S'il avait des regrets pour les mois de sa période sombre qui avait été déclenchée par le malentendu entre elle et lui concernant leurs intérêts amoureux, il n'en rejetait pas la faute ni sur elle, ni sur le malentendu en question.
Il en voulait d'abord à son père, ce grand cinglé qui l'avait presque brisé. Il s'en voulait aussi à lui-même de ne pas avoir davantage su écouter son propre cœur et sa propre nature.
Enfin, il se disait que s'il avait pu rencontrer plus de gens positifs pour lui dans son enfance, il n'aurait pas persisté aussi longtemps à rechercher l'approbation là où il était impossible qu'elle existe.
Plusieurs mois passèrent, un peu plus d'une année, où les choses évoluèrent lentement sur tous les points pour les héros avec et sans le masque, séparément et dans leur couple.
Au départ, Adrien tirait beaucoup d'avantages à ce que la colère irrationnelle de son père se soit calmée pour laisser place à cette nouvelle indifférence. Parce que, pendant un temps, son père avait simplement renoncé à faire de lui quelqu'un qu'il n'était pas et le laissait mener sa vie comme il voulait.
Il avait rapidement réintégré l'école et retrouvé ses amis et un quotidien plus stable qui lui permettait de se remettre de ses problèmes émotifs. Mais, par dessus tout, il avait finalement eu le droit à ce qu'il avait tant souhaité depuis longtemps: une vraie vie. Bien sûr, elle ne faisait que commencer mais, c'était enfin la sienne même si elle n'était ni parfaite ni comme il l'avait envisagée.
Au fil des rencontres imposées par l'État et avec l'aide d'une longue série de travailleurs sociaux faisant offices de médiateurs, Adrien et Gabriel étaient arrivés à une entende relative après quelques mois.
Quand Adrien s'était rebellé, Gabriel s'était braqué. Il avait refusé que son fils soit moins que parfait. Pour lui, c'était quelque chose de trop décevant, un nouveau deuil dans sa vie.
S'il avait accepté de faire un enfant et s'il avait investie tellement d'heures à son éducation, ce n'était pas pour voir tous ses efforts réduits à néant parce que ce garçon avait des défauts de fabrication et qu'il ne voulait pas coopérer.
Ce dont il avait besoin, c'était d'un héritier pour lui succéder à la tête de l'entreprise mais, alors qu'Adrien le décevait de plus en plus, Gabriel avait finalement renoncé à ce projet.
À quoi cela lui aurait-il servit de plier Adrien à sa volonté? Même s'il l'avait forcé à lui obéir, il n'aurait pas pu le contraindre toute sa vie.
Il se prépara au pire et le temps passant et n'apportant plus d'autres mauvaises nouvelles, le despote se dit qu'il pouvait bien accepter la nouvelle attitude de son fils si c'était le pire qu'il devait affronter.
Adrien devenait de plus en plus faible et réfléchissait de moins en moins. Il baissait sa garde. Il semblait par dessus tout ne pas vouloir développer une attitude de meneur comme lui-même.
Mais ce n'était peut-être pas plus mal au fond.
Pour l'instant, Adrien restait sagement à sa place et démontrait une volonté personnelle à ne pas se faire remarquer.
Puis, Gabriel réalisa qu'il n'avait peut-être tout simplement pas su voir le véritable potentiel de son fils. Il avait voulu en faire un successeur et un leader pour prendre sa suite et Adrien avait échoué à remplir ce rôle. Mais, en lui donnant plus de liberté et en étudiant ses réactions, Monsieur Agreste remarquait que son fils se complaisait dans le rôle de pion sans cervelle.
Pour l'homme de pouvoir, cela pouvait se révéler être une opportunité inattendue. Pour l'instant Adrien restait fragile mais il semblait avoir le désir de devenir plus fort, au moins physiquement. Il s'agissait pour Gabriel de le laisser prendre cette voix afin de l'utiliser adéquatement lorsque le moment serait venu. Il n'était pas difficile pour lui de pousser Adrien à s'entraîner davantage et de faire en sorte que son garçon pense qu'il s'agissait de sa propre volonté.
Adrien n'était certes pas très obéissant, mais il restait facile à manipuler. Et face à la désobéissance et l'indépendance des akumatisés habituels, Adrien pouvait se révéler un champion des plus prometteurs s'il devenait l'un d'entre eux.
