartenait pas. Il en avait assez d'être pris pour un pantin.
Par contre, il savait que Ladybug avait les meilleurs plans et ses plans étaient probablement sa meilleure chance de revoir Plagg. Il garda donc ses sentiments pour lui durant le combat mais, ne pu s'empêcher de dire ce qu'il avait sur le cœur à Ladybug ensuite.
«Si Maître Fu et toi pensez que mon travail laisse à désirer, vous devez au moins me laisser une chance de me rattraper et de défendre mes techniques de combat avant de me voler Plagg. Nous n'avons jamais perdu jusqu'à maintenant, et je pense y avoir contribué. Alors, accordez-moi au moins un peu de confiance!» lui dit-il après le départ du vieux sage avant de se détourner pour partir aussi.
«Et comment penses-tu que je me suis sentie lorsque j'ai vu que Tikki avait disparue?» cria-t-elle également avec des larmes dans les yeux sous l'injustice de ses accusations et la peur qui revenait lentement en elle après les faits.
Ses larmes le poussaient à retourner vers elle malgré lui. Il était incapable de se fâcher contre elle, même lorsqu'elle le blessait. Cependant, il résista à la tentation de craquer et d'aller la réconforter. Ce n'était pas si souvent qu'il combattait une impulsion lorsque son père ne le voyait pas mais il en était tout à fait capable peu importe combien cela lui faisait mal.
«Moi aussi j'étais paniquée!» répondit-elle à sa propre question.
«Chaton.» reprit-elle très sérieusement. «Il y a des tas de choses qu'on doit se dire et depuis très longtemps. Alors, s'il-te-plaît, arrête de m'éviter. C'est un miracle si notre travail qu'équipe n'en a pas encore été affecté plus que ça. Mais, je souffre de cette situation entre nous et je suis certaine que tu souffles encore plus que moi.»
Il soupira lourdement. Elle allait rompre leur couple mais c'était peut-être aussi bien d'en finir. Il pourrait enfin avancer. ...Et donc, il ne s'y opposerait plus.
«Ok. On nourrit nos kwamis et on se retrouve-» accepta-t-il.
«Sur le toit du palais de Chaillot?» suggéra-t-elle. C'était un endroit sécurisant pour elle, avec vu sur la Tour Eiffel et avec tout l'espace nécessaire pour marcher s'ils étaient trop nerveux.
Il hocha la tête et disparu.