Jusqu'à la fin de l'année scolaire, Adrien avait mis les bouchées doubles pour rattraper son retard dans les cours et faire des recherches personnelles sur des domaines d'études potentiels, par lui-même ou avec toute la bande qui accepta avec facilité d'organiser des rencontres de travail avec lui. Ce fut sa priorité après s'être abondamment excusé auprès d'eux.
Tous ses amis avaient facilement compris qu'Adrien s'était depuis longtemps retrouvé avec l'interdiction de changer pour être lui-même en grandissant et qu'à un moment il n'avait plus supporté. Ils avaient trouvé parfaitement excusable qu'Adrien se soit replié sur lui-même en sentant qu'il ne pouvait plus compter sur son propre père, la seule famille qui lui restait. Ils lui avaient pardonné sans un pli et lui avaient tous promis de l'accepter même s'il choisissait de devenir bizarre et de se décoincer.
Avec l'arrivée du congé scolaire d'été, il avait repris son travail de mannequin plus sérieusement. Nathalie avait pu le réintégrer parmi les modèles de la compagnie et lui avait obtenu quelques contrats mais, cette fois au même salaire que les autres, une rétribution plus juste.
Il était loin d'être la tête d'affiche de la marque comme avant mais, de toutes façons, la célébrité ne l'intéressait pas. Et le bon côté de la chose, c'est qu'il avait à nouveau un revenu et qu'il pouvait de nouveau faire des économies en plus d'avoir du temps à lui. Il appréciait le nouvel équilibre.
Il ne faisait toujours pas confiance à son père pour le laisser étudier dans le domaine de son choix et la question de savoir s'il financerait ses études ou non n'avait pas été abordée. Aussi, Adrien préférait-il jouer de prudence.
Malheureusement, redevenir mannequin signifiait recommencer les diètes et l'épilation comme pour tous les autres mannequins. Au moins, avait-il le droit de remplacer la privation par l'exercice et de garder un mode de vie plus sain.
Il avait commencé l'année de terminale avec une charge de travail allégée pour la compagnie et comme Alya l'avait suggéré, il s'orientait vers l'informatique et la programmation pour ses études supérieures à la rentrée suivante.
Il avait donc commencé à s'intéresser plus sérieusement au domaine et s'il avait repris l'escrime et avait réussit à réintégrer l'école d'Argentcourt lorsqu'une place s'était libérée, en dehors de cela, c'est vers l'informatique qu'il occupait son temps libre puisque son père préférait qu'il utilise son temps efficacement.
Parce que s'il n'obligeait plus Adrien à correspondre à l'image idéale qu'il avait forgée, il ne le laissait pas pour autant se retrouver dans une position qui nuirait à sa réputation.
Le patriarche n'avait pas aimé perdre le contrôle sur son fils et celui-ci sentait toujours une menace planer dans son regard. Mais, Gabriel avait dû s'incliner face à l'orientation de ses études puisque tant de grandes fortunes s'étaient développées dans le milieu de l'informatique.
Bien sûr, Adrien n'avait pas l'intention de devenir l'un des grands noms du domaine comme, il en était certain, son père aurait préféré. Il continuait de penser qu'il serait plus important pour lui de fonder un foyer aimant que de s'investir dans une carrière acharnée.
Lila n'était plus un problème depuis longtemps. Quand la nouvelle avait courue dans l'école qu'elle avait tenté de défigurer Adrien parce qu'il refusait de sortir avec elle, de plus en plus d'élèves s'étaient mis à se passer de sa compagnie et aucun garçon ne pensait plus à sortir avec elle.
D'un autre côté, elle semblait elle aussi avoir renoncé à obtenir Adrien pour elle-même. Elle avait comprit qu'il n'avait que peu de chance de devenir le puissant héritier du grand Gabriel et qu'il préférait se vautrer dans la simplicité des basses classes. Elle avait terminé l'année avec le même groupe et beaucoup d'absence avec justification réelles ou mensongères mais, avait changé d'école à la rentrée scolaire.
Après quelques scandales impliquant des collègues mannequins, elle avait été forcée de quitter la compagnie et finalement Paris. Et si au début, son tout nouveau statut de muse de la collection Agreste lui avait valu beaucoup d'admirateurs, ceux-ci l'avaient simplement délaissée les uns après les autres et elle avait perdue beaucoup de lustre en quelques mois.
On disait qu'elle était allée se perdre dans la foule des mannequins de Los Angeles.
Au début, Marinette avait l'impression que Lila était restée avec eux pour les espionner mais, la mannequin n'avait rien tenté de vraiment dangereux envers Adrien ou Marinette jusqu'à son départ.
Adrien porta longtemps les marques que Lila lui avait faites sur la nuque et Marinette les ayant sous les yeux en cours, Adrien avait d'abord porter ses cols de chemises relevés avant de laisser pousser ses cheveux aux épaules pour les lui faire oublier. De toute façon, il aimait bien ses cheveux un peu plus longs.
Il ne réussirait peut-être jamais à avoir une vraie barbe bien masculine mais au moins, il pouvait avoir la tête qu'il voulait, coiffé ou non.
Alya et Nino étaient devenus un couple réel, formel et tout ce qu'il y avait de plus fusionnel. Ils essayaient d'ailleurs constamment de pousser Adrien et Marinette l'un vers l'autre pour leur faire partager le même bonheur.
Tous deux ne faisaient que se moquer gentiment de leurs tentatives, ils étaient en paix avec leur décision de préconiser l'amitié entre eux. Mais, cela n'empêchait pas Alya et Nino comme beaucoup d'autres personnes d'espérer les voir en couple un jour.
Luka avait fondé un vrai groupe professionnel durant l'été et ensembles, ils avaient signé au cours de l'automne des tas de contrats pour partir en tournée européenne dès le retour du beau temps.
Il avait été déçu de la décision de Marinette de ne pas s'engager et de se consacrer à ses études et à d'autres projets de dessins et de coutures sans garder de place pour les relations de couple.
Par contre, le musicien sexy qui faisait rêver les foules avait un tel succès, qu'il avait plus d'offre qu'il n'avait l'occasion d'en refuser.
Marinette était définitivement décidée à mûrir et à devenir une meilleure personne. Elle écoutait sa mère véritablement et aussi Tikki. Profitant d'avoir deux formidables modèles de bonté et de maturité émotive dans sa vie pour apprendre d'elles.
Elle avait décidé que plutôt que de nier sa personnalité de Ladybug qu'elle pouvait l'assumer et devenir véritablement ce que les gens pensaient qu'elle était, ou du moins s'en rapprocher d'une façon plus réaliste. Elle essayait de se débarrasser de ses mauvais penchants pour être une meilleure personne.
Par contre, cela ne l'empêchait pas de garder sa personnalité insensible, égoïste et "cruelle" pour son chaton qui aimait toujours autant qu'elle le garde à distance et le traite en assistant dans leur relation intime.
Pendant un temps, l'équilibre était revenu dans la vie d'Adrien. Et en fait, sa vie ne s'était jamais aussi bien portée qu'à ce moment. De plus, il avait retrouvé sa gentillesse et sa joie de vivre pour ses amis les plus proches et son accueille pour les admirateurs. Il avait recommencé à sourire sincèrement et à faire preuve de son ouverture à la vie comme il en était avant.
Il s'impliquait pour aider de son mieux dans la vie de son groupe et veillait sur Marinette comme il avait toujours voulu le faire avant sans en être capable et profitait de sa nouvelle liberté pour se joindre beaucoup plus souvent au groupe. C'était la bonne période du printemps de son année de première au lycée.
Il restait fragile par contre, la déprime avait planté ses griffes en lui et ne disparaîtrait probablement jamais totalement.
Et donc, Marinette avait ainsi l'occasion de le protéger à son tour et de pouvoir s'occuper de lui.
Cependant, même si son opinion sur lui n'avait pas changer, elle avait complètement renoncé à une relation romantique entre eux, se contentant d'approfondir leur amitié. Elle avait choisit de s'investir plus auprès de ChatNoir et se félicitait de son choix parce que même si ce n'était pas une relation traditionnelle comme elle en avait rêvé avec Adrien, c'était une vie de couple remplie de piquant, sensuelle et très sécurisante.
ChatNoir l'aimait, l'adorait et la vénérait. Elle était la personne la plus importante de sa vie et elle désirait qu'il devienne également la personne la plus importante de la sienne. Peu importe l'isolation dans laquelle Maitre Fu s'était terré toute sa vie, elle-même avait décidée d'être une gardienne cachée en pleine lumière avec une carrière de célèbre dessinatrice pour accompagner le tout.
Elle n'avait de toutes façons pas trop le choix puisque le Papillon savait maintenant qui était en possession de la boite depuis que Maître Fu la lui avait transmise publiquement. Et elle faisait le calcul bien simple que si l'ordre des gardiens comptait de nombreuses personnes, elle pouvait bien recruter son partenaire de combat pour la protéger elle pendant qu'elle-même protégeait la boite. Ce n'était pas un concept si illogique.
Mais devant tout leur entourage, Marinette et Adrien continuaient de prétendre avoir tous deux choisit le célibat.
Adrien n'avait confié qu'à Nino qu'il voyait quelqu'un, et aux yeux du meilleur ami, cette fille ressemblait plus à une maîtresse qu'à une petite amie pour Adrien. Bien sûr, pour des questions des respectabilités, ils prétendaient pour leur entourage qu'il y avait plus d'une fille, des fans, qu'il voyait à l'occasion, pour quelques sorties.
Alya doutait vraiment de cette versions. Il y aurait eu des fuites dans les médias si c'était le cas. Marinette en doutait aussi.
Pour sa part, elle prétendait ne pas être prête pour une nouvelle histoire d'amour. Elle prétendait se consacrer entièrement à ses talents de créatrices. Malheureusement pour elle, peu de garçons du lycée avaient saisi le message.
Elle les décourageait avec expertise et expliquait à son entourage qu'elle n'avait pas de temps pour la romance. La technique d'Adrien pour décourager les intéressées, consistait surtout à se cacher derrière Marinette.
Elle-même n'y voyait pas d'inconvénient, elle avait ainsi l'opportunité et le prétexte idéale pour le protéger des filles profiteuses et sans-cœur qui la rendait autrefois si jalousie et inquiète pour lui.
Mais effectivement, elle travaillait encore beaucoup en création, tant pour s'améliorer que pour répondre aux commandes de quelques clients fidèles qu'elle acceptait.
ChatNoir l'admirait déjà beaucoup mais alors que leur nouvelle relation prenait ses marques, son attachement pour elle et la profondeur de son sentiment n'avaient fait que grandir. Sa confiance en elle la motivait à vouloir mériter cette confiance.
Pour la première fois de sa vie, Marinette n'était plus la petite fille adorée. Et si elle avait été responsable de la sécurité de la ville auparavant, avec leur rapprochement, ce n'était plus une personne anonyme qui comptait sur elle. C'était son Chaton et chacun de ses moindres gestes avait un impact sur lui.
Lorsqu'Adrien en eu terminé de son rattrapage scolaire et que sa vie fut revenue sur des sentiers plus raisonnables, il décida également de travailler sur sa personnalité de héros en plus de celle de l'héritier Agreste sauvé de intransigeance.
Il s'entraîna au combat, à l'athlétisme. Il aiguisa ses sens et ses réflexes. Il apprit à utiliser et canaliser sa force.
Et comme il faisait tout cela durant le congé scolaire et sur les toits de la ville, il en profita pour faire la surveillance des quartiers du même coup.
Comme il l'avait expliquer à Nino, il était rare que des agresseurs se cachent dans une ruelle en embuscade pour faire des hold-up ou qu'un tueur en série s'en prenne à la population au hasard.
Mais, cela ne voulait pas dire qu'il n'y avait pas de crime.
Comme pour le cas d'Alya avec Teddy, plusieurs attaques plus personnelles avaient lieux. Il y avait les réseaux de voitures volées, le vandalisme, les gens qui en droguaient d'autres dans les bars, jusqu'à l'intimidation durant la sortie des classes des enfants.
Et si les héros ne pouvaient pas tout résoudre, ChatNoir le premier, suivit de Ladybug avait commencé à garder l'œil ouvert afin de pouvoir changer la vie de quelques personnes.
À la fin de l'été, alors qu'ils recommençaient les cours et un horaire plus chargé, on rendit les choses un peu plus officielles et les héros s'inscrivaient maintenant dans la liste des répondants à qui on faisait appel lors d'enlèvement de personnes ou lorsque leur talents particuliers pouvait jouer un rôle essentiel.
C'était le cas pour les personnes qui tombaient dans la rivière glacée en hiver, les gens qui restaient coincés dans un immeuble en feu ou de ceux en perdition sur les gratte-ciel et monuments historiques.
Mais, Adrien avait tenu à son idée et ChatNoir était maintenant beaucoup plus silencieux qu'auparavant. Terminés les blagues et le flirt. D'une certaine façon, il n'en avait plus besoin parce que Ladybug et lui étaient véritablement ensembles.
Il laissait tout le devant de la scène à sa partenaire et puisqu'il avait développé sa force, sa vitesse et ses talents au combat, il avait embrasser pleinement son rôle de side-kick qu'il revendiquait et dont il tirait même une certaine fierté. Son but avoué était d'être le meilleur assistant possible.
Il était à la fois le garde-du-corps de Ladybug et la part exécutante du duo.
Avec naturel, entre ce rôle de second et la quête de son identité profonde, se développa la réputation de son personnage de fauve dangereux obéissant avec précisions à chacun des ordres de Ladybug.
Même si, plus discrètement, elle écoutait sincèrement son avis et lui laissait toute la latitude de combat dont il avait besoin.
Et surtout, maintenant il se donnait le droit de se voir lui-même comme un chat.
Cela avait commencé une journée à la fois. Il avait commencé par adorer jouer à se voir comme un gros félin, un animal dangereux entièrement sous le contrôle de sa dompteuse et n'obéissant qu'à sa maîtresse.
Ce fut d'abord des journées récompenses où il avait le droit de se prendre pour une créature de la nuit pendant qu'ils patrouillaient la ville. Puis, ses gestes et ses manies se faisant plus subtils, comme son jeu devenait plus profondément ancré en lui, cet aspect de lui devint plus permanent.
Plus il visualisait intensément son personnage, plus il en était heureux et détendu. Il laissait derrière lui la pression et le stresse de la vie d'Adrien.
Parfois, il ne parlait même plus. Il se contentait de grogner ou de faire un geste pour donner son avis au combat. Bien sûr, Ladybug le comprenait parfaitement qu'il parle ou non mais, de plus en plus, pour le reste des gens, il devenait imprévisible.
Son corps étant naturellement adapté à l'utilisation des réflexes de félins et de leurs mouvements tout en force discrète, la façon de se mouvoir ou de se positionner des fauves devint également partie intégrante de son personnage avec ses sens aiguisés dont il apprit également à se servir en permanence.
Si bien sûr, il n'affichait pas cette personnalité de félin publiquement, les gens avaient sans conteste remarqué le changement chez le hétos et dans la dynamique de leur duo.
Il se tenait toujours un pas derrière elle mais de toute façon, il était plus grand. Il ne la quittait jamais, restant à un bras de distance, veillant en permanence à sa sécurité en restant vigilant pour leur environnement. Il l'avait même déjà sauvée de quelques attaques totalement imprévues uniquement grâce sa vigilance nouvelle.
S'ils faisaient équipe avec Rena et Carapace ou d'autres héros, elle s'adressait directement à eux pour leur parler du plan créant ainsi une plus grande intimité avec son partenaire mais donnant également l'impression de le respecter moins.
Des mois plus tard, au moment où ils récupéreraient finalement la broche Papillon, tout le monde le considérerait comme étant aux ordres de Ladybug même si celle-ci s'en défendait encore toujours.
Puissant et dompté, dangereux et obéissant, voilà comment on le voyait.
Pour elle, il n'avait jamais cessé d'être son partenaire et son égal, il était simplement un associé de peu de mot devant le public. D'ailleurs, il en allait tout autrement lorsqu'ils n'étaient que tous les deux dans l'intimité. Il reprenait alors son ancienne attitude plus joviale même si elle était teintée d'incertitudes. Et il n'en participait pas moins à l'action et savait l'arrêter ou la reprendre à la moindre de ses erreurs au combat.
Mais, les gens lui faisaient toujours entièrement confiance, les enfants encore plus que les adultes. Les adultes le voyaient maintenant comme un héros presque invincible et les enfants comme un animal avec le visage d'un homme mais avec des oreilles de chat.
Et tranquillement, Adrien devint si à son aise dans la nouvelle personnalité de ChatNoir que ses nouveaux traits de caractère transpirèrent dans sa vie de tous les jours.
Adrien était simplement un peu plus introverti et avait de meilleurs réflexes. Il était aussi plus calme depuis qu'il était heureux en couple et moins émotif puisqu'il avait plus de liberté. Mais il n'était pas le même selon les gens avec qui il était.
S'il avait encore la personnalité joviale d'Adrien parmi ses amis et dans l'intimité des gens en qui il avait confiance, devant son père et le public, il devenait tout de même plus silencieux, plus observateur, il se fondait dans le décor avec discrétion et réserve.
Et tous ceux qui le connaissaient vraiment acceptaient qu'il n'ait plus envie de jouer à la vedette. Il était discret dans un groupe plus large. D'une attitude calme et détendue mais sûr de lui dès qu'il n'était pas uniquement avec Marinette ou Plagg ou Nino. Et presque muet lorsque son père pouvait le voir.
Se prendre pour un chat était maintenant son refuge et son plaisir aussi sûrement qu'être le super-héros folichon et blagueur l'avait apaisé autrefois.
S'il se rendait aux quelques sorties mondaines que son père lui imposait encore parfois, comme celles où il accompagnait Kagami, les gens disaient de lui qu'il était difficile de savoir ce qu'il pensait. Il parlait peu et jamais pour ne rien dire. Il était souriant, bien mis, présent, poli mais, n'engageait pas la conversation avec ceux et celles qu'il rencontrait dans ces occasions.
Étant déjà d'un naturel calme et réservé avant, son changement d'attitude qui se fit très lentement, ne provoqua pas de vague en public. Par contre, il savait toujours s'amuser lorsqu'il se trouait dans un cercle restreint et avec uniquement des personnes de confiance. Il retrouvait alors son ancienne jovialité, celle qu'il avait cachée même à son groupe avant sa dépression.
Lorsqu'il était uniquement avec Marinette, Nino et Alya il n'hésitait jamais à être simplement l'adolescent juvénile et affectueux qu'il avait été et qui avait si peu eu la chance de voir la lumière du jour. Il avait apprit à laisser la gêne de côté parce qu'il savait qu'il pouvait faire entièrement confiance à ses trois amis pour garder ses secrets.
Entre lui et Marinette, une très profonde amitié s'était créée. Alya et Nino savaient que leurs amis s'étaient rapprochés pendant leur séparation mais ils avaient ignoré jusqu'à quel point. Leur entente dépassait celle de la plupart des couples de longue date et personne ne savait pourquoi ou comment.
Et tel qu'ils l'avaient voulu, pendant l'année où ils privilégièrent l'amitié, Adrien fut le binôme officiel de Marinette sans qu'ils soient ensembles.
Il l'accompagnait dans toutes les activités et était son partenaire au même titre que Kim pour Max ou Chloé pour Sabrina étaient indissociables. Il tenait aussi un peu le rôle de garde-du-corps pour elle. Il la raccompagnait chez elle en fin de soirée et gardait toujours un œil sur elle pour la rattraper en cas de chute.
Mais elle aussi veillait sur lui. Elle était sa confidente, lui apprenait à s'amuser, s'assurait qu'il ne manque de rien et répondait avec patience à chacune de ses interrogations sur la vraie vie.
Avec tendresse et affection, elle avait débarrassé Adrien de tous les nuages de poussières grises qui faisaient le lui un fantôme triste.
Elle trouvait parfois ironique que le garçon qu'elle avait aimé soit aujourd'hui son meilleur ami tandis qu'elle était maintenant en couple avec son si précieux ami. C'était un peu zarbi mais elle n'allait pas s'en plaindre. Elle aurait vraiment pu tomber plus mal.
Mais la vie avait un drôle de sens de l'humour. Comme ce moment où ils avaient découvert leurs identités, un an après le début de cette nouvelle vie, environ deux ans et demi après avoir passé le pacte. Au fond, ils n'avaient fait que retarder d'inévitables embarras qui leurs étaient revenus de plein fouet de la pire des manières possibles.
La bande d'amis des héros avait atteint la fin de l'hiver de la terminal. La St-Valentin n'était pas encore un lointain souvenir et ils engageaient la dernière ligne droite après la période des fêtes lorsque la catastrophe, l'inévitable, le revirement que le destin leur réservait se produisit.
Au moment de passer le pacte, Adrien ne s'attendait pas à trouver la douce et pétillante Marinette sous le masque. Elle ne s'attendait pas à ce que ses deux vies se télescopent en découvrant que les deux garçons qu'elle chérissait n'en étaient qu'un seul.
Mais bon, découvrir l'identité de l'autre parce que la froide nuit parisienne s'était subitement changée en journée ensoleillée et humide de l'époque des dinosaures n'avait pas vraiment été prévu.
Ni qu'il se retrouverait dans une situation si mortifiante lorsque cela arriverait.
La nuit même où ils… avaient décidé d'aller un peu plus loin pour la première fois.
Tout ça n'avait pas été un cas de figure planifié le jour où ils avaient passé le pacte presque par jeu. Ils étaient encore si jeune et naïfs à l'époque. Ils l'avaient fait sans hésitation, sans réfléchir à ce qu'ils feraient si l'impensable se produisait.
Et soudainement, au pire des moments, ils n'avaient plus la protection de cette chambre d'hôtel complètement obscure pour masquer leurs identités ou garder la pudeur et la décence nécessaires à leur aisance l'un envers l'autre.
Tous deux désorientés relevèrent la tête et ouvrirent les yeux en sentant le changement dans leur environnement.
Adrien cessa le cunni enthousiaste et passionné qu'il faisait à son amoureuse pour découvrir que celle à qui il se préparait à faire l'amour pour la première fois était en fait, sa meilleure amie. Elle-même était restée figée et complètement paralysée d'embarras en voyant le visage d'Adrien apparaître entre ses cuisses nues.
Ils appelèrent vivement leur kwami, se réfugiant derrière le masque et s'attaquant à l'akuma avec une frénésie paniquée.
De retour à la réalité de leur époque avec le reste de la population, aucun d'eux ne prononça plus que "salut" avant de se séparer. Si Adrien ne réussit pas à fermer l'œil, Marinette fit des cauchemars sans fin qui la réveillaient constamment.
Lui était assaillit par toutes les visions qu'il avait de sa Lady et toutes celles qu'il avait de Marinette. Le rire moqueur de Plagg qui résonnait en écho infinie ne l'aidait pas à se remettre. Il était torturé, jour et nuit par des érections à la chaîne et avait dû prendre des suppléments vitaminés pour éviter un rhume causé par toutes les douches froides qu'il avait prises.
La détresse qu'il avait vu dans le regard de Marinette le hantait en décuplant son taux de testostérone de mâle protecteur.
Marinette était en permanence dans la lune. Elle n'en sortait que quelques instants lorsqu'Alya, ses parents ou ses professeurs la tiraient de son état mais y retombait aussitôt rongée par une angoisse paralysante. Même Tikki ne savait plus comment la réconforter et perdait ses mots face à la situation.
La jeune femme était hantée par le traumatisme d'avoir vu Adrien, son cher Adrien qui disait toujours qu'il préférait l'amitié à l'amour et qui prétendait n'avoir que peu d'intérêt pour les choses physiques, relever la tête d'entre ses jambes complètement écartées, surpris de ne plus être dans la chambre d'hôtel plongée dans le noir et de la découvrir elle, près de lui et pantelante de son plaisir interrompu. Comme elle devait le dégoûter!
Et tout ce qu'elle avait fait endurer à ChatNoir!
Et lui-même était… si friant d'être servile. Utilisant son personnage de félin dès qu'il le pouvait. Elle n'arrivait même pas à concevoir qu'Adrien puisse se mettre à quatre pattes pour jouer à imiter un chat!
Et que devait-il penser d'elle? Il aimait une Ladybug fière et dominatrice qui était capable de le prendre de haut, celle qui plaçait sans peur sa tête dans la gueule du fauve qu'elle maltraitait, celle-là même qui en imposait à tout Paris par la hardiesse de ses plans impossiblement complexes.
Que pensait-il de Marinette, la douce et timide jeune fille maladroite qui ne tenait pas droite sur ses pieds et qui avait toujours le rôle de douce écervelée dans ses relations avec les gens?
Celle qui mourrait encore parfois de gêne en s'adressant à lui au point où il devait prendre le temps d'écouter les phrases qu'elle bafouillait?
Et après tout ce temps, Ladybug tenait toujours le contrôle de leur relation entre ses mains. Elle dictait et dirigeait toujours ses actions du moment qu'ils étaient ensembles et même un peu plus. Alors, la première fois où ils croisèrent le regard de l'autre à l'école fut délicate.
Heureusement. heureusement! Qu'ils n'avaient pas eu le temps de faire l'amour comme ils en avaient eu l'intention deux jours plus tôt. Jusqu'où la gêne d'une situation pouvait-elle s'aggraver?
Elle avait résisté si longtemps, gardant sa virginité pour plus tard. Elle avait attendu de ne plus avoir peur de tomber enceinte. C'était une perspective toujours aussi risquée si elle devenait active sexuellement. (Peu d'adolescente incluaient dans leurs craintes les risques sur la vie de millions de personnes lorsqu'elles redoutaient l'idée de devenir mère trop tôt.)
Elle attendait le bon moment, la fin du danger, la fin de ses études, d'avoir une carrière, de rencontrer le bon garçon qui remplacerait un jour ChatNoir dans sa vie et avec qui elle fonderait finalement une famille normale.
Mais, ChatNoir et elle avaient eu tellement d'autres types de relations qu'il était ridicule qu'elle garde toujours son hymen.
Mais, ça c'était avant. Avant que le prince charmant se change en animal sous ses yeux. Il n'en restait pas moins un véritable prince de cœur et le garçon le plus incroyable du monde.
Maintenant, elle était contente d'avoir attendu pour pouvoir partager tout cela avec le garçon derrière le masque. Si jamais il voulait encore d'elle. Il réaliserait peut-être qu'elle n'avait rien de spécial, qu'elle lui avait mentit durant tout ce temps, mais, elle n'aimait que lui et son amour était le plus sincère qui soit.
Assis en classe, Adrien était incroyablement distrait, il semblait même furieux. Derrière lui, Marinette semblait honteuse et donnait l'impression de retenir ses larmes. Tous leurs amis, Alya et Nino en particulier mais, tous ceux qui les côtoyaient au quotidien également, même le père d'Adrien, avaient bien remarqué qu'ils donnaient l'impression d'avoir été frappés par une météorite et qu'ils ne s'étaient plus adressé la parole l'un à l'autre depuis.
Ils évitaient les regards des gens, répondaient par mono-syllabes et semblaient au bord des larmes si par hasard, ils croisaient le regard de l'autre. Et lorsqu'on leur en demandait la raison. Ils rougissaient plus vite qu'un homard et bafouillaient à un point où ils en devenaient incompréhensibles.
Eux qui étaient inséparables auparavant, s'étaient évités durant trois jours avec acharnement. Et leurs meilleurs amis qui n'avaient pas réussit à découvrir le fin mot de l'histoire, les avaient finalement obligés à se faire face.
Évidemment, cette bande étant ce qu'elle était, Alya et Nino s'étaient enfermés dans une classe vide en rusant pour que Marinette et Adrien s'y retrouvent avec eux.
Après un très long mutisme buté, Adrien avait finalement explosé et avait crié avec colère: «Ça ne change rien entre nous, rien du tout. C'est toujours à moi de décider si on arrête et je dis NON! Je ne changerai pas d'avis!» Puis, il avait croisé les bras et détourner son regard buté, fermement campé sur sa position. Exerçant avec force le seul pouvoir qu'il avait dans leur couple et refusant de mettre fin à la relation peu importe combien elle était compromise.
Abasourdie qu'il veuille toujours d'elle, elle avait souffler d'une petite voix: «Appelle-moi ce soir.»
«Si tu veux...» accepta-t-il. Lui comme Nino et Alya avaient compris qu'elle voulait ouvrir le dialogue. Elle l'avait dit comme une proposition.
«À vingt-et une heure.» ajouta-elle toujours aussi timidement.
«Oui» la rassura-t-il
«Par vidéo conférence.» précisa-t-elle d'une voix étranglée.
«Ne t'inquiète pas. Je le ferai.» la rassura-t-il en relevant la tête à cause de son insistance.
«Et-et tu dois être dans ta chambre et-et porter un t-shirt bleu.» bafouilla-t-elle à la surprise de leurs amis.
«Tout ce que tu veux et tout ce que tu voudras!» répondit-il avec reconnaissance.
Déjà son ventre se tordait de plaisir. Elle en avait peut-être un peu trop fait devant Alya et Nino qui resteraient perplexes quelques heures, mais elle tenait à rassurer son chaton du mieux qu'elle le pouvait. S'il voulait toujours être à elle alors, elle ne l'abandonnerait jamais.
